#62 Vanessa – 2009

8 Fév

Mon témoignage 

Je m’appelle Vanessa et je suis tombé enceinte en juin 2009 à l’âge de 29 ans.

La moyenne d’âge à l’époque chez les femmes françaises pour un premier bébé étant de 29 ans et demi, j’étais à l’époque dans ce que je pouvais nommer « être dans  la norme de la société ».

Tout devait donc bien se passer pour moi puisque je souhaitais avoir un enfant avant mes 30 ans et je m’y étais  un peu mis la pression. Mes deux sœurs en ayant plusieurs, ma maman ayant exercé le métier de nounou, j’ai grandis entourée d’enfants. Avoir enfant était certes un désir mais ce n’était peut-être pas forcément à l’époque pour les bonnes raisons.

Une grossesse plutôt épanouie, certes avec quelques soucis de santé, mais pas de réelles complications si ce n’est le manque d’implication émotionnel du futur père et un manque certain d’informations et d’accompagnement.

Un des principaux éléments perturbateurs pour moi était la terreur de l’accouchement qui s’expliquait par la peur de l’inconnu, de ne pas savoir pousser, de ne pas savoir gérer, d’exposer son intimité face à des inconnu(e)s sans en avoir le choix, d’être en quelque sorte dépossédée de soi-même.  La terreur de ce lâcher prise qu’on nous explique en cours de préparation à l’accouchement. Mais qu’est ce donc ce lâcher prise ?…

J’ai eu la chance d’avoir été guidée par ma sœur au début de ma grossesse, assistante sociale, qui m’a expliqué les bénéfices d’un suivi moins médicalisé avec une sage femme libérale. Un suivi plus humanisé et plein de bienveillance. Un suivi possible même pour une primipare ce dont la plupart de mon entourage ne savait pas.

Un choix qui me semblait naturel et totalement en phase avec ma personnalité  de nature anxieuse. Je savais qu’au moindre doutes et angoisses, je pourrais appeler ma sage femme libérale ce que je ne pourrais pas faire avec ma gynécologue. Ceci dit,  j’ai quand même demandé la permission à ma gynécologue pour un suivi par une sage-femme et non par elle. Avec le recul, cela me paraît aujourd’hui un comble de demander la permission à autrui de vouloir gérer sa grossesse et son accouchement selon MES propres choix !

Un entretien de 4ème mois accompagné du papa, un projet de naissance très synthétique fait par moi-même sans savoir vraiment trop comment le rédiger. Un dernier examen au 8ème obligatoire avec le gynéco de la maternité ou j’allais accoucher. J’avais l’obligation de rencontrer au moins l’un des gynécos de la maternité puisque je n’avais pas été suivie dans cette maternité. Et pour accoucher là bas, je devais donc en rencontrer un au cas ou pendant l’accouchement il devrait y avoir une intervention d’un gynéco. Merci les gros doigs de ce gynéco irrespectueux de mon corps qui les as introduit dans mon vagin sans me demander ma permission et m’as fait horriblement mal. J’en étais nauséause. Je me suis sentie dépossédée dés ce jour là…Et c’est sans compter ensuite ses pauvres réflexions sur la grandeur de bébé qui devrait pas être ni trop grande, ni trop grosse (50cm pour 3.240kg, euh c’est ça pas trop grande ni trop « grosse » ?!)

Et me voilà quelques mois plus tard, arrivant le samedi 28 février 2009 à 14h00 à la maternité après avoir perdu les eaux à la maison à midi. Un scénario comique, accompagné du futur papa en perdant les eaux au travers de ma serviette que j’avais calé entre les jambes. Arrivé à post-terme de 2 jours, on m’avait fait venir à la maternité pour faire soi disant un monito. J’ai plutôt eu droit à un décollement de membrane, un geste extrêmement douloureux. Et ceci sans m’en demander la permission ni m’en expliquer les raisons, ni l’utilité. Après ce geste, j’ai perdu du sang et me suis retrouvée une couche entre les jambes et mes angoisses pour rentrer chez moi…

Bref, ce 28 février, un accueil relativement impersonnel, un monitoring puis une confirmation de début de travail par des contractions toutes les 2 minutes, une dilatation à 2,  des allers et retours incessants dans le couloir (seule avec le papa, aucun accompagnement de l’équipe médicale, aucun encouragement, rien) et les escaliers pour faire accélérer le travail. Ceci également  par choix afin de ne pas rester statique face  à la douleur. J’avais choisi d’aller faire le travail dans la baignoire de la mater mais vu que j’avais perdu les eaux, c’était pas possible (du moins en France…).

A 17h00, je commence à sentir de plus en fort les contractions. Je me sens fatiguée, j’ai soif, j’ai faim, je grignote quelques amandes. Je me demande comment je vais tenir , si je vais tenir, combien de temps… Je me sens si seule et démunie. Qu’est ce que j’aurais aimé avoir une accompagnante près de moi, ou la sage-femme pour nous épauler moi et le papa de mon bébé en train de se préparer à arriver. Je ne pouvais même pas rassurer ma puce dans mon ventre, lui susurrer des mots parce que je commençais à fatiguer. Comme je regrette cela…

Je décide finalement d’appeler la sage-femme pour qu’elle voie ou j’en suis. Après l’examen , je suis dilatée à 4.5. Je lui dis que j’ai peur, que je suis fatiguée. Je lui demande de me ré-expliquer la péridurale. Elle me balance 3 mots rapidos puis me dis de me décider dare-dare car l’anesthésiste va arriver pour une autre maman. Du coup comme j’ai peur de ne pas aller jusqu’à la délivrance, je décide par dépit de prendre la péri pour moi et pour ma puce.

4,5 cm de dilatation plus tard, je décide malgré mon angoisse persistante de la péridurale de la demander quand même. Fatiguée et désespérément seule, sans aucun encouragements ni accompagnement (sauf celui du papa), j’avais trop peur de ne plus avoir la force de gérer les contractions seule.et d’être incapable de pousser au moment crucial. J’ai donc cédé finalement contre mon souhait initial.

Mon projet de naissance spécifiant d’aller au plus loin dans la gestion de la douleur sans péridurale, je ne fus pas prioritaire pour celle-ci . Il manquait des effectifs ce samedi-là, et plusieurs accouchements en même temps.

On me demanda d’attendre dans une salle de travail glaciale. Je traverse le couloir avec leur chemise ouverte sur notre derrière, déjà que bon ben on n’est pas suffisamment dénudée et ouverte sur notre intimité, il faut en rajouter une couche avec ce magnifique vêtement ! J’étais  allongée (contre mon gré) avec un monitoring qui fonctionnait par intermittence. Une attente d’1h30 interminable pendant que le papa démuni me voyait souffrir. Intérieurement, je commençais à désespérer et je lui criai que je n’y arriverais jamais. Pourtant, je n’ai pas osé sonner les sages-femmes, j’ai cru que cette attente était normale. Je n’ai pas voulu déranger. Mon dieu, quelle bêtise, on aurait du pouvoir bénéficier d’un meilleur accompagnement.

Aucun mots rassurants au beau milieu de la plus intense des contractions et paf l’anesthésiste me pique et m’électrise la jambe gauche. Finalement, une péridurale posée et sans effet immédiat. A ce moment je m’énerve oralement en criant que si j’avais su que ça ne ferait pas d’effet, au point où j’en étais j’aurais  probablement pu aller jusqu’au bout sans péri. Mais ça je ne le saurais jamais…Quelques minutes plus tard, je sens que ça pousse à l’arrière de mon fessier, une poussée insistante. Je dis à la sage-femme car  je crois que j’ai envie de pousser, je sens même que j’ai envie de pousser. Mais elle me répond négativement comme une interdiction, que c’est trop tôt et que j’aurais mal parce que la péri n’as pas encore fais son effet ! Aujourd’hui encore, j’en ai mal au cœur de ne pas avoir su écouter mon corps, ma fille qui pour elle, c’était le moment de pointer le  bout de son nez. On lui as interdit son moment. On nous as imposé ce moment de rencontre. On m’as accouché…

L’incompréhension, la douleur et la révolte m’envahit encore aujourd’hui en écrivant ces mots même si l’intensité est moindre par rapport à l’après accouchement et les mois qui ont suivis. On peut oublier, ça ne veut pas dire que l’on pardonne.

Je suis restée 1h45 à attendre et subitement, l’auxi puéri débarque dans la salle et repars en courant sans un mot : détresse respiratoire de bébé. On me demande  vite de me mettre en position, couchée, alors que je voulais être assise. Mais la péri a fait trop son effet et m’empêche de le faire. S’ensuit les ventouses, oxygène, puis forceps et voilà après 40 minutes de tentatives, je vois ma jolie fille sortir de mon moi et me regarder sans pleurer. Quels magnifiques yeux, un teint sublimement rose et une peau si lisse que ça nous as surpris le papa et moi. Ben oui on nous avait dit qu’à la naissance, un bébé c’est moche et tout fripé ! Mais pas notre fille, alors pourquoi ?!

Tout est allé très vite, trop vite. Je n’ai pas du tout pensé que « forceps-sortez monsieur » voulait dire épisiotomie…si j’avais su, si j’avais su tous les droits qu’on a nous les femmes et que l’on ignore parce qu’on ose pas, parce qu’on a peur de parler, parce qu’on fais confiance aveuglément, et qu’ils abusent de cette confiance.

Un court peau à peau et hop déjà on me l’enlève.

Je ne m’étalerais pas sur les détails ahurissants concernant le dialogue de la gynécologue sur un éventuel futur second accouchement pendant qu’elle recoud mon épisiotomie. Par contre, je regrette qu’elle m’ait empêché de profiter du moment où le papa et l’auxi puéri s’occupait de ma fille au fonds de la pièce. L’acte médical continue et moi je sens les fils passer dans ma chair, sans douleur, mais c’est comme encore une fois une intrusion dans mon corps.

Enfin, on me ramène mon bébé sur moi. Un moment d’émerveillement, de découverte, de rencontre avec ce petit être vivant de mon sang. J’étais si impatiente de la mettre au sein, de sentir ce rapprochement physique que j’ai été déçue qu’elle ne veuille pas le prendre tout de suite. J’avais cru que ça se ferait tout de suite.

Bref, s’ensuit finalement une attente interminable en salle de travail . L’étudiante sage femme me demande de retourner dans ma chambre en marchant après mon épisiotomie. Mais bien sur ! J’ai peur de ne pas y arriver, je ne m’en sens pas capable. Elle me donne des suppos pour ne pas avoir mal à l’épisio et je lui réponds que je ne veux pas les mettre, que j’ai peur de me toucher la partie intime qui pour moi a été charcuté. Elle me réponds « bah quand même c’est votre foufoune ! ». Mais je ne cède pas je suis terrifiée de me toucher…Elle est speed parce que le personnel est en sous effectif. Elle oublie même de m’enlever le cathéter de la péri !!!

Ensuite je me retrouve toute seule  dans ma chambre à 2h du matin avec ce tout petit être. Mais je me sens si seule tout à coup si et perdue et je ne sais pas ce que je dois faire. Je sonne et c’est l’étudiante sage-femme qui vient me voir et qui me réponds « faites appel à votre instinct maternel » !!! Euh mais c’est quoi en fait l’instinct maternel ????

Je suis restée quasiment éveillée toute la nuit car je ne savais pas si je pouvais ou devais éteindre la lumière, si je pouvais poser mon bébé ou non, je ne savais plus rien…J’étais si seule et démunie et aveuglée par l’émerveillement de la vie qui était sortie de mon ventre.

Pour résumer, il ne me reste que le goût amer d’un accouchement en totale dépossession, ce moment si intime dans la vie d’une femme, d’un couple et qui devrait être beaucoup mieux respecté par le personnel soignant. Je n’ai pas bénéficié d’un accueil personnalisé, je n’ai pas bénéficié d’un accompagnement, d’une écoute bienveillante lorsque j’ai souffert pendant des jours d’une déviation du coccyx due au forceps.

Je n’ai pas eu le privilège d’avoir une sage-femme ou qui que ce soit qui vienne me demander si  pour moi, la maman, tout allait bien. Parce qu’une fois  que le bébé est né, on a tout de même tendance à oublier les émotions naissantes de la femme en devenir de mère et sa fatigue maternelle. La place du père et son rôle commence dès la naissance de l’enfant. Mais la mère, devient-elle mère parce qu’elle accouche ? « On ne naît pas mère, on le devient » Jean-Marie Delassus.

J’aurais eu quelqu’un à mes côtés pendant le travail et tous ces moments-là pour que l’on respecte mon projet de naissance, je reste persuadée que ça aurait changé la donne sur pas mal d’aspects.

Ce goût amer lorsque même quand je l’écris car les souvenirs remontent forcément  que l’on ne nous dit évidemment pas, c’est qu’une fois que bébé est né, c’est vers lui que vont toutes les attentions. Pendant 9 mois nous avons été l’objet de convoitise, de désir, d’attentions de toutes sortes,  grâce à ce bébé qui grandit dans notre ventre. Et puis soudain, on inverse la donne. Pourtant, dans le temps, toute une famille, voir un village accompagnait et soutenait la mère pour qu’elle puisse prendre sa place de mère.

J’ai vécu ce qu’on appelle dans l’association « Maman Blues » (dont je suis membre depuis 2009), la difficulté maternelle accompagnée d’une dépression du post partum majeure. Il m’a fallu 23 mois pour me sentir vraiment et complètement mère. J’ai mis des mois à pouvoir dire « ma fille ». J’ai mis des mois à m’en remettre en traversant des épreuves difficiles comme une hospitalisation en unité mère bébé, la séparation avec le père de ma fille, une garde alternée, des traitements médicaux, et une psychothérapie. La psychothérapie est un merveilleux remède aux maux intérieurs et aux « mots ». Mais je reste convaincue que si j’avais eu un meilleur accompagnement à la naissance, beaucoup de choses auraient été bien différentes. Quand j’entends mes amies qui ont accouchés dans la même maternité que moi, je me demande encore parfois aujourd’hui, mais pourquoi pour moi tout a été si différent. Et bien parce que je suis aussi très sensible aux autres. J’ai toujours été dans l’empathie, dans la psychologie des émotions, l’écoute du corps et de ses émotions. Mais cette épreuve de vie m’aura  appris la tolérance, la bienveillance, le non jugement.

Ce qu’il en ressort de ce vécu de grossesse, d’accouchement et de post natal, c’est cette sensation de dépossession à tout point de vue. On m’a accouchée, je n’ai pas accouché. Comme si on m’avait arraché de mon ventre mon enfant, tout comme ce décollement de membrane le jour du terme sans m’en expliquer ni le geste ni la raison, et pour finir aucune demande d’autorisation de me faire une épisiotomie… Je n’ai pas eu non plus d’accompagnement après mon hémorragie survenue 12 jours après mon accouchement et l’on a refusé que ma fille et mon conjoint restent dormir avec moi. La descente aux enfers a commencé à partir de là puisque ça a fusillé mon allaitement.

Le pire je pense, c’est que nous sommes dans une société surmédicalisée et malgré tout absolument sous-médicalisée psychiquement. On psychiatrise beaucoup de choses mais l’aspect psychologique des bouleversements tout au long de cette période périnatale est encore tellement délaissé.

Alors aujourd’hui, lorsque je lis tellement d’articles sur les sujets de la périnatalité, grossesse, accouchement, droits des femmes, je réalise encore plus ce manquement d’information autour de l’accompagnement avant, pendant, après la grossesse, et tout autour de la maternité et du couple naissant de parents. Mais aussi le droit des femmes dans l’accompagnement de leur grossesse et leur accouchement. Et ça me scandalise, ça m’indigne, me révolte. Et j’ai aujourd’hui envie, avec tous ces sentiments négatifs de les transformer en sentiments positifs car ils me donnent la force, l’envie, le courage d’avancer dans ma vie de mère pour ma fille mais aussi pour toutes les mères qui vont devenir mères.

Voilà le mal vécu de l’accouchement que je redoutais tant m’est arrivé et on m’a souvent répondu que c’était « la faute à pas de chance ».

Et bien moi non aujourd’hui je ne suis plus d’accord avec cela et je compte bien élever de la voix pour le faire savoir au nom du respect des femmes mais aussi pour qu’il y ait plus de respect pour les pères. Et également pour montrer que non ça n’est pas tout rose comme dans le documentaire « baby boom » ou le personnel soignant commande même les pizzas pour le papa en salle de naissance. N’importe quoi !

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Une Réponse to “#62 Vanessa – 2009”

  1. Héloïse 20 novembre 2013 à 19 h 30 min #

    Je suis 100% d’accord avec vous, je ressens encore les mêmes choses en ce qui concerne l’accouchement de mon fils, dépossession, manque de respect et d’intimité, gestes médicaux imposés sans consentement, les femmes ont des droits et le personnel doit les respecter, rien ne doit être banalisé à outrance.

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