#61 Déclenchement catastrophique au cytotec

8 Fév

Février 2007, on attend la naissance de notre premier bébé. J’ai fait un projet de naissance plutôt bien accueilli par la maternité : pas d’ocytocine, pas de rupture artificielle de la poche des eaux, accouchement le plus naturel possible, sans péridurale si possible.

Mais voilà, le jour du terme arrive et je n’ai pas encore accouché. Je me rends à la maternité où une sage-femme me dit « revenez lundi pour un déclenchement ». A l’époque je ne savais pas que le retard de terme n’est pas si dangereux qu’on veut bien nous le faire croire. Je ne savais rien non plus sur le cytotec. Je suis revenue le lundi, bêtement, la mort dans l’âme, persuadée que j’étais anormale puisque je n’avais pas su accoucher « dans les temps ». (J’ai appris depuis que 30% des primipares dépassent le « terme » théorique de 41 SA)

 Le 13 février 2007, à 5h30, une sage-femme me pose un 1er cachet de cytotec (misoprostol) dans le vagin : 50 µg. Elle m’examine : mon col est fermé. On attend, elle me fait des monitorings régulièrement. Petit à petit, les contractions commencent, pas douloureuses, mais s’estompent au bout de quelques heures. A 12h30, j’ai droit à un 2ème cachet qui relance les contractions.

Vers 16h30, ça commence à être vraiment douloureux. Mon col est toujours fermé.

A partir de 19h30, les contractions deviennent insupportables. Elles s’enchaînent les une aux autres et ne me laissent aucun répit. J’ai à peine le temps de respirer à la fin d’une contraction que la suivante commence. Je hurle de douleur toute la soirée. Je suis dans une chambre double avec une maman et son bébé de 2 jours. J’ai de la peine pour ce pauvre petit qui m’entend hurler toute la soirée. Je finis par demander la péridurale.

A partir de 23h30, je suis en salle de naissance. Je pense à ma voisine de chambre et à son bébé. Ils vont enfin pouvoir se reposer !

La péridurale me soulage. C’est un moment de répit pour moi et mon mari qui m’a assistée toute la soirée, mais pas pour notre bébé. Les contractions au monitoring sont impressionnantes. Elles dépassent le maximum prévu sur le tracé. Mon col est toujours ouvert à un doigt.

A 3h30 du matin, mon col est ouvert à 2 doigts. La sage-femme me dit alors qu’il va falloir faire quelque chose pour accélérer le travail. Elle a lu notre projet de naissance. Elle sait qu’on ne veut ni ocytocine ni Rupture Artificielle des Membranes, mais le travail n’avance pas, « il faut faire quelque chose ». Elle nous donne « le choix » entre les deux : ocytocine ou RAM. Je pense que j’ai reçu assez de substances agressives. J’opte pour la rupture des membranes, en pensant que c’est « plus naturel ». Le problème, c’est qu’à partir de ce moment, les contractions vont devenir de plus en plus violentes et mon bébé n’est plus protégé par la poche des eaux.

Le résultat ne se fait pas attendre longtemps : à 5h10, je fais une hypertonie utérine. Le coeur du bébé baisse à 80 bpm. L’alerte est donnée : la sage-femme appelle le chirurgien pour une césarienne en urgence. Je passe au bloc 10 minutes après. La péridurale ne fait plus effet à gauche, je hurle de douleur lorsque le chirurgien sort le bébé. On me fait une anesthésie générale (anesthésie « flash ») le temps de me recoudre. Je ne vois donc pas notre fils et ça vaut mieux pour moi, car mon mari, qui voit la sage-femme passer en courant avec un bébé tout blanc et tout mou dans les bras, se dit : « il est mort ».

Notre enfant n’est pas mort, son cœur bat encore: ça lui donne 2 points au score d’Apgar. On l’intube et on appelle la pédiatre qui arrive aussitôt. Au bout de 5 min., notre bébé respire tout seul. Mon mari entend son 1er cri : il est vivant !

Lorsque je me réveille, notre fils est à côté de moi dans une couveuse. Je ne me rends pas compte de ce qui lui est arrivé. Mes premières paroles sont : « Comme tu es beau ! » Puis je lui parle, je lui explique que je voudrais bien lui faire un gros câlin, mais que ce n’est pas possible pour le moment, que son papa va s’occuper de lui et que je le retrouverai bientôt.

Je crois vraiment, à ce moment, que le cauchemar est fini, que je vais passer 2 heures en salle de réveil, puis que je remonterai dans ma chambre et qu’on sera tous les 3, mon mari, moi et notre bébé, mais un nouveau cauchemar m’attend, auquel je ne m’attends pas du tout.

En salle de réveil, je perds la notion du temps. Au bout de quelques heures, je sens quelque chose de chaud couler de ma cicatrice. Je n’ai pas la présence d’esprit de penser que c’est du sang. Je dis juste au médecin qui se trouve là : « il y a quelque chose qui coule de ma cicatrice ». Je suis en train de faire une hémorragie. Les choses s’enchaînent rapidement : On me met un masque à oxygène, puis on m’administre des plaquettes, puis une transfusion sanguine, 2 poches.

Vers 12h30, on m’emmène en salle d’opération pour une embolisation des artères utérines, puis je passe en réanimation. Là aussi, j’ai un peu perdu le fil des évènements. Je me souviens juste que j’étais très faible et que j’avais soif, mais je n’avais pas le droit de boire. Régulièrement, des médecins passaient et m’appuyaient fortement sur le ventre sans m’expliquer pourquoi. C’était atroce, ça me faisait hurler de douleur alors que j’étais sous pompe à morphine.

Je n’ai revu mon bébé que le lendemain. Une sage-femme l’a emmené en réanimation pour que je puisse le voir et elle me l’a mis au sein pour la première tétée.

Je suis redescendue en maternité le mardi en fin d’après-midi, et j’y ai passé 6 jours. Au début j’étais incapable de m’occuper de mon bébé. Je n’ai pu me lever que le 4ème jour. Dans mon dossier médical, une sage-femme a noté : « très anxieuse +++, se pose beaucoup de questions, refuse de se lever ».

Ce n’est que 18 mois plus tard que j’ai commencé à chercher des informations sur le cytotec (misoprostol) car j’avais le sentiment que ce médicament était responsable de tout ce qui était arrivé. J’ai effectivement trouvé les informations que je cherchais : Le misoprostol n’a pas d’autorisation de mise sur le marché en obstétrique, il peut provoquer des hypertonies responsables de souffrances fœtales, des hémorragies, voire des décès.

Lorsque j’ai enfin compris, j’étais furieuse et profondément choquée.

Notre fille est née 2 ans après son frère, par voie basse. J’ai su, cette fois-ci, défendre mon projet de naissance, et l’accouchement s’est déroulé sans problème.

En avril 2008, la Haute Autorité de Santé a émis des Recommandations sur le déclenchement, dans lesquelles elle précise que : «  Le misoprostol* (prostaglandine E1) n’a pas d’Autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le déclenchement artificiel du travail. » et que  « Son innocuité n’a pas été suffisamment évaluée, ce qui fait qu’actuellement le misoprostol n’est pas autorisé à l’usage obstétrical. Son emploi doit, pour cela, rester limité à des études randomisées. »

http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/declenchement_artificiel_du_travail_-_argumentaire.pdf

Après avoir eu connaissance d’autres cas (malheureusement plus graves que le mien) j’ai créé un forum d’information et d’échanges sur l’utilisation abusive du cytotec (misoprostol) en obstétrique.

Pour que ça n’arrive pas à d’autres.

Si comme moi, vous avez subi un déclenchement au cytotec (quelle qu’en soit l’issue), laissez-nous un témoignage, ça nous permettra de faire avancer les choses.

http://www.bebecyto.org

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Une Réponse to “#61 Déclenchement catastrophique au cytotec”

  1. Héloïse 20 novembre 2013 à 18 h 55 min #

    Cela a dû être très dur, vous avez eu un immense courage, bravo à vous.

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