Ingrid – Bruxelles – 1988

1 Fév

Je m’appelle Ingrid.

Les faits que je rapporte remontent à 25 ans. C’était à Bruxelles où j’habitais alors. Je suis sage-femme. Alors, je savais très bien ce que je ne voulais pas, et ce que je voulais, et les moyens pour y parvenir.

Pour les deux premiers, j’avais accouché à la Maternité, celle où je travaillais à l’époque. En arrivant à la dernière minute, j’avais échappé à la perfusion obligatoire et à l’ocytocine intraveineuse, et aux pressions pour accepter la péridurale. Et puis, j’avais fait une grande partie du travail dans ma baignoire et dans mes coussins. J’étais arrivée un peu beaucoup trop tard pour que mes collègues puissent faire autre chose que me tenir la main en m’encourageant. Ce qu’elles ont très bien fait d’ailleurs. Elles étaient si heureuses d’assister à une naissance normale, vécue, préparée…

Pour la troisième, donc, je ne voyais pas l’intérêt de courrir à la Mat et d’entendre une bonne âme décréter que « accoucher sans péridurale, c’est du masochisme morbide ».  J’ai trouvé la dernière sage-femme qui faisait encore des accouchement à domicile à Bruxelles. Il y a une relève depuis. Bonne nouvelle. J’ai fait mon travail dans une petite piscine, bien chauffée, en chantant des sons « A-aum » aussi fort que j’en avais envie, sans craindre de faire paniquer une primipare dans la chambre d’à côté. Le pied! Je suis entrée dans un état second. Je n’ai jamais fumé de joint, mais ça doit être proche, sauf qu’ici, on ne « part » pas, on s’habite intensément.

La suite est floue, mais très présente, dans un déluge d’une telle puissance que je me suis sentie balayée, puis, cela s’est calmé et j’ai posé les yeux sur ma petit fille, son visage, son regard… Là je n’ai plus de mots. Comment décrire cette immense vague d’amour … qui dure encore, d’ailleurs 🙂

Précision : quelques mois avant sa naissance, j’avais donné ma démission comme sage-femme hospitalière. Je ne voulais plus être complice de la violence faite aux femmes, ni m’enrager contre certaines femmes qui se soumettent, ne s’informent pas, ne se préparent pas « car maintenant, on a la péridurale ». J’appelle de mes voeux une (r)évolution obstétricale qui se fasse avec toutes les personnes concernées : futurs et nouveaux parents, d’abord, bien sûr, et les différentes professions qui s’y impliquent et qui, toutes, peuvent apporter leur pierre.

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Une Réponse to “Ingrid – Bruxelles – 1988”

  1. Héloïse 16 novembre 2013 à 18 h 25 min #

    Oui à une r(évolution obstétricale !!! Bravo pour votre témoignage et pour cette formule !!

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