#16 Cécile – 2012

29 Jan

Bonjour, je m’appelle Cécile, j’ai 33 ans.

je suis infirmiere et maman d’une petite Camille née le 08 février 2012 a ***** en France, dans un CH de niveau 3.

Mon mari et moi avions fait de l’haptonomie pour pouvoir accueillir notre petite merveille. ma grossesse fut formidable malgré les quelques nausées des premiers mois.
Je voulais une naissance naturelle, bien que, quelque peu effrayé par la douleur des contractions, je ne m’opposait pas a la peridurale, mais je voulais etre accompagné pour pouvoir gerer mes contractions le plus naturellement du monde !

je fis donc un projet de naissance qui fut lu par la sage femme, qui ne s’opposa en rien, hormis le presence du papa en salle de cesarienne…

mais surtout, j’avais noté en rouge « PAS D’EPISIOTOMIE », la redoutable….

tout semble clair, sauf peut etre l’anesthesiste, qui finalement, le plus honnetement du monde me dit « les accouchements physio ici, on fait pas trop ça… plutot en clinique privée, mais chez nous, c’est difficile à gérer »

mais toute naive que je suis, je me dit que mon statut d’infirmiere me protège de toutes les tentatives de manipulation, de spoliation de mes droits, n’est ce pas ?

bref, toute commence le 7 fevrier a 6h du matin : 2 heures de contractions non douloureuse, mais quelle fatigue !!!
puis a 18h, premiere contraction qui me projette sur le sol « aie ça fait mal » !

a minuit tout s’intensifie : je prends un bain, les contractions, sont toutes les 3 a 5 minutes…
je voulais attendre le plus longtemps possible, mais il se met a neiger et a 2 heures du mat, mon mari me dit qu’il est preferable de partir…

nous mettons 30 minutes au lieu de 10 à patiner avec la voiture….

j’arrive a 3h… et la…………

a l’accueil, la sage-femme et l’ide… aucun regard, je me tords de douleur, mais elles sont dans leurs papiers, j’attends…
puis on me demande pourquoi je suis la (pour un tennis !)

bref, je passe en salle de travail :
le sage-femme arrive , pas très agréable, pas très (du tout) souriante… mon mari me dira plus tard qu’il pensait que c’etait une infirmiere « avec des bases » et pas une sage-femme !!!

« je vais vous ausculter », sous entendu, regarder le col.

et la, en quelques mots, une toute petite phrase, mon envie d’accouchement naturel va tout betement s’effondrer :
« VOUS N’ETES PAS EN TRAVAIL » puis « 2 cm »

le verdict tombe comme le couperet de la guillotine (RIP Marie Antoinette lol)

si je n’etais pas en travail et pourtant j’avais tellement mal dans les reins et les fesses… comment faire pour tenir quand les contractions seront vraiment la puisque je ne suis pas en travail ?
comment tenir jusqu’au bout…. ?
les douleurs s’intensifiaient pendant le monitorage…. comment allais je faire… non c’etait sans appel….
je n’y arriverais pas….

pendant 30 minutes je souffrais (non en fait je desesperais…)
monitoring, test pipi (qui sert a rien, disons le franchement !) perf !
oui sauf que la je dis a la sage-femme que j’ai fait un PN et que je ne veux pas plus de 20 minutes de monitorage et pas de perfusion… j’ai tout eu !

et puis vers 4 heures, madame « mal lunée » revient et me dit « a ben si c’est bon vous etes a 3 cm »

ALLELELOUIAAAAAAAA

sauf que c’etait foutu…. je me tenais debout mais je soulevais une jambe pour me soulager et j’avais mal… trop mal…

« vous voulez le ballon ? » (avec un air saoulé)
« non je veux la peri » !!!!!!

et la, tout s’illumine, la sage-femme devient sympa, l’infirmiere peut enfin poser la tubulure de la perfusion (que j’avais reussi a laisser obstruer avec un cathlon !)

bref, d’un coup, on m’écoute et tout le monde est très gentil….

ironie de l’histoire, je me souviens de n’avoir eu aucunes douleurs entre le moment où je demande la peridurale et le moment ou on me la pose sachant qu’elle a été posé vers 5h30 du matin…. ba !!!!!

bref péridurale (et dans mon malheur, l’anesthésiste fut un ange de douceur !)

a 6h la poche des eaux pète…

la sage-femme qui avait lu mon projet de naissance en consultation est là avec une élève qui s’appele Camille comme ma fille.. elles sont très gentilles toutes les deux, m’encouragent a peu dosé la peri, faire du 4 pattes pour faire tourner bébé a gauche (oui c’est follement amusant de faire du 4 pattes avec un bloc moteur, je recommande++++ )

bref, heureusement qu’elles sont la !

et le sacro saint 1 cm par heure fait son oeuvre, sauf qu’a 13 heures, entièrement dilaté, le travail s’arrete…

« on met de l’ocytocine ou pas ? » me demande la sage-femme… je réponds « oui » (ai-je le choix ?)

mais rien à faire, bébé s’est encore retourné a droite, puis enfin a gauche vers 16h….

la sage-femme me dit « ok elle est gauche, on va pousser »

on ? je…… ben je sens plus rien…..

et la panique, comme un affreux sentiment, je ressens de nouveau les contractions…. mr l’anesthesiste arrive, il est toujours gentil et me dit qu’il peut me refaire un bolus, ce que j’accepte, mais là c’est la cata, je suis complètement bloqué….

en fait je n’avais pas mal, j’avais juste peur !

il est 17 heures…

« on va s’installer » oui mais sur le dos, les pieds dans les etriers….

je suis fatiguée, je ne veux pas lutter pour accoucher dans une autre position, c’est foutu, je ressombre dans mon desespoir, car je réalise que tout ce que je ne voulais pas va se produire.

c’est foutu, tout est foutu….

je pousse comme une folle, mais rien….

je pousse, j’hurle, mais rien….

au bout de 30 minutes, j’entends la sage-femme dire « appele le medecin »

et la, je suis infirmiere plus que tout…. « noooooooonnnnnnnnnnn…. pas le medecinnnnnnnnnn »

je savais que c’etait hyper foutu, comment l’expliquer… et bien tout simplement une petite voix en moi à crier « faites moi une césarienne…. »
je ne voulais plus rien ressentir, qu’on m’endorme puisque j’etais déjà une mauvaise mere, une nullité qui ne savait meme pas sortir son bébé en poussant correctement….

et là, rentre dans la salle, une bonne dizaine de personnes… (et on manque de personnel ?) : il ne manquait plus que le livreur de pizza et le vendeur de roses pour avoir la complete !

bref, je crie « non pas d’episio » on m’explique que les choses tournent mal, je tourne la tête vers le monito et petite voie interieure me dit : « ma fille n’est pas en souffrance, ils mentent, je sais bien lire ce foutu tracé… je le sais, elle va bien… »

et la, le medecin dit « forceps » (formule magique pour signifier « je me fais vraiment ch… tiens si je pouvais pourrir ton accouchement…. parce que la y a rien a la télé ! » ou au contraire  » j’ai pas le temps d’attendre parce que la, y a justement quelque chose a la télé »)

bref, j’arrive tant bien que mal, dans un dernier souffle à dire « noooooonnnnnn ! pas ca ! « 

il devait être dans son bon jour, ou son interne pas doué avec les forceps…. parce que finalement, j’ai eu la ventouse… comme quoi….

bref, je pousse, bébé est retenue par la tete avec cette…

d’un coup on me pose un bébé sur le ventre : « non mais c’est quoi ce machin? »
« il sort d’où ce bébé ? de dessous la table ? parce moi je l’ai pas senti venir ! »

j’etais épuisé de n’avoir rien fait….

je dis a mon mari « c’est le plus beau jour de ma vie », c’est faux mais j’ai honte d’avouer le contraire…
je dis a ma fille que je l’aime… c’est faux… j’ai encore plus honte de lui dire le contraire car pour moi ce n’est pas mon bébé… pas mon accouchement….

la suite, j’ai fait un malaise dans la salle de bain car l’aide soignante ne voulait pas appeler l’infirmiere car je n’arrivais pas à uriner, je me suis donc lever avec son aide et la péridurale carabinée.. et ba da boum par terre, mais bon au point ou j’en suis….

et puis j’ai pleuré…. je me sentais sale, honteuse, mauvaise mere, mauvaise épouse….
je n’arrivais pas a créer de lien avec ma fille et pire, quand je lui caressais la tete , elle semblait avoir mal, ce que me confirmera l’osteopathe plus tard……

les 3 premiers mois ont été terrible, j’essayais de faire le maximum pour me rattraper, je dormais peu mais je m’acharnais a être la meilleure des mamans, pleurant tout le temps…

j’ai essayé de me convaincre que j’avais eu un super accouchement…
aujourd’hui, je sais que non et il me reste un gout amer… et cette foutue culpabilité de n’avoir pas pu donner autre chose a ma fille…

avilissant, humiliant, consternant… voila en trois mots le resumé de mon accouchement, ou plutot de L’accouchement….

je peine a constater que dans mon entourage personnel et professionnel, aucune femme n’est accoucher sans etre forcé sur le dos, les pieds dans les etriers ! et pourtant mes patientes sont centenaires…..

« Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice »
Hippocrate, voit ce que l’on fait a tes enfants…..

Cécile Paillard, 33ans, infirmiere, maman qui aime sa fille plus que tout et a appris a ne plus en douter….

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2 Réponses to “#16 Cécile – 2012”

  1. bRUA ANNE MARIE 14 juin 2014 à 19 h 09 min #

    POUR CÉCILE PAILLARD
    Que c’est beau d’être maman , mais que c’est douloureux quand il n’y a plus de contact, j’ai perdu celui de ma fille Delphine Brua il y a deux ans.
    Je souhaite et espère qu’elle est est heureuse.

    FELICITATIONS POUR CAMILLE ET SES PARENTS

    Une maman en détresse Anne Marie Brua

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  1. La femme qui accouche, cette pécheresse qu’il faut punir | Marie accouche là - 22 août 2014

    […] la naissance, l’effronterie consistant à refuser certains actes médicaux, l’extravagance de se passer de péridurale, ou l’insolence de ne pas « pousser » selon les ordres aussi bêtes et absurdes que ceux […]

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