A toi, mon fils Hugo, né le 15 avril 2007 (Belgique)

6 Fév

Samedi 14 avril 2007, le temps est presque estival. Ce matin, nous avons été promener, histoire de prendre l’air et de faire travailler le col … Je suis toute ronde de toi et je me demande quand tu vas nous arriver (terme prévu le 17 avril). Il est un peu plus de 18h30 quand je sens une contraction accompagnée d’un tiraillement, là en bas. Je continue à préparer le souper en me disant « chouette, le col travaille ».

19h : Ca continue et je me rends compte que les contractions arrivent à intervalles réguliers de 6 – 7 minutes. Tiens, tiens, … Serait-ce le début du travail ? Philippe et moi achevons de manger, presque dans le silence. Vous savez, ce silence qui précède les tempêtes … Nous faisons rapidement la vaisselle. Je continue à regarder l’horloge. Les contractions sont régulières.

20 h : J’ai envie d’aller marcher mais je téléphone d’abord à M-C pour lui décrire mes sensations. Sur son conseil, je prends un bain dans une atmosphère tamisée (musique douce et bougies pour seule lumière). Philippe est rempli d’émotions et a les larmes aux yeux à l’idée de bientôt te rencontrer. Dans l’eau, je te parle, à toi mon bébé. Curieux moment hors du temps où je me demande si tu as décidé de naître ou s’il s’agit d’une fausse alerte. Les contractions sont toujours là, même intensité, un peu plus rapprochées. Je n’ose y croire.

21h : Je rappelle M-C. C’est bien le travail qui a commencé. On convient que je la rappelle quand j’en ai besoin, quand on veut rejoindre la maison de naissance. Ca y est, notre vie est en train de basculer. Philippe regarde la télé d’un oeil distrait. Je suis en peignoir dans le fauteuil. Les contractions se rapprochent et s’intensifient. On décide de mettre les « valises » dans la voiture. A chaque contraction, je me lève et fais quelques pas pour respirer et accompagner la douleur (car le tiraillement du début s’est transformé en douleur). J’écoute une dernière fois la chanson de Fabienne Marsaudon « 9 mois d’amour » et je pleure dans les bras de Philippe. C’est la fin de la grossesse, le début d’une nouvelle étape. Je sais que d’ici peu je serai ballotée par les forces primitives de la Vie.

22h30 : A ma demande, nous allons marcher dans la rue. Quelques centaines de mètres pendant lesquels je me plie en deux régulièrement …

23h : Je décide de rappeler M-C. L’heure est venue pour moi, pour nous, de rejoindre la maison de naissance. Je suis déjà dans la nuit des temps. Les vagues de douleur se suivent et se retirent. Je garde les yeux fermés pendant tout le trajet. Je respire. Je pense à mon col en train de s’ouvrir.

23h45 : Nous arrivons à la maison de naissance. M-C nous attend. J’ai déjà peu de répit entre les contractions (2 – 3 minutes). Philippe installe nos affaires, allume les bougies et met de la musique. Je suis couchée sur le lit. J’expire profondément à chaque contraction. Je garde les mains grandes ouvertes, à l’image de ce col de l’utérus qui s’ouvre pour laisser passer la vie.

1h15 : Les 2 cm d’ouverture de notre arrivée se sont transformés en une ouverture totale … Quelle rapidité ! Quelle douleur aussi … Je suis bousculée par le rythme des contractions qui me laisse à peine le temps de reprendre mon souffle. Je me sens de plus en plus petit bouchon perdu au milieu de l’océan, balloté par des forces qui me dépassent, qui viennent du plus profond de mon être, du plus profond de l’humanité. Le rivage revient régulièrement mais de plus en plus furtivement. Voilà déjà la suivante et tout d’un coup la poche des eaux se rompt. Bruit insolite dans cette chambre où règne une atmosphère de tempête et de calme à la fois.

Philippe est à mes côtés. Il me caresse la tête, m’encourage. Il me passe de l’eau fraîche sur le visage. Il me pince aussi … Technique apprise lors de nos séances d’haptonomie. Ces pincements très vigoureux au moment des contractions font une grande différence pour moi. Ca rend la douleur plus gérable.

Je ne parle pas. Je n’en ai plus la force. J’ai les yeux fermés, tout mon être est tourné vers mon ventre. Je te parle à toi Hugo, je t’encourage à descendre dans mon bassin. De temps en temps, je laisse échapper un cri au moment des contractions.

Pendant 1h30, les contractions continuent à m’envahir, accompagnées de poussées. Je change plusieurs fois de position : tabouret, couchée sur le côté, sur le dos, à 4 pattes sur un gros ballon. 1h30 de ces poussées et pourtant tu ne t’engages pas. C., (la seconde sage-femme) est arrivée, présence discrète. Et toi tu te fais attendre. (M-C nous dira quelques jours plus tard qu’au lieu de fléchir la tête, tu l’as redressée …). Je sens que ça pousse mais je suis fatiguée. Je n’en peux plus. Mon moral flanche. Je subis les poussées. Je n’arrive pas à pousser. Je commence à avoir peur. Peur ne pas savoir te faire sortir. Philippe m’encourage de toute son âme, de tout son coeur. Mais je n’en peux plus.

2h30 : Je dis à M-C que je suis fatiguée et que j’ai besoin d’aide. Elle surveille ton coeur depuis un moment déjà avec le monitoring. Ton rythme cardiaque flanche à chaque contraction, signe que cela commence à être dur pour toi. A cela vient s’ajouter ma fatigue et le fait que le travail stagne depuis 1h30. Autant d’éléments qui la poussent à jouer la sécurité. Elle propose de se mettre en route pour la maternité.

Philippe rassemble à nouveau nos affaires pendant que M-C prévient le bloc d’accouchement. C. est restée près de moi et m’aide à me rhabiller. Je suis soulagée de savoir que l’aide va arriver. Je demande si on va me faire une césarienne tellement je suis loin dans la fatigue. « Ce ne sera pas nécessaire » me dit M-C.

2h50 : Je m’installe sur la table d’accouchement. Je suis consciente sans l’être. Je subis les vagues de douleur. L’accoucheuse m’examine et c’est la surprise … Tu t’es engagé ! Une contraction arrive et on voit ta tête ! Je comprends sans comprendre. L’accoucheuse met un miroir entre mes jambes et me propose de regarder mon fils qui arrive « Regardez, c’est un petit blond ». J’ouvre les yeux, je te vois, je comprends. Je referme les yeux. Philippe est à ma droite, M-C à gauche. Je suis bien entourée.

Tout à coup la fatigue s’envole. Je ne pense plus. Je pousse. Cette fois, je sens vraiment que je pousse. C’est finalement dans cette position que je le sens le mieux … L’assistante en gynécologie est arrivée, suivie par le gyné de garde. Encore une contraction et je te sens passer dans mon vagin. Ta tête est sortie. « Doucement madame, on dégage son bras » (tu as un bras croisé sur l’épaule). Encore une contraction et te voilà. J’ouvre les yeux, tu sors de moi. L’assistante te dépose sur mon ventre. Il est 3h23 …

C’est un instant incroyable, magique. Les vagues de douleur se sont tues, laissant la place à un rivage paisible. Je te regarde, toi mon fils. Déjà tu cherches mon sein et relèves la tête. Bienvenue sur terre Hugo.

Le projet de te donner naissance à la maison de naissance était présent depuis le début de la grossesse. A première vue, je n’ai pas eu l’accouchement voulu ou espéré. A deuxième vue, j’ai eu l’accouchement qui était juste pour moi, pour nous. Le travail à la maison de naissance fut à l’image du suivi prénatal : empreint de douceur, d’écoute et de compétences. L’accueil à la maternité fut audelà de toutes mes espérances. L’équipe présente a respecté notre projet : Hugo est resté longtemps sur moi, encore relié par son cordon que son papa a coupé, nous avons pu reprendre le placenta, nous sommes rentrés chez nous le lendemain de l’accouchement. Aucun regret n’habite mon coeur par rapport au déroulement de ta naissance. J’ai le sentiment d’avoir été là où je devais aller.

Quelques remerciements pour terminer …

Merci du fond du coeur à M-C pour son accompagnement dans cette nuit hors du commun, et à B. et E. qui nous ont accompagnés pendant 9 mois. Merci également à l’équipe de la maternité pour son accueil et son respect. Et enfin, le merci qui éveille le plus d’émotions en moi, qui vient du plus profond de mon âme de femme et de maman : Merci à toi Philippe. Merci pour ton soutien inconditionnel depuis le début de la grossesse. Au cours de l’accouchement et depuis la naissance (Hugo a maintenant 2 semaines), tu as pris ta place de père au-delà de tout ce que j’avais pu imaginer ou espérer.

Merci d’être toi.

Avec tout mon amour,

Sabrina

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