#74 Stéphanie, août 2011

10 Fév

Samedi 20 août 2011

Je dois me rendre à la maternité pour 9h afin d’être déclenchée. On se rend à la maternité en silence, j’essaye de profiter de la chaleur du soleil sur ma peau, je prends un bon bol d’oxygène, je crois encore que je pourrais en profiter dans la journée, heureusement que je ne sais pas encore ce qu’il m’attend, je pense que je me serais enfuie en courant.

On monte au 1er étage, une sage-femme sort de la salle d’examen et je reconnais M., celle qui m’avait fait le premier monito, le jour de mon terme. Elle me dit qu’elle va chercher mon dossier et qu’elle s’occupe de moi. Je suis soulagée que ce soit elle, C. aussi. On passe en salle d’examen, elle me met sous monito, tout est normal, notre bébé bouge bien et du coup le rythme est parfait. M. m’examine, je suis toujours au même point, col ouvert à 2 et encore long. Elle me dit qu’on va en salle de naissance, je n’aurai pas de gel mais directement la perfusion. Je suis contente car ça fait un produit en moins mais j’appréhende, on m’avait dit que mon col n’était pas favorable, j’ai peur que ça ne suffise pas et je crains l’issue de cet accouchement. En chemin elle demande à C. de mettre des sur-chaussures et une blouse, je ne comprends pas pourquoi moi je ne mets rien sur mes tongs, elle me réponds juste que ce n’est pas la peine. C. est ridicule dans cet accoutrement et il le sait, on se chambre un peu. Une fois en salle, M. me demande de me déshabiller entièrement et d’enfiler une blouse mais sans passer les bras, juste la mettre sous les aisselles. Finalement, je ne rigolerais pas longtemps de la tenue de Cédric. Je ne comprends pas pourquoi je dois déjà passer la blouse, ni ce que je fais en salle de naissance, je pensais qu’elle allait me mettre le produit puis me laisser déambuler dans les couloirs avec la perfusion pour faire avancer le travail. J’enlève ma montre car elle n’est pas étanche, je crois encore que j’aurai le droit aux douches ou à la baignoire. Je m’allonge sur le lit, M. me perfuse et me remet sous monito. Je sens un liquide chaud couler dans mes veines, je n’aime pas cette sensation. Elle nous laisse en nous disant qu’elle viendra me mettre le synto plus tard. Je ne sais pas ce qu’est le produit qui coule dans mon corps, encore moins à quoi il sert, mais j’aurai préférer qu’elle me laisse croire que c’était du synto, l’effet placebo aurait peut-être agit. Sur le monito des contractions apparaissent, elles sont régulières mais vraiment pas douloureuses. Il est 9h42.

Vers 10h, la sage-femme revient, elle voit les contractions et me dit que le travail s’est lancé tout seul, du coup ce ne sera plus un déclenchement mais un accompagnement, elle me met donc le synto au minimum, à 1,5 ml par heure. Je n’y crois pas, je sais que c’est un faux travail, car sinon pourquoi ne pas laisser faire la nature ? Et synto au minimum ou au maximum, ça ne change pas grand chose, c’est un déclenchement quand même. Elle repart, pendant ce temps les contractions se sont complètement arrêtées. Je me demande quand je pourrais me lever, je suis toujours allongée sur le dos, le monito est branché en continu, je ne suis pas bien, je ne veux pas attendre et être passive, je veux accoucher, je ne veux pas qu’on m’accouche. J’ai une envie de faire pipi, je bipe pour avoir l’autorisation de me lever. Une aide-soignante arrive à toute allure. Je la rassure en lui disant que j’ai simplement envie d’aller aux toilettes et si elle pouvait me débrancher le monito qui est en continu depuis 9h et mettre la perf de façon à ce que je puisse marcher. Elle dit qu’elle appelle la sage-femme mais elle est étonnée de me savoir en salle, personne ne l’a prévenue. Au téléphone, la sage-femme lui interdit de me lever, que je dois rester branchée au monito en permanence. Je n’en reviens pas. Elle me propose le bassin, je n’ai pas vraiment le choix. Et à partir de ce moment je réalise enfin à quoi va ressembler mon accouchement. J’ai déjà dû dire adieu à l’accouchement naturel à cause du déclenchement, je dois ensuite dire adieu à mon souhait d’accoucher dans l’eau et surtout renoncer à mes droits, mes besoins. Je suis déboussolée. L’aide soignante me propose de la musique, j’accepte. A 12h50, M. revient, elle passe le produit à 3, dans ma tête je ris jaune, tu parles d’un accompagnement… Je lui demande de me lever, que j’ai besoin d’aller aux toilettes (j’ai l’impression que le produit arrive directement dans ma vessie), elle refuse et commence à partir. Je la retiens en lui demandant si je peux au moins avoir le bassin, elle accepte et me dit que c’est mieux d’avoir la vessie vide, que ça va aider le bébé à descendre. Je me demande pourquoi elle ne met pas en pratique ce qu’elle me dit. Avant de partir elle me dit que dès que les contractions commencent à « me chatouiller » je dois la biper pour avoir la péri car ensuite je passerai rapidement à 8 et que je n’aurai plus le choix. Je lui redis donc que je ne souhaite pas avoir la péri et que justement j’aimerai beaucoup cette solution, de ne plus avoir le choix. Mon col n’a pas vraiment évolué, je dois être à 3. Elle me répond que ça dépendra de mon col, je pensais pourtant que la péri avait tendance à retarder le travail. De plus le cœur de bébé a également tendance à fléchir, je ne comprends alors pas pourquoi insister sur la péri, il peut ne pas la supporter. Elle repart, entre temps l’infirmière anesthésiste arrive, elle est toute contente et me dis « ah chouette il va bientôt avoir une péri par ici ! » J’ai l’impression d’être sa proie, ou bien une cliente à un bar. Je lui dis que pour le moment je souhaitais m’en passer. Je l’ai vexée. Elle me demande ce qui me fait peur avec la péri. Je lui réponds que je n’ai pas envie d’avoir trop de produit dans mon corps, elle réponds alors en rigolant que je verrai bien, mais avec un déclenchement ce sera difficile d’y échapper. Je me retiens de lui dire « forcément, vu ma position, vu le soutien et l’aide dont je bénéficie… ». Avant de partir, elle pose bien en évidence le matériel de la péri, pour m’aider à changer d’avis. Je bouillonne, ce n’est pas un concours, je n’ai pas envie d’être celle qui veut embêter son monde ou qui veut une médaille, je veux simplement rendre mon accouchement le plus naturel possible, je ne dérange personne, je respecte tout le monde, je veux simplement qu’on respecte mes choix et mon corps en retour. Les contractions sont bien revenues, je les sens bien, elles sont régulières. J’essaye de rentrer dans ma bulle, je cherche une position un peu plus confortable, je cambre le dos pour essayer de soulager mes reins mais les capteurs du monito bougent et ça se met à biper car on n’entend plus le cœur. Je m’en fiche car je sens bébé qui bouge bien, je lui fais confiance. Je commence à avoir vraiment faim, j’essaye de visualiser des choses agréables, des couleurs que j’aime comme pendant les cours de yoga, mais je ne vois que des images de nourriture. A 13h40, M. passe le produit à 4,5, je lui demande encore une fois de me lever, de rester au moins debout juste à côté du lit et d’avoir le ballon. Elle accepte enfin, à une condition qu’on ne perd pas les battements du coeur sinon je retourne sur le lit. Le pire c’est qu’elle me dit que cette position va aider bébé à progresser… Elle me dit qu’elle me laisse 1h pour que mon col soit à 5, si ce n’est pas le cas, ce sera péri + perçage de la poche des eaux. J’ai envie de lui dire qu’elle me laisse tranquille mais je ne dis rien, j’ai de plus en plus mal mais je mens en disant que la douleur ressemble à des douleurs de règles, je mens à la sage-femme, à C. et aussi à moi, je sais que ce n’est que le début et que la douleur va être de plus en plus forte, j’ai besoin de dire à voix haute que c’est supportable, que ce n’est pas grand chose, ça m’aide. Je suis à 4. Elle repart, les minutes défilent au rythme des contractions, je ne peux pas m’assoir sur le ballon car le capteur part, et si je le tiens, il affiche une bradycardie. Je suis donc debout, je marche (enfin je fais un pas, je ne peux pas aller plus loin) pour aider bébé à descendre, pendant les contractions, je visualise une ouverture de portes pour aider le col à s’ouvrir et j’ondule le bassin pour soulager mes reins. Je demande à C. de sortir le pyjama du bébé et de poser ses petites affaires sur le matériel de la péri. A chaque contraction je fixe le pyjama et me dit que notre bébé sera bientôt là. A 14h40, les contractions s’intensifient, elles sont extrêmement douloureuses, je regarde l’heure et me dis en moi-même que dans une heure notre bébé sera né. Je ne le dis pas à voix haute car au fond de moi, je n’en suis pas sûre, j’ai peur que ça prenne beaucoup plus de temps. Je m’assoie au bord du lit, C. me masse les reins pendant les contractions, il appuie fort avec ses pouces comme lui a montré la sage-femme. Ce n’est pas agréable mais ça me soulage. 15H10, c’est de plus en plus dur, je bipe la sage-femme en lui expliquant qu’il faut vraiment que j’aille aux toilettes. Elle me dit que c’est une impression et que c’est sûrement la tête du bébé qui appuie. Elle sort dans le couloir, C. la suit et j’entends que ça complote. J’essaye de rester dans ma bulle mais j’entends les mots « épisio, déchirure, synto, hémorragie » et ça me bloque. Quand C. revient je lui demande ce qu’il se passe et il me dit qu’il a vu avec la sage-femme, que je ne veux pas d’épisio, ça tombe bien, elle préfère également une déchirure tant que bébé aille bien. Elle m’examine, je suis à 6. Bébé a la tête fléchie en arrière comme son frère et sa sœur, ça doit être la marque de famille, c’est ce qui me fait si mal. M. me demande alors de m’allonger sur le côté droit, je dois fléchir une jambe pour l’aider à bien se remettre. Je n’y reste pas longtemps car le cœur fléchit à nouveau, je dois alors me mettre sur le côté gauche cette fois, je pleure, je dis à C. que j’ai trop mal, je veux la péri. La sage-femme me répond « oui » et enfile ses gants. Je sais alors que je ne l’aurait pas et que notre bébé arrive. Elle me demande de pousser à la prochaine contraction juste histoire de voir. En temps normal j’aurai refusé et j’aurai attendu la poussée réflexe, mais j’ai si mal et je m’inquiète pour le cœur de notre bébé. Je pousse donc mais je sais que je fais n’importe quoi. J’ai envie de m’excuser, de dire que c’est comme les crêpes, je rate toujours la 1° mais les suivantes sont meilleures. Je n’ai pas la force, je dis simplement que je pousse comme une nulle. Elle m’encourage en me disant que c’est très bien, car je pousse en soufflant. Les contractions s’enchaînent, je dois avoir 5 secondes de répit entre chaque, je pousse presqu’en continu, la sage-femme m’encourage toujours, en me disant que le bébé progresse très bien et qu’en plus je préserve mon périnée. C. me dit que c’est bientôt fini, qu’il voit la tête, je ne le crois pas, je touche et effectivement je sens ses petits cheveux. C’est fou comme le fait de le sentir me fait décupler mes forces. Je continue de pousser de plus en plus fort car j’en ai marre de souffrir, M. me demande de m’arrêter un peu, qu’elle va percer la poche des eaux. Je n’obéis pas vraiment car je n’en peux plus et ne veux surtout pas qu’elle touche à la poche des eaux, j’ai bien assez mal comme ça. Je sens la tête qui est complètement sortie. Elle fait les gestes qu’il faut et me demande de venir le chercher. Tout sort en même temps, la poche des eaux et le bébé. J’ai l’impression que notre bébé est tout noir, il est né avec le cordon autour de la tête, rien de bien méchant d’ailleurs il reprend très vite des couleurs. J’essaye de regarder son sexe mais je n’arrive pas il glisse de trop ! C. regarde alors et me dit que c’est une petite fille, Lise est née, il est 15h34. Nous sommes fous de joie, je pleure de soulagement, d’émotion et de bonheur.

Elle est si douce, si petite et si belle. Elle cherche le sein et tente de téter, elle s’énerve dessus, ne tète que très peu, ce n’est pas grave, on réessayera plus tard. En attendant, je profite du peau à peau, de son odeur et de cette sérénité qu’elle dégage.

Cela ne va pas durer longtemps. La sage-femme refuse d’attendre les contractions pour expulser le placenta et me demande de pousser. Ce qu’elle m’énerve ! Je fais mine de ne pas entendre, on n’est quand même pas à 2 minutes près… Et la voilà qui se met à appuyer sur mon ventre, sans me demander, sans me prévenir. Je lui demande d’arrêter et pousse pour qu’elle me fiche la paix. Tiens le voilà ton placenta ! Comme c’était à prévoir avec toutes ses pratiques, il ne vient pas seul mais accompagné de beaucoup de saignements, trop de saignements. Elle me prévient que si je perds encore tant de quantité (je n’ai plus les chiffres en tête), elle devra appeler le gynéco. C’est ce qui se passe 3 minutes plus tard. Il veut faire une révision utérine pour vérifier s’il ne reste pas un bout de placenta dans l’utérus. C. doit sortir avec Lise, je n’ai pas envie, c’est si dur de les voir s’éloigner et de rester clouée au lit. Le gynéco commence à m’examiner, je grimace de douleur, il me demande de me détendre et la sage-femme a la présence d’esprit de lui informer que je ne suis sous aucune anesthésie. L’anesthésiste est donc appelé, l’équipe se pose la question à savoir s’ils travaillent ici ou bien si ils m’emmènent au bloc. J’ai déjà si froid, je n’ai pas envie de traverser le couloir et descendre dans une pièce climatisée. L’anesthésiste arrive enfin, il veut bien travailler dans cette salle, je suis soulagée.

Ils m’endorment complètement, ça ne durera que très peu de temps, vu que j’ai perdu trop de sang, je suis transfusée. A mon réveil, je suis en pleine forme. Je dois rester longtemps dans cette salle avant de retourner en chambre. A cause des effets de l’anesthésie générale, je dois attendre 4h avant de pouvoir allaiter Lise. C’est dur, la voir chercher le sein et refuser de lui donner… Cédric est en peau à peau avec elle. En début de soirée, Lise pleure beaucoup, elle a faim, je dois attendre encore 1h30 avant de pouvoir la nourrir. Le personnel médical m’incite à lui donner un complément, je n’ai pas la voir de refuser, la voir pleurer de faim est trop dur. Lise a donc du lait artificiel à la pipette. En moi-même je me dis que c’est encore un échec.

Oui l’accouchement s’est bien passé. Oui, tout le monde va bien. Oui, il faut aller de l’avant et se dire que le meilleur reste à venir. Mais ne me demandez pas d’oublier mon accouchement c’est au-dessus de mes forces.

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