#43 – Mom – Pas-de-Calais, 2009

2 Fév

Mon premier accouchement, traumatique, à l’hôpital – France, Pas-de-Calais, 2009, par Mom

Dès le samedi, j’ai commencé à ressentir des contractions plus fortes et régulières que d’habitude. J’ai relativement mal dormi. Le dimanche, j’ai donc décidé de faire une nouvelle séance de sophro puis une sieste. Mais impossible de dormir. J’ai commencé à regarder l’heure à 16h et je me suis rendue compte que je contractais toutes les dix minutes. J’ai prévenu le Papa. J’ai commencé à accompagner chaque contraction en respirant bien, en visualisant l’ouverture du col. L’intensité des contractions montait, mais leur fréquence ne diminuait pas. J’ai varié mes positions, sur le ballon, sur le coussin, à quatre pattes (mauvaise idée), en appui sur les murs, le canapé (le sèche-linge, une table, un placard…). Papa a commencé à chronométrer, mais nous n’en étions qu’à une contraction toutes les sept ou huit minutes. Vers 22h, nous avons décidé d’aller à la maternité tout de même. Résultat: un col dilaté à un… La sage-femme nous a renvoyés chez nous en me conseillant du spasfon qui arrêterait ces « fausses » contractions, un bon bain chaud et une bonne nuit de sommeil. Onze heures, quatre spasfons, deux bains chauds et une nuit blanche plus tard, les contractions étaient toujours à la même fréquence et à la même intensité… J’étais épuisée… J’en voulais à Papa de s’endormir et de ronfler entre les contractions alors que j’aurais aimé qu’il me masse. J’en voulais à la sage-femme et à son « faux » travail si réel. J’en voulais au chat qui miaulait derrière la porte. A ma belle-mère qui me demandait si je prendrais bien un steak ce midi… J’en voulais à l’haptonomie, la sophrologie, l’homéopathie et je commençais à ne plus rien gérer. Je demandais donc à L. (le Papa) de retourner à la maternité. Il devait être 9h30. La première sage-femme m’avait trouvée trop souriante pour être en train d’accoucher. Oui je sais sourire même quand j’ai mal (entre deux contractions!). Alors j’ai tenté d’afficher la pire expression possible de souffrance en expliquant la situation à la sage-femme de cette garde. Examen… Allelujah! Dilatation à trois! « Vous êtes en travail Madame, nous allons pouvoir passer en salle de naissance ». Papa est arrivé, il avait du garer la voiture au fin fond du parking. Il présente le projet de naissance à E., la sage-femme, qui accompagnera l’accouchement. « Je souhaite que l’on me propose la péridurale mais je préférerais que l’on m’aide à gérer la douleur de façon naturelle ». Je VEUX la péridurale! L’anesthésiste est donc appelé, il plaisante, je souris et plaisante (il faut vraiment que j’arrête de sourire quand j’ai mal). Il me fait une première piqure et m’informe que je ne sentirai plus rien. Oh douleur, le fou! Il va me paralyser! Pourquoi ai-je donné mon accord? En plus il ne me croit pas ! La douleur finit par s’estomper… Nous prenons nos marques dans la pièce. L. sort le brumisateur, les huiles essentielles… Je reprends mes esprits, me relaxe, visualise… Je peux doser moi-même la péridurale. Je choisis donc de ressentir, de rester mobile, simplement d’atténuer. Seulement la douleur, insidieuse, se déplace dans le dos… Je varie les positions sur les conseils d’E.: avec un ballon, un coussin, sur la table en version assise, version semi couchée… Rien n’y fait. Elle pense un temps que ma vessie trop pleine crée ces douleurs. Encore un coup au PdN, je ne sais pas faire seule… Elle étudie ensuite la position du bébé, mais elle est très bien positionnée, à gauche, la tête dans l’axe, basse et active. L’anesthésiste est rappelé. Sceptique à nouveau, c’est désagréable. Je vais m’évanouir, j’alterne des « oh putain » « oh pardon » (ce n’est pas mon langage habituel!). Il tente un produit, qui enfin me soulage. Mais je ne sens plus le bas de mon corps… En attendant, le col n’est dilaté qu’à quatre… E. nous présente les différentes options: laisser faire le bébé pour qu’elle fasse céder le col, rompre la poche des eaux, perfusion de synto. En sachant que si une troisième heure passe sans progression, on se dirige vers la césarienne… A chaque fois, elle me proposera un certain acte, ou la césarienne. Alors forcément, nous choisissons tout acte sauf la césarienne, E. impose ses idées en nous laissant l’illusion d’un choix. Nous choisissons d’abord de laisser faire le bébé. Mais le col n’évolue pas… Nous optons alors pour la perfusion. La dilatation s’accélère enfin. E. contrôle toutes les heures, la progression est régulière, de l’ordre d’un centimètre par heure. Me voilà un peu plus sereine. J’alterne entre micro sommeils (comme Papa d’ailleurs, qui après m’avoir accompagnée, massée, encouragée, tombe de fatigue) et accompagnement de la progression du col et du bébé. Je m’en veux de dormir, j’ai l’impression d’abandonner mon bébé.

A dilatation complète, E. attend la poussée spontanée, qui n’arrivera jamais… Elle va donc me diriger. Ca ou la césarienne ! Elle me propose différentes positions mais d’une façon qui fait que je choisis la position gynéco, un peu relevée, car je n’ai pas la force de me mettre sur le côté et de pousser en continu (j’apprendrai plus tard que ce n’est pas parce qu’on accouche sur le côté qu’on doit pousser en continu). Elle me fait faire un essai de poussée. J’improvise, car j’ai appris à respirer pour accompagner la poussée naturelle, pas à pousser… Ca fait rire L.! Apparemment cela fera l’affaire; elle réajustera tout de même en cours d’expulsion. La salle se remplit pour la première fois: deux sages-femmes, une auxiliaire, et un médecin qui surveille de loin. Ce monde est anxiogène… E. s’équipe. Elle me dirige, je pousse, je donne tout, j’en vois des étoiles. L. m’encourage, je ne le crois qu’à moitié quand il me dit que ça avance bien, mais ça me fait du bien. Au bout d’une demi-heure, la deuxième sage-femme se tient à mon autre épaule et m’encourage. Elle finit aussi par couper le son des appareils qui surveillent mes paramètres tant ils sonnent. Je ne l’aurais pas remarqué si elle ne l’avait pas dit, je ne suis concentrée que sur un seul but, sortir mon bébé seule. Je crie, je pousse de plus en plus fort. Dans un magnifique « blop », la poche des eaux éclate au visage d’E. Le bébé descend, mais elle fatigue me dit la sage-femme. Je pousse encore et encore, je la mettrai au monde, pas de forceps ni de ventouse. D’un coup E. me demande d’arrêter. La tête est sortie! Je l’avais sentie quelques instants plus tôt, ce qui m’avait surmotivée. Maintenant les épaules, petite poussée, stop! E. dégage le bébé, qui crie et frétille. Elle lui fait un shampooing d’office !!! Elle me demande si je veux l’amener à moi… Oui, mais le Papa est sur ma perfusion, focalisé sur le bébé, il ne m’entend pas! Elle dit une phrase horrible, « Maman ne veut pas te prendre », puis elle la pose sur mon ventre, l’essuie un peu et lui couvre le dos… Elle me regarde de ses grands yeux noirs, le front tout plissé, elle s’agite vers moi. Je verse quelques larmes, elle est si belle… Papa aussi a les larmes aux yeux, il m’embrasse, n’arrête pas de me féliciter. J’ai la tête qui tourne, tout me semble si surréaliste. Le bébé dans mon bidon depuis neuf mois est là! Je veux la prendre dans mes bras mais les sages-femmes m’en empêchent, le cordon n’est pas assez long. Qu’est-ce qu’elle glisse, j’ai peur qu’elle ne tombe. Les sages-femmes nous disent que le cordon a cessé de battre (un peu vite j’ai trouvé); L., qui avait hésité pendant la grossesse, le coupe. Je peux enfin la voir de plus près. Elle cherche mon sein, mais elle bulle, elle râle. Je ne le saurai que plus tard, elle ne rosit pas assez. L’équipe doit l’aspirer. L. les accompagne, je me sens seule et impuissante. Ils sont juste à côté, mais je ne les vois pas. J’entends ma fille se remettre à pleurer, je suis sûre que L. la tient. Enfin je les aperçois, pour la pesée et la mesure. Elle fait son premier pipi sur la balance. Papa aide pour la couche, où elle laisse son premier caca. Il lui donne aussi la vitamine K, qu’elle avale goûlument. Les voilà qui reviennent me voir. Je réalise seulement qu’il y a un souci de mon côté. Le placenta ne vient pas, malgré mes poussées. J’accepte à nouveau le synto, mais il ne se détache pas davantage. La demi-heure protocolaire est bien dépassée (j’apprendrai plus tard que l’on peut attendre bien plus). La salle s’est remplie: trois sages-femmes, deux auxiliaires, une troisième blouse blanche non identifiée, le médecin, une interne, l’air soucieux. Il va falloir procéder à une révision utérine car je fais une hémorragie (mon dossier, lu après coup, indiquera « RU sans hémorragie »…). « Légèrement désagréable » m’avertit-on. J’accepte, je n’ai qu’une hâte, reprendre mon bébé qui attend avec son Papa et l’observe, les yeux grands ouverts, sereine. Et je me rends compte qu’E. aime les euphémismes… La péri ne fonctionne plus bien, j’ai l’impression qu’on m’arrache les entrailles, et pas d’un coup comme on enlèverait un sparadrap, longuement, méticuleusement… J’essaye de respirer comme l’indique le docteur, mais je crie, je pleure, je commence à avoir mal à la tête et la nausée, à voir des étoiles, je demande qu’ils arrêtent, si je m’évanouis, je ne pourrai pas m’occuper de mon bébé. Ils ne m’écoutent pas ! Je hurle, ils finissent par faire une petite pause puis reprennent les hostilités. Le placenta est enfin vaincu, je suis a priori sortie d’affaire. Moi qui souhaitais voir cet organe qui avait alimenté bébé pendant des mois, je voudrais le balancer par la fenêtre. Bébé enfin! Non Madame, il faut recoudre maintenant… Une déchirure simple, quelques points internes, un point externe. Elle sera bien douloureuse et s’infectera. Le périnée est bien abîmé, j’aurai un bel œdème. J’ai l’impression qu’E. met des heures à me recoudre. Enfin, plus d’une heure après la naissance, L. peut approcher avec notre fille. Il me répète sa fierté, son admiration, qu’est-ce que cela fait du bien. La chaleur du bébé me réconforte. Elle a toujours les yeux grands ouverts. Elle prend appui sur ses bras et rampe avidement vers mon sein. Une auxiliaire de puériculture passe et sans rien demander, appuie sa tête sur mon sein…

Nous sommes enfin seuls, L. et moi, et notre fille, qui tète goulument. Elle finit par s’endormir. Elle a l’air heureuse. L. les yeux qui brillent. Je me sens envahie par un amour d’une telle intensité. Je l’aime si fort mon bébé…

Pendant cet accouchement, j’ai eu l’impression d’être manipulée, que l’on me donnait de faux choix pour me pousser à faire comme l’équipe le souhaitait. J’ai été menacée de césarienne régulièrement. La révision utérine a été si horrible que pendant 10 mois, L. n’a pas pu me toucher sans que je me sente agressée. Un stress post-traumatique m’a été diagnostiqué.

J’ai rencontré le gynéco pour consulter mon dossier, un an environ après l’accouchement. C’est là que j’ai pu lire qu’on m’avait menti pour me faire accepter la révision utérine, prétextant une hémorragie inexistante. Le gynéco m’a aussi dit que rien dans mon dossier n’indiquait qu’une césarienne aurait pu être nécessaire, et que la décision ne revenait pas à la sage-femme. Quand je lui ai demandé si réellement le cœur de mon bébé fatiguait à la fin, il a ri, et dit que c’était un jeu fréquent entre sages-femmes et gynécos, dire que le cœur faiblissait pour que la maman pousse plus vite, plus fort !!! J’étais si choquée. Il a tout de même ouvert l’enveloppe qui contenait le monito du rythme cardiaque de mon bébé, et apparemment, elle aurait vraiment été en souffrance. Mais comment savoir ? Comment faire confiance après ça ?

3 ans après, j’étais à nouveau enceinte. La grossesse a été très difficile psychologiquement, en partie par crainte de l’accouchement, par crainte de revivre un tel traumatisme. Jusqu’au jour J, j’étais incapable de faire confiance à l’équipe médicale. Heureusement, la naissance de ma seconde fille a pu être naturelle, magique… Comme quoi, après un premier accouchement traumatisant, il est possible de vivre un accouchement respecté (dans une autre maternité !!).

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Une Réponse to “#43 – Mom – Pas-de-Calais, 2009”

  1. Héloïse 16 novembre 2013 à 19 h 57 min #

    Beaucoup de mots dans votre témoignage font écho à mon propre ressenti vécu lors de mon premier accouchement il y a 9 ans, j’espère vivre comme vous un meilleur accouchement pour mon deuxième enfant, prévu pour fin janvier 2014 !

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