#21 Hélène Guihéneuf Traumatisme

29 Jan

Pour mon 3e accouchement, c’était très différents et pourtant similaire. D’un point de vue médical tout est pareil que les précédents, de mon point de vue c’est « mon calvaire ». Je le traîne…il me suit.

J’attendais les contractions, les « vraies ». Je les voulais, je les désirais. J’avais compris comment ça fonctionnait, accepter la douleur, la suivre dans sa danse.

Elles sont arrivées comme pour les 2 premiers le samedi soir vers minuit. Je savais qu’elles allaient venir, je me disait c’est ce soir ou jamais (après ce n’était plus dimanche! Et mes 2 premiers sont nés un dimanche…). J’étais dans mon lit, attentive…une contraction…ah peut être ! Puis 2…c’est bon c’est ça ! Je les ai reconnus de suite.

Je ne sais pas pourquoi je me suis pressée…peur que bébé arrive vite peut être ?

Vers 1h on part, les contractions se calment d’ailleurs depuis que je m’affaires…et dès que je me concentre plus, que je me pose, je les sens plus forte. Elles ne sont pas si régulières que ça mais elles reviennent toutes les 6-10 minutes.

J’ai eu le droit au monitoring pendant 1h et à un touché vaginal de bienvenue. Le col ouvert a 2 et semi effacé. 1h après, allongée avec des contractions qui sont moins rapprochées la sage-femme insiste sur le fait que je dois être en faux travail. Voici ce qu’elle m’a fait à l’issu de ce monitoring :

Je l’ai sentit enfoncer ses doigts glacés, j’ai commencé par avoir mal…peut être est ce normal…
Puis la douleur devenait si forte, je ne tenais plus en place !
Elle me répète « je ne trouve pas votre col, je ne trouve pas votre col…ah je ne le trouve pas ! »
Apres 2 grossesses, je savais ce que c’etait un touché vaginal douloureux, je savais ce que c’etait quand la sage femme ne trouvait pas le col ou n’arrivait pas à l’attrapper.
J’etais allongée là, sans défense, les jambes ecartées, quelques larmes… Je ne sentais même plus les contractions, juste cette douleur. Elle m’a arraché, me disais-je.
Quand elle eut enfin trouvé ce fameux col (selon elle), j’ai eu moins mal, la douleur montante s’est stagnée.
Elle a retiré ses doigts violeurs, j’avais encore mal, moins mais la douleur etait présente. « elle m’a tué le vagin »
C est le pire touché vaginale que j’ai eu, le touché violent, le touché violeur. Et j’en ai eu des touchés ! Tous les mois, sur 3 grossesses, comptez les accouchements où c’est toutes les heures…ça en fait des touchés.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, l’histoire fut pire ensuite, cet épisode de mon 3e accouchement n’etait que les prémices de mon calvaire.
2 ans plus tard, en plein traumatisme de cet accouchement inhumain, en plein de doute avec ce premier contact indécent avec mon bourreau… je me rends compte en discutant avec d autres femmes que c’etait bien ça. J’ai été victime d’un decollement de membrane non desiré…victime oui, Avant ça je ne la detestait pas, je la victimisais la pauvre sage-femme qui pensait bien faire, le courant n’avait pas passé entre nous sans doute…
Alors quand je me suis rendu compte de ça, je suis sortis de la salle, j’ai voulut vomir, vomir ma haine, vomir ce viole. Je l’ai detesté, hais, violenté en pensées!
Je me demande encore comment je n ai pas pu lui dire d’arrêter, pourquoi je ne lui ai pas juste dit d’arrêter ça tout de suite, arrêter de me faire mal juste pour des centimetres. J’etais prisonnière de ses doigts, prisonnière de la confiance que j’avais commencé à lui donner à cause de son statut medical.
Pour certaines cela paraît anecdotique, je pense que si la suite n’avait pas été chaotique, cet épisode aurait sombré dans l’oubli…et pourtant personne n’oserait enfouir son doigt au fond du vagin d’une femme sans son consentement, et pour aller plus loin, dans mon cas, dans l’utérus d’une future mère.

Elle m’a ensuite emmené dans ma chambre, j’ai demandé à marcher ou sortir, la nuit impossible ! J’avais le droit de déambuler dans les escaliers c’est tout.
Elle a encore insisté sur le faux travail, « vous avez des contractions fortes ? C’est peut être un faux travail vous savez parfois on confond » J’ai accouché 2 fois, je sais faire la différence. Elle m’a quand même rapporté de l’atarax (pour me détendre et dormir me dit elle!!! on e l’avait déjà fait pour le premier ce coup là ) et du salbumol (pour arrêter si c’est un faux travail!!)
Là j’ai eu envie de lui hurler dessus, elle ne me croyait pas, elle me parlait pendant une contraction, et en plus elle se permettait d’avoir l’air agacé que je ne lui réponde pas de suite et que je lui dise d’attendre ( elle m’énervait au plus haut point de me parler pendant mes contractions …) mais elle continuait… !
Quand j’ai refusé les cachets, je crois que la rupture entre nous était creusé d’un fossé qu’on ne pouvait plus refermer, ni enjambé, c’était fini. Son regard c’est fermé à ce moment là, mon homme ne m’a été d’aucun secours pensant que cette sage- femme avait peut être raison (c’est elle la pro!) Je me suis retrouvée, avec mes contractions à lutter avec cette sage-femme lui expliquant par A+B que je ne supportait pas le salbumol qui me faisait des effets secondaires, et que je ne voulais pas être défoncée au cacheton le jour de mon accouchement. Elle a insisté plusieurs fois, et a même finit par laisser les cachets sur la table ‘au cas où je changeais d’avis’.
Elle a pris plus de temps a essayé de me convaincre que j’étais en faux travail, de prendre ses cachets que de m’expliquer comment on se servait du ballon. Ballon que j’ai demandé moi même, gentiment malgré le fossé entre nous, je lui demande les positions pour être soulager avec le ballon, exaspéré les yeux au ciel, elle me montre en me disant « ça soulage le dos ça » je lui dis que j’ai pas mal au dos mais au ventre, et elle de me répondre « Ben essayez ! » et elle me laisse seule…ça a été mon ultime tentative de rapprochement.

Après 1h de ballon, elle me fait un touché non douloureux cette fois (bizarre mon col ait réapparu magie ! magie!) j’avais très peur de subir ce touché après le premier…
« Col a 3cm, alors péri ou pas ?? » « je préfère attendre un peu, je gères bien » « oui mais après ce sera trop tard, pour un 3e, les premiers centimètres sont long mais après ça va très vite »
Je me dis non pas encore ( on m’a fait le coup pour le 2e)….je réfléchis et puis……….je dis oui, péri…pourquoi ? Je ne sais pas encore, la peur, toujours cette peur ! Pourtant j’étais prête à le faire. Cette sage-femme ne me faisait pas confiance, depuis le départ. Et pourtant ce 3cm c’est comme une claque que je lui envoi ! (dans les dents ***!!!! alors toujours faux travail ?)

4h15 pose de la péridurale. J’ai vraiment mal, je gères quand même mais me demander de ne pas bouger pour la pose est une abomination, j’ai très mal dans le bas du ventre, le pubis je sens à chaque contraction que je m’ouvre quand ça s’arrête j’ai envie que ça recommence, j’ai l’impression que le temps entre les contractions est interminable, je n’imaginais pas ce temps (que j’appréciais par sa douceur,) soit si long !

4h45 examen col a 5 large, la sage-femme me dit que je ne dois plus sentir de douleur à ce moment…  « Si ! Je sens encore » elle est atténué mais je sens la douleur, les contractions surtout dans mon pubis, dans le bas je sens que ça s’ouvre. Je tremble, j’ai peur je vois bien qu’il y a quelque chose de pas normal, ça ne s’est pas passé comme ça pour les premiers en 15-20 minutes je ne sentais plus rien nul part, aucun reste de douleur ou juste des sensations mais pas comme ça !
Je me mets sur le côté et là à peine 2 secondes, une énorme contractions je sens que ça pousse en bas, douleur au pubis dans mes os, moins dans le haut du ventre mais je reste obligé de souffler pour contenir la douleur et ça me donne envie de pipi. J’avais complètement oublié de faire pipi d’ailleurs…
je vais encore vivre un épisode marquant de cet accouchement….
Elle essaie de me poser une sonde, (que je sens très bien d’ailleurs!!) La tête entre mes jambes, elle me dit de me calmer, je tremble de tout mon corps…j’ai froid, j’ai chaud, j’ai peur…j’essaie de me calmer… « si vous ne vous calmez pas je vais pas y arriver ! » « mais j’essaye je n’y arrive pas ! »
Pourquoi n’a t elle pas arrêté ? venir me voir, près de ma tête, me dire un mot doux, un geste doux…voilà ce que j’aurais aimé ! Ce qui aurait pu me calmer !
Non elle restait la entre mes jambes et elle s’énervait en plus…je me sentait nulle…je me sentait rabaissé de ne pas réussir un truc si simple que d’arrêter de trembler et plus elle s’énervait et moins j’y arrivais ! Pendant le sondage, j’ai eu une grosse contraction, je sens que tout s’ouvre et s’écarte en moi, c’est douloureux, je lui dis… elle me réponds «  c’est pas possible vous avez la péridurale, vous devez vous détendre » comment j’aurais pu ressentir ça juste parce que j’étais stressé ? Tendu ? Pour mes 2 premiers j’étais dans le même état et ça n’a jamais crée ces douleurs. Comment inventer des douleurs si spécifiques ?

5h20 Elle veut me rompre la poche des eaux, (déjà un bout de temps qu’elle est entre mes jambes là…elle n’en ai pas sortit depuis la sonde) on attend une contraction…qui ne vient pas ! On l’attend…longtemps…je me pose des questions, est ce que le travail s’est arrêté après une si grosse contractions ? Comment se peut il qu’il y ai autant de temps entre chaque contractions alors que je suis désormais à 7cm. 7 cm…je n’étais qu’à 5 il y 10-15 min… ??!!

Dans mes souvenirs il était 5h à ce moment là, mais dans mon dossier médical il est bien écrit 5h20…ma fille naîtra à 5h35 !

Mon homme demande alors ce qu’il se passe. La sage-femme ne comprend pas elle lui répond d’un ton réprobateur « quoi qu’est ce qu’il se passe ? » mon homme précise qu’il veut savoir où ça en est, et elle de lui répondre d’un ton méchant (oui oui…j’ai pas halluciné) « quoi ça en est où ? On a rompu la poche elle est a 7cm, vous pouvez vous rendormir ! » et elle s’en va.

Nous étions choqués…éberlués, sans voix nous n’avons rien répondu, je pensais « c’est elle qui sort ton bébé ne dis rien » j’avais envie de lui en coller une !

Là, 2 contractions rapprochées, très douloureuses je sens que ça pousse beaucoup plus, j’ai l’impression que bébé va sortir tout seul ! Je panique un peu avec cette douleur et ces sensations que je ne connais pas. La sage -femme me dit que bébé arrive. Je crois qu’elle ne s’y attendais pas non plus. Elle va respecter une seule chose, mon choix de me mettre sur le côté. Malheureusement, elle n’arrive pas à installer les étriers de façon à ce que j’ai la jambe bien plié et bien mise pour ouvrir mon bassin et laisser la place (ce que j’ai vu a la préparation à la naissance et pour mon 2e accouchement). Alors précipité par le bébé qui arrive très vite je la vois un peu paniqué aussi, elle me met juste un coussin d’allaitement sous la jambe. Me demande si je suis bien installé et moi……je dis oui…alors que je pensais NON ! Pourquoi ??? j’étais très mal ma jambe engourdie par la péri car je sentais tout dans mon ventre mais ma jambe droite était endormie.

Plus je pousse et plus j’ai mal…Là je me raccroche à ce que j’ai entendu ou lu « quand bébé est sortit on ne sent plus rien, plus de douleur »

Alors je pousse fort pour que ce bébé sorte le plus vite possible…Je veux la pousser de là et la douleur devient ingérable, mes os se brise à l’intérieur, on m’écartèle, ça chauffe, ça brûle tellement fort !!! Je pleures et j’ai l’impression que pousser ne sert à rien, j’ai envie de m’accrocher à quelque chose pour m’aider à pousser, de me redresser pour la sortir mais je peux pas j’ai mal…je n’ai que la main de mon homme a serrer très fort, je me sens impuissante, terrassée…

Sa tête est énorme, c’est un monstre dans vagin….j’ai tellement mal, je la pousse vers la sortie, je n’en peux plus….elle veut que je pousse mais je ne peux plus, j’ai mal, je le dis…

Et là impossible de ne plus pousser, je pousse sans cesse, je ne sais plus ce que je dois faire ou pas…je sens une énorme brulûre et quand sa tête sort c’est horrible, je hurle. Un hurlement qui ne sort pas de moi, je ne sais pas d’où il sort ? Il me hante encore, j’étais pas prête à m’entendre, à entendre cet animal au fond de moi, c’était un cri de détresse, un cri de mort, j’allais mourir, j’étais déchiré de toute part et j’allais mourir…je ne contrôlais plus rien, je n’étais plus dans mon corps.

La tête est sortit mais j’avais encore mal, les épaules, puis ce bébé qu’on me tend et moi j’hésites je ne peux pas, j’ai encore mal. Je ne pense pas ‘Oh le beau bébé’…non je pense à cette brûlure de dingue dans mon vagin, ça tape au rythme de mon cœur à cet endroit, je suis à vif.

Je me ressaisit et attrappe ce petit ange à qui je ne pense même pas, je n’ai pas envie de l’avoir je ne peux pas penser à autre chose. Je me demande même comment cette sage-femme peut me le donner après ce que je viens de vivre. Je lui dis à cette sage-femme que j’ai encore mal ! pourquoi ?? on m’avait dit que ça passait quand on voyait son jolie bébé ! C’était des mensonges alors pourquoi moi c’était différent ? Elle m’a répondu « c’est le stress… » j’ai reçu ça comme une claque, j’aurais inventée tout ça  selon elle, amplifié la réalité !

Je suis complètement traumatisé par mon accouchement, la solitude voilà ce qui résume tout ça. Après j’ai demandé de l’aide en allant dans ma chambre, une aide soignante et une interne, m’ont dit que j’avais eu mal parce que la péridurale n’avait pas eu le temps de faire effet (mais pourquoi ma jambe droite était elle endormie??) je pleurais tout ce que je pouvais et personne n’a pris le temps de m’écouter, ou de me renvoyer vers un psychologue.

Ma fille est née à 5h35, donc oui c’est allé vite, pourtant cette poussée à durée un temps interminable pour moi…quand j’ai découvert mon dossier médical je n’arrivais pas à croire que ce temps était si réduit en réalité.

Je n’ai aucune sequelles de cet accouchement physiquement parlant, pas d’épisiotomie, pas de déchirure rien ! C’est la première chose que j’ai demandé à cette sage femme après avoir dit que j’avais mal « est ce que je suis déchirée? » parce que pour moi j’avais une énorme cicatrice, un trou béant, non je n’en avait pas, rien même pas un point ! Mais dans ma tête j’en ai une et celle là elle ne se recouds pas. Ma fille n’était pas si grosse non plus, toute belle et pas une grosse tête lol.

Aujourd’hui j’ai peur de voir cette sage-femme, je ne sais pas pourquoi. 3 ans après je pleures encore, il n’y a qu’une seule personne qui m’ait avoué avoir eu du mal à se remettre de son accouchement et c’est ma mère. Tous les autres m’ont giflés de cette phrase « mais tu vas bien et ton bébé aussi c’est le plus important, passe à autre chose ».

Hélène Guihéneuf, 28 ans, 3 enfants.

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2 Réponses to “#21 Hélène Guihéneuf Traumatisme”

  1. Héloïse 13 novembre 2013 à 12 h 57 min #

    Bonjour Hélène, je ressens exactement la même chose que vous, et mon accouchement remonte à fin 2004, il y a 9 ans … cela laisse des séquelles. J’ai mis deux ans à être reçue par le chef de service, deux ans avant d’être écoutée et j’espère reconnue dans ce traumatisme.

    • sweetdoula 14 novembre 2013 à 9 h 30 min #

      Bonjour Héloise,

      Merci pour votre commentaire. J’ai essayé de rencontrer la sage-femme, mais elle n’était pas de service. Je lui ai laissé une 2e lettre (j’en ai écrit une il y a 2 ans) en expliquant mon cas, mon traumatisme. Je lui ai laissé mon numéro mon adresse….ça fait 5 mois et pas de nouvelles. Avant ça je la considérait comme mon bourreau, aujourd’hui je ne la considère plus. Je vis mieux avec mon traumatisme depuis cette étape, même si c’est un sujet brûlant. Je suis navrée que vous ayez vécut une experience similiaire, ça ne devrait pas exister! la reconnaissance est un grand pas vers la libération de l’esprit.

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