#22 Maternité en Corrèze (19) – FRANCE – Août 2010

29 Jan

J’ai accouché en août 2010 de mon premier enfant dans une « caserne à bébés » (une maternité). J’y allais sereinement, naïvement, confiante, pensant « soutenir les hôpitaux publics » qui selon moi, devaient être aussi compétents que le privé. Je rêvais d’un accouchement physiologique, sans péridurale, mais je savais que dans cette ville, je ne pourrai pas avoir des exigences trop élevées, donc je me sentais prête à faire des concessions…

Bref… à 8 mois d’une grossesse sereine et épanouie, j’ai eu quelques légères fuites suspectes à la suite d’un toucher vaginal douloureux d’une élève sage-femme… ces fuites m’amenèrent à consulter, par précaution.

Il y eu suspicion de fissure de la poche des eaux  (le test ayant fait saigner mon col, le résultat était faussé).

3 jours de déclenchements, mais aussi de décollements de membranes sauvages et très douloureux et traumatisants (personne ne m’a demandé mon consentement ni même informé ; je n’ai compris que plus tard que ces touchers vaginaux douloureux à s’évanouir étaient en fait des décollements réalisés sur col fermé !)… 3 jours de fatigue, de nuits sans dormir, de diète forcée (au cas où le travail commence), de décollements…

…et le travail a enfin commencé au début de la nuit du 3eme jour…Rupture de la poche des eaux : les contractions ont immédiatement été très très violentes , et je pris la ferme résolution de demander la péridurale… Je passai donc la nuit dans la salle de travail froide, impersonnelle et inhospitalière, j’avais peur, froid, je tremblai comme une feuille…

Au moment de la poussée, ce fut l’horreur. La sage-femme pratiqua d’office une épisiotomie sans mon consentement. J’ai poussé de toutes mes forces jusqu’à l’épuisement total (physique et moral); 3 SF me pressaient comme un citron , sous les yeux ébahis de mon ami; Après plusieurs poussées, je me sentais complètement épuisée, je nous voyais mourir, moi et mon fils … la SF qui m’accouchait avait un air qui dit « au secours !!! je fais quoi maintenant ?? », la gynéco étant occupée par 2 césariennes simultanées ! Je l’ai donc averti que j’étais à bout de force, et que je n’aurais plus la force de pousser, que j’avais vraiment besoin qu’on m’aide (oui, moi qui rêvais d’un accouchement à peu près naturel, je réclamais les forceps! Je préférais ça à la césarienne d’urgence…) A croire qu’elle avait besoin qu’on lui dise, elle courra aussitôt chercher l’aide de la gynécologue : forceps (laborieux et douloureux) associés à des poussées intenses et des expressions abdominales de 3 SF…

Les dégâts sont affligeants, mais ça, je l’ai compris plus tard : mon fils a eu des bleus sur le visage et un torticolis diagnostiqué et pris en charge qu’à 5 mois (alors que moi et mon ami avions remarqué dès la maternité qu’il semblait crispé…).

Quant à moi, outre le traumatisme psychologique, j’ai eu une déchirure externe et interne, et surtout, à 32 ans je dois me résigner à vivre avec une descente d’organes irréversible… (et l’incontinence qui va avec, et les dégats pour ma féminité et ma vie de couple…

J’aurai sans doute pu digérer cet accouchement difficile, si les suites avaient été plus sereines.

Mon fils est né dans ce fracas, extirpé par des instruments métalliques, poussé, chamboulé, épuisé et sans doute endormi par la péridurale… nous n’avons pas eu de peau à peau : la SF était pressée de recoudre, elle a donc voulu « m’aider » à le faire téter, montre en main, en lui pressant la tête de force contre mon sein (autant dire qu’après les forceps et avec son torticolis, il n’a pas dû apprécier), en pressant mon sein pour essayer de faire sortir du colostrum… Nous étions épuisés par l’épreuve, on voulait juste être tranquille !! Je lui ai gentillement dit de nous laisser faire, qu’il était fatigué et sonné, mais non, pas le temps, « il faut qu’il tète » en 20 minutes. En vain…

Alors on me le pris pour les soins (heureusement, le papa a pu l’accompagner)

Après les soins, on nous remonta en chambre, et là, j’ai eu la TOTALE : toute l’équipe a défilé dans la chambre pour me presser les seins… même pas eu le temps de faire le peau à peau dont je rêvais, d’avoir un peu d’intimité pour faire connaissance avec mon fils… je pense qu’un pari était en cours, à celui/celle qui réussira à faire téter bébé/à me faire céder au biberon/à faire sortir du colostrum… j’ai eu toute la panoplie des réflexions humiliantes, et autant de « conseils » contradictoires… : « vous n’avez pas préparé vos seins » (ombiliqués) et « bébé n’a pas le réflexe de succion » : on est recalés tous les deux pour défaut de construction! A peine m’a-t-on donné des bouts de seins, qu’on me reprit aussi vite… j’ai demandé un tire-lait, personne n’a semblé entendre…

Pas une goutte de colostrum. Désespoir total. Mon corps était bloqué face à ces violences et ces intrusions… A la fin de la journée, devant la culpabilisation de faire mourir de faim mon bébé (3,5 kg… et nourri à la tasse à ma demande), je dus renoncer à l’allaitement tant désiré (et céder au babyblues tellement je me sentais dépossédée de tout!)

Le premier jour, les chutes de tension (et cette impression vraiment bizarre de perdre tous mes organes…) m’empêchent de me lever seule…. Le deuxième, je remarque que mon fils devient parfois « animal » et s’énerve en cherchant mon sein ! L’équipe me prend pour une allumée en proie au babyblues… ils préfèrent que je gave mon fils à heure fixe et que je pointe les heures des biberons.

Alors le troisième jour, j’attends la nuit (pour être tranquille) et je fais ENFIN mon peau à peau en cachette; mon fils cherche immédiatement à téter, mais ça l’énerve, rien ne vient, (et moi je suis trop nerveuse, j’ai l’impression de faire un délit). Il enrage et ne se calme qu’avec un biberon… et moi, mes seins picotent et chauffent bizarrement, je les sens « vivants »… et là, ON SE FAIT SURPRENDRE par l’équipe de nuit. Honteuse, j’explique ma démarche de peau à peau, mais elles me prennent pour une folle, se moquent de moi : « mais c’est pas une montée de lait que vous avez, c’est de l’oedèèèèèèèème !!! » (je m’en souviens encore) et elles m’engueulent parce que j’ai donné le biberon trop tôt…

Le lendemain, on m’incita à prendre un coupe-lait pour éviter les douleurs d’engorgement, alors que je voulais toujours allaiter, et surtout on niait ma capacité à produire du lait…

Mon fils a donc pointé à heure fixe pour son biberon,… on nous réveilla de force quand il dormait trop bien la nuit (j’ai tenté de négocier pour le laisser dormir, on m’a dit qu’on me réveillerait de toute façon au maximum 1 heure après le délai « légal » des 3 heures…)

Nous sommes sortis une semaine après notre arrivée, tous les deux esquintés, traumatisés et épuisés… j’ai même eu un signalement à la PMI pour qu’une puéricultrice vienne s’assurer de ma capacité à prendre soin de mon fils (heureusement, elle comprit pourquoi cette épreuve m’avait chamboulé…)

Aujourd’hui, j’attends mon second fils, et je n’ai plus confiance, si ce n’est en moi, en mon ami et mon enfant. J’ai choisi une autre clinique, mais je reste méfiante. Je n’ai pas peur de faire naitre mon bébé, mais j’ai peur des actes abusifs sans consentement, des intrusions dans mon corps, de la non information, des humiliations, des sabotages…

Je porte en moi ce traumatisme, psychologiquement et physiquement. Je refuse de vivre ma descente d’organes comme une honte (même si, à 32 ans, ça l’est…) car je ne suis pas fautive mais victime, et je veux que les femmes comprennent que derrière la banalité du recours aux expressions abdominales se cache une violence abusive et destructrice exercée sur leur corps qu’il faut refuser. Ce geste n’est pas anodin. La descente d’organes n’est pas un dommage collatéral, et je pense que je ne suis pas un cas si rare qu’on le pense… (mais le sujet est tabou, même avec les professionnels… et les gynécologues ne la détectent pas forcément en position allongée…)

Quant à mon ami, qui a assisté impuissant à cet accouchement, est lui aussi traumatisé et redoute ce moment heureux qu’est la naissance à venir de notre deuxième enfant. Il ne peut oublier les expressions abdominales, m’en reparle sans cesse, et semble craindre pour notre santé. La naissance est devenue pour lui synonyme d’épreuve douloureuse et dangereuse.

J’insiste donc, et milite à ma façon, pour les naissances respectées, et le respect de l’intégrité physique et morale des mères, des pères et des enfants.

Les mauvais traitements (n’ayons pas peur des mots) que peuvent subir mères et enfants sont indignes et se cachent trop souvent derrière le recours à la facilité du recours aux chutes hormonales et des babyblues… le recours à la médicalisation des naissances sans pathologie avérée est abusif et nuisible : certes la médicalisation peut sauver des vies, mais elle peut aussi les mettre en péril.

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