#54 Paris – 1998

6 Fév

Cela fait longtemps maintenant, mais c’était à Paris (France) , en 1998.
– J’arrive à terme un soir, avec des contractions irrégulières depuis 24h. J’apprends que la poche des eaux est « fissurée », on ne me laisse pas repartir car il faut me surveiller de « très près » en cas d’infection. Au final, une nuit seule à soutenir une autre maman de la chambre qui, elle, a la chance d’avoir de vraies contractions. Moi, on m’a dit que « si ça ne se déclenche pas dans la nuit, on déclenchera demain matin ». Je ne veux pas  de déclenchement comme ça. En plus il paraît que mon col est quasi fermé. Je ne comprends pas, j’attends la peur au ventre.
– le lendemain matin : une première sage femme ‘je vais vous mettre un ovule ça va faire venir les contractions. Vous verrez ça ira ». Deux heures plus tard, une autre sage femme  « haaa ! votre col s’est un peu ouvert, heureusement sinon il aurait fallu vous mettre un ovule et c’est très douloureux sans péridurale. Là je peux vous perfuser ».
A ce stade, je ne sais pas encore, je l’apprendrai six mois plus tard, que l’on ne déclenche pas une fille distilbène comme ça, doté de surcroit d’un petit utérus (normal mais petit) et d’un gros bébé. On augmente encore le risque d’hémorragie.
– en salle de travail (alors que je supporte bien la douleur des premières contractions déclenchées depuis quelques heures) : « on va vous faire la péridurale » et comme je ne la souhaite pas tout de suite « oui mais là je vais changer de produit pour le déclenchement et de toute façon vous ne supporterez pas la douleur »…..Je demande ce que l’on est en train de préparer dans ce sachet que l’on ouvre  : « holala mais je vais pas pouvoir répondre tout le temps à toutes vos questions moi ! J’ai du travail ! ».
– plus de douze heures plus tard, forceps, épisio, sage femme m’appuyant comme une dingue sur le ventre……on me recoud…moi, à moitié évanouie « j’ai mal »…réponse : « mais non madame vous n’avez pas mal vous êtes anesthésiée ». Dans la nuit suivante, on s’apercevra que le cathéter de la péridural était sorti…les compresses autour trempées….depuis quand ? J’ai à peine eu le temps de voir ma fille, le cordon a été coupé avant qu’elle ne soit complètement sortie (j’apprendrai deux ans plus tard, en demandant mon dossier, qu’elle avait le cordon autour de l’épaule…elle partait avec la coquine !) de toute façon je sens des flots de sang couler entre mes jambes…hémorragie…trou noir.
– une nuit en salle de…je ne sais pas de quoi, je ne sais plus où je suis. Seule. Avec des bip bip partout et un sac de sable sur le ventre. J’ai horriblement mal. Je ne sais pas où est ma fille. Je ne me souviens plus vraiment de quoi que ce soit. Je ne sais même plus si elle est née en bonne santé. J’appelle dix fois, je pleure, je veux la voir. On m’enguirlande parce qu’on n’a pas que ça à faire. Finalement, une sage femme plus sympa qu’une autre : « vous inquiétez pas madame vous oublierez ! ». Cooool. Je vais donc oublier la naissance de ma fille et tout ira mieux.
– lendemain matin, percluse de douleur (hématome interne,hématome  externe, 6 points de sutures dont le dernier qui prend quasiment sur l’une des multiples hémorroïdes apparues soudainement…on m’a tellement « massé » le ventre que je ne supporte même plus le poids du drap). je récupère ma fille à midi. Elle est née à 22h10. Je ne saurai jamais où elle était, qui s’occupait d’elle, si elle a mangé….rien. Je m’accroche à elle, prête à assassiner le premier qui approche désormais. Je la mets au sein. Elle tête. Toujours rien bu, rien mangé. Mon compagnon va m’acheter en douce pain au chocolat et eau.
– retour dans ma chambre. Le lendemain matin, je suis un peu maladroite sous l’oeil de la dame (???) qui me surveille pendant que je tente le premier bain. Je ne veux pas la savonner dehors, étalée nue sur cette serviette. D’abord j’ai peur de la lâcher quand je devrais la mettre dans l’eau, et puis je suis sûre qu’elle a froid. D’ailleurs elle pleure. Normal, je ferais pareil à sa place. Je veux faire autrement. On m’enguirlande « si vous ne savez pas lui donner son bain vous allez faire comment une fois rentrée chez vous ? ». Je commence à nourrir une haine féroce contre le corps médical.
– une dame (???) entre dans ma chambre. « Bonjour bonjour ! » Petit dépliant posé sur mon lit, et hop ! on roule le berceau dehors. Il paraît que c’est pour une prise de sang. Je tiens à peine debout mais je me traîne derrière cette dame qui embarque mon bébé, appuyée sur les barres qui courent le long du couloir. J’arrive, on est en train de lui faire sa prise de sang. Forcément..je marche pas vite moi. Ma fille ne pleure pas. Je n’ose pas entrer dans la salle. On me dit de retourner dans ma chambre. Je ne veux pas. Je reste là. Je reprends le berceau à la sortie pour ramener ma fille dans ma chambre. Je lui explique ce qu’on lui a fait (après avoir lu le dépliant…).
– je demande du rab de suppositoire à la glycérine. Je suis dans un état épouvantable (mon gynécologue confirmera une épisio très importante, mal faite et très mal recousue….et la sage femme qui m’aidera pour la rééducation me dira que j’ai eu de la chance de ne pas faire d’incontinence….fécale….). On me propose de « faire sauter le dernier point ». Hors de question je ne veux plus que l’on m’approche. On me refuse les suppo :  « il ne faut pas prendre trop de médicaments »…parait il. Quand je pense à tout ce qu’il y a eu dans ma perfusion pendant 24hres !!!!
– pour la troisième fois en trois jours, une dame (???) vient regarder ma fille avec un petit instrument et me dit qu’elle a « réellement une couleur bizarre ». on va peut être la mettre sous les lampes.  Faudra me mettre avec elle sous les lampes. Et puis au milieu de la purée que j’ai dans la tête (je suis réellement très faible) je lui signale que ma fille est métis. Peut être ça la drôle de couleur ? Ha ben oui. La dame ouvre le dossier qu’elle a dans les mains. Ha ben oui. C’est ça la drôle de couleur. Au revoir Madame !…sans un mot d’excuse.
– Quatrième jour, je refuse que l’on réveille ma fille pour la peser. Elle est née à 3.820. Elle tête comme un ange (pourtant, on m’a bien dit que je n’y arriverai jamais car je suis trop faible, on a même essayé de lui donner du lait à la cuillère devant moi, et ma fille d’amour leur a tout craché à la figure !!!! youpi j’ai raison !!!). Elle a perdu 200 grammes avant de commencer à remonter, déjà ! Je veux qu’on lui fiche la paix. Je commence à devenir assez agressive.
Je sors finalement de l’hôpital après quatre jours. Je ne tiens pas debout plus de dix minutes. Je n’ai aucune famille ni ami pour m’aider. Pour ma fille, car j’ai peur de la laisser tomber, j’ai demandé à rester quelques jours de plus en expliquant la situation. on me dit que ma fille va bien, donc je dois sortir. C’est comme ça. Mon compagnon est absent tout l’après midi et toute la soirée. Et en province une semaine par mois. Je vais monter un camp de survie à la maison, et tenir ainsi, plus de six semaines au lit. J’aurai du appeler à l’aide la PMI, aller voir un médecin pour mon taux de fer (on m’a donnée du tardiferon, mais j’apprendrai plus tard que c’était largement insuffisant) et ma cicatrice. Mais je ne voulais plus voir un seul membre du corps médical. D’ailleurs,pendant longtemps, ma fille a hurlé comme une damnée chaque fois qu’une blouse s’est approchée d’elle. Heureusement, on a tenu bon toutes les deux ! En fait, c’est même elle qui semblait me soutenir par sa bonne santé et sa vivacité ! Un vrai petit cœur qui dormait déjà sept heures d’affilées à 18 jours !

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Une Réponse to “#54 Paris – 1998”

  1. Héloïse 20 novembre 2013 à 12 h 38 min #

    Rien n’a changé ! En lisant votre témoignage il y a de nombreux points communs avec le mien. « Les dames » ne se présentent pas, on ne sait pas ce qu’ils ou elles vous donnent ou vous perfusent, ils ou elles ne répondent pas à vos questions, et vous culpabilisent !!!

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