#28 Sarah – 30 décembre 2010

30 Jan

J’ai choisi de vous raconter mon second accouchement. Car j’ai donné naissance à des jumeaux, après avoir envisagé et préparé un accouchement à domicile. En apprenant l’existence des deux bébés il n’en a plus été question. Ce fut un coup très rude à encaisser car je n’avais pas bien vécu du tout ma première grossesse et gardait quelque regrets quand à la naissance de mon premier bébé.

Je suis tombée enceinte à 20 ans. Une petite surprise bien vite assumée mais voilà, persuadée pourtant d’être faite pour être maman, cela a été un véritable bouleversement de m’apercevoir que je n’étais pas épanouie par l’état de grossesse. Un véritable cauchemars, une succession d’angoisses et de malaise, une dépression grave. Le sentir bouger en moi était une torture. Mon corps ne m’appartenait plus. Je n’étais plus moi. Je me déformais, je devenais grosse, grasse, informe, je ne me reconnaissais plus. Chaque coup de pied était vécu comme une agression, aussi à 34 semaines je me suis présentée aux urgence de la clinique mutualiste ou je devais accoucher. Âpres maintes et maintes péripéties, un petit tour traumatisant à l’abattoir du service psychiatrique du CHU pour une expertise et malgré tout, une belle rencontre avec une psychothérapeute de la clinique j’ai obtenue d’être déclenchée à 37 semaines.

Le jour du déclenchement après 12 h d’attentes, on m’a finalement renvoyé chez moi car le service était plein en m’enjoignant de revenir le lendemain matin après avoir passé un coup de téléphone. Je suis rentrée en larmes, démolie, trouvant difficilement le sommeil entre deux coup de pieds douloureux. J’ai du pleurer toutes les larmes de mon corps… La préparation à été agréable, et douce. L’accouchement à été très dirigé, bien que j’ai échappé à l’episiotomie, j’ai quand même du subir une position gynécologique forcée, une pose de sonde urinaire et une pression psychologique très forte pour la pose de la péridurale. C’était mon premier enfant, je ne me rendais pas compte. Eux, par contre, savaient… J’ai subit et eu malgré tout un bel accouchement. Bien que l’après grossesse eu été idyllique (malgré un allaitement catastrophique par l’absence d’informations et de soutient) je ne me suis sentie ni fatiguée, ni dépassée, nous avons pris le temps de nous connaître en douceur, un amour indescriptible m’avait envahie presque immédiatement m’écrasant sous son poids. Pas de baby blues, le reste coulait de source. Je me rassurais, j’étais bien faite pour être mère. Mais j’étais aussi faite pour être femme. Cependant, l’idée avait fait son chemin, le deuxième naîtrait au sein de notre foyer. Il m’a fallut 1 avortement, de la chirurgie esthétique pour réparer mon corps, 3 ans et un traitement médical pour envisager cette seconde grossesse…

Voici comment Soren et Nael sont venus au monde…

Jeudi 30 Décembre 2010, 08h30.

Adrien dors en haut. je regarde Louca qui dort à côté de moi sur le canapé lit du salon. Il m’y a rejoint cette nuit. Il se réveille, me fait un câlin et demande les dessins animés. Moi je n’ai rien dormis de la nuit. Des contractions m’ont réveillées régulièrement. J’envoie un sms à Adrien pour le réveiller et lui signifier mon intention de retourner à la maternité. Pas par flemme, mais juste pour ne pas avoir à hurler, ou à monter les escaliers comme une tortue sur le dos pourrait envisager de le faire. On prépare mes affaires cette fois, je déjeune, et monte dans le taxis que j’ai appelé un peu plus tôt. Adrien reste avec Louca. Je le tiendrais au courant.

 

10h52.

On me prends rapidement en charge puisque j’ai appelé avant de venir. On m’installe en salle d’examen, qui n’est autre qu’une salle de pré travaille. Monitoring, toucher vaginal, ouverte à 2 doigts large à l’orifice interne, on décide de stopper les contractions, et ainsi d’arrêter, une nouvelle fois (il l’avaient déjà fait ) ma précédente hospitalisation avant noël), un accouchement prématuré. Je suis alors à 33 SA+3 jours. J’ai le droit à ma perfusion de tractocile et ma première piqûre de corticoïdes dans les miches. A ce moment je sais que j’en ai au moins pour 48h.Je préviens ma mère qui passe me voir vers 11h, et Adrien vient au nouvelles avec Louca. Mon fils n’aura juste pas le droit de venir me voir, tant que je ne serais pas de nouveau installé dans une chambre sur service des grossesse à haut risques que j’avais quitté 2 semaines plus tôt…

12h36.

Toujours des contractions, toujours aux urgences. Mais les sages femmes se montrent rassurantes. Quoiqu’il arrive, des bébés de 33 SA elles en ont vus et des bien portants. On rit même, et je fais mon possible pour ne pas subir tout cela. Je parviens encore à ce moment là, à lâcher prise et à prendre les choses avec le plus de recul possible. J’essaye de dormir un peu, car je n’ai toujours pas le droit de manger. Tout juste de boire. (Intérieurement je ne peux m’empêcher de souhaiter que le tractocile n’arrête pas les contractions… Je ne saurais m’expliquer pourquoi).

16h46.

Le travail n’avance pas. Le col ne bouge pas, mais les contractions ne s’arrêtent pas pour autant. Elles ne me font pas mal, c’est juste fatiguant de devoir respirer plus fort lorsqu’elles arrivent. Je me laisse examiner avec le sourire, mais me parasiter de produit chimique va à l’encontre totale de mes convictions personnelles. Je patiente encore, essayant de me persuader que ces prochaines 48h ne sont pas tant utiles pour le tractocile censé arrêter le travaille, mais que son peu d’efficacité, peu permettre aux corticoïdes de faire leur effet sur les poumons des petits. Je n’ai rien mangé depuis 9h ce matin, et je suis fatiguée.

17h53.

Je rejoins enfin ma chambre. Fort heureusement, je retrouve celle que j’avais lors de ma première hospitalisation et ma super colocataire, toujours alitée pour une fissure de la poche des eaux. Tant mieux, je suis contente et soulagée, nous savons vivre l’une avec l’autre, on sait qu’on s’entend bien, jusqu’à choisir le même programme à la télé et ne pas se télescoper pour la salle de bain… Je suis vraiment contente de retrouver Alexandra, mais je commence à regretter d’être venue. Je ne sais pas pourquoi, quelque chose de triste s’installe tout au fond de moi et ne me quittera plus jusqu’à la naissance. Je perds mon optimisme, et mon ventre commence à prendre trop de place dans ma vie.

18h03.

Une gynecobs passe. C’est celle qui m’avait carrément traitée d’inconsciente lors de mon premier passage aux urgences alors même qu’on ignorait la présence des jumeaux. J’avais eu le malheur de lui préciser que si je n’étais pas suivit à l’hôpital c’était parce que je comptais accoucher chez moi. Ce à quoi elle avait répondu je vous le rappelle:  »J’espère simplement que vous arriverez en vie jusqu’ici… »

Cette fois elle remplit son rôle de grosse conne à merveille, me regardant toujours comme une tarée: –  »Hors de question que vous accouchiez pour le moment. Vos bébés passent en premier, vous ne voudriez pas qu’ils arrivent en mauvaise santé, faites donc un petit effort… ». Et là le vide, un terrible bond en arrière de 3 ans. Je perd tout mes moyens et la colère monte. Je me dépossède à nouveau de tout ce que j’ai mis tant de temps à me réapproprier. Je veux rentrer chez moi, après l’avoir étranglé et pondre mes gosses dans la baignoire plutôt que de lui accorder encore une seul regard…

Pire, ma coloc’, avec sa fissure de la poche des eaux, ses maning 1 jour sur 2, et ses monito 2 fois par jour est à 32 SA. Sa fille est estimée à un poids d’1kg600 alors que les miens faisait ce poids là à 30sa seulement. Elle n’a pas d’infection et tient le coup depuis 1 mois et demi comme une mercenaire. J’admire sa patience et sa force de caractère. Seulement ils sont catégoriques, pour elle, si le travaille se lance, il laisseront faire. Les bras m’en tombent. Sans savoir pourquoi, ni me poser la question de savoir s’ils seront en bonne santé ou pas, j’encourage mes bébés à lutter contre ce poison qu’on m’injecte dans les veines et qui perturbe le court naturel des choses, mais sans suces. le col, ne bouge pas et les contractions continuent.

19h29.

J’ai mangé et j’ai le moral à 0. Je regrette d’être venue. J’ai fais confiance aux médecins en pensant que mon avis compterait. Ma famille me manques déjà.

21h57.

Je perds l’intégralité du bouchon muqueux. Les médecins mettent ça sur le compte des touchers vaginaux que l’on ma fait et refuse de me de perfuser. La sage-femme m’écoute patiemment, elle me tiens la main et essuie mes larmes. Elle comprends ce que j’essaye de lui expliquer et se sent démunie. Je perçoir alors qu’ils m’ont rajouté une perfusion de xanax, de spasfon et de doliprane. Au comble de la rage, j’exige qu’on ne me la renouvelle pas, car elle arrive à la fin. Cette fois-ci on m’écoutera. J’ai tellement les boules que je décide de refuser quoiqu’il arrive toute nouvelle perfusion, même de glucose uniquement. Les contractions sont toujours là, mais je ne lutte pas. Je les accueilles avec tellement de force et de bienveillance, que les anti douleurs qu’on me propose me paraissent complètement inappropriés à la situation. J’essaye de dormir.

Vendredi 31 décembre, 03h28.

A la demande de la sage-femme, je m’en vais la prévenir que les contractions m’ont réveillées. A peine ai-je ouvert la porte (le bureau est pile en face et je ne voulais pas réveiller alexandra) que je tombe nez à nez avec la  »gynéconne » de tout à l’heure. Elle me palpe le ventre sans ménagement, ni regard pour moi, me reproche de m’être levée et me renvoie me coucher en ordonnant à la sage femme de ne rien faire de plus. Les larmes coulent dans le noir, je commence à désespérer. Je n’ai plus d’emprise sur rien.

06h15.

Je ne dors toujours pas. Je rappelle la sage femme qui m’examine. Cette saloperie de col n’a toujours pas bougé. Un comble lorsqu’on est hospitalisé pour la deuxième fois pour menace d’accouchement prématuré. Je suis si abattue, que je me dis que si les contractions continuent une fois le protocole de tractocile terminé, et qu’elles ne sont pas plus efficaces, je suis prête à renoncer à ce bel accouchement auquel je me préparais et à supplier pour de nouveau être flanchée.

14h29.

Une autre gynéco, passe avec toutes sa clique d’interne et de sage femme. Elle ne m’a jamais vu, ne me connais pas et parle carrément d’un retour à la maison après la de perfusion. Selon elle, une fois le protocole terminé, je dois faire ma vie et attendre que ça vienne. je suis sidérée. Tout ça pour ça? Je n’y comprends plus rien, cela semble une bonne nouvelle et pourtant je suis complètement perdue. Elle n’est pas contre un déclenchement si les contractions inefficaces ne s’arrêtent pas, mais pas avant 37SA!!! Je suis calme et impassible en apparence mais je me vois entrain de leur arracher les yeux en même temps que tout ces fils qui me branchent et me relie au corps médical. Je hurle et je me barre, on ne m’écoute pas. Alors j’ouvre à nouveau les yeux et ils sont toujours là, notant consciencieusement des phrases inutiles sur leur tablettes.  Ils font comme bon leur semble, parce que, bien sûr, eux, ils savent.

18h10.

Je ne cesse de plaider doucement ma cause auprès des infirmières. Je veux qu’on me débranche. Je me bat contre moi-même et les psychiatres commencent à débarquer régulièrement dans ma chambre. Je commence à paniquer. J’annonce la couleur. Personne ne m’enverra de nouveau en psychiatrie parce que j’essaye d’être moi-même et de faire respecter mes convictions. Je ne suis pas celle qu’ils croient. Je pense à mes enfants, mais ce sont bien de la faute des médecins s’ils prennent à présent tant de place. Il m’ont interdit de récupérer mon ventre et tout le travaille que j’avais accomplit ces derniers mois est réduit à néant. Je comprends qu’il faut que je me reprenne. Adrien bien qu’il fasse tout ce qu’il peut pour être pressent, n’est pas là. Il n’est pas dans ma chaire, il n’est pas avec moi et je me bat seule depuis des mois pendant qu’il prépare l’arrivée matérielle des petits et se rassure comme il peut en cultivant ses priorités personnelles. On ne se voit plus on ne se touche plus, on se parle de loin alors que nous sommes pourtant si proche. Je dois faire un travail de deuil. Sur tout un tas de chose, je dois à tout pris sauver ce qu’il me reste et m’accrocher pour que cela se termine bien. Je ne me lâcherai pas la main. Je reprends courage et me regarde dans la glace aussi souvent que possible. Je puise en moi, toujours persuadée que tout ira pour le mieux, quoiqu’il arrive. Ce petit bout de confiance est là, tout au fond, il chasse la tristesse et la colère devient rage pour mieux me maintenir à flot. C’est la tempête à l’intérieur de mon crane et je tente de m’apaiser tant bien que mal. Je passe ma dernière nuit blanche, ne trouvant rien de mieux à faire que de me mordre les poignets pour gérer cet ouragan que rien à part moi ne pourrais apaiser.

Samedi et Dimanche.

Je les passerais à essayer de rassembler les morceaux. On me de perfusera. On attendras. Personne, de toute façon, ne sort ou n’en sait plus le week-end. Les sages-femme prennent soin de moi. Elles sont deux, semble t’il à voir la peine dans mes yeux. Ce mélange de culpabilité et de révolte, si bien caché derrière des larmes silencieuses. Grâce à elles, je me résigne dans la calme et parviens à trouver en raclant bien au font, un semblant de sérénité.

Lundi.

Je continue à me recentrer sur moi, tant bien que mal. Mais en plein milieux de la nuit, Alexandra appelle. La sage femme la met sous monito, l’examine et le verdict est sans appel: Elle va donner naissance à sa fille. Derrière mon paravent, les larmes coulent, mon monde s’écroule de nouveau, mes yeux écarquillent et je laisse échapper un: non, non, pas maintenant… silencieux. Cela ne se peux pas. pas elle, pas maintenant. pas avant moi. Je suis heureuse pour elle bien sûr, j’ai peur aussi, mais c’est trop, je m’habille, essayant de lui cacher mon état pour ne pas l’inquiéter, ni lui faire croire qu’elle est pour quelque chose dans ma peine, et passe devant la sage femme en essayant de lui baragouiner quelque chose comme: je vais faire un tour.

Je me cloître dans l’obscurité d’un petit salon d’attente du service. Je regarde à travers la vitre et je pleure, je me vide, je lâche prise. Je me mord encore en essayant de me persuader qu’il faut prendre du recul. Je ne parviens pas à savoir pourquoi tout cela me tient tellement à cœur, pourquoi tout cela me parait si absurde. C’est juste le moment je le sais. Cela devait être mon tour! Je ne comprends pas. C’est impossible… Lorsque je rentre dans ma chambre, Alexandra est en train de pousser en salle d’accouchement et la sage femme m’attends. Elle me tient de nouveau la main et je sens son regard bienveillant qui me veille. Je finis par m’endormir après avoir parlé dans la nuit à une alexandra déjà sur pied, marchant même, après un accouchement rapide, venue s’enquérir de mon état. Je me sens nulle, petite, j’ai honte de moi, et de susciter tant d’intérêt mal placée. Elle doit profiter, je lui assure de la joie que j’ai pour elle et du courage dont elle fait preuve. Sa fille est en néonatologie et elle y restera longtemps, mais elle va bien et c’est le principal.

Mardi.

La sage femme vient me faire lire ce qu’elle à inscrit dans mon dossier. Ses mots sonnent justes. Elle a parlé de moi aux médecins. Elle a plaidé mon cas, elle s’est battue pour faire entendre ma toute petite voix. J’ai envie de la serrer contre moi. Dans la matinée, une autre sage femme vient me chercher et avec un sourire complice m’annonce: allez madame S. venez avec moi, on va vous décoller les membranes… (Comprenez désolidariser la poche des eaux des parois de l’utérus grâce  un toucher vaginal approfondi, bon appétit). Elle me demande si j’ai mal et me dit de la prévenir si c’est trop douloureux. Je ris, je revis. Je lui rappelle que je suis certainement la dernière personne à me plaindre d’un tel traitement, et que la moindre douleur sera considérée comme la bienvenue et un début de quelque chose d’enfin normal et naturel. Je guette les contractions douloureuses. Mais elles se gèrent trop bien, s’espacent trop souvent. Cela ne fonctionne pas.

Mercredi.

Recollement des membranes. On m’annonce que si je n’ai pas accouché d’ici demain 10h, on me déclenchera à l’ocitocinon. Je passe encore la journée, jusqu’à 21h le soir à compter ces ersatz de travail. Je finis par abandonner corps et âme, en me rendant à l’évidence. Je me suis gourée. Je ne devais pas accoucher finalement, se peut ils qu’ils aient eu raison ? Je ne suis plus sure de rien. J’ai le sentiment d’avoir échouée. Je ne suis pas parvenue à mener à bien cette seconde grossesse de façon naturelle et évidente. Je vais être flanchée et je m’endors pleine de culpabilité. j’ai vraiment tout foiré.

Jeudi 6 janvier, 3h30.

Je me réveille. J’ai mal. Enfin non pas mal, mais mon corps se soulève malgré moi. Ces contractions là je ne les contrôlent pas, ce sont elles qui rythment mes inspirations. Les rôles s’inversent, et là je sais. C’est mon tour. Je n’ose y croire, et pourtant c’est différent, je laisse les spasmes me guider vers l’étape suivante, j’accompagne ces petites vagues qui déferlent dans mon ventre en observatrice. Je ne subis pas, j’assiste au spectacle de ce ventre qui doucement se réveille.

Je n’ose pas appeler la sage femme. Elle va encore me dire d’attendre, et rien n’aura bouger. Alors j’attends, je savoure, je m’inspecte seule. Et puis quelques heures après, si, finalement, je l’appelle. Elle me met sous monitoring immédiatement à mon grand étonnement. Ainsi je n’ai pas perdu toute crédibilité. Je me laisse bercer, seule dans l’obscurité, par le rythme cardiaque de mes bébés et je distingue les petites montagnes qui se tracent, régulières et progressives, sur le papier qui se déroule doucement. Comme pour le premier, elles sont anarchiques et d’intensité variable. Je m’en fiche. Je le sais, je le sens, c’est pour maintenant. Et du même coup je reprend confiance en moi. La nature est en marche et moi je suis en accord total avec elle. Je suis convaincue que tout se passera bien.

4h15.

Elle à suivit le tracé depuis l’ordinateur dans son bureau, elle va m’examiner. Encore ? Je suis ouverte à 6 doigts. On va m’emmener en salle de travail. Pardon? Déjà? Tout de suite? Pour de vrai? Là maintenant? J’appelle Adrien. je lui avait recommandé de dormir pour être en forme à 10h pour le déclenchement. Eh bien non mon chéri, c’est pour tout de suite. Fait garder Louca en urgence, et rejoins moi tout de suite. Tout d’un coup, j’ai peur que ça aille trop vite. Qu’il ne soit pas là. Et s’il glissait en vélo? S’il mettait trop de temps à arriver? Et là je réalise. Mince; j’accouche seule finalement. Mon corps s’est mis en marche pour la troisième fois. Finalement, je n’avais pas tord. C’est le bon moment.

5h45.

Adrien est là. Il parait calme mais surtout endormit. Qu’importe qu’il participe, il fallait juste qu’il soit là. On me change de lit et nous nous dirigeons vers la salle d’accouchement. Adrien doit passer de l’autre côté et me rejoindre dans la salle après avoir passé blouse, chaussons et charlotte. Aussitôt un jeune homme se présente à moi comme étant l’élève anesthésiste. Il a l’air gentil et me fait asseoir sur le rebord du lit. Je me dis que c’est une position bien plus confortable qu’allongée en position feotale. Je réalise aussi que je ne couperais pas à la péridurale et je suis totalement déçue même si je m’y attendais. Je suis surtout persuadée que c’est obligatoire et que me battre n’y changera rien. Ils feront ce qu’ils veulent de moi.

Une vielle peau de vache grisonnante et trop maigre à mon goût entre dans la salle. C’est l’anesthésiste. Elle aboie des ordres sur son interne et se place dans mon dos sans un bonjour, sans un mot de réconfort. Elle est dieu et tout le monde lui obéit au doigts et à l’œil. Et moi je commence à avoir la nausée. La betadine est glacée, la piqûre d’anesthésiant locale pratiqué. Même pas mal… Et puis là elle m’enfonce un doigts dans les côtes et l’autre entre les vertèbre et grommelle un: On sent rien du tout! Elle palpe et me prévient: Attention je pique! Je serre les dents. Ça fait un bruit de chambre à air trouée dans un vieux pneu. Une impression de percer du caoutchouc avec un bruit sec qui résonne dans la colonne. Elle ressort l’aiguille et peste: Ça passe pas. Re palpe, reperce, retire. Comme ça 7 fois. Elle me demande de pousser, l’interne me ceinture, plus qu’il ne me tiens pour m’aider maladroitement à trouver la bonne position. Il parait que je bouge trop, que je ne pousse pas assez, que je ne suis pas assez fine.

Adrien n’est toujours pas là, je demande après lui et je comprends qu’on ne le fera pas entrer tant que la vieille peau n’aura pas finit son charcutage en règle. Je pense à mon projet de naissance qui se fait la malle par la fenêtre et que visiblement maigres mes 2 hospitalisations, personne n’a lu. Et puis je croise les yeux de la sage femme derrière son masque, assise sur son tabouret devant moi. La petite blonde me soutient du regard et a l’air de me dire: Ne craquez pas, ça lui ferait trop plaisir. Je me reprends. 8ème tentative. Encore raté. Elle râle encore et je lâche un: – »Loin de moi l’idée de vous compliquer la tâche mais là je fais UN PEU C’QU J’PEUX!!! »

Je regarde ma petite sage femme et lui attrape les poignets, je sais qu’elle ne m’en voudras pas. Je me met à souffler bruyamment et à la 9ème tentative, je bloque, je ferme les yeux, je serre les dents, je ne bouge pas d’un millimètre et pousse sur les doigts de l’horrible bonne femme. La péri ne se pose pas… Cette fois, je m’étrangle de rage et dans mes larmes. Je me retourne et fait ce qu’apparemment personne n’a osé faire devant la déesse anesthésiante. Je lui dis : Piquez moi encore une fois et je vous transperce la gorge avec votre aiguille… Elle se recule et profère quelques menaces que je n’entends pas, puis elle finit par remballer son matériel, complètement furieuse et sors en claquant la porte. J’ai gagné. Mais à quel prix ?

06h15.

Adrien me rejoint, on tamise la lumière de la salle. Je sens les contractions (Qui je le rappelle ne sont toujours pas douloureuses) et je peux bouger les jambes. J’ai le souffle ample. L’anesthésiste à été si brutale que la pression retombe d’un coup, trop fort, je perd pied, je pleure comme si on m’avait traînée nues devant une classe de collégiens cruels. Je manque de souffle subitement, l’angoisse me serre la gorge, j’ai envie de vomir, je suis sûre que je vais mourir… Au secours!!! Et hop! Je vomis, Encore, je me vide. Et je m’apaise. Une baisse de tension m’a méchamment fait tourner la tête. Qu’importe, je passe d’un des pires états qui soit à un des meilleurs: D’un coup je plane grave… Je suis totalement dans le coton, je me sens glisser vers un sommeil de surface, pourtant terriblement réparateur. Je dis à Adrien de dormir derrière moi sur la chaise, que de toute façon je vais m’assoupir aussi. Je n’y crois pas. M’endormir en plein travail. Peut être un des effets de l’anesthésiant local ? Je crois qu’en une heure, j’ai mieux dormis que ces 23 dernières années. Un pied intégral qui me redonne terriblement confiance en moi.

07h15.

Je me réveille. Ouille,  j’ai un truc entre les jambes. J’appelle la sage femme: – »Ils arrivent… » Elle m’examine. je suis ouverte à 8 en effet. Elle passe voir la femme qui accouche à côté et revient me mettre doucement en conditions pour pousser. A peine est-elle sortie que je la rappelle: – »Désolé d’insister mais là il y a vraiment un truc qui se passe ». J’ai besoin de faire rouler mon bassin, un truc me gène, je le sens. Avant de m’examiner elle m’annonce qu’on va passe en salle de cesa. Que le gynéco est plus rassuré comme ça. Le gynéco ???? Et moi ?????!!! Me demande t-on si je suis rassurée ? Dans mon projet de naissance j’avais précisé que je ne voulais pas de péridurale, quitte a subir une anesthésie générale en cas de césarienne… Mais ça bien sur, personne ne le sait. Sur le moment je me dis que si prêt du but c’est franchement couillon d’en arriver là. Tout ce que je suis capable de lâcher c’est un: – »Sérieux? C’est moche… ». Je n’ai de nouveau plus de voix. Je n’arrive pas a dire que non, je ne veux pas. Elle m’examine tout de même avant de partir et semble paniquée: – »Eh bien finalement on va rester là, ou vous allez nous les pondre dans le couloir ». BIN TOUT DE MEME! 15 minutes que je vous dis que ça vient! je n’ai même pas le temps, ni la présence d’esprit de me demander si je préférerais une autre position pour mettre au monde mes enfants. Ils arrivent maintenant et c’est comme ça. je remarque tout de même qu’on m’a mise en position gynécologique sans même s’enquérir de ce que je souhaitais.

07h28.

Je pousse, je suis terriblement efficace, je ressens tout, et je m’applique à graver chacune de ces sensations dans ma mémoire. Cette fois je ne veux pas oublier. J’ai oublié, les visages, la salle, les gens, la main d’Adrien qui me tient et m’encourage, mais je me souviens de cette pression entre mes cuisses, de cette évidence de pousser et puis je le sais, JE VAIS y arriver… Soren sors, je sens la pression qui se relâche, ce petit corps expulsé qu’on pose aussitôt sur moi. Je le vois arriver cette fois, je pleure, l’émotion me submerge, il est là, j’ai réussis, JE l’ai fait naître sans qu’on m’accouche. Un soulagement profond et salutaire d’avoir réussit, plus que d’être libérée.

07h31.

On me le reprends il faut encore faire sortir Nael. je laisse Soren partir avec les sage femme pour ses premiers soin. Je n’ai pas le temps, ni l’énergie de contrôler tout ça. Tant pis. Nael a besoin de moi. Mais je me suis laissé distraire par cette première naissance, par cette émotion soudaine. Je ne sens plus les contractions tout devient confus. Je pousse mal, et Nael tente de se retourner. La sage femme monte littéralement sur mon ventre et ceinture mon utérus pour bloquer ce bébé surpris par ce soudain gain d’espace. On me dit d’attraper mes cuisses pour pousser, je m’énerve: CA NE MARCHE PAS (Sous entendu: Foutez moi la paix voulez vous?) Je pousse en vain, dans tout les sens et me fatigue pour rien. Et puis j’attrape les mains d’Adrien. Avec lui je suis efficace, il n’y a que lui qui puisse m’aider à pousser ce petit dehors. Je n’ai pas besoin de lui parler pour qu’il accompagne mon effort, il m’aide, il est ma moitié et me complète terriblement à cet instant.

J’entends un gros Plop et je m’insurge: – »Les ventouses? Sans me prévenir?. C’est trop. Je demande quelques instants pour me recentrer. Ça y’est je sens la contraction, je pousse. Je sens la ventouse, je pousse plus fort, je l’aide, je visualise, il faut qu’il sorte. De nouveau cette pression entre mes cuisses, il est là, je dois l’aider. je pousse plus fort encore, un instant je reprends mon souffle et aussitôt me remet à pousser.

07h43.

Ça y est enfin il est là, nous avons réussis. Le chirurgien à juste le temps de s’écarter pour éviter un jet de sang et de liquide qui accompagne Nael dans sa violente venue au monde. Il a comme un deuxième crane sur le sien et il pleure. Pas d’émotion cette fois. Trop fatiguée, la première surprise est passé, et il a fallut  »cerebraliser » pour le sortir celui là. C’est pourtant lui qui à le plus besoin de moi après cette sortie brutale. Adrien à récupéré Soren enveloppé dans sa couverture. On me pose Nael sur moi. Pas le temps de dire ouf. On le pesse, le mesure, l’aspire sans doute, je n’en sais rien, je ne vois pas. J’entends juste: – »Super! pas de points! Tout est intacte ». Je mesure la portée de la chose. Mon accouchement c’est déroulé sans accrocs, rapidement et facilement. J’ai échappé à la péri. Encore un sentiment d’accomplissement. Je savais que j’en étais capable. Un poids en moins, un soulagement de plus, lorsqu’on m’annonce après plus de 3 heures de peau à peau avec les petits qu’ils n’ont besoin d’aucune aide respiratoire et qu’un berceau chauffant suffira pour m’accompagner en chambre. Il quitterons la couveuse de  »dépannage » après avoir récupéré un de ces lits au bout de quelques heures. Ils sont plus gros qu’on ne l’estimait. Je suis terriblement fière d’eux. La sage femme en chef accompagné de son interne me fait ma toilette. Elle me propose la sonde urinaire. Non. Je lui demande le bassin. Cette foi ci on me laisse le choix et je veux essayer seule cette fois-ci. Et même si je met bien 2 ou 3 minutes à terminer, j’y arrive. Hin gin gin! (Petite victoire mesquine sur mon périnée). La toilette se poursuit et je me retrouve cocooné et de nouveau à l’aise. En bouillie certes, mais à l’aise tout de même.

12h45.

Avec Adrien, nous les regardons dormir. Nael aura droit à du doliprane car son crane le fera souffrir quelques jours. Et puis il aura un sommeil étonnement paisible et tétera de façon sereine. Son frère, couinant de son petit museau avec son petit poids, comme une petite fouine qui a déjà envie de quitter le nid, mettras un peu plus de temps avant de consentir lui aussi à téter sans m’arracher le téton.

Les jours suivant.

J’accomplis les gestes de soin et de tendresse avec un automatisme désarmants. Mais si les puéricultrice me trouve entonnement en forme et maternelle pour une mère de jumeaux, je me trouve l’air détachée. Le lien ne se fait pas aussi fort que pour Louca. Je les regarde avec un mélange de tendresse, de curiosité, d’appréhension et de culpabilité. Ou est ce coup de foudre tant promis? Et puis le renifle, je le regarde, je les porte, je les nourris de mon sein… Et un jour, Nael me touche. Il se laisse caresser la tête sans hurler. j’ai réussis, j’ai pris soin de lui. Je me met à pleurer. Je le reconnais. Vous m’avez fait le plus beau des cadeaux en arrivant sur cette terre en aussi bonne santé. Vous m’avez permis de me pardonner à moi-même bien des choses dont vous ne soupçonnez pas l’existence. Vous m’avez sauvé de ce passé douteux ou la difficulté de vivre résidait uniquement dans ce combat contre moi-même. Et puis, un jour encore, Soren est dans mes bras. Je me met à lui parler. Je lui demande pardon et de nouveau les larmes coulent. Le culpabilité l’envahie et son petit sourire en coin la chasse, il est là c’est tout ce qui compte. Je le respire encore, je le renifle comme une louve et lui aussi le reconnaît. C’est mon fils.

Un autre jour encore et je les regarde dormir l’un contre l’autre et se chercher du bout de leur doigts. Et là je me dis: Dieu soit loué vous êtes deux. Cela ne sera pas de trop pour déverser tout l’amour que j’ai à vous donner. Qui l’eut cru? Pas moi en tout cas. A dix mille lieux de me douter jusque bien après le jour de leur naissance qu’un tel miracle était possible. pas après tant d’appréhension et de rejet de ce nombre 2. De cette dualité impromptue et totalement déplacée dans une vie que je m’applique encore à maîtriser maladroitement.

Et puis encore un jour. Je suis sous la douche, je touche ce ventre encore rond et gonflé, je sens ce sang qui s’écoule de moi pour finir par disparaître avec l’eau fraîche, je vois ce visage dans le miroir, encore fin, avec 4 ans de plus, je ressens ce tremblement encore fragile de mes jambes et de mes entrailles qui doucement se refont leur place. Je me sens entourée d’un cocon de maternité que je n’ai pas envie de quitter trop vite. 10 jours de maternité en unité kangourou. J’aurais pu en avoir 20 de plus que cela ne m’aurait pas préparé à ce retour si brutale à la maison. Partagée entre la joie de retrouver ma famille et cette terrifiante confrontation à la vie  »normale ».

A la maison.

Des journées faciles. Pas vraiment l’impression d’être à bout ou submergée par le boulot à abattre (Cela viendra plus tard). J’ai mis en place mon allaitement comme une grande sans l’aide ni les conseils de personne. Juste moi et mes pioupious. La maternité me demandais de noter chaque selle, chaque prise de sein, chaque pipi a toute heure du jour et de la nuit, la ou je voulais simplement qu’on me laisse tranquille, mettre en place tout cela avec mes bébés… J’ai finis par falsifier la feuille avec des données exemplaires, à l’avance pour qu’on me laisse dormir la nuit.

Mais voilà, alors que j’avais réussis à le narguer de loin la première fois, le baby blues pointe le bout de son terrible nez, et avec lui, la chute terrible des hormones. La déprime, la dépression. L’envie de ne parler à personne, de refuser tout contact avec l’autre, le besoin de se murer dans le silence, la terrible colère et les mots durs qui ne peuvent s’empêcher de sortir sans raison. La révolte de ne pas retenir ces instant plus longtemps. Le vide aussi, qu’on croyait impossible à ressentir parce qu’aussitôt crée par la naissance de Louca il était comblé par se désir de se refaire sa propre place. Mais voilà, j’étais déjà pleine avant d’envisager cette seconde grossesse, A 2 ils se sont fait bien plus de place que je ne me pensais capable de leur en faire. Et les voilà sortie, et me voilà intacte, avec un vide en plus. Je ne me suis pas perdue, alors comment combler ce trou vertigineux en moi? Besoin de m’enfermer avec mes poussins et de profiter encore de notre petit secret de vie à 3. Pas la moindre envie de voir les jours passer. un besoin viscérale d’appuyer sur pause.

Encore tant de choses à gérer, pour avancer…

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