#17 Deena – 2010 – Ottignies

29 Jan

Tout a commencé lors d’un simple monitoring de routine un vendredi après-midi, j’étais enceinte de 39 SA. Pendant le monitoring, la sage-femme vient me dire que j’ai trop de protéines dans les urines, mais elle ne m’explique pas ce que cela signifie et s’en va.
Après le monitoring, je vais chez mon gynécologue, qui lui commence à me poser un tas de questions: si je vois des étoiles devant les yeux, si mes pieds/jambes/mains sont gonflé(e)s depuis longtemps, … Il m’explique qu’il y à trop de protéines dans mes urines, mais que cela pourrait avoir plusieurs explications, donc je dois aller faire des examens supplémentaires.
Après une prise de sang, un test d’urines et un monitoring supplémentaire, le gynécologue m’annonce que j’ai une pré éclampsie et il m’explique ce que cela signifie.

Pendant ce temps, je remarque sur le monitoring que j’ai des contractions toutes les 10 minutes et je lui demande si la pré éclampsie pourrait déclencher le travail naturellement, ce qu’il confirme.
A partir de ce moment on me place dans une chambre à la maternité et on m’annonce qu’on déclenchera l’accouchement le matin suivant. Comme c’est le week-end, mon gynécologue me présente la l’obstétricienne de garde et me dit rapidement qu’il y aura une possibilité que l’accouchement finira par une césarienne.
Le matin suivant (je n’ai quasi pas dormi), j’ai des contractions toutes les 6 minutes et 2 cm d’ouverture, mais on décide quand même de m’injecter de l’ocytocine pour faire avancer le travail vu que le bébé doit sortir dans les 24 heures. On me fait immédiatement une péridurale parce que « les contractions seront insupportables à cause de l’ocytocine » et parce que « cela nous évitera de perdre du temps s’il faut pratiquer une césarienne en urgence ». C’est vraiment très rassurant ce que me disent ces gens… Lorsque l’on m’injecte l’ocytocine, on m’injecte aussi les antibiotiques pour le streptocoque contre lequel je n’étais pas immunisée et à partir de ce moment-là j’ai vomi pendant tout le travail et jusqu’à 2 jours après la naissance.

En effet, l’ocytocine fait bien son travail et les contractions deviennent de plus en plus insupportables, sauf que la péridurale ne suit pas et endort complètement mes jambes et pas mon ventre. Pendant tout le travail je suis accrochée à la machine de monitoring et à un tensiomètre qui se met en route toutes les 10 minutes. Je ne sais pas bouger, donc au revoir les exercices que j’ai appris pendant ces agréables séances d’haptonomie. Je reste constamment couchée sur le dos ou le côté.
Durant l’après-midi, une sage-femme vient rompre les eaux artificiellement pour faire avancer le travail.
Vers 20h, l’ouverture du col coince depuis 3 heures à 7cm et la tête du bébé présente une bosse et on estime qu’il ne passera pas.

A ce moment-là, la douleur a complètement pris l’emprise de mon corps et de mon esprit et je suis tellement dans un état second que je me laisse faire et je m’enfou de ce qui se passe, du moment qu’on me sorte ce bébé et que je ne souffre plus.

La gynécologue décide de faire une césarienne en urgence et lorsque j’apprends que mon compagnon ne peut y assister, je panique complètement. Il avait été d’un grand soutien pendant tout le travail et je m’imaginais mal vivre la naissance de notre premier enfant sans lui.

Les sages-femmes m’emmènent jusque dans une salle à côté du bloc opératoire et heureusement mon compagnon peut rester avec moi le temps d’entrer en salle d’opération.
Arrivée sur la table d’opération, on m’attache les deux bras. Cela prend une demi-heure avant que la péridurale prenne vraiment au niveau du ventre et on place un écran devant mon visage de sorte à ce que je ne vois rien de l’opération. La gyné explique un petit peu ce qu’elle fait pendant l’opération. On doit pousser sur mon ventre pour faire sortir le bébé parce qu’il est trop coincé dans mes intestins, une sensation des moins agréables. On me dit que mon fils est sorti de mon ventre, mais ils l’emmènent immédiatement faire les premiers soins. Je l’entends pleurer au loin, ce qui me rassure, mais je pourrais le voir que 10 minutes après.
Vu que mes deux bras sont attachés, je ne peux même pas le toucher. La sage-femme plaque sa joue contre la mienne, mais je suis tellement déçue par cette césarienne et son déroulement qu’après une minute je l’ordonne de l’amener chez son père faire le peau à peau vu que je ne peux rien faire pour lui. Elle avait l’air très étonnée de ma réaction, mais a respectée mon choix.
Après m’avoir « recousue », je suis encore restée 1h30 dans la salle d’éveil en observation. Je me sentais bien et j’ai demandée plusieurs fois de monter dans ma chambre parce que je ratais les premiers instants avec mon fils, j’étais pratiquement sûr qu’il serait déjà endormi lorsque j’arriverais dans ma chambre, mais ma demande à été ignorée à chaque fois. J’ai donc été séparée de mon fils pendant 2 heures.

Arrivée dans ma chambre, j’ai brièvement pu le mettre au sein, mais il était quasiment endormi.
En plus de la pré éclampsie et la césarienne, j’ai fait de l’anémie et étais très faible. Je suis restée 7 jours en total à la maternité.

Au niveau de l’allaitement, cela a été très difficile. La montée de lait s’est fait attendre et les avis différents des sages-femmes, infirmières, etc… ne m’ont pas aidée. Entre l’une qui me donne une téterelle parce que mon fils a soi-disant un menton trop renfoncé et l’autre qui me sermonne parce que je l’utilise, pas toujours facile de savoir qui il faut croire…

Au 5ième jour, mon compagnon et moi-même décidons de passer au biberon de LA, je suis épuisée, mon fils hurle de faim et la montée de lait ne s’est toujours pas manifestée.  Après avoir fait part de cette nouvelle à l’équipe, une infirmière entre dans ma chambre et me dit que le lait maternel est ce qu’il y à de meilleur pour mon enfant et qu’elle même ayant fait une prééclampsie pour des jumeaux à 36 SA a persévérée et qu’elle les a allaités 6 mois, ELLE. J’ai fondu en larmes, elle croyait vraiment que j’avais pris cette décision à la légère? Mon homme l’a ordonnée de sortir de ma chambre. Pour finir, je n’ai jamais eu de montée de lait, chose assez rare, mais pas exceptionnel dans mon cas selon le gynécologue…

Cette césarienne m’a laissée des séquelles psychologiques assez profondes. Jusqu’à aujourd’hui, je ne sais pas parler de la naissance de mon fils sans que les larmes me viennent aux yeux.
J’ai beaucoup souffert du fait que je n’ai pas vu mon fils « sortir » de moi, j’ai eu beaucoup de mal à établir un lien avec lui alors que son père n’avait aucune difficulté d’adaptation. Vu mon état après l’accouchement, il a été un peu « forcé » de s’occuper de notre fils jour et nuit le temps que je récupère. La césarienne et le fait que je n’ai pas pu l’allaiter ont fait que je sombrais de plus en plus, sans parler du fait que je ne savais même pas m’occuper de lui (le changer, lui donner son bain, le porter plus de 5 minutes, etc…) en rentrant à la maison. Une sage-femme à la maternité a remarquée que je faisais plus qu’un baby blues et a discrètement fait appel à une psychologue périnatale qui m’a un peu aidée à surmonter cette épreuve.

Par la suite, le gynécologue m’a conseillée de faire une pelvimétrie. Il s’est avéré que la sortie de mon bassin est un peu trop juste. Je suis assez fine et mon fils pesait 3kg780 pour 53cm à la naissance, sans parler de son tour de tête de 37cm. On m’a fait croire qu’il ne serait jamais passé, mais je n’en suis toujours pas convaincue…

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2 Réponses to “#17 Deena – 2010 – Ottignies”

  1. Sylvie 11 avril 2013 à 7 h 46 min #

    Merci pour ton témoignage Deena. Je comprends tellement bien ce que tu décris et ce vécu si douloureux… Ce sentiment parfois d’en vouloir à la terre entière de t’avoir « volé » ce moment des plus précieux de ta vie… Garde confiance… Beaucoup de courage et de tendresse pour ton cheminement… Sylvie.

  2. Camille 25 septembre 2013 à 16 h 58 min #

    On voit bien dans votre témoignage à quel point le personnel soignant peut nous balloter a droite et à gauche, sans jamais rien nous expliquer. On nous fait porter le poids d’une culpabilité terrible: tout ca est pour le bien de votre bébé; ce qui sous entend que si on ne fait pas ce qu’ils nous disent, on joue avec la santé/la vie de notre enfant….
    La pelvimétrie aussi est un sacré garde fou pour eux: ils se cachent derriere pour nous passer au bloc sans raison valable!
    Courage à vous!

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