Adeline France – 2010

8 Fév
Un an après la naissance de ma fille (voir témoignage #12), je suis enfin prête à vouloir un deuxième enfant. Je le cache aux autres, mais je voudrais que cette seconde naissance me guérisse de la première. Je me trouve très égoïste de vouloir faire un enfant juste pour ça. Et en même temps, on en veut 2, alors si ce bébé peut m’aider…
Par le biais d’une amie, je découvre un témoignage d’Accouchement A Domicile. Cette première lecture ma passionne, je me mets à dévorer tous les récits d’AAD que je trouve. Les récits de naissance à l’hôpital, que je croise sur le forum que je fréquente, ne m’émeuvent plus. Certains à la limite me répugne, à force de constater que les gestes médicaux sont tellement banalisés et deviennent presque un passage obligé : monitoring couché, touchers vaginaux, péridurale, épisiotomie, etc. On pourrait presque croire que c’est un bizutage pour ces jeunes futures mamans. Je n’y retrouve pas la puissance, la force, le courage, la confiance qu’ont les femmes qui choisissent un AAD. Et puis dans ces merveilleuses naissances, je découvre aussi qu’on peut faire autrement ! Les sages-femmes sont présentes physiquement dès leur arrivée au domicile, elles ne vont pas s’occuper de quelqu’un d’autre, elles sont respectueuses, à l’écoute, très discrètes quand il le faut et deviennent un pilier juste au bon moment. Elles trouvent les mots justes, sont pleines de douceurs et d’attention pour ce couple qu’elle a accepté de suivre, elles les connaissent par coeur. C’est vraiment ça que je veux !
Pendant près de 2 ans, je distille l’idée, dans l’esprit de celui, qui est désormais mon mari. Mais une question me taraude également durant tout ce temps, est-ce que c’est possible en étant porteuse d’un Streptocoque B ? Lorsque je découvre qu’une sage-femme pratiquant les accouchements à domicile s’installe à 1h de chez nous, je saute sur mon téléphone, alors que je ne suis pas encore enceinte et je lui demande. La réponse est positive, une antibiothérapie orale pourra être mise en place lorsque le travail commencera. Je saute de joie, je cours l’annoncer à mon mari, ses dernières réticences sautent. Tout est enfin réuni pour nous permettre enfin de se lancer dans l’aventure de notre deuxième bébé : notre mariage est passé, l’ainé est propre, notre âge idéale d’écart entre deux enfants est atteint, une sage-femme s’installe « près » de chez nous. Il nous faudra patienter deux petits mois pour qu’une petite graine s’installe et ne pousse en moi. Le suivi de grossesse se passe parfaitement bien, je n’aurais aucun toucher vaginal, hormis celui que je lui demande une fois, et ceux pratiqués par les gynécologues à la maternité (où je suis obligée d’avoir un dossier en cas de transfert ou de changement d’avis). Notre sage-femme est toujours à l’écoute, présente pour moi quand j’en ai eu besoin. Elle nous consacre une fois par mois 1h30 à 2h de son temps. Elle nous visite à notre domicile par deux fois et nous prête une piscine d’accouchement.
40SA+4 le grand jour est enfin arrivé. La veille j’ai demandé au gynécologue de la maternité de me faire un décollement des membranes, n’en pouvant plus et redoutant l’absence durant le week-end suivant de notre sage-femme. A 4h30, je me réveille avec des douleurs de règle, qui viennent par vague toutes les 5 minutes, 5h15 je perds les eaux, juste au moment où mon mari se lève pour aller travailler, il n’ira pas. 5h30 j’appelle notre sage-femme, je la réveille. Elle me demande le temps entre les contractions et prévient immédiatement sa maman pour qu’elle garde ses enfants. Je raccroche le téléphone et les contractions se rapprochent toutes les 2-3 minutes. Je prends mes antibiotiques et je file sous la douche. L’eau me détends, je pointe le jet sur mes reins, car comme pour mon accouchement précédent, je ressens tout dans le dos. Au bout d’un moment, je me sens très nauséeuse, je ne peux m’empêcher de vomir les antibiotiques. Mon mari contacte notre sage-femme, pour la prévenir, elle me demandera de ne reprendre que la moitié de la dose pour économiser mes forces. Je sors de la douche et mon mari se mets à remplir notre piscine. Vers 7h de mon côté, je vais réveiller la grande, qu’on a décidé d’envoyer chez mamie et papy. Je lui explique que son petit frère arrive, elle est très excitée, je n’arrive pas à la calmer pour qu’elle s’habille tranquillement. Les contractions me font de plus en plus souffrir. A 7h20 la sage-femme arrive, elle a le droit à un très grand câlin de ma fille, je rends encore une fois mes antibiotiques. A 7h50 papy arrive enfin. Je n’ai même pas le droit à un bisou d’au revoir, ma fille saute partout. Et en même temps, il est grand temps qu’elle parte, son énergie débordante me perturbe, j’ai besoin de calme, de lumière tamisée. Je referme les volets, je marche, je me déshabille, je me mets à faire des sons grave. J’entre très rapidement dans ma bulle, je ne vois plus rien, je sais juste que ma sage-femme et mon mari sont présents et je me sens en sécurité. Je suis dans un état second, je ne pense plus à rien ou presque, je suis tout le temps en mouvement, je ne peux pas me poser quelques secondes, sauf durant les contractions qui sont de plus en plus fortes, je me mets à quatre pattes, me suspends à mon mari ou m’écroule par terre. Je n’en peux plus, je veux une péridurale, je ne veux plus avoir mal, je sais pertinemment que c’est la phase de désespérance, j’ai juste besoin de dire tout ça, pour l’évacuer. Ma sage-femme qui a su rester discrète jusque là, me parle, me rappelle que je ne peux pas avoir la péridurale, que mon projet est de donner naissance ici, elle me parle de mes amies, celles qui m’ont envoyé des petites perles pour mon blessingway, elle me demande de me concentrer sur elles. Ce que je fais, je parviens à recentrer mon esprit sur un bracelet que je porte, tressée par une amie chère, la douleur passe au second plan. A partir de ce moment là, les contractions me laisse un peu de répits. Je peux souffler un peu. Ils me proposent d’aller dans la piscine, j’y mets les deux pieds, mais je ressors immédiatement, c’est trop chaud ! Je suis en nage, je veux du frais. Mais pas le temps de le dire qu’une nouvelle contraction m’assaille, cette fois c’est la fin, j’ai envie de pousser. Je doute encore sur le temps qu’il reste avant que mon petit bonhomme ne sorte. Je tente de toucher ma vulve, elle est très enflée, ma sage-femme me confirme que c’est bientôt la fin. Une première poussée la tête est presque là, une deuxième, la tête est sortie, une troisième à la demande de la sage-femme et mon bébé est dehors. Ma sage-femme le pose sur moi, je tombe immédiatement amoureuse de lui, il ne pleure pas, il est si paisible, il regarde autour de lui, déjà curieux. On attends que le cordon cesse de battre, on tente une tétée pendant ce temps, et là il se mets à pleurer, il ne voulait pas ! De nouvelles contractions et le placenta sort. Vérification d’usage, juste une petite éraillure pourtant ce nouveau bébé fait 800g de plus que sa soeur. J’ai froid, je tremble, j’ai l’impression d’avoir couru un marathon. Mon mari nous prépare un cocon où je passerais dix heures en peau à peau avec mon nouveau-né, hormis quand j’ai été prendre une douche et que mon bébé se fera peser. Deux heures plus tard notre sage-femme nous quitte et nous, nous nous endormons à trois sur le même matelas pour un repos bien mérité.
Cette naissance a été vraiment tout ce que je souhaitais, dans le respect, et l’intimité. J’ai ressenti avec elle, toute l’énergie des femmes qui mettent naturellement au monde leur bébé, depuis la nuit des temps, dans la simplicité et sans entrave, avec juste le soutien nécessaire. Et aussi, depuis, je suis en paix avec mon premier accouchement.
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Une Réponse to “Adeline France – 2010”

Trackbacks/Pingbacks

  1. #12 Adeline – 2006 « Mon corps, mon bébé, mon accouchement ! - 8 février 2013

    […] Voici mon témoignage pour une naissance non respectée en France en 2006. J’essayerais de vous envoyer également un autre témoignage de naissance respectée. […]

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