#92 Misscell – Val-de-Marne – 2009

13 Fév

Je suis tombée enceinte quelques mois après l’arrêt de la pilule. J’avais comme une sensation que janvier, c’était le bon mois. Avec M, on avait dit « début 2009 », et même si j’avais arrêté la pilule 3 mois avant, janvier semblait bien.
Je tombe donc enceinte en janvier. Je le découvre début février, avec un retard d’une semaine. J’ai fait le test uniquement parce que ça sentait le roussi dans mon job. Comme le mois précédent j’avais eu 3 jours de retard, je ne voulais pas me faire de fausses idées. Le test était donc positif, ce qui a fait que j’ai du batailler avec mon entreprise, qui a appris ma grossesse quelques jours après moi seulement. C’était une bonne nouvelle, mais je pense que sur le coup la priorité a été l’enjeu professionnel.

Vers mes 2 mois de grossesse, je rentre de vacances et passe une journée en formation pour ma boîte. Après manger, il fait froid dans la salle. J’ai un petit frisson suivi d’une douleur de règles. Je me dis « tiens je vais avoir mes règles », puis me souviens que ce n’est pas possible (émoticône blonde). Dans la journée, je vais aux toilettes et vois un peu de sang. J’appelle ma gynéco de ville, qui me dit d’aller faire une écho au plus proche et de la tenir au courant.

C’est parti pour les urgences de C. , où on me sert des « mais de toute façon, ça sert à rien de faire l’écho, si vous faites une fausse couche de toute façon on y peut rien »,  je me fais engueuler par une infirmière qui me rappelle qu’il est interdit de téléphoner dans leurs locaux. J’étais en train d’appeler mon conjoint, en larmes, pour qu’il vienne me chercher. J’appelle ma gynéco qui me dit de tout de même faire l’écho. Je tombe enfin sur un interne, jeune, qui a cru qu’on était copains et se permet une familiarité mal venue.

L’écho permet de voir, après 3h d’attente, un petit sac et un point qui clignote : le cœur. L’interne m’explique que ça arrive parfois en début de grossesse, me dit de ne pas m’inquiéter et de continuer une vie normale. M. arrive, et il est trop tard pour rappeler ma gynéco. Je rentre chez moi, inquiète car je perds du sang dès que je marche. Le lendemain matin, je pars la mort dans l’âme à ma formation (1h30 de transport). J’appelle ma gynéco en arrivant, un peu avant 9h, pour la tenir informée. Elle me dit « hein, mais vous êtes au travail, là ? N’importe quoi cet interne, vous rentrez chez vous et vous vous reposez ! Vous envoyez quelqu’un chercher votre arrêt maladie, 2 semaines de repos. » Je rentre donc chez moi, en demandant les places assises « femmes enceintes » pour la première fois de ma vie, non sans honte. Une fois au repos, les saignements cessent, et ma grossesse me semble plus sereine.

Vers mes 3 mois de grossesse, mon ventre commence doucement à gonfler, mais la grossesse ne se voit pas (sauf dans mon soutien-gorge). Un matin, au travail, je sens une douleur dans le bas-ventre, à gauche. De plus en plus forte, au fil des heures. Je rentre chez moi, prends 2 spasfon et un bain. J’appelle M., son travail sait déjà depuis un mois que je suis enceinte (depuis le passage aux urgences, qui l’a fait fuir du boulot). Avec le bain, ça va mieux, je rappelle M. pour lui dire que ça va mieux. Je sors du bain, et c’est pire. Je rappelle M. Il arrive, et m’emmène aux urgences. Les urgences les plus proches sont à L., mais nous décidons d’aller à Ch., car son père y travaille et nous avait dit que les urgences étaient beaucoup moins saturées.

Je rencontre un gynéco, qui me donne du paracétamol pour des douleurs ligamentaires. Je m’en veux alors d’avoir traité intérieurement une copine ayant eu des douleurs ligamentaires de chochotte. Mais les médicaments ne font pas effet. J’ai de plus en plus mal. Et retour aux urgences de C.h à 5h du matin. On me fait une perf, je dors une heure et me réveille avec la douleur. A ce moment, je me dis que si ces « douleurs ligamentaires » durent toute la grossesse, c’est-à-dire encore 6 mois, j’ai changé d’avis. Beau-papa passe me voir, me voit en pleurs sous la douleur. Il parle avec l’infirmière et j’ai rapidement de la morphine. Quel soulagement ! J’ai toujours la douleur, mais je m’en fous royalement ! Le gynéco vu la veille repasse me voir, m’explique que non, ce ne sont pas des douleurs ligamentaires. Il va me faire faire une écho, qui montre un truc, mais on ne sait pas trop quoi. Vu ma douleur, il pense à un kyste à l’ovaire qui aurait causé une torsion de l’ovaire. Il souhaite donc m’opérer car si c’est bien cela, je risque de perdre mon ovaire. Mais ils comptent aller ponctionner le fameux kyste, ce qui signifie prélever le corps jaune, et ça peut causer une fausse couche à cause du dérèglement hormonal. Il voit ma réticence, et décide donc l’expectative. Je reste à jeun. Le lendemain, un ami obstétricien de beau-papa rentre de vacances et décide de s’occuper de moi. Depuis la morphine et le paracétamol en perf, la douleur est moins importante. Il me renvoie faire une nouvelle écho, car à la palpation on sent le truc à gauche, qui me gêne. Il insiste pour que la nouvelle écho soit faite par le Dr X., et pas le Dr Y. comme la veille. Et pour le Dr X., c’est un fibrome situé à l’extérieur de l’utérus, qui bouge car l’utérus grossit, mais qui ne compromet pas la grossesse. On me donne donc enfin à manger, l’opération n’est plus d’actualité. Et le Dr B., l’ami de beau-papa, me propose d’accoucher avec lui à Ch. Vu ce qui vient de se passer, je suis ok.

Commence donc un double suivi, celui avec ma gynéco de ville, et de temps en temps le Dr B.
Ma grossesse continue bien, plus de passage aux urgences. Ouf… La première écho est émouvante. La seconde nous apprend que nous allons avoir un garçon. Le jour même, les futurs grands-parents sont informés, et déçus pour certains. Pfffff.

Les 2 prénoms sur lesquels nous allons hésiter jusqu’à la fin sortent : J. ou E. ? Pas de souci, une bonne santé, des difficultés à arrêter totalement la cigarette et c’est tout. L’été se passe. Un jour en juillet on est invités chez la mère d’un ami, le bébé change de place, prend une position bizarre qui me fait mal sur le flanc droit toute la soirée. Il bouge de nouveau et vient coller une grosse boule sous mes côtes, à droite. Les vacances sont au mois d’août, avec un épisode gastro et une nuit terrible, avec des intestins se tordant dans tous les sens et un bébé qui bouge aussi beaucoup. Puis une semaine dans la maison de campagne de mes beaux-parents, et une belle-maman à fond motivée pour me raconter toutes les horreurs d’accouchement qu’elle a croisées dans ses années de Samu.

On arrive fin août, et après 3 semaines de vacances, c’est le début de la préparation à l’accouchement. C’est proposé par l’hôpital de Ch. La partie théorique, étalée sur une semaine, me laisse sortir perplexe de la première séance : 20% de césa environ, césa si bébé en siège, 70% d’épisio… Je fais un rapide calcul dans ma tête et en partant du principe qu’il doit être assez rare de cumuler épisio + césarienne, je n’ai que 10% de chances de ne pas finir découpée.

Le lendemain, c’est la 3ème échographie. Le soir, je stresse. Je dis à M. que c’est sûr que notre fils est en siège, et moi je voulais accoucher « comme le chat de la voisine » : tranquille et sans intervention. Je passe une mauvaise nuit. Le lendemain, nous allons à l’échographie. Je suis stressée, et le bébé doit le sentir car il n’arrête pas de bouger. Le Dr G. a à peine le temps de poser son appareil sur moi qu’il dit « il est en siège ». Je ne me souviens pas de la suite. On rentre et je pleure. M. essaie de me réconforter, il finit d’arranger la chambre qu’il vient de finir de peindre pour me remonter le moral.

Le lendemain, re-prépa théorique à Ch. Je vois Mme Mi, sage-femme, la même que la veille. Je décide d’aller lui parler après, et elle me dit « il est en siège ? Ca sera césarienne ». Je m’en fous, je vais causer avec mon gynéco la prochaine fois.

Parallèlement, la prépa pratique à l’accouchement commence, dans un cabinet libéral à Ch. Mme D., sage-femme libérale, me dit qu’une voie basse sur siège, c’est beau. Je suis un peu perdue. Elle me demande comment je souhaite accoucher, je lui explique mon concept du « comme le chat de la voisine », et elle me demande « et pourquoi le Dr B. alors ? », en m’expliquant que ce Dr n’aime pas les surprises et n’a pas les taux les plus faibles de déclenchements et de césariennes. Je n’attrape pas la perche (et m’en voudrai beaucoup). Elle me dit, quand on fait les exercices pour la poussée, que je pousserai super-bien. Là non plus, je ne saisis pas. Je reste persuadée que je sortirai ce bébé. Qui en plus est estimé plutôt petit. Elle me montre quelques exercices pour l’inciter à se retourner. Je marche des heures à 4 pattes pendant 2 semaines, j’ai même mis mes genouillères de roller car ça finit par faire mal aux genoux. Je finis en sueur après mes 30 minutes de pont indien, mais je le fais. Bébé ne bouge pas d’un iota.

La fin de la prépa théorique se fait dans la salle d’accouchement. Il y a quelques papas. M. m’a accompagnée dès le début. On passe donc du côté où se passent les naissances. Il y a une porte et des petits chaussons bleus, derrière. Il faut pas salir ou amener nos petits microbes car des bébés naissent ici. Ça nous fait un peu flipper de voir tout l’attirail médical, et on apprend que bébé est emmené pour les soins. Je dis à M. qu’il devra suivre le bébé pour pas qu’on l’échange, on ricane bêtement en parlant tatouage.

Je vois enfin mon gynéco. On est début septembre. Il commence par m’examiner et me dit « il va falloir réduire les déplacements maintenant, hein, vous restez dans le coin ». C’est pas juste, j’ai été rétamée jusqu’aux 6-7 mois de grossesse, là j’ai la pêche et je dois rester enfermée ? Je ne l’entends pas de cette oreille, j’ai le mariage de mon cousin en Bretagne et j’ai déjà pris les billets de train. C’est dans le Finistère Nord, 1 mois avant mon terme. Le gynéco veut me voir la veille du départ. Ok. On aborde vaguement, très vaguement, le siège. Le gynéco dit qu’il a encore le temps de se retourner, donc pas de souci.

Je revois le gynéco la veille du départ en Bretagne, il consent à me laisser y aller. De toute façon, je me sentais bien, pas fatiguée pour un sou, très envie d’être au mariage, voilà on y va. M. a des examens et partira plus tôt que moi, je rentrerai seule en train. Ça fait stresser ma tante qui est persuadée que je vais accoucher au mariage, ou dans le train. Elle me pose plein de questions avec des « et si… ». Je lui dis que bébé n’est pas prêt. Et mon oncle et ma tante sont agriculteurs, mon cousin qui se marie aussi. Dans les invités, il y a plein d’agriculteurs. Dont certains ont fait naître leurs propres enfants, parce que pas le temps d’aller à l’hôpital. Et un d’eux dit que c’est plus facile d’assister sa femme qu’une truie, car la femme écoute quand on lui dit de ne plus pousser. Ca me fait rire et je me dis que si j’accouche au milieu de ce petit monde, je serai entre de bonnes mains. Mais non, je rentre chez moi, toujours enceinte, toujours avec la grosse boule sous ma côte droite.

Mon fils est prévu pour la mi-octobre, on commence à se poser des questions de dates. Ma mère est du 08/10, mon beau-père du 07/10, alors ça spécule… Je revois Mme D., la sage-femme libérale. Je lui dis que je fais toujours les exercices. Elle me dit qu’il ne se retournera jamais, à ce stade, et que ça ne sert à rien de continuer les exercices. On parle voie basse, elle me trouve motivée et ne doute pas de ma capacité.

Je revois le gynéco le 23 septembre. Et là c’est la douche froide. Ce vieux bonhomme, qui m’avait toujours traitée avec respect, devant mon désir de voie basse, décide de me parler comme à une gamine inconsciente. Il gardera dorénavant cette attitude. Il me dit « si vous voulez une voie basse ça sera sans moi », en m’expliquant qu’une voie basse sur siège, c’est 1% de risques d’avoir « un mort ou un mongol ». Il me programme la césarienne pour le 30 septembre, je saute littéralement sur mes jambes. Prête à fuir ? Pour moi, mon fils devait naître en octobre, mais selon le gynéco il ne faut pas que le travail démarre, du tout du tout. Je lui dis que je souhaite que M. soit au bloc. Il me répond que c’est l’anesthésiste qui décide. Je souhaite qu’on fasse la phase de réveil tous les 3. C’est ok, à condition qu’une salle de travail (ou d’accouchement ?) soit disponible ce jour-là. En écrivant ça, je me dis : mais où ai-je déniché ces infos ? On me dit que la césarienne, le plus dur c’est les 48 premières heures. De ce qu’on me dit, la priorité est la lutte contre la douleur. Mme Mi a dit qu’il faut demander les anti-douleurs avant que la douleur soit trop forte, car une douleur installée est plus difficile à combattre. Je reçois les protocoles de l’hôpital de Ch. : pas de dextro à moins de 2,5 kg à terme, pas de compléments si allaitement, peau-à-peau, mise au sein précoce pour favoriser la lactation…

J’ai tellement de choses à faire que je cours dans tous les sens toute la semaine restante. Tout le monde est au courant que bébé naîtra le 30. On s’organise, M. ira travailler le matin et me rejoindra en RER. La veille je fais le plein chez Picard, et je me fais faire une épilation intégrale comme ça il y aura pas besoin de me raser. On voit avec les futurs grands-parents. On les autorise à venir voir le bébé le 30, mais pas avant que moi j’aie vu mon enfant. C’est la condition. Belle-maman ne viendra pas le jour J, car c’est une opération, elle préfère que je me remette un peu. Ma mère et beau-papa viendront. Les copains viendront nous voir à la maison.

Le 30 septembre, la matinée commence normalement. On prend le petit-déj ensemble. Je suis censée être à jeun, mais prends un thé avec une biscotte (youhouhou) à la maison. Je sais que je ne vais pas manger pendant un moment, et on m’a autorisé un truc léger, j’en profite. Je dois être à la maternité pour 9h, mais je serai en retard. De toute façon, le bloc c’est vers 15h. J’arrive à la maternité avec ma valise, et on me demande où est Monsieur :
« Ben au travail.
Il aurait du vous accompagner .
Pourquoi ?
Ben vous allez accoucher.
J’ai l’air de ne pas contrôler la situation ? J’ai l’air en travail ?
Mais vous devriez pas porter votre valise
Au pire quoi ? J’accouche ? Ca tombe bien je suis à la maternité » . Bref, celle-là je ne la reverrai pas et tant mieux.

On me fait un monito et on m’installe dans une chambre. Il est environ 11h30. Je me lime les ongles, en attendant. Une infirmière entre pour me raser. Je lui dis que j’ai fait une épilation, et elle me rase quand même, elle rase ma peau en fait. Elle semble blasée. Elle veut me mettre une sonde urinaire alors que mon passage au bloc est pas prévu avant 3-4 heures ! Je parlemente et elle s’en va.
Mais elle revient, et me fait un mal de chien en me mettant la sonde urinaire alors que je lui ai demandé à ce qu’on la pose après la rachi. J’ai donc cette gêne qui va durer plusieurs heures avec la sonde, c’est dur de me déplacer car ça fait un peu mal.

Puis quelqu’un vient me demander les vêtements de notre bébé et son prénom. Ça me dérange de dire son prénom à une inconnue, alors qu’il n’est pas né. Mais son ton laisse peu de place à la négociation, j’obtempère.
M. arrive et on lui passe une tenue de Schtroumpf, apparemment ça serait ok pour qu’il vienne au bloc.
Mme Mi arrive, s’étonne que j’aie déjà la sonde et me dit qu’on va me changer de chambre, je ne sais plus pour quelle raison. J’ai envie d’aller aux toilettes. Super, avec la sonde ! Allez, c’est parti pour un suppo de glycérine !
Je discute avec M., il est stressé. Moi, je suis plutôt confiante.

L’heure de faire la rachi arrive. On part, dans une salle. A partir de là, les choses sont assez floues. M. m’a dit qu’on lui avait demandé de sortir, moi je ne sais plus. Il paraît que j’avais eu une anesthésie locale, je ne sais plus. L’anesthésiste, qui est le même qui avait fait la séance d’information sur la péridurale (ça avait duré des plombes et n’avait pas répondu à mes questions spécifiques, à savoir « sur les femmes qui viennent et ne veulent pas de péri, quel % va au final la prendre ? »), m’explique tout ce qu’il fait au moment où il le fait. Il me dit « ben vous avez la sonde urinaire ?  Vraiment je ne comprends pas qu’on ne mette pas la sonde urinaire une fois l’anesthésie effectuée, blablabla ». J’enrage après la vilaine infirmière, qui était donc au courant que c’était possible. Comme il est dans mon dos et que je ne vois rien, ça me rassure qu’il m’explique. Au moment où il pique, c’est censé être au milieu mais c’est très à droite. Je le lui dis, mais il continue. Je lui dis plusieurs fois, je stresse, mais il continue. Il m’explique que le liquide va faire effet rapidement sur mes jambes, que je vais sentir des fourmillements et du chaud, ce qui arrive, d’abord à droite, puis à gauche ensuite. Il me demande de remuer les pieds. J’ai l’impression que je vais y arriver, car je sens mes pieds, mais rien.

La suite est encore plus floue, on m’emmène dans des couloirs. Je passe la porte que j’avais passée quelques temps plus tôt en chaussant les chaussons bleus, mais nous n’irons pas vers les salles de naissance. Je m’étais imaginée la passer en pleine souffrance, et galérer avec les contractions pour mettre ces fameux chaussons bleus mais non, je suis sur un brancard, anesthésiée, déjà. On va dans un couloir, M. est là, Mme Mi est là. On croise le Dr B., Mme Mi lui court après pour qu’il s’occupe vite de moi. On attend un peu dans le couloir, je suis complètement shootée. Pouf ! D’un coup, je suis dans le bloc. M. est à ma gauche, en face je vois le champ. Je ne sais plus combien de personnes sont là. Il y a le Dr B. et Mme Mi, M., et puis ? Aucune idée. Je sens que l’on passe la bétadine largement sur mon ventre, j’ai peur de sentir le reste. Je sens un peu mais sans douleur. Les gens discutent. De quoi ? Aucune idée. Le gynéco et Mme Mi disent « on voit le fibrome ».

Ça bouge dans mon ventre, je commence à avoir comme un « mal de mer », je sens que l’on fait bouger mon bébé. Puis le Dr B. dit « c’est bien un garçon », et ça continue de bouger. J’entends l’aspiration. Rapidement, j’entends un bébé pleurer. C’est le nôtre, c’est bizarre. Le gynéco dit qu’il a les cheveux clairs. On le monte au-dessus du champ opératoire, je le vois tout hurlant, dégueu et… Avec une énorme tache de naissance sur le front ! J’ai peur mais me dis qu’on aura pas besoin de le tatouer, on se trompera pas de bébé ! Le gynéco dit tout de suite que cette tache va disparaître dans la première année. En passant par-dessus le champ mon fils dégage les petits tuyaux d’oxygène qui sont dans mon nez. Pourquoi, comment, il se retrouve sur mon côté gauche. Je voudrais le toucher mais je me rends compte que j’ai les bras attachés.

Il ne pleure plus, on se regarde. Calmement, un échange de regards. J’essaie de lui faire un bisou, j’approche mes lèvres, mais la femme qui le tient l’éloigne. On continue de se regarder. Et s’ensuit cette impression que ce nouveau-né voit, et comprend tout. Je suis émue, je suis incapable de sortir un mot. Il n’y a que ce regard. Le gynéco n’arrête pas de me poser des questions pour savoir si notre bébé nous plaît. Je détourne la tête pour répondre au gynéco, qui m’agace avec ses questions, et lui réponds « oui, on le garde ». Ensuite, je retourne la tête mais mon fils est parti pour les premiers soins, accompagné de M. C’est le moment de la suture, je ne sais pas combien de temps ça dure. Mme Mi me dit « je vais vous faire un surjet magnifique, dans 2 mois vous verrez plus rien (mon œil) ». J’apprends (par qui ?) que mon fils fait 2.750kg. Le gynéco a dit à un moment « 15h10 », pour son heure de naissance.

Le reste, aucune idée. Et pouf ! Je me retrouve avec M. et E. en salle de naissance au lieu d’être en salle de réveil. Je vois mon fils dans les bras de son père. On sort l’appareil photo, une petite séance de photos au milieu des poils de papa. Elles s’avéreront être toutes floues. Une dame vient régulièrement vérifier mon pansement et d’autres choses (mais quoi ? Aucune idée). On avait pris ce premier pyjama, trop mignon. On m’avait dit qu’il fallait du 1 mois car la taille naissance ne servait à rien. Mon fils flotte dedans, il est si petit ! Pour la première tétée, après m’avoir installée légèrement sur le côté et mon fils sur le coussin d’allaitement, la femme qui vient me le mettre au sein me pince le sein, ça fait mal. C’est, selon la sage-femme consultante en lactation que je verrai chez moi 1 semaine plus tard, la position qui est la raison de mes crevasses. Ça fait mal. Je ne sais pas combien de temps ou à quelle heure mon fils tète. Le dossier dit 17h30, soit 2h15 après sa naissance.

Au bout d’un moment, nous retournons en chambre. On est quand même sur un petit nuage, heureux de voir ce bébé qu’on a attendu. Ma mère et beau-papa passent, mais impossible de me souvenir d’autre chose. Ils sont contents de le prendre dans les bras. On envoie des mms à tout le monde, avec une petite photo d’E. C’est drôle de déjà avoir des messages avant d’annoncer la naissance, ça doit être la particularité des césariennes programmées. M. me dit qu’il va falloir dormir maintenant, je n’ai pas sommeil et pourrais regarder mon bébé dans sa boîte en plexiglas pendant longtemps. Bon, on décide quand même de dormir.

La première nuit avec E. est assez chaotique, dans mes souvenirs. On appelle pour qu’on me le mette au sein. La dame nous explique quelque chose de différent de la précédente. On appelle aussi pour qu’elle nous montre comment changer une couche, vu qu’il y a un bout de cordon qui déborde M. ne se sent pas trop à l’aise. En plein milieu de la nuit, une femme blonde entre dans la chambre sans frapper, prend la boîte en plexi avec notre fils dedans et ressort. Je lui demande ce qu’elle fait. Elle me répond « un petit examen, je ramène votre bébé ». C’est l’autre dame de l’allaitement qui le ramène, il a pleuré. Elle prend un ton accusateur en me disant qu’il est en hypoglycémie, et qu’il faut lui donner quelque chose. Je lui dis que ça m’étonne pas et que c’est peut-être logique, puisque je n’ai moi-même rien mangé depuis bientôt 24heures, et que j’ai faim. Elle me répond que ça n’a rien à voir, le colostrum est fabriqué tout au long de la grossesse et sa fabrication n’a rien à voir avec ce que j’ai mangé ou non. ( ?!!, ?) Me faisant à moitié traiter de mauvaise maman, j’obéis aux ordres et donne ce biberon d’eau sucrée, à contrecœur. Je fais la tronche, M. semble trouver que je devrais obéir, et avec le sourire. Mon fils s’étrangle sur ce biberon, il tousse. On finit par se rendormir.

Je me réveille et dis à M. que j’ai mal. On appelle, une infirmière arrive. Je lui dis que j’ai mal. Il doit être environ 4heures du matin dans mes souvenirs (mais rien dans mon dossier médical, le mystère reste entier). Elle me répond que j’ai déjà eu tel et tel truc, je devrai attendre 9heures du matin. Je lui dis « mais j’ai mal », elle me répond « mais si vous insistez, il va falloir que j’aille réveiller l’anesthésiste de garde, qui est en train de dormir, vous voulez vraiment que je le dérange pour ça ? ». J’ai une pensée pour les femmes qui n’insistent pas, de peur de réveiller le pauvre anesthésiste de garde. Oui, je veux qu’elle aille le réveiller. Et elle continue : « mais si on vous donne autre chose, le médicament va passer dans le colostrum, et comme vous allaitez il faut pas, blablabla. » Je lui dis que sa collègue m’avait certifié, à peine quelques heures auparavant, que ça n’avait rien à voir. Comme par hasard, c’était possible de m’administrer autre chose. Je suis déjà à cran. Je me rendors. Évidemment, ces passages sont sans compter les nombreux réveils de notre fils, ainsi que ses pleurs, lors de cette première nuit.

Le lendemain, belle-maman vient voir notre fils. Elle trouve qu’il ressemble beaucoup à M. Elle le prend dans les bras. Avant ou après, M. va donner le bain à E., et on retrouve un bébé avec des tout petits cheveux bruns, tout ébouriffés. Le pédiatre lui fait la visite pendant le bain, je ne le verrai pas. M. me dit que le pédiatre l’a trouvé tonique, et que tout va bien. Ma mère vient nous voir. Pendant qu’elle est là, 2 infirmières entrent et demandent à ma mère de sortir car je vais me lever. L’une d’entre elles est blonde, avec une longue queue-de-cheval qu’elle fait haut sur son crâne. Elle se tient droite, elle semble rigoureuse et douce.

Ma mère sort, et je leur demande joyeusement combien de temps ça va prendre, pour savoir si je dis à ma mère de rester dans le coin ou non. Elles restent évasives. Elles m’expliquent qu’elles enlèvent la sonde et que je me lève après. J’ai peur car la pose de la sonde a été douloureuse, et je leur demande si c’est aussi douloureux. Elles ont l’air douces et m’expliquent que non, je tousse comme elles disent et effectivement c’est indolore. Puis elles relèvent l’assise de mon lit, chacune d’un côté. Je ne comprends pas pourquoi tant de précautions. En me tenant assise, toujours sur le lit, et en posant les pieds au sol, je leur dis que ça me fait mal, que ça brûle à gauche surtout. Elles ne sont pas surprises et je comprends que c’est pour cela qu’elles sont deux. Je tente de me lever mais c’est trop douloureux. Je n’y arrive pas, je ne parviens plus à respirer, j’ai des sueurs froides. J’ai trop mal. Queue-de-cheval semble compatissante, vraiment embêtée pour moi. Je pleure tout ce que je peux, je ne comprends pas ce qui m’arrive. Elles me disent que ce n’est pas grave, quelles repasseront. Elles sortent. A ce moment je me dis que je ne me lèverai plus jamais de ma vie, cette douleur est trop insoutenable.

Ma mère revient, je suis en larmes et lui demande de partir. Je réalise que mon ventre est coupé en deux, que je suis incapable de m’occuper de mon bébé. M. est parti se chercher à manger, mon fils pleure. Je sonne. Pendant que la dame change la couche de mon bébé qui pleure, je sanglote, sur le dos, incapable, impotente, amputée. Je me sens punie. De quoi ? Je ne sais même pas. J’ai déjà des crevasses, et demande à ce qu’on m’aide pour l’allaitement. On me dit de voir avec Ida. OK, mais à chaque fois que je sonne pour voir Ida, elle n’est pas dispo. Il me semble que je la verrai le lendemain.

Queue-de-cheval revient, avec son acolyte (la même ? Aucune idée). Il faut se lever. Je pleure avant même de tenter. C’est un nouvel échec. M. revient et me trouve au 36ème dessous. Je regrette tout. Je ne le dis pas, mais je regrette le mec, l’emménagement, le projet de bébé. Tout. Je suis découpée en deux, scotchée sur le dos dans un lit d’hôpital, et je fais quoi maintenant ?

Evidemment, le frère et la grand-mère de M. arrivent à ce moment, ils sont en bas. Je ne veux voir personne, M. prend E. dans sa boîte en plexi, car il paraît que c’est trop dangereux de tenir son bébé dans les bras (c’est sûr, 2.7kg dans les bras d’un homme d’1.80m, on sait jamais), et il va les voir dans le couloir. Il me dit que si E. a faim, il lui donnera un biberon. C’est ça, oui. Je m’en fous.

Queue-de-cheval passe me voir, me propose de me reposer un peu et baisse les stores. Je m’endors en pleurant. C’est le gynéco, le Dr B., qui me réveille en ouvrant brusquement la porte. Il m’engueule parce que je suis dans le noir, et ouvre les stores. Il me dit que je dois me lever et c’est comme ça. M. est toujours parti avec E., je ne sais pas depuis combien de temps. De toute façon, je suis trop choquée par la douleur pour m’en soucier. A chaque fois que j’y repense, je pleure. Queue-de-cheval repasse, me demande ce qu’a dit le DrB . Je lui réponds « il m’a engueulée ». Elle a un air désapprobateur, mais ne semble pas étonnée, et veut bien refermer les stores. Elle me laisse seule, pile ce dont j’avais besoin. M. finit par revenir avec E., il me dit qu’il a eu un biberon.

Bon là je commence à avoir la vessie très remplie, et je n’arrive pas à uriner dans les trucs en métal. Je n’y suis jamais arrivée, voilà. Le Dr B. vient, bien déterminé à me forcer à me lever coûte que coûte. Il m’explique qu’il n’est pas possible de remettre une sonde urinaire car je risque une infection. C’est donc pas Queue-de-cheval et son acolyte qui vont s’y coller, mais le Dr B. et M. Je leur broie les mains. C’est bien fait pour le Dr B. (sur le coup, je ne le pense pas, je suis trop dans cette douleur. Je rajoute ce « c’est bien fait » aujourd’hui, j’espère même que je lui ai bien incrusté une bague dans un doigt). Je vais jusqu’aux toilettes, en larmes et quasiment incapable de respirer. Le Dr B. s’en va et charge M. de rester à côté de moi pendant que j’urine (encore merci pour cette nouvelle humiliation), et de me ramener à mon lit après.

Ce que je comprendrai au second lever, c’est que chaque nouveau lever fait moins mal. J’en bave comme un chien, mais plus personne ne viendra s’occuper de mon bébé à ma place. Je crois que j’ai eu droit à un bouillon, ce soir, car mes gaz ont repris. Une autre nuit compliquée, on veut encore me filer des compléments. C’est niet.

Encore des avis contradictoires, sous prétexte que mon bébé est petit. Et je commence à me dire que s’il est petit, c’est parce qu’on est allé le chercher trop tôt, il devait naître en octobre. Notre fils pleure beaucoup cette nuit-là, on sonne et une jeune étudiante en médecine vient discuter avec nous. Elle nous rassure, du haut de ses quoi ? 20 ans peut-être… Elle nous parle de glaires, de besoins du petit bébé, sans nous donner de solution mais bon… Elle est là. Chaque réveil sur fond d’un bébé qui pleure me fait espérer que ce ne soit pas le nôtre qui pleure. Mais c’est bien souvent le nôtre, nous laissant un peu perdus.

Le lendemain, c’est le trou noir. Je ne sais plus. Sur mon dossier médical, c’est marqué « mieux – souriante ». J’ai toujours des crevasses, et je commence à avoir les seins tendus. Personne ne semble à même de m’aider, on me parle de bouts de sein, point. Personne n’est dispo pour discuter allaitement, position, tout ça. Alors M. va docilement me chercher des bouts de sein. Personne ne m’aidera à les mettre en place, et ce n’est pas faute d’avoir demandé.

Je donne (ou regarde ?) le bain de mon fils. On dirait qu’il faut avoir fait l’X pour avoir le droit de baigner son enfant. Donc ce que je retiens de cela, c’est qu’il ne faut pas le tenir comme je le fais « sinon il se noie », et qu’il faut se dépêcher parce qu’il a froid. Je tremble, car encore une fois je fais mal. Je tiens à peine debout, j’ai encore très mal. Déjà pour moi, c’est le fait d’être au bain qui est un exploit.

M. ne passe pas la nuit à l’hôpital, et je me blinde pour affronter « les sorcières » seule. Le Dr B. lui a dit qu’il avait une mine de plus en plus fatiguée de jour en jour, et que comme j’allais peut-être sortir dimanche, il devait se requinquer un peu.

Durant la nuit, j’ai une question « fréquence de caca », je réfléchis longuement puis décide de sonner. Une sorcière brune débarque, me parle du fait que mon fils n’a pas récupéré son poids de naissance, et qu’il est petit, et que peut-être que je n’ai pas assez de lait. Mais la montée de lait est en route. Elle m’impose de peser mon fils avant et après la tétée (contrairement à ce qui est marqué dans le papier des protocoles), +400grammes. Ce qui semble très bien. Elle va enfin répondre à ma question fréquence de caca ? Non, mais elle me fichera la paix et arrêtera de tenter de me refourguer ses biberons. Le lendemain matin, quand M. arrive, je suis fière de moi, même si mon fils s’est fait trimballer pour la pesée on y est arrivé, à passer la nuit sans ces sorcières.

Puis c’est samedi, je vois Ida. En fait c’est « Madame allaitement », à priori ici. Elle m’explique donc comment mettre mon fils au sein. Quand il pleure, je passe un long moment à m’installer avant de le prendre. Je me sens gauche. Mais je fais.

Mon fils est toujours un étranger. Je l’aime mais me sens incapable. De lui montrer, incapable de m’en occuper.

J’ai mal aux seins, je reste cloîtrée dans ma chambre, les seins à l’air. C’est sympa, l’infirmière qui vient fait état de mes « seins en chou-fleur » sans m’apporter quelque aide que ce soit. Ida a parlé de racheter de la crème, alors c’est parti. Mon cousin et sa chérie viennent nous voir. Chaque visite a pour consigne d’appeler en bas, pour que j’aie le temps de mettre un soutien-gorge et un haut. Pendant que mon cousin et sa chérie sont là, mon fils prend le sein et Ida repasse me voir. Elle me dit de me décrisper. On essaie… La fille qui vient me faire la piqûre dans la jambe, je la connais… Elle s’appelle Mél, on avait fait un job d’étudiant ensemble. Je ne sens rien à ses piqûres et elle me parle gentiment, ça fait du bien.

Dimanche arrive, je trépigne. Je n’ai qu’une envie : rentrer chez moi. Ici, ils ne me servent à rien, les conseils sont contradictoires, et à part Ida et Queue-de-cheval, tout le monde semble vicieux et infantilisant. J’ai toujours mal, à la cicatrice et aux seins, mais comme tout le monde s’en fiche et que cela se fait dans l’indifférence la plus totale, je préfère être chez moi. Mais le Dr B. dit que je sortirai lundi matin. Je suis déçue et fatiguée de me battre, mais ok.

Le lundi, ma valise est prête quand M. arrive. Mais voilà, mon fils n’a pas repris son poids de naissance. Ça semble poser problème, on me parle Hospitalisation à Domicile. Mais à ce que je comprends, ils n’ont personne dans leurs répertoire qui irait chez moi, alors on laisse tomber. Je dois revenir une semaine plus tard pour peser mon fils. On a donc droit à la visite du pédiatre (étais-je présente ? Aucun souvenir, je crois que j’étais sous la douche) qui dit que notre bébé va très bien, prescrit une écho de la hanche vers ses 1 mois, et l’autorise à sortir.

Pour clôturer ce beau séjour à la maternité, la dernière interlocutrice sera une puéricultrice à l’air très consciencieux. Elle nous explique comment il faut s’occuper de notre bébé. Nous l’écoutons religieusement. Quand elle nous dit qu’il faut toujours avoir à la maison de l’eau minérale, du lait en poudre, des biberons et de quoi stériliser, je lui dis que j’allaite. Mais puisque c’est marqué dans son dépliant avec une grosse bouteille d’Evian dessus, elle nous dit que même en cas d’allaitement il faut TOUJOURS avoir cela à la maison. Je lui demande quelle est la pertinence, elle me répond que c’est comme ça. Puis je lui dis que, lors de la préparation théorique à l’accouchement, Mme Mi avait dit que la stérilisation était inutile et révolue. Elle me dit que non, et qu’il faut toujours stériliser avant de faire un biberon. Je lui demande alors pourquoi Mme Mi aurait dit cela. Elle me répond que si son dépliant le dit c’est que c’est la vérité, sinon ça ne serait pas marqué.

Nous sommes partis de cet endroit transformés. Beaucoup disent « on est arrivés à 2, on est repartis à 3 ». Moi, je pense « je suis arrivée seule, j’en suis ressortie brisée ».

Je rentre donc chez moi, avec mes questions restées sans réponse. Je prends un rendez-vous chez le pédiatre pour le lendemain, et je contacte une consultante en lactation. La nuit, notre fils pleure. M. a bien enregistré que nous étions des incapables, et dès 22h panique et veut aller acheter du lait en poudre, comme nous l’a dit la puéricultrice consciencieuse. Je me sens seule contre tous, et fais comprendre à M. qu’il faudra me passer sur le corps.

Je crois que j’ai vu le pédiatre en premier, le mardi. Mon fils avait donc 6 jours. La pédiatre l’ausculte, il est tout nu. Elle me dit « il a toujours cette boule quand il pleure ? », je me sens bête, je n’en sais rien,… Et ce que j’entends à ce moment, ce sont des bouts de phrases, « hernie, confirmer, rendez-vous, chirurgien, échographie, urgent, opération ». Ca ne va donc jamais s’arrêter ? Je suis allée chez le pédiatre pour être rassurée, me voilà en pleurs.

Puis je rencontre MH., qui est la consultante en lactation. Elle me rassure beaucoup sur l’allaitement, et ne semble pas comprendre comment j’ai pu avoir des crevasses. Quand je parle du coussin d’allaitement à la maternité, elle semble certaine que c’était la cause. Elle me montre (enfin !) comment m’assurer que mon fils tète efficacement, comment m’assurer qu’il déglutit, comment me rassurer sur le fait que j’ai du lait. En voyant mon épuisement manifeste et mon inquiétude sur le poids de mon fils, c’est elle qui me parle facilité et praticité : cododo, co-sieste, pas de ménage, repos, tout ça. Ça fait sens, mais le manque de sommeil m’empêche de réfléchir. Elle me dit aussi que je ne suis pas obligée d’aller faire peser mon fils à Ch. la semaine prochaine. C’est mon bébé, je fais ce que je veux. Tiens ? Nous convenons ensemble que c’est elle qui viendra le peser.

Je vais ensuite chez le Dr G., qui faisait mes échographies pendant la grossesse. Il confirme la hernie inguinale de mon fils, et des 2 côtés. Il ajoute : « ça arrive souvent aux bébés nés trop tôt. »

Je ne réagis pas, mais tout défile dans ma tête à ce moment-là. Je sais. Je sais qu’il a raison. Jamais je n’aurais du laisser le Dr B. m’imposer cela. Il est tout petit, il est même pas fini, mon fils. Et à cause de ce mauvais choix il va devoir se faire opérer, en plus de toutes les douleurs que j’ai du subir. Je repars de chez lui troublée. Evidemment j’emplafonne la voiture en sortant du cabinet. Ce n’est que du matériel, et je m’en fiche éperdument. La portière passager ne s’ouvre plus. Bon c’est embêtant quand même.

Je m’inquiète beaucoup pour le poids de mon fils. Ma mère passe me voir le 8 octobre, le jour de ses 50 ans. Elle me trouve en larmes, et va passer la journée avec moi à essayer de me remonter le moral. M. appelle Mme Mi, qui m’appelle pour me demander si mon fils a pris du poids.

Le soir, je supplie M., la larme à l’œil (encore, ça devient une habitude) de ne pas aller au travail pendant quelques temps. Ça le contrarie car il a des patients tout le temps, et annuler des patients nécessitera qu’il recase ces rendez-vous. Je n’en peux plus, il faut qu’il soit là.

A la maison, c’est un vrai gros bordel. Le lapin est super-perturbé, il mange tout et n’importe quoi. Il est en pleine mue et je me dis qu’il faudra le brosser. Mais mon fils prend déjà beaucoup de temps. Pendant ce temps, belle-maman se renseigne sur les chirurgiens. La pédiatre voulait nous envoyer à Br., mais belle-maman dit que la chirurgie sur un tout-petit nécessite une habitude qu’ils n’ont certainement pas à Br. Elle nous trouve le Dr N., à Trousseau. C’est une amie de S., qui est anesthésiste, et qui la recommande parce qu’elle n’a « pas le scalpel entre les dents ». Le rendez-vous est pris pour le lundi suivant.

Le week-end arrive, on a des visites d’amis. J’ai une hâte : qu’ils partent, je suis fatiguée, je n’ai pas envie de rire. Je leur ai dit d’amener à manger et à boire, je ne m’en charge pas. Quand il faut sortir des assiettes pour la salade, c’est la cata, ça veut dire qu’il va falloir faire de la vaisselle.

Le lundi, nous allons, avec M., au rendez-vous à Trousseau. La chirurgie se fera le jeudi 15 octobre, le jour du terme de mon fils. Le rendez-vous anesthésiste se fait dans la foulée. Le Dr N. est la seule à ne pas tiquer sur le poids de mon fils (il approche enfin de son poids de naissance !), elle nous explique comment ça va se passer.

Ensuite, une amie passe et je lui demande de venir seule, sans son homme ni leur fils. J’ai toujours les seins à l’air et je pleure beaucoup, je suis stressée par l’opération. L’après-midi où elle est là, je trouve le lapin bizarre et prends rendez-vous chez le vétérinaire pour le lendemain. Le soir, le lapin est vraiment bizarre et nous appelons SOS vétérinaire, car le rendez-vous du lendemain semble loin. Il a une boule d’air dans l’estomac, ce qui est une très mauvaise nouvelle. Il mourra dans la nuit. C’était notre animal domestique et je suis encore plus bas.

Le surlendemain, c’est l’opération. Mon fils doit être à jeun, à 7h du matin à Trousseau. Dernière tétée dans la nuit, puis la voiture avec M. On arrive, mon fils fait 2.8kg. Nous patientons, il devrait passer au bloc vers 9h. Comme des urgences arrivées dans la nuit doivent passer au bloc, on attend. Mon fils partira au bloc aux alentours de midi, et il est difficile de le faire patienter jusque-là. L’attente est longue, le chirurgien doit faire les 2 côtés. J’ai plein de lait, et demande un tire-lait. C’est une puéricultrice douce qui l’amène et nous explique comment ça marche. Je la remercie d’être aussi aimable. Elle s’en étonne et je lui dis que Trousseau, c’est pour l’instant le seul endroit médical où on ne me parle pas comme à une demeurée. Elle évoque la naissance de sa seconde fille, aux Bl., où le personnel était également très dévalorisant. Je vois qu’elle aussi, ça l’a beaucoup touchée.

J’ai repris la cigarette. L’attente est très longue et nous n’avons pas de nouvelles. Vers 17h, une infirmière vient dans la chambre en nous disant « le chirurgien veut vous parler, je vous amène au bloc ». M. est paniqué, moi je n’arrive pas à imaginer que quelque chose pourrait clocher. Je suis, depuis 2 semaines maintenant, en mode automatique. Nous arrivons à la sortie du bloc, le chirurgien (le Dr N.) nous explique que ça a été plus long et difficile que prévu, M. demande si notre fils va bien, elle répond « oui ». On se détend. Elle n’a fait qu’un côté, car les tissus déchiraient. Je vais voir mon fils en salle de réveil, il a une tétine avec de l’eau sucrée. Je l’allaite, mais mes seins sont tellement durs qu’il n’arrive pas à bien prendre. Il pleure et s’énerve. Moi, ça m’énerve aussi de ne pas y arriver, et les 2 femmes qui sont là veulent qu’il boive cette eau sucrée. Une fois qu’il a pris le sein, il tète longuement, et je l’allaite en marchant pour retourner à la chambre. Je vais passer la nuit ici avec lui, M. dormira chez ses parents (5min à pied). J’appréhende la nuit, encore dans mes souvenirs de la maternité à Ch.

Mon fils pleure beaucoup, je le rassure en lui disant « maman est là ». Il tète beaucoup, et pour la première fois régurgite. Le volume régurgité est impressionnant. J’appelle la nuit pour changer les draps de mon fils, car il y a eu une fuite (ou une régurgitation ? Je ne sais plus). Un homme arrive, calme et patient, il change les draps et enlève la perf du pied de mon fils. Ca saigne beaucoup et je me sens mal. L’homme me rassure, me dit que c’est normal (avec la vitamine K ?).

Le lendemain, une interne passe et dit que seul un côté a été fait sur mon fils, car le diagnostic clinique n’a été fait que de ce côté. On lui répond que c’est parce que le Dr N. avait eu du mal avec le côté droit. Elle nous dit que la hernie inguinale ne doit être opérée que sur constatation clinique, et non sur échographie. Nous sommes perplexes. Bref on s’en fiche, c’est bien à droite que la hernie avait été décelée cliniquement, et c’est à droite qu’il a été opéré.

On rentre à la maison, et mon fils a désormais des régurgitations et des rots qui durent longtemps. A Trousseau, on aura vu des parents qui errent dans des couloirs, et des urgences saturées en pleine grippe A.

Je revois MH. quelques fois, et les graines qu’elle sème nous profitent à chaque fois. En 1 mois, mon fils aura finalement pris 1.4kg, du jamais-vu pour un bébé allaité selon la pédiatre. Cette dernière m’annonce qu’elle quitte le cabinet et que j’aurai désormais affaire au Dr JMB. Il n’aime pas l’allaitement, et répond à mes questions avec agacement et dédain. C’est donc nous-mêmes qui diagnostiquerons le reflux de mon fils vers ses 2 mois.

MH. me suggère de cesser les produits laitiers, car les protéines de lait de vache passent dans le lait maternel. Le Dr JMB. me rit au nez quand je lui en parle. En attendant, mon fils pleure toute la journée, ne dort quasiment plus sauf dans les bras. Il nous faudra du temps pour nous résigner et nous dire qu’il dormira en porte-bébé, nous nous en voudrons après de n’avoir pas su, pas compris. Nous remarquerons une amélioration avec les conseils de MH. Progressivement, nous apprendrons à ne surtout pas écouter ce que dit le Dr JMB., au sujet des pleurs, de l’allaitement.

Nous allons tenter de trouver d’autres pédiatres, 4 au total. Ça n’accroche avec personne, sauf un qui est trop loin pour suivre E. Je crois que je l’aime quand il commence à faire des sourires, un peu avant ses 3 mois, avant cela la période reste très embrumée dans ma tête, entre le désespoir et l’acceptation de mon incapacité à être mère.

Publicités

2 Réponses to “#92 Misscell – Val-de-Marne – 2009”

  1. coralie 18 février 2013 à 22 h 28 min #

    Sacré courage de parler de ça.
    Le mode mécanique, la distance mise avec notre enfant. C est une cicatrice sur notre lien mère enfant.

  2. Misscell 7 mai 2014 à 19 h 11 min #

    Merci coralie, je vois ton commentaire bien tard!
    Je reste persuadée que ce mode automatique et la difficulté a tisser une relation avec mon fils ont été grandement aggravés par l attitude du personnel de la maternite et de notre entourage.
    Bon maintenant faut que je mette le récit de naissance du deuxième! 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :