Valérie, maison de naissance, Canada

12 Fév

Tout à commencé un vendredi en après-midi. Ta maman s’en allait voir sa sage-femme pour son rendez-vous et elle avait la certitude que tu te pointerais le bout du nez dans la fin de semaine car les contractions commençaient enfin à avoir une cadence régulière. Une fois rendu à la maison de naissance, ma sage-femme m’examine et en effet le travail de latence est commencé. Elle nous retourne à la maison, nous dis de bien manger, de nous reposer et avec un p’tit clin d’œil, elle nous dit que nous allons probablement nous revoir au courant de la fin de semaine.

De retour à la maison, ton papa soupe avec moi et il me quitte pour son travail. Il n’avait pas vraiment envie de me quitter mais je l’assure que je vais le tenir au courant de tout changement, qu’il peut partir tranquille. C’est ta mamie qui viendra passer la soirée avec moi. De toute façon, elle assistera à l’accouchement donc elle va rester avec nous jusqu’au moment du grand départ vers la Maison de naissance. Vers 19 h, une membrane d’eau est percée et je perds du liquide en continue. Toute la soirée, nous pratiquons les points de pression de la méthode Bonapace et nous calculons le temps qui sépare chacune de mes contractions. C’est excitant de savoir que tu seras enfin là bientôt!

Vers 4h00 du matin, dans la nuit de vendredi à samedi, je réveille ton papa car les contractions sont beaucoup plus fortes et régulières depuis quelques temps et m’empêchent complètement de dormir.  De plus, je tremble de la tête aux pieds. J’appelle ma sage-femme et lui explique la situation.  Comme mes eaux sont rompues déjà depuis plusieurs heures, elle nous donne rendez-vous à 5 h a.m. à la maison de naissance.

Une fois rendue dans cette magnifique chambre où tu allais naître à la maison de naissance, j’ai l’impression qu’il y a une accalmie.  Ma sage-femme me dit que c’est normal.  Le changement d’air provoque souvent cette réaction.  Elle m’examine je suis maintenant dilatée à 4 cm et mon col est effacé à 95%.  Wow! Peut-être aurais-je la chance de te tenir dans mes bras avant le dîner???

Le soleil du samedi 17 octobre se montre le bout du nez. Une très longue journée s’annonce pour nous mon coco.

Je suis toujours en période de latence. Elle est très longue puisque plus rien ne semble bouger. Mes contractions sont toujours aux 5 à 8 minutes. Nous passons la journée à prendre les contractions une à une, à faire du ballon, des points de pression, des positions favorables et nous allons même faire une petite marche à l’extérieur. Ton papa et ta mamie sont avec moi à chaque minute pour m’encourager. Ils m’enveloppent de leur amour et je me sens bien en leur compagnie.

Vers 14h00, comme la poche des eaux est rompue depuis longtemps et que le travail actif n’est toujours pas commencé, ma sage-femme me propose une panoplie de trucs pour aider le travail actif à démarrer. Après un examen, elle remarque qu’il reste une membrane de la poche des eaux. Elle me propose de la crever. Il est environ 15 h 30 samedi.

Dès ce moment les contractions deviennent terriblement intenses et de plus en plus rapprochées… C’est de plus en plus douloureux mais je m’encourage en me disant que je te tiendrai peut-être enfin dans mes bras avant la tombée du jour. Ton papa a un grand regain d’énergie puisque les choses évoluent enfin.  Ils ont très hâte de te voir tout comme moi.  Pendant cette période je passe assez rapidement de 4 à 9 cm de dilatation.  Cette progression rapide nous laissait tous croire que tu arriverais bientôt…

Le temps avance et je suis bombardée de contractions et entre les contractions mon utérus reste souvent contracté… Ouf! On essaye toutes sortes de solutions : bains, repos, ballon, points de pression, debout, couché, etc. Ça fait très mal et ma sage-femme m’offre des produits homéopathiques qui pourraient m’aider à prendre les contractions et qui pourraient t’aider, mon bébé, à descendre. Mais à chaque examen, il reste toujours une bandelette de col qui refuse de s’effacer. Elle m’explique que ta petite tête n’est pas bien alignée dans le passage et que c’est sûrement pour cette raison que tu as de la difficulté à descendre pour faire pression sur mon col et l’aider à compléter sa dilatation.

La douleur est tellement intense que je vomis à plusieurs reprises pendant le travail… Je me sens tellement à l’envers!

Ton papa commence à s’inquiéter pour toi et moi. Il trouve ça difficile de me voir dans cet état depuis si longtemps. La soirée avance à grands pas même si le temps semble s’être arrêté.

Je vis une période de découragement et je pleure. J’aurais tellement envie que comme par magie tu arrives dans mes bras… Alors sous la pression de ton papa qui aimerait tant que je parte pour l’hôpital pour que je puisse avoir accès à des interventions médicales pour me soulager, je commence à me demander ce que je veux vraiment. Je décide d’en parler avec ma sage-femme. Je lui demande qu’elle m’explique ce qui se passerait dans l’éventualité où je quitterais la maison de naissance pour l’hôpital. En toute objectivité elle me répond franchement, me dit que cette décision m’appartient et me rassure cependant que tout se déroule sans danger même si c’est difficile…

Je décide alors de rester à la maison de naissance malgré le manque d’énergie… C’était mon choix le plus cher et je veux aller jusqu’au bout! Après tout, j’ai mal depuis déjà si longtemps… Je peux sûrement en prendre encore un peu.

Régulièrement, ma sage-femme prend mes signes vitaux ainsi que les tiens mon bébé… Tout va bien pour nous deux. Cependant, je continue de vomir à plusieurs reprises et je me sens tellement faible. J’ai aussi l’impression que mon corps se brise à l’intérieur et je n’ai plus de force. Quand j’ai exprimé ma peur de manquer d’énergie pour me rendre jusqu’à la fin, ma sage-femme m’a proposé de m’installer un soluté pour m’hydrater. Ce que j’ai accepté et qui m’a fait du bien. Un autre examen nous annonce que je suis encore à 9 cm de dilatation.

Vers 1h00 dimanche dans la nuit, ma sage-femme nous suggère d’essayer de m’étendre car je vais avoir besoin d’énergie pour la poussée qui approche. Impossible! Mon corps se cambre dès que je suis couchée, les contractions sont de plus en plus violentes, je tremble de partout et aucune position me soulage. Lorsque je panique, ma sage-femme m’invite à garder mes yeux ouverts et à rester avec eux.

Je vois la très grande inquiétude dans les yeux de ton papa. Ta mamie me cache bien son désarroi pour ne pas m’inquiéter (plus tard, après ta naissance, elle me racontera combien elle a trouvé l’aventure difficile pour son cœur de maman et que ma sage-femme l’a même rencontré en dehors de la chambre pour la rassurer).

Ma sage-femme me suggère de retourner dans le bain.  Je ne pourrai cependant pas accoucher dans l’eau comme je l’avais peut-être envisagé puisque mon liquide amniotique semble être teinté.  Mais le bain pourra peut-être m’aider à terminer le travail.

En effet, c’est là que survient mon premier réflexe de pousser. J’entre dans une espèce de bulle où je n’ai plus conscience de grand-chose (vive les endorphines!).  Je somnole entre chaque contraction et mon corps ondule, tel un dauphin dans l’eau à chaque nouvelle vague de contraction. Aussi, je me surprends à ‘’grogner’’… Je ne reconnais pas cette voix qui est pourtant la mienne!

Je suis toujours dans le bain et pour la première fois, depuis de nombreuses heures, on sent que les choses bougent. Ma sage-femme sent ta petite tête lors d’une poussée et elle m’invite à la toucher. Je suis tellement émue!

Il est temps de sortir du bain pour commencer à pousser. La seconde sage-femme et l’assistante natale sont déjà sur place depuis quelques temps, prêtes à passer à l’action lorsque le moment de ta naissance sera arrivé.

J’ai poussé pendant plusieurs heures dans toutes les positions possible. J’avais l’impression de faire de la gymnastique tellement j’étais active pendant cette poussée! À chaque poussée, on voyait un petit cercle chevelu de la taille d’un œuf apparaître. Mais comment j’avais hâte qu’on voit autre chose qu’un cercle chevelu!

À un moment donné, vu que le rythme cardiaque de ton petit cœur diminuait, on a décidé de me donner de l’oxygène entre les poussées afin que je puisse mieux t’oxygéner à mon tour. Je ne sais pas où je trouve cette énergie mais je réussi à respirer comme une locomotive pour t’aider du mieux que je peux mon petit cœur. Tu es dans ce passage étroit depuis trop longtemps…  Il faut que tu sortes maintenant!

Je continuais de donner tout ce que j’avais dans le ventre à chacune de mes poussées. Plus je poussais et plus je sentais que tu avançais vers la sortie. Est-ce possible que le moment où tu seras dans mes bras arrive enfin après cette longue attente?

Alors, c’est à 6 h 13 le dimanche matin, après une journée et 2 nuits blanches de travail et presque 4 heures de poussées, tu es enfin arrivé dans ce monde, mon petit Mathias d’amour.

C’est assise sur le banc de naissance, enlacée par ton papa qui était sur le lit, que nous t’avons accueilli alors que ma sage-femme t’a déposé dans mes bras. C’est sous les grandes exclamations de joie et les sanglots de ton papa ainsi que mes soupirs de délivrance et de pur bonheur que nous sommes devenus trois mon ange. Tout ça sous le regard rempli de larmes de ta mamie qui s’efforçait d’immortaliser cette scène d’amour intense en prenant des photos malgré son regard voilé.

Quel bonheur c’était de te rencontrer enfin Mathias! Lorsque je ferme les yeux et que je revois dans ma tête tes premières minutes de vie, je sens encore la sensation de tes petites fesses rondes et chaudes dans mes mains, de ta peau douce et humide. J’entends encore les pleurs vigoureux que tu lançais. Je me revois en train de découvrir le petit être que je portais dans mon ventre depuis neuf mois. Je revois être témoin de toute la sensibilité de ton papa, celui que j’aime tant. Je me revois devenir enfin la maman que j’ai toujours rêvé être…DSC_4353_2780_(Small)

Mon petit bonhomme tu es arrivé en ce monde après la plus intense et éprouvante épreuve de toute ma vie… Mais aussi la plus belle! C’est grâce à cette aventure que j’ai eu la chance de contacter toute la puissance qui habite mon corps de femme. C’est une véritable transformation que j’ai connu la nuit où tu es né… Merci de m’avoir offert ce précieux cadeau!

Valérie Turcotte (Québec, Canada)

-> second témoignage de Valérie

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  1. Valérie, banlieue de Montréal (Québec, Canada) – 2011 « Mon corps, mon bébé, mon accouchement ! - 12 février 2013

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