#59 Emilie – France – 2012 Accompagnement traumatique d’une fausse-couche

8 Fév

Mon témoignage n’est pas celui d’une naissance, mais d’une fausse-couche. Le vendredi 21 décembre 2012, c’était bien notre fin du monde.
Au delà du traumatisme de la fausse couche, les réactions et comportements du corps hospitalier ont été pour moi un traumatisme encore plus important.

Tout a commencé lors de l’échographie de datation, à 11SA. Rendez-vous chez un gynéco de la maternité, où je n’ai encore jamais mis les pieds. Il est en retard, pas très causant, mais poli.
L’examen est très bref, il me dit de me rasseoir avant de lâcher la nouvelle : c’est un oeuf clair. A partir de là tout s’enchaine. Nous sommes dans le brouillard, il nous explique très rapidement la suite des événements : je vais devoir subir un curetage. Il parle uniquement du médical, ne nous demande pas si on a des questions, ne propose aucune alternative, et nous emmène aussitôt à son secrétariat pour prendre les différents rendez-vous nécessaires. Je suis en pleurs, personne ne réagit, médecin ou secrétaire, je ne suis qu’un problème médical, qu’une « grossesse arrêtée« , ils ne voient pas la personne qui se tient debout devant eux.
Nous repartons, complètement déboussolés… Le week-end passe, forcément je cogite beaucoup, j’ai des milliers de questions, on se souvient à peine de ce que le médecin nous a expliqué tellement on était assommés par l’annonce de la nouvelle, je n’ai absolument rien de concret à quoi me raccrocher.

Le lundi matin j’appelle donc le secrétariat du médecin pour demander un rendez-vous pour poser mes questions, avant le curetage. On me dit que son agenda est plein, je dois me présenter à l’hôpital dans la journée comme pour une urgence gynécologique et on me fera passer. C’est donc ce que nous faisons.

Nous arrivons à l’hôpital à 11h30. On s’assure que je n’ai *que* des questions, pas de saignements. On nous dit qu’il a déjà 1h de retard, que c’est mieux de revenir en début d’après-midi. Ce que nous faisons, encore une fois. Et alors, nous attendons dans la salle d’attente, au milieu de toutes ces femmes bien enceintes, elles. Encore une fois la secrétaire s’assure que je n’ai *que* des questions. Et le docteur fait entrer ses rendez-vous un par un, sans nous décrocher un regard ou un bonjour. Nous attendons 1h30, je n’en peux plus, je pleurs à chaque fois qu’il fait passer quelqu’un. Alors donc « que » des questions, ce n’est pas digne de son attention ? Pas de problème médical, il n’en a rien à cirer, on n’existe pas.

A bout, nous partons, avec autant de questions et le moral encore plus à zéro.
Dans le reste de l’après-midi, personne ne tente de nous contacter pour nous demander où on est passés (le protocole de l’hôpital est le protocole, nous avons dû nous enregistrer à plusieurs bureaux différents, et en précisant que c’était une visite « en urgence », pas un rendez-vous. Personne ne s’est inquiété qu’on se présente à l’hôpital mais que personne ne nous reçoive…)

Le curetage se faisant sous anesthésie générale, j’ai aussi dû consulter un anesthésiste. Ce monsieur a encore contribué a empirer mon état psychologique. En voyant mon dossier : « Oh oui, une grossesse arrêtée, oh c’est rien, vous en verrez d’autres. Et puis, vraiment, c’est pas allé bien loin, pas de quoi s’en faire« . Pour moi c’était juste le monde qui s’arrêtait de tourner, mais à part ça, tout allait bien… Je suis encore complètement estomaquée par ce commentaire! De quel droit cet anesthésiste, qui n’est absolument pas gynécologue, se permet de faire des commentaires là-dessus ? Qu’est-ce que ça apporte à sa consultation ?

Un autre commentaire de je ne sais plus quelle personne, à quel moment, censé me réconforter, mais qui m’a juste enfoncée encore un peu « Mais vous savez bien que c’était un oeuf clair, il n’y avait pas de bébé« . Le jour du curetage a été le pire. D’abord, sur le plan médical, la journée entière a été un jeu de « Ah mais personne ne vous l’a dit ? C’est comme ci, c’est comme ça« , ou de « Bon on vous a déjà expliqué comment ça va se passe, je ne recommence pas« , de tous les intervenants, les uns après les autres. Sans que personne ne répare l’oubli du précédent… Le matin, j’ai demandé à voir le gynéco, puisque j’avais toujours autant de questions. Ah non, pas possible, il est déjà au bloc. Un autre médecin alors ? Pas possible, il n’y a personne. C’est donc une malheureuse aide-soignante qui a tenté de me répondre, mais qui forcément n’avait pas toutes les réponses, et n’avait visiblement pas que ça à faire. De toutes les personnes qui m’auront vue en larmes avant l’intervention, le commentaire le plus réconfortant que j’ai récolté a été un « Allez, ça va passer« ….

A mon réveil, je suis dans un état encore pire, personne ne daigne me demander si ça va (même physiquement), on me laisse dans mon désespoir en salle de réveil…
J’appendrai plus tard que pendant ce temps, mon mari a appelé plusieurs fois pour avoir de mes nouvelles. A la 2e fois, on lui a répondu « Mais vous savez, il y a plusieurs blocs, j’en sais rien moi« … Et personne après n’a daigné le rappeler, il a dû attendre que je sois en état de l’appeler moi-même pour avoir de mes nouvelles… Le suivi post-opératoire est très léger. Au fil de l’après-midi,plusieurs infirmières me disent « le médecin va passer pour autoriser votre sortie« . Je ne vois personne… Le repas du soir arrive, puis encore un contrôle et l’infirmière me dit « C’est bon vous pouvez y aller« . Heu, comment ? Je n’ai toujours pas vu de médecin… Quand je le lui dis, c’est limite si elle me croit. Que ce ne soit pas marqué dans mon dossier ou quoi que ce soit n’inquiète personne. Que personne ne m’aie dit comment s’était passée l’intervention, que je n’ai aucun conseil pour la suite des événements non plus… Ca ne lui semble pas plus inquiétant que ça, elle est quand même prête à me laisser partir. J’exige donc de voir le médecin. Il est 22h, on me fait bien sentir qu’il va falloir faire venir le médecin de garde, pour franchement pas grand-chose…

Il se trouve que ce médecin est le même gynéco qui a fait la 1ère écho et pratiqué le curetage. Celui qui n’a jamais daigné répondre à mes questions…
Il arrive à peu près rapidement, répond laconiquement à mes questions, et seulement à ça, ne m’explique rien de son propre chef. Soit-disant que l’interne a oublié de venir me voir, pourtant il le lui avait dit.
Il s’excuse pour la « sortie tardive ». L’heure de sortie est le cadet de mes soucis, il y a des milliers d’autres sujets sur lesquels j’aurais vu qu’il soit plus causant…
Nous finissons donc par partir.

Un mois plus tard, on appelle l’hôpital car des analyses ont du être faites suite au curetage pour voir s’il y a une cause particulière à la fausse-couche, et nous n’avons toujours pas eu les résultats. C’est là qu’on apprend que j’aurais du faire une visite de contrôle, mais ça, personne ne me l’avait dit… Cette expérience est encore très récente, et le souvenir encore très douloureux. J’ai ressenti un cruel manque d’information tout du long. Et même en posant des questions, j’ai eu l’impression qu’on ne voulait pas me répondre, que ça ne me regardait pas. Je me suis sentie infantilisée, abêtie, par les commentaires du corps médical. Honteuse d’aller si mal et de ne pas arriver à le cacher, alors que d’après eux il n’y a qu’à suivre un protocole médical. Aucun contrôle sur ce qui m’arrive, sur moi-même. Et d’ailleurs pourquoi j’ai amené mon cerveau, mon esprit ? On est ici pour traiter mon utérus, le reste n’existe pas. L’impression que ces gens sont les médecins des gens en bonne santé, des grossesses qui se déroulent bien. Par dessus-tout, l’impression d’être un petit poisson sur une chaine d’usine, entre les mains d’opérateurs, de robots, qui vous manipulent, qui, eux, *savent*, voient des petits poissons comme vous à longueur de journée. Et pendant ce temps devoir attendre passivement, ne pas descendre du tapis roulant, ne pas se débattre au risque d’en sortir encore plus abimé, ne pas poser de questions. A quoi bon puisque je vais finir en boîte de toute façon ? Pour finir sur une note positive malgré tout, je dois parler de la seule personne qui a su me réconforter un peu : mon médecin traitant, qui devait faire mon suivi de grossesse. Je suis allée le voir avant le curetage, alors que j’avais tellement de questions et que le gynéco n’avait pas daigné prêter attention à mon cas. Mon médecin n’a pas eu réponse à toutes mes questions, mais il a tenté de me rassurer, il a pris l’initiative de parler de choses sans que j’aie besoin de poser 50 fois la question, il n’a pas dénigré ou moqué ma douleur, il a été tout simplement humain.

Emma, Basse-Normandie

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3 Réponses to “#59 Emilie – France – 2012 Accompagnement traumatique d’une fausse-couche”

  1. annabelle 10 février 2013 à 21 h 42 min #

    emilie, j’ai vecu exactement la meme chose que toi , 2 fois en 2012 , le premier curetage le 25 janvier , le deuxieme le 25 decembre , je n’ai eu aucune reponse a mes questions , a vrai dire j’ai pas eu le temps de les poser …………. la seule chose qu’ils ont su me dire pour un oeuf clair c’est que quand ca arrive une fois c’est pas de chance mais 2 fois c’est vraiment pas de chance ! heuresement j’ai trouver un forum sympa où on a su m’ecouter …. bon courage a toi …. et j’espere que tu aura tres vite un ptit bout

  2. Annabelle 12 février 2013 à 11 h 59 min #

    Salut !
    J’ai vécu une grossesse arrêtée en 2009 (le coeur de l’embryon s’est arrêté à 9 sg).
    Tout ce que l’interne a su me dire en me voyant pleurer c’est « nan mais attendez, au final, ça aurait donné un *truc* complètement anormal »…
    Voilà, mon bébé, oui, parce qu’à 9 sg, c’était quand même MON BEBE, était un « truc »…
    Pas très diplomate le personnel médical… heureusement, ils ne sont pas tous comme ça 🙂

    Je te souhaite que des bonnes choses pour cette année 2013, et qu’elle t’apporte ce bébé tant voulu 🙂

    • celine 16 février 2013 à 23 h 38 min #

      J’ai vécu aussi ce cauchemar y il a 2 ans un bébé qui allais bien n’ais à qui il manquait la moitié dun organe le coeur j’ai commencer par une écho de datation à 9 semaines le gynécologue me dit à bah les dates font pas revener dans 1 semaines la fois suivante à bah c’est bizarre suis pas sur y a un truc louche à non avis c’est mort pas grave vous en referais un autre !!!???? j’ai changer de doc qui ma vu donc à 11 semaines qui a tout de suite confirme et n’a tout expliqué que je pouvais allez à terme n’ais que ke bb ne survivrait pas j’ai eu très mal le traitement orale n’a pas marcher ( 2 jours de contraction) curetage en urgence car après hé passais le délai légale j’ai tjs se bb dans ma tête mène si depuis j’ai eu un autre enfant qui va très bien courage à toi

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