#34 Lucie – Québec – 2011

30 Jan

Je m’appelle Lucie, j’ai 25 ans, je vis au Québec et le 22 février 2011, j’ai donné naissance à un beau garçon nommé Olivier. Je désirais accoucher dans le Centre de Maternité de ma région, de façon naturelle et, si possible, dans l’eau. Malheureusement, rien ne s’est passé comme je l’avais espéré. Après vingt heures de travail, de l’exercice, de la stimulation au tire-lait, de l’homéopathie pour dilater le col, un médicament pour arrêter le travail, un renvoi à la maison pour finalement revenir au Centre, j’ai demandé un transfert à l’hôpital afin de recevoir une épidurale. Comme mon cas n’était pas urgent, le transfert (de l’appel de l’ambulance à l’administration de l’anesthésie) a duré 1h30. Soulagement suivi d’inquiétude. L’épidurale a stoppé la progression de travail. Plus rien. On m’a donc donné du Pitocin et placé un moniteur sur le ventre afin de suivre le rythme cardiaque du bébé. Ses battements de coeur ralentissaient à chaque contraction. Silence dans la chambre… Ouf! Il est reparti. C’est un mois après que j’ai su que c’était chose commune, que ça n’avait rien de vraiment inquiétant. J’aurais apprécié le savoir pendant, question de m’éviter mille et un scénarios d’horreur.

 

En regardant mon dossier, le médecin a réalisé que j’étais porteuse d’une hépatite. Vite, les antibiotiques. Le pourcentage étant inférieur à zéro lors du test effectué pendant la grossesse, ma sage-femme m’avait expliqué que je n’étais pas obligée de les prendre. Rendue à l’hôpital, par contre, pas question de choisir. L’infirmière et le médecin jasaient entre eux comme si je me trouvais dans une autre pièce : «Va falloir lui donner une dose, en espérant qu’elle accouche pas dans les quatre prochaines heures.» «Parfait, Docteur. Je m’en occupe.» J’ai mentionné mon désir de ne pas en recevoir et on m’a répondu que si je ne les prenais pas maintenant par intraveineuse, on devrait les donner à mon enfant à sa naissance. Coup d’œil rapide à ma sage-femme : «C’est mieux de pas trop s’obstiner avec eux, Lucie.» Pardon ? Et mon choix ? Trop fatiguée, je ne me suis pas obstinée.

 

Sept heures plus tard, mon col, enflé et fatigué, est passé de neuf à huit centimètres. On m’a offert deux possibilités : attendre encore et tenter d’aller chercher le petit avec des forceps ou passer à la césarienne. J’ai choisi la seconde option. Par chance, le bloc opératoire se libérait à l’instant. J’ai demandé à ce qu’on me laisse découvrir le sexe du bébé. Je voulais garder la surprise pour la fin.

Le personnel dans la salle d’opération me souriait et me parlait doucement. On m’expliquait chaque étape en prenant le temps de vérifier mon confort. Merci à tous ces gens pour l’attention et le support. Puis est arrivé l’incision et les mots troublants de la chirurgienne : «Oh, mon Dieu! Il était temps!» Il était temps? Dans quel sens? Et ensuite : «Oh! Qu’il est beau!» Bon, c’est un garçon. Olivier. On me montre ses grands yeux à peine quelques secondes et, hop, à la prochaine. J’envoie ma mère avec lui pour veiller à ce qu’il ne soit pas lavé, qu’on ne mette pas l’onguent sur ses yeux et je lui demande de le garder contre sa peau en attendant que je sois prête à le recevoir. Maman m’a dit qu’il a été emmené à la pouponnière (c’est la routine, madame) et qu’on l’a lavé. Pour l’onguent, elle ne savait pas avec certitude.

 

À notre première rencontre, je ressentais encore les effets de l’anesthésie. Je n’étais pas capable de me redresser seule. Une infirmière a jugé qu’après cinq minutes, je devais le mettre au sein. Je n’étais pas prête et Olivier non plus. La crise ! Je n’oublierai jamais le malaise intérieur ressenti à ce moment. Pousse la tête du petit, pince le mamelon, change de sein, pousse plus fort… Rien ne fonctionnait. J’avais envie de pleurer. Heureusement, la dame a admis son incapacité à m’aider et elle est allée chercher une spécialiste en lactation. Quand cette gentille femme est entrée dans la pièce, Olivier a arrêté de hurler et nous nous sommes calmés. Disons que je n’avais pas imaginé nos premiers regards dans un tel contexte.

 

Ensuite viennent la panoplie de visites des infirmières, les médicaments, la pesée, la mise au sein qui ne se passe pas bien du tout, les téléphones… On m’a expliqué que la paroi de mon utérus s’était tellement amincie lors de l’accouchement qu’il s’en est fallu de peu pour qu’il y ait déchirure. On m’a parlé de contraception à peine vingt-quatre heures après la césarienne. Voulez-vous rire de moi ? Y a-t-il sincèrement des femmes qui ont envie de procréer le lendemain d’une telle opération ? Au deuxième jour de vie d’Olivier, une femme médecin a eu le tact de me dire que ce n’était pas certain que je puisse avoir d’autres enfants. J’étais complètement désemparée. Totalement submergée par toutes ces démarches à suivre, le protocole de l’hôpital et le petit qui, n’arrivant pas à prendre mon sein convenablement, perdait du poids. Les suppléments de lait, la jaunisse, la douleur, la solitude… J’ai éclaté en sanglots. Une inondation de larmes. «Pourquoi pleurez-vous, madame ?» Parce que je me sens comme un gros échec, voilà pourquoi. Elle m’a offert des antidépresseurs. Pardon ? N’est-ce pas normal d’avoir une période difficile lors de l’arrivée d’un bébé? Le baby blues ou quelque chose du genre ? Je n’ai pas fermé l’œil une seule fois dans les cinquante dernières heures. Rien que ça, ça donne le droit d’être émotif. J’ai besoin de dormir. J’ai besoin qu’on arrête de venir prendre ma pression toutes les deux heures, qu’on arrête de peser mon fils aux quatre heures pour me le ramener en panique et me disant : «Bon! C’est l’heure de la tétée, madame. Il faut qu’il engraisse, cet enfant-là.» Comment voulez-vous que je mette au sein un bébé hurlant ? Je ne veux pas d’antidépresseurs, Docteur. Je veux qu’on s’occupe de moi pour que je puisse m’occuper de mon bébé.

 

J’ai insisté pour obtenir mon congé rapidement. Le retour à la maison a été difficile, mais nous avons survécus. Mes derniers contacts avec des médecins pour le suivi de mon fils ont été décevants. Je n’ai jamais tenu le service hospitalier en grande estime et mon opinion vis-à-vis ce dernier ne s’est pas vraiment améliorée depuis la naissance d’Olivier. Je souhaite profondément que s’effectuent d’énormes changements afin de permettre aux mères d’enfanter dans de meilleures conditions.

 

Lucie 

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