Accouchement à Paris, nov. 2011

8 Fév

Je savais d’office qu’accoucher en hôpital ou clinique « classique » ne me plairait pas.
J’ai donc choisi un sage-femme spécialisé en haptonomie, appartenant à un groupe de professionnels libéraux pratiquant l’accompagnement global à la naissance, dans une clinique parisienne.
Je n’ai pas senti le besoin d’écrire un projet de naissance. A priori nous étions d’accord sur tout.

Ma mère et ma grand-mère ayant accouché très vite, j’ai pensé tout au long de ma grossesse que je ferais de même.
Mon frère aîné est né à la maison, ma mère n’ayant pas eu le temps de partir pour la maternité. Moi-même à la maternité mais sur un brancard, dans un couloir, ma mère fraîchement debarquée de l’ambulance criant à la première personne qu’elle voyait de lui retirer sa culotte parce que j’arrivais. 3 ans plus tard, quand elles est arrivée pour ma petite soeur (qui n’a guère tardé non plus), les gens se souvenaient d’elle.

A deux semaines du terme, je perds le bouchon muqueux en me réveillant un matin. Je conduis cependant ma voiture au garage pour une réparation non urgente, en me disant que je n’en aurais pas besoin tout de suite, puisque je n’accouche que dans deux semaines.
Passant devant le laboratoire d’analyses médicales, je me jure que j’irais sans faute le lendemain faire ma prise de sang pour l’anesthésie.
Mais aujourd’hui, je n’ai vraiment pas le temps : déjeuner et visite d’une expo avec des amis. En plein milieu de l’exposition, je ressens des douleurs de règles. Je pense que ce sont sans doute les fameuses contractions de fin de grossesse.
Je rentre chez moi et dîne tranquillement après un bon bain qui calme les contractions.
J’enfile une tenue d’intérieur, pensant ne plus ressortir ce soir-là.
Mais de 21 à 22h, j’ai la diarrhée et des contractions (gentilles) toutes les 10 minutes.
J’appelle le sage-femme pour qu’on prenne rendez-vous d’ici une heure à la clinique. Mais il pense que j’ai le temps, me conseille de reprendre un bain, me propose de le rappeller 1h30 plus tard.
Mais les contractions s’accélèrent, toutes les 5 minutes, et à 22h30 j’ai la sensation qu’on me poignarde le ventre. Je perds de l’eau et du sang. Je panique, pourquoi du sang, j’ai lu que la perte des eaux était incolore ? Mon mari m’affirme que l’eau peut être teintée de sang, que ça n’a rien d’anormal. J’essaie de garder mon calme alors que les contractions sont devenues nettement douloureuses. Je fais des allers-retours aux toilettes, je remets une serviette hygiénique, pendant que mon mari essaie en vain de trouver une ambulance (le sage-femme est cette fois d’accord pour qu’on se retrouve). Finalement le SAMU nous en réquisitionne une. Les 20 minutes d’attente sont longues pour moi.
Une fois dans l’ambulance, je suis contente qu’on puisse griller les feux et passer devant tout le monde. L’ambulancier note le rythme des contractions, qui sont douloureuses et espacées de moins de 5 minutes. Il me demande de le prévenir si l’envie de pousser me vient. Heureusement nous arrivons à la maternité. Il est 23h30.
Je suis soulagée de retrouver le sage-femme. Nous allons directement en salle de naissance, plongée dans la pénombre, équipée d’une table d’accouchement (sans étriers) et d’une baignoire. Je suppose que les ballons et les foulards pour se suspendre sont dans les salles de pré travail, où je n’ai pas eu le temps d’aller. Dommage.
Le sage-femme me fait un toucher vaginal (en s’excusant, il sait que ses patientes n’aiments pas ça), je suis à 5, il trouve que ça avance bien. Il me fait un monitoring, en promettant que ça ne durera pas.
J’ai très mal, il me propose de prendre un bain aux huiles essentielles mais le temps qu’il prépare la baignoire, mes douleurs sont si fortes que je demande la péridurale.
Le sage-femme semble surpris : « C’est vraiment ce que vous voulez ? On arrête le bain ? ». Ses patientes demandent rarement la péridurale. Mais je n’en peux plus, je suis prête à tout pour que cette douleur cesse.
Le sage-femme me demande alors mes résultats d’analyse de sang… La prise de sang que je m’étais promis de faire demain ! Il me propose de procéder lui-même à la prise de sang et de faire faire une abalyse en urgence au labo. Nous aurons les résultats dans 3/4 d’heure et l’anesthésiste pourra venir. 3/4 d’heure, autant dire une éternité ! Comment vais-je tenir jusque là ?
A peine le sage-femme a-t-il transmis l’échantillon de sang qu’une terrible contraction me fait hurler. Il refait un toucher vaginal (toujours en s’excusant) et dit : « le bébé est là ». C’est irréel.
Il me demande dans quelle position je souhaite me mettre pour pousser. Je propose sur le côté gauche. Je prends du gaz hilarant. 3 contractions et poussées, rien ne se passe. Le sage-femme me propose de changer de position. Je me mets à 4 pattes. En 2 ou 3 poussées, la tête sort et mon fils se met à crier alors que son corps est encore à l’intérieur ! Puis le reste sort.
Le sage-femme me pose le bébé sur le ventre. Nous le trouvons beau et vigoureux. Il essaie déjà de ramper vers le sein.
Le placenta ne tarde pas à sortir. Nous regardons le placenta et le cordon. Puis mon mari le coupe. Il est 0h22.
Le sage-femme oriente un projecteur vers moi, vers mon sexe, je vois qu’il n’a pas l’air content. Je comprends que j’ai déchiré. Merde. Une toute petite, affirme-t-il. Il la recoud après une piqûre d’anesthésiant local (j’ai quand même mal).
Mon fils tête longuement un sein puis l’autre. Il part avec le sage-femme et son père subir quelques soins, le minimum. J’en profite pour manger une biscotte.
Je dis au sage-femme, je vous l’avais bien dit que j’accoucherais vite !
Tandis que son père lui passe sa première couche et l’habille, notre fils d’endort comme un bienheureux (il ne se réveillera que 12 heures plus tard).
Vers 2 ou 3 h du matin, des dames viennent pour nous emmener dans la chambre. On me propose un fauteuil roulant, mais j’ai envie de me lever pour aller aux toilettes. Une dame m’encourage, elle a rarement vu ça dit elle en 20 ans de carrière. Nous ne prenons donc pas le fauteuil roulant. Dommage finalement, car je m’évanouis deux fois sur le chemin de la chambre. J’ai une grande sensation de plaisir en revenant à moi.
Quand nous arrivons enfin dans la chambre, une sage-femme prend ma tension (11-4 !) et m’apporte un thé. Mon mari s’endort sur un lit de camp mais moi, je suis tellement excitée que je passe une nuit blanche ! J’attends l’aube avec hâte, pour pouvoir passer des coups de fil, recevoir des visites et manger !

Le séjour à la maternité s’est bien passé, le personnel était très prévenant, mais j’ai insisté pour sortir au bout de 3 jours au lieu des 4 prévus car ma maison me manquait !
Depuis, notre fils continue de mener une vie tranquille à l’image de sa naissance. Nous avons revu le sage-femme pour quelques séances d’haptonomie. La clinique où il pratiquait les accouchements ayant fermé, il exerce désormais dans une maternité à l’autre bout de Paris, trop loin pour nous. Pour mon 2ème, j’essaierai d’avoir une place dans une autre maternité de la région parisienne, plus proche de chez nous mais connue elle aussi pour sa promotion de l’accouchement physiologique. Ils ne font pas d’accompagnement global, je risque donc de tomber le jour J sur une sage-femme que je ne connais pas. Mais pour un 2ème, je serai sans doute plus sereine. D’autant plus que j’ai accouché sans péridurale. En tout cas, cette fois-ci, je prendrai la route pour la maternité quand JE le déciderai !

Je me rends bien compte que j’ai pu bénéficier d’un accouchement physiologique parce que je disposais des ressources culturelles, financières mais aussi physiques pour pouvoir me le permettre (les femmes de ma famille semblent décidément favorisées par la nature en matière d’accouchement). La plupart des femmes n’ont pas cette chance. Mais quand j’entends les récits d’accouchement autour de moi, je me dis qu’il y a une marge de progrès ! J’essaie de sensibiliser – avec tact – les gens que je rencontre sur l’intérêt de lutter contre la surmédicalisation inutile voire dangereuse qui est encore trop souvent imposée aux parturientes. Ca n’est pas très facile.

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