Anonyme 3 – Bruxelles – 2009 & 2012

29 Jan
Voici le récit de mes deux accouchements.
Pour ma première grossesse, j’ai été suivie par une sage-femme libérale, avec le projet d’accoucher dans la clinique près de chez moi (à Bruxelles, en Belgique), avec cette sage-femme (« plateau technique »). J’ai vu ma gynécologue trois fois, pour les échographies. J’ai également fais du yoga prénatal.
Nous sommes à 40 semaines + 2 jours, j’ai depuis deux jours des pertes rosées, je suis prête, je m’occupe à la maison : derniers rangements, papote avec une amie qui vient nous dire bonjour. En fait j’ai déjà des contractions, et c’est mon amie qui me le fait remarquer « dis, mais tu es en travail, hein, là ! »… En effet, je m’interromps de plus en plus souvent pour « prendre » une contraction en me penchant, en m’appuyant sur un meuble. Je me sens plutôt en forme, à la limite de l’hyper-activité. Je range la bibliothèque avec frénésie. C’est mon mari qui me somme de m’arrêter.
Le soir tombe et je commence à réaliser que, oui, mon bébé est en route. On mange, les contractions s’intensifient.
Je vais prendre un bain, ce fameux bain qu’on m’avait dit de prendre histoire d’exclure un « faux-travail ». Oui, ben, c’est un « vrai » travail !!
Malgré tout, nous restons calmes car, même si elles sont déjà assez intenses, les contractions ne sont pas régulières, ni en rythme, ni en intensité. Un coup de fil à notre sage-femme nous « calme » encore plus : « rappelez-moi quand il y aura eu une heure de contractions toutes les 5 minutes !! » (mon Dieu quand j’y repense : ce n’est jamais arrivé !!!).
C’est la nuit maintenant. Nous allons nous coucher… Impossible de dormir. Mon mari est au chronométrage et moi je… J’ai déjà un peu oublié, je crois que j’étais déjà bien dans les hormones. Je déambule, je m’appuie contre la commode, contre mon gros ballon, je vais même m’asseoir aux toilettes pour quelques contractions.
Et puis tout à coup, sproutchhh, la poche des eaux se rompt, dans notre chambre. Le liquide est coloré.
Instantanément, les contractions sont aux 2 minutes, très très intenses cette fois. Je me précipite sur mes petites réserves de nourriture et avale rapidement deux abricots secs et une poignée d’amandes. Et puis j’ai envie de vomir, j’arrête de manger.
Je vais sous la douche nettoyer mes jambes. Mon mari a la sage-femme au téléphone qui m’entend « chanter » derrière et, au su de ces sons, nous donne rendez-vous directement à la clinique.
Rassembler les affaires, m’habiller un peu (c’est l’hiver). On part. Moi je suis super partie, complètement dedans.
Pas facile de monter dans l’auto (je m’agenouille dos à la route), pas facile d’attendre devant la porte de la clinique, dans le vent, pas facile de prendre cet ascenseur avec le gardien de nuit qui me regarde, avec ces contractions toujours plus intenses.
J’ai dans mon sac de quoi grignoter, de la musique à écouter, je pense en avoir pour encore longtemps…
Nous sommes arrivés avant « notre » sage-femme, la sage-femme de la clinique nous accueille.
Mes souvenirs sont flous. C’est un peu le branle-bas de combat. Mon mari doit aller garer l’auto, mais on le retient, j’entends « votre femme accouche, monsieur, ne partez pas ». Je suis à dilatation complète, le reste je m’en fout.
Installés en salle d’accouchement, ma sage-femme ne tarde pas à arriver.
Viennent ensuite les pires heures, des heures de « poussée » sans aucun résultat. Des heures hors-temps, hors-tout.
Je ne comprends pas ce qui m’arrive, je ne sais même plus si je « sens » si je dois pousser ou pas. Mais comme j’ai entendu que j’étais sur le point d’accoucher, je pousse, vaillamment, contraction après contraction.
J’ai une perfusion avec quelque chose qui coule dedans. Impossible de dire qui me l’a posée, quand, pourquoi, ce qui coule (j’apprendrai par après que j’ai reçu de l’ocytocine synthétique).
Quand je vois le soleil se lever je craque. Je réalise que ça fait plus de trois heures que je pousse. Trois heures, presque quatre, complètement dans ma bulle, probablement inaccessible, voire assez revêche, n’arrivant pas non plus à demander de l’aide. Je me souviens avoir passé beaucoup de temps à quatre pattes. Je me souviens à peine avoir refusé vertement la proposition de la sage-femme de m’allonger sur le côté. Je me souviens avoir juré, juré, juré… (!)
Enfin j’arrive à capter un message de ma sage-femme : « ton bébé doit tourner, je vais appeler la gynécologue de garde ».
Oui, avec plaisir, qu’on en finisse, bon sang !
Il est en « occipito-sacré », en fait. Le fameux accouchement en postérieur. Ben merde. Je me souviens du chapitre dans le livre d’Isabelle Brabant. Putain, pourquoi on ne m’a rien dit, et quoi, il n’y avait pas des positions pour le faire tourner ?
Je suis une vraie furie. En fait je crois que j’avais vraiment fait mon possible et que les personnes autour de moi ont fait leur possible aussi pour m’aider !
Il paraît qu’à un moment les sages-femmes ont pensé à demander une césarienne. Mais heureusement, on ne m’en a rien dit, j’étais déjà assez enragée comme ça !
La gynécologue arrive, c’est une femme de mon âge. Elle fait un toucher tout en me demandant de pousser. Je l’entend dire « la poussée est efficace ». Mon Dieu comme ces mots sont doux à mes oreilles, moi qui avais eu mille fois le temps de me dire que ces foutus efforts ne servaient à rien !
C’est au tour de la ventouse de faire son entrée. Aouch ! Sans péridurale, et « dans le mauvais sens », je la sens passer !
Un tour. Cette image, je ne sais plus si c’est la mienne ou celle de mon mari, d’un capitaine de bateau qui tourne le gouvernail en pleine tempête, avec force, avec tout son corps.
Ensuite elles me laissent pousser. Une fois, deux fois, le voilà, qui glisse tout seul.
Contre moi. Qu’il est grand ! Qu’il est beau !
Tout sale avec son méconium, mais tout rose. Un superbe bébé. C’est un garçon.
C’est exactement le bébé que je voulais !!!
Bonjour Nils, bienvenue au monde, bienvenue parmi nous !
Je ne me souviens plus de la délivrance. Je suis sur notre petit nuage d’amour.
La gynécologue et la sage-femme sont toutes à leur affaire avec mon périnée. Une épisiotomie, pour la ventouse, et puis une « brèche » vers l’anus… Il paraît qu’elles ont hésité à m’emmener « au bloc » tant le travail de suture était conséquent… Il paraît aussi qu’elle a fait du beau travail. Sympa.
Un pédiatre passe et se penche sur mon garçon. Ah oui, le liquide était méconial. Et puis, bon, la naissance n’a pas été facile.
Je lui décoche un « vous n’allez pas l’aspirer, hein ! ». Je dois encore avoir mon regard noir d’adrénaline. Lui a un regard gentil. Il regarde mon bébé sans le toucher, ne dit mot et s’éclipse. Merci, il a tout compris celui-là ! Ou alors il terminait sa garde !
Plus tard on est tous les trois, mon bébé est contre moi, un peu sonné quand-même, il cherche à téter.
Et c’est juste à ce moment-là que la sage-femme vient pour le sécher, le peser. Bon ça ne m’a pas tellement plu mais c’est vite passé. Après c’est vrai qu’on a pas mal galéré pour la mise au sein mais allez savoir si c’est à cause de ça ? L’allaitement sera difficile à mettre en route mais je suis bien soutenue. Très bien soutenue. Mon fils tètera 22 mois, finalement !
Je sors triomphante de cet accouchement, une immense fierté m’envahit. Je suis euphorique, presque maniaque.
Je dis « on peut dire que c’est sensationnel ! »
Les quelques jours passés à la maternité sont très chouettes, l’équipe est soutenante, présente quand il faut.
Sauf cette affreuse sorcière qui me brandit sous le nez un tube d’auréomycine sous prétexte que mon fils a des petites croutes jaunes au coin de l’oeil. En pleine nuit ! Je le lui fait bouffer, son tube. Non mais ! La petite conjonctivite passera avec un peu de mon lait dans l’oeil (sous les conseils d’une amie maman).
Quelques semaines plus tard, après que nous lui en ayons fait le récit, un ostéopathe nous dis que cette naissance a dû faire beaucoup souffrir notre fils. Sur ces mots, je retomberai du haut de mon euphorie. Des mots qui continueront à résonner, en profondeur, pendant longtemps ! Je m’en serait bien passée : à quoi ça servait de nous dire ça ?
Pourtant c’est vrai que ce n’était pas de la petite bière cette naissance. mais notre fils est en pleine forme. Un bébé serein comme tout en plus !
Trois ans plus tard, me voilà à nouveau enceinte.
Au début de cette nouvelle grossesse je suis surprise par le surgissement de l’angoisse de vivre un accouchement comme le premier.
Je décide, après quelques échanges avec ma sage-femme et avec différentes autres personnes, de faire le suivi avec une autre sage-femme. Je retourne au yoga prénatal. Ma gynécologue me verra pour les échographies. Nous nous inscrivons dans la même maternité pour un accouchement en plateau technique avec notre nouvelle sage-femme.
Nous avons deux dates pour le terme. Un vendredi et le lundi qui suit. Quoiqu’il en soit, c’est dans une semaine environ.
L’aîné est chez ses grands-parents pour le week-end.
Samedi matin nous avons fait l’amour. Quel merveilleux souvenir !
Samedi soir nous sommes allés à une fête. Je suis en pleine forme, je rayonne avec mon ventre tout rond. Deux heures du matin, une cigarette sur le balcon, la fête bat son plein. La lune est énorme, superbe, toute pleine elle aussi.
« En voilà une lune à faire naître les enfants », me dis-je ! Mais je n’y crois pas. J’ai encore une semaine devant moi et mille petits projets.
Dimanche matin nous dormons tard. Je me lève quand il est presque midi. Tiens, ces pertes rosées, ça me rappelle quelque chose !
Quand mon mari se lève à son tour je l’invite à m’aider. J’ai entrepris de finaliser quelques rangements par-ci par-là. On se met d’accord, enfin, sur un prénom de garçon et je commence à bricoler le faire-part. Mon mari passe l’aspirateur dans l’escalier commun de la maison (!!?). J’ai des contractions que j’accueille tranquillement. Elles m’interrompent à peine. Je visualise mon bébé qui descend, je lui dis « vas-y, tu peux venir ». Je me fais doucement à l’idée que la naissance arrivera… dans moins d’une semaine !
L’après-midi se passe et mon mari doit aller en ville pour un rendez-vous. Bien sûr, il sait que j’ai des contractions, mais comme je les prends très à la légère, il s’en va à son aise.
Je vais m’épiler les jambes, et même me vernir les ongles de pieds ! Je veux être toute belle pour mon bébé.
Bon. Les contractions sont de plus en plus costaudes. Difficile d’en calculer l’écart, le rythme.
Quand mon mari rentre, je commence à réaliser que je suis en travail. Et pourtant nous nous asseyons tranquillement pour manger, et nous invitons même notre voisin à passer (nous voulions emprunter son appareil photo pour photographier le montage que j’avais fait pour le faire-part).
Quand il arrive, je vais prendre ce « fameux bain « (on ne m’aura plus !!!)…
Ouh là, ça s’accélère franchement. j’appelle mon mari, lui demande de remercier notre cher voisin et de me rejoindre. Il appelle la sage-femme… qui est à l’autre bout de la ville, elle vient de terminer un accouchement.
J’espère très fort qu’elle ait le temps de nous rejoindre à la maison. Je ne veux plus arriver « seule » à la clinique.
Une demi-heure plus tard, tant pis, on embarque les valises, il faut y aller, je le sens !
Au moment où nous sortons de la maison, la sage-femme arrive. Je monte dans sa voiture et mon mari nous suit.
Et là c’est parti. Je perds les eaux dans la voiture de la sage-femme (nous sommes à cinq minutes en voiture de la clinique !). Dans le hall de l’hôpital (heureusement en pleine nuit), je refuse de m’asseoir sur une chaise, je veux accoucher là, je m’en fout, ça pousse, ça pousse.
Ma sage-femme arrive à m’imposer une chaise roulante et file à toute allure vers l’ascenseur. Je suis à genou sur la chaise.
Entrée en fanfare en salle d’accouchement. Je me met à quatre pattes sur la table. Il y a pas mal de monde.
Je suis dans tous mes états, bourrée d’énergie. Je donne des ordres à tout va : « éteignez cette lumière !! », « pas besoin de m’examiner, il est là !! », « à boire ! J’ai soif !! ». Une élève sage-femme tente bravement de recueillir un petit tracé avec le monito (nous aurons cinq centimètres de papier !)
Aaah ! C’est super intense !!
Mon mari doit arriver, je l’attends. Encore cette foutue voiture à garer !
Je suis un peu triste de ne pas avoir été plus tôt au fait de l’état d’avancement du travail, triste de n’avoir pas vraiment eu l’occasion de dire tranquillement à mon mari « ça y est, notre bébé est en route »…
Finalement, heureusement qu’il met quelques minutes à arriver : Je fais caca, je crie « Bah ! ça pue ! Aaah ! désolée !! »
Mon mari arrive, ça y est je peux pousser. Ouh c’est vachement intense !
Allez, quand faut y aller, faut y aller ! Je pousse, mais vraiment cette fois j’y vais, au bout.
Une fois, le voilà, Deux fois, il est là.
Je m’assoie sur mes genoux, il est là entre mes jambes, je le prends contre moi.
Comme il est beau ! C’est incroyable ! Bienvenue à toi, Vadim, bienvenue dans notre famille !
Je n’en reviens pas d’avoir (encore!) un si beau bébé, il est parfait !
Tout s’arrête. Enfin. Le calme après la tempête. Un quart d’heure est passé entre l’arrivée à la clinique et la naissance, à peine vingt minutes entre le moment où nous quittions la maison et la naissance !!
Bon il faut encore pousser, pour le placenta. La détermination me manque, je suis toute à la rencontre. Je devrai me remettre à quatre pattes pour y arriver… Aouch, ça fait sacrément mal !
Nous sommes à l’hôpital mais pas un geste médical n’aura été posé.
Puis la salle d’accouchement se vide, nous sommes tous les trois. Notre sage-femme rentre chez elle, les autres vont s’occuper des autres mamans. Il y a plein de naissances, cette nuit, et plein de mamans qui arrivent en étant déjà bien avancées dans le travail …
Mon bébé tète déjà, avec concentration. Quel merveilleux petit garçon !
Les sages-femmes de la maternité sont charmantes, le retour à la maison se passe bien, l’allaitement, tout ça.
Bien entendu, j’ai mal en allaitant au début, les tranchées, et les mamelons qui sont sensibles. Mais une fois de plus je suis bien entourée.
Mon périnée, quant à lui, est intact, comme on dit. Une merveille ! Je peux le « sentir » dès les lendemain de la naissance.
Voilà, ces deux naissances. Semblables en bien des points et pourtant très différentes.
J’ai pu accéder à cet état si particulier à chaque fois grâce à la bienveillance de ceux qui m’ont entourée alors.
Je les en remercie du fond du coeur.
Chacune de ces naissances ont fait de moi la maman que je suis, et j’en suis profondément heureuse !
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