#51 Anna Paris

5 Fév

Secteur maternité d’un grand hôpital parisien.

Pour la naissance de mon 1er enfant, étant d’un naturel anxieux, j’ai fait tout mon possible pour m’informer au mieux sur Le Sujet. J’ai choisi de m’inscrire dans un grand hôpital, quitte à ce que mon accouchement soit surmédicalisé, car ce qui m’importait véritablement était la santé de mon fils et sa sécurité.
Je voulais un excellent service de néonat, un bloc opératoire tout près, au cas où, et tous les équipements et professionnels nécessaires à une intervention d’urgence.

Dans mon entourage, il est vrai que je fais figure d’exception: toutes mes amies rêvent (ou ont rêvé) d’une naissance peace and love dans une petite clinique privée avec de jolies chambres qui ne « font » pas hôpital, l’usine à bébés, très peu pour elles!
Pour mon compagnon, c’était un choix évident et fondamental. Il tenait absolument que son fils naisse dans un Hôpital Public. C’était pour lui un véritable acte militant.

J’ai passé 9 mois à potasser tous les livres possible sur la maternité, à suivre assidûment mes séances de préparation, et à ne louper aucune réunion « optionnelle » à l’hôpital. Il fallait qu’à défaut de pouvoir maîtriser tout, je puisse au moins avoir le maximum d’informations pour me rassurer.
J’ai subi il y a quelques années un grave accident, et ai été opéré dans ce même hôpital. J’ai beaucoup souffert du manque d’information sur ce qui m’était arrivé et l’intervention que j’avais reçue. Depuis, pour apaiser mon stress, il faut que j’en sache un maximum.

C’est comme ça que je me suis retrouvée, lors de la visite de l’hôpital, au 7ème mois, avec un trocard de péridurale, des forceps et une ventouse entre les mains parce que je voulais voir à quoi ça pouvait bien ressembler. Les autres mamans ne voulaient absolument pas en entendre parler, mais je me suis sentie rassurée d’avoir vu toutes ces choses jugées comme « monstrueuses ».

Mon fils est arrivé avec 2 semaines d’avance, et tout a commencé par une perte des eaux très théâtrale à minuit pile. Mon conjoint et moi sommes sortis dans la rue à la recherche d’un taxi, et c’est finalement le gérant d’un bar du quartier qui s’est proposé comme chauffeur (merci encore à lui!)
La suite est plutôt banale, 10h de travail, une péri posée à 4cm par une anesthésiste très gentille, des sages femmes douces et drôles, une chouette ambiance malgré la vétusté notable des lieux.

C’est plutôt après la naissance que ça a dérapé. Mon fils est donc né par voie basse, aidé par une épisiotomie (qu’on m’a « avouée » après coup, un peu vexant mais peu importe).
A sa « sortie », j’ai à peine aperçu une petite silhouette mauve dont ne sortait aucun son. Toute l’équipe est passée dans la pièce d’à côté, et mon homme a suivi (forcément très inquiet).
Je me suis alors retrouvée entièrement seule, et étrangement vide, sans même savoir si mon bébé était mort ou vif.
Une nouvelle sage femme est venue pour assurer les soins post accouchement (placenta, couture et autres joyeusetés) et j’étais là, à sangloter les jambes grandes ouvertes, sans le moindre relais.
Mon compagnon est revenu après ces soins m’expliquer ce qui se passait. Rien de bien grave, juste quelques difficultés respiratoires et une petite infection. Notre bébé était en néonat, choyé comme un roi. Il m’a montré une photo sur son téléphone, où on apercevait derrière des tubes et fils en touts genres, une pauvre bouille toute tuméfiée.

J’avais rêvé de ce moment délicieusement banal où mon fils serait posé sur ma poitrine juste après sa naissance et où on ferait connaissance tranquillement. J’avais rêvé de le laisser trouver mon sein. Cette séparation fut très brutale, et je reste surtout très amère du blackout total qui a suivi l’accouchement et l’absence complète d’informations.

Mon fils est resté 48h en néonat, et à cause d’une tension extrêmement basse, je n’ai pas pu me lever pour aller le voir. C’est une infirmière qui un soir m’a vue fondre en larmes et s’est rendu compte que je n’avais toujours pas vu mon enfant.
« Mais madame, il fallait nous le dire avant! on va vous descendre en fauteuil! »

Notre « rencontre » s’est donc faite un peu trop tard et je reste profondément meurtrie de ce manque.
J’avais précisé que je tenais à faire tout mon possible pour réussir mon allaitement, mais l’information devait sembler secondaire aux soignants, car quand j’ai vu mon fils, il venait d’avaler un biberon et avait une tétine dans la bouche.
J’ai prié les infirmières de la néonat de bien vouloir m’appeler lorsque mon fils aurait de nouveau faim, mais personne ne m’a prévenue, et au petit matin, j’ai retrouvé mon bébé nourri par une nouvelle infirmière. « L’équipe de nuit ne nous a rien dit! ».
Je me suis sentie infiniment frustrée, pleine de rage et de lait, les seins au bord de l’explosion.

Quand mon fils a enfin rejoint ma chambre, le 3ème jour, je me suis battue tant que j’ai pu pour rattraper cet allaitement raté. J’ai tiré mon lait, je suis resté des heures avec mon bébé ventousé au sein jusqu’à en avoir des crevasses. J’ai persévéré dès mon retour à la maison, et les débuts ont été très difficiles. Et puis miracle, au bout de trois semaines c’est devenu tout à coup divinement simple. On peut même dire que ça coulait de source. Et c’est avec une très grande joie que j’ai poursuivi cet allaitement jusqu’aux 15 mois de mon fils, qui a fini par se détourner doucement du sein pour laisser la place à sa future petite soeur.

Pour résumer, médicalement parlant, je n’ai aucun reproche à faire aux soignants, et je ne regrette pas d’avoir choisi l’hôpital public, car si j’avais accouché dans une petite clinique, mon bébé aurait été d’emblée transféré dans un grand hôpital. Il a été parfaitement bien soigné, et c’est maintenant un petit garçon en parfaite santé.
Néanmoins, je reste déçue qu’on ne puisse pas bénéficier d’un excellent suivi médical ET être traitée avec plus d’humanité.
Je ne jette la pierre à personne dans cette histoire, j’ai rencontré des sages femmes remarquables, et je ne sais pas véritablement à qui attribuer la responsabilité de ces « loupés ». Reste que mon fils et moi gardons certainement aujourd’hui des séquelles plus ou moins visibles de ce traumatisme.

Je pense que les jeunes mères, toutes émues qu’elle sont lors de leur premier accouchement, gagneraient à se montrer un peu moins passives et impressionnées par les équipes médicales, et à savoir faire entendre leur voix. La blouse blanche souvent, fait peur. On fait tout ce qu’elle nous demande sans mettre en doute le bien fondé de ses propos.

J’ai donné naissance à ma fille il y a 10 mois, dans ce même hôpital, et j’étais beaucoup plus sure de moi. Tout s’est passé impeccablement, mais si j’avais croisé quiconque donner un biberon ou une tétine à ma fille sans m’en avertir, il aurait eu de mes nouvelles !
Anna

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