#67 « Le jour où j’ai décidé de ne plus accoucher à l’hôpital » Québec

8 Fév

Accouchement d’Aube

15 mars 2009. Je flotte dans une douce latence, mon deuxième bébé, une fille cette fois, s’apprête à naître. La valise pour l’hôpital est prête, je n’attends que la marée monte.
Une doula m’a bien préparé à vivre la douleur et malgré que je me laisse aller, j’ai bien peur de flancher et de prendre une péridurale, comme à mon premier accouchement. Elle m’intimide, cette femme qui a accouché naturellement, à la maison en plus. J’ai peur de la décevoir…

Je vais marcher dehors, gambader, seule dans les champs. Je veux que les contractions s’accélèrent, deviennent plus insistantes.

Nous couchons notre aîné pour la nuit, et nous écoutons la télévision, l’Homme et moi, alors que j’entame des contractions plus rythmées. Mes mains restent molles, mes fesses aussi. Comme elles sont à mon avis trop espacées, je vais dans le bain, histoire de voir si le travail ne s’enclencherait pas.

Finalement, le bain a l’effet escompté… tellement qu’en y sortant, j’entre en transition… moi qui me pense en travail actif. La douleur est insoutenable, je me pends au cou de l’Homme, je grogne…

Les membranes rompent, les pantalons s’envolent… une petite tête apparaît à la vulve… et Aube culbute dans les mains de son père. Debout dans le salon, le bébé dans les bras, je me sens l’égale d’une puissance divine. Je comprends enfin ce que veut dire « le pouvoir des femmes ». J’ai l’impression de pénétrer derrière un rideau mystique et d’y découvrir une vérité. Je saisis enfin l’euphorie de la naissance…

Mais la réalité me rattrape et je suis transférée, malgré moi, à l’hôpital. Je ris de bonheur et de la facilité de la naissance… jusqu’à ce que la bulle crève. Malgré qu’on sache, au poste, que le placenta n’est pas sorti, il me semble que ça prend une éternité avant de voir un médecin. « Ah, ce n’est pas si urgent que ça, alors… » me dis-je. On me tâte, on le sort, sans délicatesse car les tissus sont enflés, déchirés. Et je hurle. On me lave rapidement avec une débarbouillette rêche. Ça me fait mal. Déchirure au 2e degré que l’on réparera dans une autre pièce, et je suis séparée de ma fille malgré moi, pour la première fois. Je tremble de partout, je suis en état de choc, je réalise enfin la naissance folle. Les jambes dans les étriers, on me laisse avec l’infirmière afin de revenir à moi, je tremble trop pour la réparation. Je peux enfin retrouver mon bébé.

Nous voulons quitter l’hôpital, on nous promet que le pédiatre viendra… Il ne vient pas. Nous nous sentons oubliés par moments, bousculés par d’autres. Nous quittons enfin après un séjour qui aura duré plus de 48 heures, administration oblige, vu notre heure d’arrivée.

S’en suivra de fatigantes démarches pour faire changer le certificat de naissance d’Aube, qui a été considérée « Née à X-ville » selon le gynéco de garde… alors que son accoucheur, c’était papa, et qu’elle n’est pas née à X-ville.

Depuis, je n’accouche plus à l’hôpital, mais j’assiste à ceux des autres… je suis devenue doula à mon tour. Notre troisième enfant, encore une fille, est née à la maison, avec sage-femme… et les autres qui suivront vont aussi, si la vie le veut, naître dans notre nid.

Marie-Ève Sturrock

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