#33 Louis, l’épreuve du feu où l’inconscience de se rendre a la maternité la fleur au fusil Loire-Atlantique 2006

30 Jan

Voilà, en partie, comment et pourquoi je suis devenue celle que je suis.

Lorsque je regarde mon fils, je me dis qu’il est la meilleure chose qui ait pu m’arriver. Puis je me souviens de sa naissance. Du bonheur, oui… Mais aussi des regrets.
Durant les semaines qui ont suivies sa naissance, j’ai joué le rôle que je devais jouer : la jeune mère comblée et heureuse. Oh ! Je m’occupais bien de mon petit, je le berçais, je le nourrissais, je souriais sur les photos, il avait ses couches toujours propres, de beaux vêtements et une chambre bien décorée. Mais rien d’autre. J’attendais désespérément cette bouffée d’amour, le coup de foudre en le regardant, mais rien. C’était un étranger extrait de mon ventre. Car oui, bien sur, on m’avait accouchée.
J’ai longtemps considéré ma première grossesse comme assez chaotique : 3 premiers mois vomissements avec perte de poids et saignements, a partir du 4eme mois, contractions permanentes, Au 6eme, MAP et alitement strict, et au 9e mois, mon petit se fait attendre… A bien y réfléchir, les « maux » de la grossesse ne sont insupportables et invivables que si la future mère les vit comme une pathologie devant être traitée.

Jeudi 26 octobre 2006,

17h, je me ballade sur la plage avec une copine (celle qui sera la marraine de mon petit à venir) et je sens que ça contracte plus que d’habitude, mais pas trop d’affolement (faux travail une semaine avant ….) et pas de douleur.
19h, j arrive a la maison (mon mari est au travail jusqu’à 21h). Je dois sortir dîner avec des amies, donc je prend un bain et me pomponne.
Pendant le bain, je sens que ça contracte encore mais toujours pas mal. Je tente un TV et sens un col mou mais pas effacé, un peu ouvert (2 doigts).
Je sors du bain en catastrophe pour courir aux toilettes me vider.
20h J appelle mon mari qui part du travail sur le champ, sans trop vraiment y croire (pff encore une fausse alerte…)
21h J’alterne bain chaud, toilettes, et ballon pour soulager mon périnée qui tire et mes reins douloureux. A masse mon dos a l’huile d’amande douce et va me faire un ti encas (foi gras s’il vous plait).
On note les contractions : toutes les 3 minutes. Ca commence a faire mal … Je perd un peu de sang…. Bon ça devient sérieux. J’appelle la mater et j explique. « Faut vite venir madame !!! » Avec du recul, il me parait particulièrement stupide de partir si tôt a la maternité. …Puisqu’on habite juste en face… Cependant, nous nous y rendons.

Lorsque je franchis les portes de la maternité, j’angoisse, je suffoque. L’environnement hospitalier me rend dingue. A cette seconde les contractions deviennent douloureuses. Elles ne l’étaient pas (ou à peine) juste avant.
22h30 On m’installe le monito, je ne tiens plus debout, je suis dans ma bulle et je commence a faire des cris un peu bestiaux (c est mon premier bébé, je suis un peu impressionnée et je « subi » la douleur, au lieu de l’accompagner) On m’allonge pour ce monitoring.
Longtemps, j’ai occulté cette douleur intenable au cours du travail due a un protocole hospitalier inadapté a une maman qui ne voulait pas de péri au départ, puis qui supplie car la douleur devient insupportable, allongée sur le dos avec un monitoring en continu. Après vérification dans mon dossier médical, il a duré 50 minutes jusqu’à ce que j’enlève tout (précisons que la durée protocolaire qui protège, d’un point de vu médicolégal, le soignant qui prend en charge une parturiente en travail, est de 30 min).
« On » c’est une sage-femme, elle s’appelle D, c’est écrit sur son sein. Elle a la carrure d’une nageuse allemande, de larges épaules, la coupe au bol et les cheveux blonds cendrés. Je tente de me souvenir de la couleur de ses yeux…mais je n’y parviens pas et pour cause, je doute qu’elle m’ait, à un moment, regardée dans les yeux, qu’elle m’ait vu vraiment, moi !
Je me souviens qu’elle soupire en m’entendant hurler, déjà, à peine arrivée, a peine dilatée à 2 doigts. Elle parle déjà de faux travail. Et moi tendue, crispée, arquée et douloureuse, je crie ma douleur, ses doigts dans mon intimité et ses yeux dans le vague.
Elle ne m’a pas demandé si elle pouvait m’examiner. J’étais toujours branchée à ce monito de malheur. Je ne pouvais pas dire non. JE N AVAIS PAS LE CHOIX.
Je gérais ma douleur, j’étais en dedans de moi, je vocalisais. J’ai pris ce TV comme une forme de viol. Je n’étais pas prête pour le subir, je n étais pas prête a entendre que ça n’avait pas avancé.

Longtemps après, j’apprendrai, en lisant des ouvrages de femmes sages, [des histoires de mensonges, de naissance heureuse et de passage…] que dans d’autres pays les sages-femmes savent encore reconnaître les différentes phases d’un enfantement en observant la mère en devenir : sa soif, ses postures, son souffle, ses yeux et le pli de ses reins. Que là-bas, entrer dans l’intimité d’une femme c’est une faute professionnelle si aucun signe d’appel ne le nécessite. Mais c’était un peu tard, pour cette naissance là.

Mon fils a son dos contre le mien à chaque contraction, il écrase toutes mes terminaisons nerveuses. Je souffre le martyre. Il sautille et fait bondir les capteurs, la SF me pique 3 fois pour le cathéter sur le dos des deux mains et finalement choisi le creux de mon bras. J’ai refusé ce cathéter en arrivant. On a pris a part mon mari pour qu’il me fasse entendre raison. J’ai cessé d’écouter mon instinct pour suivre les ordres.

Nous sommes seuls, A, mon ventre, moi et ma douleur. La nageuse allemande est partie. J’ai besoin de me lever et dans mes souvenirs, je débranche avec peu de délicatesse tous ces fils et ses capteurs, 50 minutes donc…une éternité…J’ai le vague souvenir d’être mieux a quatre pattes, mais le carrelage est froid. A un moment on m’annonce que je dois passer la « tenue standard » La table d examen est froide, la lumière est forte. La nageuse allemande et une autre femme apparaissent et disparaissent sans que je ne sache comment. Pourquoi je ne suis pas prévenue ?? Pourquoi je ne me sens pas en SECURITE ??
Je demande un ballon, un bain chaud : « C’est trop tôt, vous aurez le temps plus tard, c’est le début du travail… » Oui mais j’en avais besoin à cet instant. J’avais le mien à la maison qui m’avait tellement soulagée…Ce bain chaud que je n’aurai jamais… Je fini a quatre pattes. Sur le carrelage froid. Il fait froid, je me crispe. J’aurai aimé moins de lumière, un matelas, une couverture, mais surtout LA PAIX. Je ne voulais pas de bruit, pas qu’on me parle. Ca me demandait trop d’effort de revenir « à la surface » a chaque fois que la SF me sollicitait. Je ne sais même plus pourquoi …

Je m’étais dit comme bon nombre de futures mamans : « je vais essayer sans la péridurale et on verra bien », mal renseignée de j’étais…dans ma douleur j’ai eu de la chance, mon fils a fait son travail, il est arrivé comme un boulet de canon en 2h chrono.
23h50, Je hurle que je veux une péri, ça fait trop mal (et tous les noms d’oiseaux que je connais a un volume franchement insupportable) je massacre la main d’A et le supplie de tout arrêter. Voilà comment un environnement mal adapté, bruyant fait flancher la volonté d’une maman. Voilà comment on dompte les parturientes. Décuplons la douleur pour mieux la faire taire avec une analgésie.
Mes prières pour obtenir la péridurale, s’envolent vite et loin de mon esprit lorsque je sens un truc bien plus urgent se profiler entre mes cuisses : ça pousse !

Je vocifère « faut que je pousse », « mais non, vous êtes arrivée à l’instant c’est trop tôt !! » me rétorque-t-on !
Je sens que c’est le moment pourtant !! Mais non, j’ai tort. Mon corps se trompe voyons !! Le corps médical sait tellement mieux que nous, ce qui se passe dans nos entrailles !
J insiste : 2eme TV : « vous êtes a 7-8, on passe en salle de travail » !!!

J’étais en salle d’admission durant tout ce temps. Je dois donc me lever. Traverser un couloir plein de monde. Je me souviendrai toute ma vie que je croise le regard d’une femme, brune, le visage en sueur, qui marche comme moi (comme un cow-boy). Durant un quart de seconde, nous partageons notre douleur, notre frayeur et notre gêne… On est dans un couloir blanc, bondé et nous sommes dans cette chemise d’hôpital, les fesses à l’air.
Je me sens humiliée.

Et puis je réalise, j’avais raison ! Ce que je sentais s’est réellement passé. Je ne m’étais pas trompée. Je devais donc suivre mon ressenti et me fermer au reste.
Dans la salle de travail, je me couche sur le coté. Je sens bien. Je sens que Louis descend dans mon bassin. Je sens qu’il progresse tout seul. C’est si simple.
La, tout change. Je subissais, mais la je sais que CA Y EST. Je me transforme en Warrior. Je suis hyper concentrée mais toujours aussi bruyante et vulgaire. Je pousse, sur le coté, en m’égosillant et ça marche !!!
Je voudrais mordre quelque chose, j’en ai besoin ! Je le dis a mon mari qui demande a la SF. Elle nous ri au nez. « Personne ne nous l’avait faite celle-la !! » Ben si ! Moi !! Et j’aurai aimé qu’on respecte ça, qu’on m’accompagne… Qu’on ne se moque pas, qu’on ne m’infantilise pas !
Je sens tout, c est un truc hallucinant !!! La poche sort un peu, puis perce d’elle même.

Je mets les pieds dans les étriers OUI on m’a obligée a me coucher sur dos, alors que mon enfant progressait sur le coté, alors que j’accouchais par les reins, sans péri !! Je veux rester sur le coté moi !! « Ah mais non ça c’est pas possible, Madame, j’ai pas appris comme ça moi ! Les étriers ça va vous aider… » T’as vu ça ou ?? Et pourquoi faudrait « apprendre » à faire autrement ? Il ne peut pas sortir tout seul mon fils ? Sur le coté, on était bien tous les deux …

Je me souviens aussi que la nageuse allemande attrape un truc qui brille : les ciseaux. Je le sais avant de les voir. Et entre chaque poussée je lui hurle « Je veux pas d’épisio !!! » Elle souris, sarcastique ou juste lasse, je ne saurai jamais. Elle me répond que s’il le faut elle coupera. Encore une fois, je n’ai pas le choix. Mes pieds ne tiennent pas en place dans les étriers et mon pied bouscule le bras de la SF. Les ciseaux tombent. Elle me replace les pieds dans les étriers et les maintient (étaient-ce des sangles ou juste ses mains ? je ne me souviens pas…)
Je suis immobilisée, j’ai mal a en crever, la tête de Louis brûle et son doigt a elle fait le tour du col « pour m’aider ». Oh ! Comme je me serai bien passée de ce contact là ! Je lui dit qu’elle me fait mal, mais je n’ai qu’un « Poussez ma p’tite dame ! » comme réponse. « Ma p’tite dame » c’est comme ça que m’appelaient le boulanger ou le boucher lorsque j’exhibai fièrement mon ventre, au marché. Elle ne fait que son boulot elle aussi, finalement. Je ne suis qu’une parmi d’autres. Ce moment sacré et unique, la naissance de mon premier bébé, n’est pour elle qu’une routine qui a perdu toute humanité.

La tête, une épaule, l’autre…. Louis arrive à 00h17, après 15-20 min de poussées profondes et très efficaces. Il aurait pu sortir plus vite, si on ne m’avait pas dit quand et comment pousser… J’aurai poussé quand je le sentais. Et voila, une petite déchirure, un point, expulsion du placenta naturelle et Louis qui me gratifie d’un gros pipi-caca sur le ventre : « Bonjour maman !! »

Il est bô mon fils !!!

Il ne sera pas aspiré, à ma demande. Il ne quittera pas mon mari pendant sa toilette (cause pipi-caca), à ma demande.

Apres la délivrance, une femme (je ne sais pas qui), m’a appuyé sur le ventre comme une forcenée. Je lui ai dit d’arrêter, car j’avais trop mal. « Ben je comprend pas, les autres disent rien… » Oui ben les autres elles sont sous péri….
« Bon ben je vais demander a la SF ce que je dois faire …. »
(C’est ça, va demander…)

La SF « Bon qu’est ce qui se passe, il parait que vous voulez plus avoir mal !? »
Moi : « Ben oui, j’en ai marre, je veux être tranquille »
La SF : m’examinant « Bon votre utérus est correct, pas de risque d’hémorragie »
Regardant sa collègue « on laisse Madame tranquille » (tiens je ne suis plus la « p’tite dame »)
Moi : « Mais vous faites ça à chaque femme, même si c’est pas nécessaire ???
La SF « Ben oui, c’est le protocole, après si vous avez mal et que y a pas de risques, ben on le fait pas, mais faut demander… »

(Ben voyons… )

Louis 1

Pour le séjour, je crois que je pourrais résumer : L ENFER. On m’a infantilisée au maximum. On a voulu m’apprendre à mettre une couche, donner le bain, l’habiller… Je me sentais capable de le faire. On ne m’a pas laissée faire. Toutes ces premières fois, je les ai vécu en spectatrice. Je regrette.

Pour l’allaitement, peu de conseils, tous différents, d’une personne a l’autre. Pas de soutien, pas d’encouragements, juste des conseils techniques (conseils, qui après moultes lectures personnelles et un nombre incalculable de réunions de soutien a l’allaitement, étaient tout a fait lamentables) Pas de compassion, pas d’empathie.

Lorsque j’ai voulu partir au bout de 2 jours, on m’a menacée de garder mon bébé. Si j’avais su que j’en avais le droit, je serais partie. Mais je n’étais pas renseignée. J’ai juste eu peur qu’on me sépare de mon enfant.
Alors j’ai serré des dents et j’ai pleuré pendant 5 jours. J’ai pleuré beaucoup, je n’avais finalement pas de lien avec cet enfant, pas de repères familiers… Qui était-il pour moi ?

Louis 2

J’ai mis 3 semaines à l’aimer, à sentir cette vague de tendresse m’envahir lorsque je croisais son regard. On m’a volé 3 semaines de ma vie parce que je n’étais pas moi-même, parce qu’on m’avait dépossédée de ce qui aurait du être le plus beau jour de notre vie, à tous les deux.

Alors je sais que j’ai beaucoup moins souffert que beaucoup de mamans mais j’ai mal aussi.

J’ai pu consulter mon dossier :

– il est écrit que je n’ai pas eu de déchirure, ni d ‘episio (c est faux, j’ai déchiré et eu un point de suture)
– que je n’ai pas eu de traitement corticoïde anténatal (faux car injection pour la maturation des poumons a 34 SA car MAP)
– que je n’ai reçu aucun traitement au cours du travail (je me souviens très bien avoir reçu une seringue de quelque chose dans le cathé, sans savoir ce qu on m injectait)

– enfin (et c est le pire du pire), il est fait état de mes demandes répétées tout au long du séjour pour une sortie précoce et pourquoi on me l’a refusée ( a l époque je ne savais même pas que je pouvais partir juste avec une décharge) : « maman instable », « allaitement mal installé et pas motivée pour allaiter » (Louis a tété 18 mois et a été tire-allaité jusqu’à son entrée en maternelle a 3 ans… je n’étais pas motivée par des conseils contradictoires d’un personnel a l’autre), « met son bébé au sein des qu’il pleure » et donc « ne supporte pas les pleurs de son bébé »… (Pas une fois ils n’ont pensé que c était juste pour le nourrir que je le mettais au sein !!! et que c’est recommandé de faire téter souvent pour stimuler la montée de lait)
Je précise que mon « instabilité » (J’étais fatiguée et pas aimable avec les gens qui me prenait pour une demeurée) venait du fait que je n avais pas un seul moment d’intimité, que le personnel nous traitait comme du bétail. Je voulais juste rentrer à la maison.
Alors qu’on me refuse une sortie sur des critères de non stabilité, ça me met en colère. Je veux la paix dans un moment aussi important : faire connaissance avec son bébé ne se fait pas au milieu d’une équipe envahissante (particulièrement les dames chargées de distribuer les repas ou de faire les lits, jacassant haut et fort, sur leur vie personnelle), désagréable et qui nous infantilise !

Pugnacity Jane – 2006 –Loire Atlantique

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Une Réponse to “#33 Louis, l’épreuve du feu où l’inconscience de se rendre a la maternité la fleur au fusil Loire-Atlantique 2006”

  1. Héloïse 13 novembre 2013 à 23 h 21 min #

    J’ai le même ressenti concernant mon accouchement et le séjour qui a suivi lors de la naissance de mon fils.Un manque total de respect, d’intimité et d’empathie, pas de réelle écoute ni de bienveillance. Le sentiment d’être infantilisée, dénigrée alors que nous sommes capables ! J’ai moi aussi allaité mon fils pendant 18 mois, et je ne le dois qu’à moi-même.

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