#73 Marie, Nancy, Novembre 2011

10 Fév

Nous sommes mi-novembre 2011, je ne sais plus exactement la date.

Ma maman revient de vacances bien affaiblie. Elle est traitée pour un cancer du sein depuis…. 15 ans ? Sur son lieu de vacances, le médecin a dit que c’était une bronchite. A son retour, je viens lui rendre visite, je suis en congé maternité, mon terme est prévu le 13 décembre (jour de son anniversaire).

Elle est remplie de joie depuis l’annonce de ma grossesse, son 1er petit-enfant ! Elle vient de passer 8 mois à préparer cette naissance avec nous. Elle tricote, elle fait de la couture, elle me raconte ses grossesses à elle.Je la trouve dans son lit avec des difficultés à respirer, je lui propose de faire venir son médecin. Celui-ci décide qu’il faut qu’elle aille à l’hôpital faire une radio des poumons… je l’aide à s’habiller et je la laisse partir dans l’ambulance, les larmes aux yeux. Avec angoisse, j’essaie de joindre quelqu’un là-bas pour avoir de ses nouvelles… ils la gardent pour la nuit… Les jours qui suivent, son état se dégrade et mon état à moi ne me permet pas d’aller la voir tous les jours, j’ai de plus en plus de contractions.

Le 20 novembre, je vais lui rendre visite, elle est en train de partir… Le soir, sa sœur qui habite à 800 km me téléphone pour me demander des nouvelles, je m’effondre et au même moment je perds les eaux. Je préviens mon mari, je prends une douche et nous partons pour la maternité.Il est 19h quand j’arrive. Je n’ai plus aucune contraction, une sage-femme m’examine et avec un air froid me dit : « ben y’a du boulot ! » On m’installe dans une chambre sans trop d’explication, bonne nuit, à demain. Euh… et maintenant ? Mon mari rentre chez nous. Mauvaise nuit… je pense à Maman… je n’ai pas de contraction et je ne dors pas. Le lendemain matin, une autre sage-femme vient m’examiner… mon col n’a pas bougé d’un poil. Les conseils sont simples : « Marchez dans les couloirs de la maternité, montez et descendez les escaliers, nous reviendrons en fin de matinée pour faire un monitoring. » Mon mari arrive, je lui résume et nous partons marcher…

Nous revenons dans ma chambre vers 10h, j’ai un message sur mon portable. C’est Papa : « Marie, le docteur est très inquiet pour ta maman, vient la voir, elle risque de nous quitter très vite. » Alors je le rappelle, et je lui dit que je suis à la mat’ et que leur petite fille va bientôt arriver. J’entends dans sa voix un petit sourire qui revient. Dans l’après-midi, il rappelle, Maman est partie, elle ne souffre plus. Mon mari et moi pleurons. A ce moment-là quelqu’un entre dans la chambre pour le monito. Nous voyant pleurer, elle demande : « Ce sont vos contractions qui sont très douloureuses ? » Je lui explique.La journée se passe, le travail ne commence pas, à l’examen du soir, mon col n’a toujours pas évolué. La sage-femme dit qu’il faudra recommencer demain, à marcher, à prendre des douches etc… Bref 2ème nuit atroce, je pense à Maman, je n’ai pas de contraction et je ne dors pas.

Le lendemain matin, la sage-femme m’examine, on en est toujours au même point, elle me dit qu’il y a réunion des médecins à 9h et elle viendra m’informer de leur décision. En attendant, je peux aller marcher… Mais moi, j’ai des courbatures partout à cause des escaliers de la veille, j’ai une « garniture » entre les jambes de l’épaisseur d’un matelas car je continue à perdre les eaux, j’ai le moral dans les chaussettes, je n’ai pas dormi depuis 2 nuits et JE N’AI PAS ENVIE d’aller marcher !!! La sage-femme revient 30 minutes plus tard, les médecins ont décidé de déclencher le travail, on me descend en salle de naissance. Je me réjouis, je me dis que ça y est, je vais pouvoir bientôt tenir mon bébé dans mes bras.

On me propose la péridurale avant même d’injecter le déclencheur. Elle m’explique que comme ça, je ne sentirai rien du tout car un travail déclenché est plus douloureux surtout quand la poche des eaux est déjà rompue. J’accepte donc. Deux heures se passent et effectivement je ne sens rien. Elle vient contrôler. Oui forcément je ne sens rien car il n’y a pas de contraction… Elle augmente la dose… Rien.

Vers 14h, mon mari qui était à mes côtés se souvient qu’il avait un RDV ce jour-là (à la mat’) à 14h30 pour une IRM. C’est son médecin traitant qui lui avait conseillé de prendre RDV là, car les délais sont moins longs. Du coup, il est sur place, il y va, me laissant seule. Je rumine, je grommelle, j’en ai marre, je ne suis pas bien, là, allongée et branchée de tous les côtés… Et là, j’ai l’impression que Maman est là, à côté de moi, je l’entends me redire : « ça va bien se passer tu sais » et puis je commence à sentir des contractions, enfin… mais ça pique drôlement une contraction en fait…

Les contractions me font beaucoup souffrir, mais je suis seule et je ne retrouve pas le « bip », il a du tomber. J’ai l’impression que les contractions durent vraiment longtemps et que je ne me repose pas beaucoup entre 2. La SF arrive vers 15h30 avec l’interne de garde. Cette dernière me dit qu’on va faire une césarienne mais pas d’inquiétude, je ne suis pas en souffrance, mon bébé non plus mais comme le travail ne commence pas, il faut prendre une décision. La SF contrôle quand même mon col, une dernière fois, juste au cas où…. Je suis à 10… en 1h30 je suis passée de 1 doigt à 10… Voilà pourquoi j’ai autant souffert je pense… Du coup, elle me dit : on va laisser le bébé descendre un peu tout seul et on s’installera. Je lui dit que je ne vais pas pouvoir tenir comme ça très longtemps tellement j’ai mal. Elle appelle l’anesthésiste qui m’injecte une dose qui ne fera pas effet. Il revient 30 minutes plus tard avec un nouveau produit qui ne fonctionnera pas non plus et qui en plus me donnera des démangeaisons insupportables… et puis il va être occupé pour une césarienne d’urgence à côté et puis moi j’ai mal… ah mon mari revient, elles l’ont prévenu, ouf !

Je lui broie les doigts de la main à chaque contraction. 18h, la SF revient, je croyais qu’elle m’avait oublié… elle me dit, je rappelle l’anesthésiste, il a terminé la césarienne, il va vous réinjecter quelque chose et on s’installe. Et puis elle me dit, on va essayer pour voir, poussez… Ah ben en fait, on va s’installer tout de suite. 2 poussées après, mon bébé était là posée sur mon ventre. Je n’avais plus mal, sentiment de plénitude. Et là, j’avoue que je ne sais pas trop bien ce qui s’est passé ensuite. On m’emporte mon bébé, on me le ramène et là j’entame un merveilleux peau à peau qui va durer 3 heures.

Malheureusement, pendant ce peau à peau : 1 heure de couture à 4 mains (SF + interne), mon périnée s’était déchiré pendant l’expulsion. Elles me trifouillent, j’essaie de savoir pourquoi ça dure si longtemps, j’en ai marre, je veux qu’on me laisse tranquille avec mon mari et ma fille. Encore aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi ça a été si long, si c’était normal… car la réponse a toujours été : légère déchirure superficielle de la muqueuse, pas grave du tout.

Perle va se diriger vers mon sein, je la laisse faire. Elle n’arrive pas à téter. Je n’insiste pas, je ne me prends pas la tête, je savoure mon peau à peau. Elle a la peau si douce, elle est chaude et si belle. Sa peau est d’un joli rose, sa tête est parfaitement ronde, son petit nez est parfait. On m’avait dit (plusieurs fois) que les nouveaux-nés sont souvent moches : peau rouge qui pèle, boutons, tête en pain de sucre, nez écrasé etc… Apparemment, elle a été épargnée.

Quelqu’un arrive pour m’aider à la tétée de bienvenue. Elle me prend violemment le sein et le colle tout aussi violemment dans la bouche de ma pépette. Pépette ne sait pas téter.

Juste avant de quitter la salle de naissance, une élève sage-femme vient. Je ne me rappelle plus pourquoi, peut-être débrancher les dernières perf et compagnie… Sa préoccupation majeure, c’est « avez-vous envie de faire pipi ? » Je me souviens avoir eu un sondage urinaire au moment du raccommodage. Et si mes souvenirs sont bons, j’avais également une sonde « à demeure » (je ne sais plus le terme) qui a été retiré au moment de l’expulsion. Elle me propose un plat bassin et me dit que c’est hyper important que j’urine maintenant avec tous les produits qu’on m’a injecté. Je n’y arrive pas, je n’ai jamais réussi à faire dans un plat bassin sans m’en mettre partout donc psychologiquement, je ne peux pas faire pipi allongée. Pourtant, je sens que j’ai envie de faire pipi, si elle seulement elle me laissait aller aux toilettes. Mais j’ai l’interdiction absolue de me lever à cause de la péridurale… Je sens pourtant parfaitement tout, mes jambes, mon bassin, ma vessie… puisque cette péridurale n’a pas vraiment fonctionné à aucun moment. Bref, j’ai environ 1 minute pour réussir à faire pipi dans le plat bassin (avec elle à côté) si je n’y arrive pas, elle me sonde. Bien sûr, je n’y arrive pas et bien sûr, elle me sonde…

Les pires moment de la salle de naissance sont pour moi : le raccommodage d’une heure, les jambes grandes écartées et les sondages urinaires. Ce n’est pourtant pas ce qui a fait le plus mal…

Bref, je monte enfin dans ma nouvelle chambre en fauteuil roulant avec Pépette dans mes bras qui vient juste d’être habillée. Il est à peu près 22 heures. La porte de ma chambre se referme, nous laissant Pépette, mon mari et moi seuls et sans consigne. Elle est toujours dans mes bras, elle dort paisiblement. On la regarde en silence.

Quelques minutes plus tard, une équipe arrive, qui sont-elles ? Elle me prenne Pépette, je crois qu’elles prennent sa température. Apparemment elle avait un peu froid. Il faut lui donner un complément ! Euh… un complément de quoi ? J’ai deux seins, non ? Je proteste pour qu’on m’aide à installer Pépette au sein. On n’y arrive pas, elle ne tète toujours pas. Rien ne sort de mes seins… vous n’avez pas de lait madame, et avec la réduction mammaire que vous avez eu il y a quelques années, vous n’avez sûrement plus de canaux, vous n’aurez donc pas de lait, il faut donner à votre bébé un complément, elle ne se réchauffe pas, il lui faut des calories. Bon ok, mais alors à la tasse, pas de biberon s’il vous plaît. Elle réveille Pépette et lui donne son complément puis la pose dans sa boîte transparente à côté de mon lit et s’en va.

Bon ok… toujours pas de consigne. Mon mari reste encore un peu et puis rentre. Je regarde ma Pépette dormir, je ne réalise pas trop puis je m’endors. En pleine nuit, quelqu’un vient chercher ma fille, je ne sais pas trop pourquoi, je ne comprends pas trop, on me la ramène quelques minutes plus tard. Elle a eu une prise de sang. Je ne me souviens plus trop ce qu’il se passe ensuite, la nuit se passe.

Le lendemain, je n’ai toujours pas de lait, juste 2 gouttes de colostrum que Perle n’arrive pas à téter. On continue donc les compléments à la tasse et on me dit de tirer mon lait toutes les 2 heures : 30 minutes de chaque côté… On m’amène un pauvre tire-lait simple pompage qui fait très mal… Bon c’est pour mon bébé, je tire mon lait… enfin en fait j’essaie de tirer mon lait, il n’y a rien du tout. 30 minutes à droite + 30 minutes à gauche, ça fait 1 heure à souffrir et rebelote 1 heure plus tard… ben oui… toutes les 2 heures qu’elle a dit… J’ai l’impression de passer ma journée à tirer mon rien… entre 2 coups de téléphone, les nouvelles allant tellement vite, tout le monde sait ce qui vient de m’arriver : la bonne nouvelle et la mauvaise et tout le monde appelle. Je finit par éteindre mon téléphone.

Après un jour complet à tirer mon « lait » toutes les 2 heures et vu que je ne tirais rien du tout, je craque. J’en ai marre de donner des compléments à la tasse, c’est pas facile, j’en mets partout… je suis fatiguée, je demande de l’aide pour mettre mon bébé au sein et elle ne tète pas. Je suis perdue… Je prends la décision de donner des biberons, je suis persuadée que je n’aurai jamais de lait et à vrai dire personne ne me dit le contraire. Je passe donc au biberon, j’arrête avec ce tire-lait qui me prend tout mon temps et m’empêche de profiter de mon bébé.

2ème nuit avec bébé, elle pleure, elle pleure, elle pleure mais c’est normal m’a-t-on dit. Quand je la prends dans mes bras, elle arrête de pleurer et s’endort. Une « nounou » (auxiliaire puer ?) me conseille de dormir avec mon bébé car il faut que je me repose. Elle m’explique comment me mettre, elle cale bébé, elle nous borde. On est bien et on s’endort.

Le jour suivant se passe, les visites s’enchaînent, je me demande pourquoi les gens ne partent pas, je me demande qui leur a permis de venir, je me demande pourquoi ils ont mis autant de parfum, je ne sens plus mon bébé…

3ème nuit : je veux redormir avec ma fille, j’appelle pour qu’on me borde, comme hier. Ce n’est pas la même « nounou », celle-ci me dit que puisqu’elle dort, faut la poser dans son lit et dormir toute seule. Pépette dort à point fermés, moi pas. Dès que je m’endors, je me réveille en sursaut avec une impression d’étouffement. C’est ce qui arrivera désormais toutes les nuits jusqu’à ce que je comprenne que ce dont j’ai besoin c’est juste de dormir avec ma fille.

Je sors demain, l’enterrement de Maman est après-demain. Nuit pourrie, je ne dors pas.

Le lendemain, je rentre à la maison, toute ma famille attend que j’arrive chez moi pour passer voir ce bébé, ce rayon de soleil qui redonne le sourire en ces si tristes circonstances, ils viennent tous de loin pour l’enterrement. J’arrive chez moi, 10 minutes plus tard mon salon est plein et 20 minutes plus tard mon t-shirt est trempé… de lait… et qu’est-ce que je fais maintenant ? Je m’isole dans ma chambre, j’appelle la mat’ pour demander conseil (mauvaise idée), voici leur réponse : et bien allez sous la douche et faites sortir le lait manuellement, ça finira par s’arrêter tout seul.

C’est ce que je vais faire pendant presque 2 mois… jusqu’à un soir où je me dis : « Mais si je mettais mon bébé au sein ? » Surprise, elle tète, elle déglutie, elle a l’air d’aimer. Les jours suivants, je vais retenter l’expérience, mais il n’y a plus de lait, Pépette râle, s’énerve, elle ne comprend pas trop pourquoi je la mets au sein. J’appelle une amie qui allaite sa fille depuis plus de 2 ans, c’est sûr, elle aura la solution… (pourquoi je n’y ai pas pensé avant ???!!!), elle me conseille une SF qui va beaucoup m’aider mais ça ne suffira pas à relancer la lactation. J’ai raté le coche, mais pas de regret, j’ai fait tout ce que j’ai pu.

Aujourd’hui Pépette a 14 mois et elle est en parfaite santé. Elle pétille de malice et je l’aime d’un amour infini et inconditionnel.

Marie

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