#69 Catherine, Québec

8 Fév

Depuis plusieurs semaines, j’avais des douleurs sporadiques au côté droit, juste au niveau de la hanche, en arrière de la bedaine. J’avais été à la maternité à 32 semaines pour me faire rassurer. Le docteur m’avait dit que c’était sûrement musculo-squelettique, de ne pas m’en faire, que c’était sûrement toi qui t’accotait d’une drôle de façon, ou mon corps qui ne suivait pas tout à fait tous les changements liés à la grossesse. Comme la douleur était disparue après qu’il t’ait fait bouger, je me suis dit qu’il avait raison. La douleur est réapparue plusieurs fois dans les semaines suivantes, repartait suite à un massage de ton papa ou selon comment je me couchais. 

Le 6 juillet 2011, par contre, des brûlements d’estomac n’ont pas aimé notre souper… J’ai passé la nuit suivante à être malade, avec la fameuse douleur au ventre qui planait. Le lendemain, c’est la fête de ton papa. On n’a malheureusement pas eu le temps de la souligner, parce que dès son retour du travail, on décide d’aller à la maternité : je ne garde rien, même pas une gorgée d’eau. Je m’inquiète, il ne faut pas que je me déshydrate, ce ne serait pas bon pour toi… On me garde donc sous observation avec un soluté de 15h à 23h… Inutile de te dire que je suis vraiment faible lorsqu’on arrive à l’hôpital ! J’ai repris un peu de couleurs en sortant, et j’ai maintenant une prescription de Zantac pour faire passer les brûlements et le reflux. On arrive à la maison il est près de minuit, on est fatigués, papa a de la peine malgré lui d’avoir une journée d’anniversaire si plate, et je le comprends bien… Je lui dis que je lui donnerai son cadeau le lendemain, alors que sa famille vient pour commencer ta chambre.

 Le lendemain, par contre, ça ne va pas mieux… La douleur est forte, j’ai de la difficulté à marcher. Je me repose toute la journée, en espérant te faire bouger, mais rien n’y fait… Quand ton papa revient du travail, on décide (suite aux conseils de l’infirmière d’Info-Santé) de retourner à la maternité. On finit par arriver à l’hôpital, papa me laisse à l’entrée, je vais m’assoir pour l’attendre. Je sais que je ne serai pas capable de me rendre au troisième étage toute seule, je dois attendre papa qu’il me prenne une chaise roulante. On arrive à la maternité, les infirmières croient que je vais accoucher. On essaie de leur faire comprendre que ce ne sont pas des contractions qui me font mal… C’est difficile de me faire comprendre, parce que j’en ai, des contractions, mais la douleur ne suit pas les contractions… J’ai beau en être à ma toute première grossesse, ne pas savoir ce qu’une douleur de contraction est, je sais pertinemment que la douleur que je ressens n’est pas due aux contractions… Le docteur de garde est le même que j’ai vu à 32 semaines, il me pèse sur le ventre en se demandant bien ce qui peut me faire ça, et surtout, a l’air de me trouver moumoune d’évaluer la douleur à 8 sur 10 (« C’est beaucoup, huit… »)… Je saute de douleur à chaque fois, papa est sur le bord de lui crier après… Les infirmières s’occupent mieux de moi, viennent de temps en temps voir comment ça va, sont douces et délicates, mais ce médecin-là… Ouf ! Il décide finalement de me garder en observation pour la nuit. Papa est allé m’acheter un livre et une revue pour passer le temps, mais je n’ai même pas la force d’y porter attention. J’ai juste mal. Papa retourne dormir à la maison en promettant de revenir tôt la matin. Il doit s’occuper des chats, et de toute façon, il ne peut absolument rien faire pour m’aider…

Le lendemain matin, papa arrive tôt. Je dois aller à la salle de bain, et il doit m’aider à y aller. Marcher environ 4 mètres nous prend facilement 10 minutes, et comme la veille, aller à la toilette est une torture. On revient de peine et de misère au lit, et j’en ai pour plusieurs minutes à juste essayer de reprendre le dessus sur mon mal. 

Une nouvelle gynéco est de garde, c’est celle que je préfère à la clinique où j’étais suivie pour la grossesse. Je suis bien contente de la voir ! Elle est délicate, gentille et prend bien le temps d’écouter mon mal. Elle vient toucher une fois à mon ventre, je saute encore de douleur. Elle nous dit alors qu’elle soupçonne une appendicite. À ce point-là, je suis tellement juste à bout de la douleur… Elle appelle le chirurgien pour avoir son avis. Il vient lui aussi tâter mon ventre, confirme l’appendicite, et cédule (programme) l’opération pour l’après-midi. Il est plutôt drôle, il a l’air content de voir un « cas rare » d’appendicite enceinte ! Plus tard, papa et moi rirons pas mal de ce personnage ! On est samedi, et on m’apprend que tu arriveras peut-être plus tôt que prévu : l’opération pourrait déclencher le travail. On en est à 36 semaines et 2 jours, les risques liés à la prématurité à ce stade sont faibles versus les bénéfices de l’opération. Papa appelle ma mère pour lui dire que je serai opérée, que tu risques de te pointer d’avance, et lui demande si elle peut aller laver ton linge et finir ta valise… On pensait avoir encore un mois pour tout finir, faut maintenant agir en catastrophe !

 Le chirurgien décide finalement de m’envoyer passer une échographie abdominale pour confirmer l’appendicite. Le radiologiste me fait tellement mal qu’en sortant de la salle, dans la chaise roulante, je ne peux pas m’empêcher de pleurer… L’appendicite aigüe est confirmée, on remonte à ma chambre, puis finalement, arrive le temps de l’opération… Papa descend avec nous jusqu’aux portes du bloc opératoire, me serre la main très fort, puis on m’amène dans la salle d’opération. On m’endort…
Je me réveille, je ne sais pas vraiment où je suis (salle de réveil, mais je n’ai pas la force d’ouvrir les yeux), un homme me parle, j’ai mal… Il me demande à combien sur 10 j’évalue la douleur, je lui réponds 8.
 J’imagine qu’on me donne quelque chose, parce que lentement, la douleur diminue. On me remonte à ma chambre, et quand je finis par ouvrir les yeux, papa et grand-maman sont à mes côtés. Je demande s’il y a eu complications, ils me disent non, puis si tu es correct, ils répondent que oui. Mais je vois qu’il y a quelque chose qu’ils ne disent pas…

Un peu plus tard, alors que grand-maman est seule avec moi, je lui demande qu’est-ce qui se passe. Elle me répond que finalement, en voyant mon appendice, ils se sont rendus compte que tout était normal à ce niveau… (Mais en lisant mon dossier, j’étais réellement en train de faire une crise d’appendicite aigüe). Mais qu’en dessous, à l’origine de ma douleur, ma trompe est tordue. À un point où elle était maintenant nécrosée. Ils ont dû l’enlever, ainsi que l’ovaire. Papa me dira plus tard que de la façon dont les médecins lui ont parlé, la trompe leur était plus restée dans les mains quand ils y ont touché… On ne saura jamais depuis combien de temps elle l’était, ni pourquoi… Mais le fait est que maintenant, il ne me reste qu’une trompe et qu’un ovaire. Je prends bizarrement très bien la nouvelle. L’important, à ce moment, c’est toi, d’abord, et que la douleur disparraîsse ensuite. Et c’est ce qui est en train de se passer ! Je suis juste contente que cet épisode de douleur soit terminé, et pour de bon. La gynéco avait aussi rassuré papa en lui répondant qu’on pourrait très bien avoir d’autres enfants, parce que ça avait été sa première question. (À mon rendez-vous de suivi pour la césarienne, deux mois et demie après ta naissance, on m’apprend finalement que j’ai mes deux ovaires ! Ils ne m’ont pas enlevé mon ovaire droit, ils ont simplement retiré la trompe.)

 La journée passe, et papa va dormir chez grand-maman et grand-papa pour être plus près de l’hôpital si jamais tu te décidais à arriver : j’ai commencé à avoir des contractions en sortant de l’opération, j’ai commencé à dilater, mais tout ça a stoppé en soirée. On croise donc les doigts que tu restes au chaud encore un peu, mais je te dis que si tu es prêt à naître, on t’attend ! C’est toi qui décide !

 Vers 2 heures du matin, les contractions ont repris et commencent à m’empêcher de dormir. L’infirmière (une perle !) vient me voir régulièrement et s’occupe très bien de moi. Elle vérifie le col : je suis rendue à 5 cm. Vers 4 heures, on convient qu’il serait temps d’appeler ton papa, puis je demande à avoir l’épidurale lorsqu’il sera arrivé. Les contractions sont fortes, j’arrive à les gérer, mais je sais que je devrai l’avoir (pour être capable de pousser : l’opération est quand même récente !). Je ne vois pas vraiment l’utilité de supporter encore de la douleur ! Avant de changer de chambre, l’infirmière détecte un décollement placentaire. Elle ne semble pas en faire de cas, mais j’apprendrai plus tard en lisant nos dossiers d’hôpital que c’était plus inquiétant que ça n’avait paru sur le moment.

 Papa arrive finalement, je change de chambre pour aller à la chambre de naissance. J’ai quelques contractions, puis l’anesthésiste arrive. On m’installe assise sur le bord du lit, papa devant moi, et on m’explique ce qui se passera. Papa me tient les mains, et reste surpris que je ne les serre pas pendant la piqûre : pour moi, laisser la douleur couler est beaucoup plus facile si je n’offre aucune résistance. L’épidurale fait finalement effet, et je me sens mieux, quoique fatiguée. Tu es toujours sous monitoring, tu vas bien. Par contre, le travail commence à ralentir. Le docteur décide d’injecter du synto pour le faire reprendre. Malheureusement, ton petit coeur n’aime pas ça… Le moniteur cesse de le capter pendant les contractions. À chaque fois, papa doit appeler l’infirmière pour qu’elle revienne, la contraction repart, l’infirmière aussi. Je n’ai pas trop conscience du temps que ça a duré, ça m’a semblé une éternité comme ça m’a semblé passer en 30 secondes ! Finalement, la gynéco vient voir, regarde passer quelques contractions, puis dit à l’infirmière d’arrêter le synto, qu’on va en césarienne. Il est maintenant 6h30. 

À ce moment, tout commence à débouler : on nous dit qu’on a la salle d’opération à 7h, donc qu’à 6h50 on doit me préparer. Papa va s’habiller pour assister à la césarienne. On me prépare (j’ai un peu oublié ces étapes), on me transfère sur une civière, on descend tout le monde en salle d’opération. J’entre avec la gynéco, papa doit attendre un peu. Quand il entre, à 7h05, je crois qu’ils ont déjà commencé l’incision… À 7h13, le docteur dit : « Papa, lève-toi, regarde ton fils !! ». Je suis tellement émue ! J’essaie de t’imaginer, de voir dans ma tête comment est le visage associé à ces cris vigoureux… Parce que tu cries tellement fort ! À croire qu’on t’a dérangé, et tu nous le fais savoir ! Papa va couper ton cordon, et revient aussitôt s’asseoir auprès de moi… Le personnel de la salle d’opération est étonné, car habituellement, les papas « oublient » la maman pour se concentrer sur le bébé… Mais papa a peur pour moi, de voir le sang sur les gants de l’infirmière et de la gynécologue quand on était dans la chambre de naissance, et de me voir souffrir presque sans répit depuis trop de jours lui a fait peur de me perdre… Finalement, une infirmière te dépose dans les bras de papa, tout emmitoufflé… Ces images resteront à jamais gravées dans ma mémoire, un tout petit paquet dans les bras de ton papa… Avant de partir pour la pouponnière, une infirmière te prend, t’approche de moi pour que je puisse te voir et t’embrasser… Elle est tellement gentille, elle semble lire en moi ce dont j’ai besoin pour l’instant : te coller. Elle t’approche de mon visage, nous colle joue à joue… Ces trente secondes paraissent une éternité où je me perds, tu es enfin là, tout chaud, tout doux… Je t’embrasse sur la joue d’un baiser qui dure une vie, puis tu pars, avec ton papa, à la pouponnière. 

On finit de s’occuper de moi (j’ai à peine conscience de ce qu’ils font, je suis occupée à respirer, car j’ai l’impression que si je ne me concentre pas, j’oublierai de respirer). J’apprendrai par la suite que j’ai fait de l’hypotension, et que l’anesthésiste a été étonnée que je ne perde pas conscience. Je blague avec l’équipe (certains ont été présents à l’autre opération) que tu seras chirurgien plus tard, tu as trop aimé la salle d’op la première fois et tu as voulu y revenir… On trouve maman très drôle ! On m’amène ensuite en salle de réveil. J’ai un sourire béat, je me sens à la fois sur un nuage et dans un film tellement tout ça semble irréel…


 Je reviens à la chambre environ une demie-heure plus tard, je crois, et papa est là. Son papa vient nous voir, ils vont te voir à la pouponnière, puis vont déjeuner. En revenant (avec un ventilateur parce qu’on crève de chaleur, c’est incroyable !), je demande à papa d’aller prendre des photos de toi pour que je puisse te voir. Il part donc en ta direction, l’appareil à la main. Quand il revient à la chambre, il me dit qu’il a quelque chose d’encore mieux que des photos : toi !

Les débuts d’allaitement seront catastrophiques. Tu ne seras pas capable de prendre le sein, nous devrons donc nous battre afin de te faire boire au doigt avec un DAL. On nous dira à 4 jours de vie que mon allaitement est fini. Papa se battra bec et ongles contre un biberon qu’on essaiera de nous forcer a te donner, avec l’énergie du désespoir de me voir brisée par le torrent d’émotions qui me coupe les jambes.  Nous devrons finalement retourner à l’hopital après notre sortie puisque tu fais une jaunisse. On se tiendra debout malgré tout pour savoir quels soins tu as besoin, l’infirmière s’entête à ne rien dire, on voulait simplement savoir ! Cette épreuve nous permettra par contre de rencontrer un ange déguisé en infirmière, un ange qui a connu un début d’allaitement difficile et qui, en pleine nuit, me parlera de maman à maman et nous remettra, si simplement, sur la bonne voie allaitante, toi, moi et ma méga production. (Nous deviendrons des accros de l’allaitement, je deviendrai marraine afin d’aider d’autres mamans et tu refuseras tout biberon, tout lait qui ne vient pas de maman… Ce sera ma douce vengeance du 4ième jour !)

Pendant les jours suivants ta naissance, on me culpabilisera de mon manque de mobilité et de mes besoins d’assistance au petit coin… C’est que je suis coupée de partout, moi. Pour une simple appendicite, une vague connaissance a eu, elle, un mois complet de convalescence…

On aura par contre d’autres infirmières, de jour comme de nuit, qui feront tellement la différence qu’on retournera les voir des mois plus tard. Des femmes qui ont réellement la passion du métier, des mères qui sont capables d’empathie pour une nouvelle maman dépassée par les évènements, une nouvelle maman qui a gagné le gros lot (un contre un million) que son corps lui joue ce tour. Ces infirmières qui passeront outre les règles de visites parce qu’elles comprennent qu’à ce moment, j’avais terriblement besoin du support de ma famille, qui sera présente a 1000 %.

Étonnament, avec du recul, je suis presque contente que tout se soit déroulé comme ca… J’aurais bien sûr préféré que ta naissance suive « le plan », mais si tu savais à quel point j’ai appris !

À partir du moment où papa t’a amené à moi, on commence à se découvrir… Tu es un petit être extraordinaire, le plus beau bébé du monde… Durant notre séjour à l’hôpital, à plusieurs reprises je dirai à ton papa, en pleurant, que je t’aime tellement que ça fait mal. La douleur partira, ça me prendra du temps à sentir qu’un lien unique nous lie (est-ce parce que j’ai « manqué » ta naissance ? Parce que j’ai échoué mon rite de passage dans le monde des mamans ?). Puis, j’ai peur que tu ne te sentes pas aimé, que tu doutes de ta place avec nous.

Au moment où j’ai écrit le premier jet de ce récit, tu approches l’âge de deux mois. À chaque fois que je te regarde, que je te prends, que je t’embrasse, une petite étincelle éclaire mon coeur. Mon coeur grandit à chaque jour, juste pour toi. Et, 19 mois après cette naissance digne d’Hollywood… mon coeur continue, chaque jour, de défier les lois de l’univers pour réussir à contenir tout l’amour que j’ai pour toi. Nous avons une relation unique, fusionnelle mais pleine de confiance. Nous sommes toujours heureux dans notre allaitement, tu refuses toujours la plupart des laits au verre (et j’avoue que ça me fait un petit velours à chaque fois !). Ne t’en fais pas, tu étais voulu, tu étais attendu, tu es ce que j’ai fait de mieux dans ma vie. Tu es un petit bébé parfait, le meilleur bébé du monde. J’apprends grâce à toi à être une maman. Et je ne saurai jamais assez te remercier de m’avoir choisie, moi, pour être ta maman…

– Catherine

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