Lorène, Moselle, Juillet 2010

13 Fév

Je me présente, Lorène, 31 ans et presque toutes mes dents, maman de 5 enfants
Mon témoignage porte sur mon dernier accouchement, en maternité, pourtant prévu AAD

La naissance de June etait préparée pour un AAD en Haute-Garonne d’où je suis originaire, mais nous avons déménagé en fin de grossesse
en Moselle, et là, par manque de SF pratiquantes, je me suis tournée sur une clinique, par choix de l’obstétricien qui me suivait.

Nous voilà donc, au jour J, terme prévu au 23 juillet 2010, et nous sommes le 7 juillet. J’ai commencé le travail la veille, en fin d’après-midi, mais sans douleur, et sans rythme.
je gère tranquillement, facile quand on n’a pas mal !
Je somnole une partie de la nuit, puis finit par faire un tour au salon, m’agenouiller sur le canapé. Je sens que ça travaille « pour de vrai », j’accompagne par des mouvements de bassin.
Je retourne me coucher, et savoure les contractions, toujours indolores, mais de plus en plus longues, rythmées, et je le sens, efficaces.
A 3h du matin, je les compte toutes les 7 minutes. Je me lève, réveille mon homme pour qu’il m’aide à préparer les enfants, je dois téléphoner à ma copine, qui s’était bravement dévouée à venir chercher la troupe n’importe quand, mais aussi de me déposer d’abord à la clinique. Super copine, je dois dire.
Au moment même où ma copine décroche son téléphone, je perds les eaux. Parfait, me dis-je, ça va aller vite!
L’homme, lui, panique complétement, il a peur que ma copine n’arrive pas assez vite, qu’on atteigne pas la clinique à temps.
C’était sans compter sur la réactivité de ma super copine, qui arrive 15 minutes plus tard, sachant qu’elle habite à 20 kms…
Hop, on charge 2 gosses, les plus jeunes, dans la voiture, les 2 grandes patienteront que je sois déposée à la clinique.
Pendant les 20 minutes de trajet, les contractions stoppent. Mais je sais qu’elles vont reprendre. Devant la clinique, j’annonce à l’interphone que je viens pour accoucher.
La sage-femme de garde s’étonne de mon ton guilleret, et du coup s’inquiète parce que notre seul moyen de locomotion s’en va. Elle pense devoir me renvoyer chez moi pour cause de « faux travail ».
C’est donc dans la bonne humeur et sans se presser qu’on s’installe en salle de pré-travail, où la sage-femme me propose un toucher vaginal avant le monitoring, histoire de contrôler ce début de travail. Et là, la sage-femme me fait de grands yeux ronds, et m’annonce qu’effectivement, je suis à 2. Mais pas une seule contraction.
Je lui explique donc en détail ma soirée, mes contractions, ma nuit, le rythme. Bref, on se met d’accord sur un monito d’une quinzaine de minutes, puisque je ne veux pas être immobilisée longtemps. J’en profite pour l’informer que l’anesthésiste encore présent peut rentrer chez lui, je ne veux pas de péridurale.
Dés la pose du monito, les contractions reprennent, bien fortes, longues, et rythmées, comme si elles n’avaient jamais stoppé. A un détail près : elles sont douloureuses. De plus en plus. Et sont de moins en moins espacées.
La SF, maintenant accompagnée de la puericultrice, nous laissent, mon homme et moi, gérer la douleur. L’homme me fait la causette, histoire de me détendre, ce qui marche peu. La position allongée, c’est une vraie torture.
Ma mère me téléphone, j’ai du mal à répondre, elle ne comprend pas trop que je suis en plein travail, et surtout que je n’ai plus que 2 minutes entre les contractions. Je finit par rire à la fois de nervosité, de douleur, et pour le côté pour moi loufoque de parler au téléphone avec ma mère en plein accouchement. Et je lui balance « mais maman, je suis en train d’accoucher, là ! elle n’est pas encore née ! »
Puis mon homme sonne la sf qui s’éternise à revenir, de 15 minutes, j’en suis à 25 minutes de monito, et je souffre !!
Je m’entends râler contre mon choix complétement idiot de ne pas vouloir de péri, mais la sf, après avoir consulté le tracé du monitoring, me dit que de toutes façons, vue la rapidité du travail, bébé sera là avant qu’on puisse me poser la péridurale. Elle s’étonne d’ailleurs de voir que les contractions sont très fortes et si peu espacées, et pourtant elle ne m’a pas entendue. Normal, mis à part râler et pester, je ne crie pas quand j’accouche.

Bref, je me reprends, reprends confiance en moi, et joie, bonheur me retrouve mobile. Et de suite, les contractions sont bien plus gérables. Je peux enfin me remettre dans ma bulle. La sf et la puer nous laissent, en nous recommandant de sonner au moindre souci. Je rigole, et ajoute « dans 10 minutes, quoi! » Elles rigolent, sortent. Je gère alors à ma guise, je suis ravie, j’ai même, en insistant un peu, obtenu d’être perfusée au dernier moment, et seulement si ça semble nécessaire. Je laisse les contractions venir, me tiens aux montants du lit, joue la danse du ventre lentement tout en fléchissant les genoux en rythme. Je ne sais pas pourquoi, d’où je sors ça, mais ça me fait du bien. Je suis complétement introvertie, je ne suis plus consciente de la présence de mon homme, et c’est tant mieux, parce qu’il n’y a plus de répit entre les contractions, qui s’enchainent, s’enchainent…jusqu’à que je sente que ça pousse. L’homme a l’œil. Il guette. Et comprend que June arrive. Il me demande s’il sonne. « non, pas encore…..siiiiiiii, soooooonnne!!!! » La deuxième poussée incontrôlable arrive, je suis debout, appuyée sur le montant du lit.
La sf et la puer arrivent, je m’exclame au bord de l’euphorie que la tête arrive. Elles veulent que je monte dans le lit, et là, je bloque, la contraction-poussée me paralyse, je ne peux pas me mettre dans le lit, je ne veux pas, je veux accoucher comme ça.
Mais la sf me dit qu’elle ne sait pas faire comme ça, et je me laisse porter et allonger. L’homme aide, d’ailleurs. Il m’enlève ma culotte et constate d’un « oh scheisse (oui, l’homme est allemand) » que la tête arrive vraiment.
Et alors que les 2 femmes s’activent pour rendre le lit mobile et me transférer en salle d’accouchement, une autre poussée monte. « ellle soooooooort!!!je fais quoi, je pousse????!!! » Oui, avec leur idée de me coucher, je sais pas si j’ai encore le droit de pousser alors qu’elles ne sont pas prêtes. Mais ça va, elles rigolent, m’expliquent que je suis en sécurité, si je veux pousser doucement, je peux.
Ah.
Ok.
Je pousse. La tête sort. Plop. La sf et la puer, s’affolent, on est dans leur bureau, qu’il faut traverser pour atteindre la salle de naissance, elles n’ont rien sous la main pour réceptionner June. Elles stoppent le lit directement, la sf enfile vite des gants, juste à temps, puisque la poussée suivante expulse le reste du corps de ma fille.Il est 4h40, ça fait 1h que je suis arrivée à la maternité. La puer revient vite avec un linge et le reste du matériel.
June pleure de suite, je la prends sur moi, on nous enveloppe bien, et on finit le déplacement en salle de travail. Les 2 femmes rigolent, me trouvent économique vu que je n’ai même pas eu de perfusion, sont un peu secouées par cette sortie rapide. Elles n’ont même pas pris le temps de faire venir mon obstétricien. Qui d’ailleurs ne sera pas content au matin, quand il découvrira que j’ai accouché sans qu’il en soit informé. Moi, ça ne m’a pas perturbée.
Le placenta sort rapidement, pas de saignements, June tète comme un chef, je me sens fraiche, et j’ai faim. L’attente pour rentrer en chambre est longue, mais ça va. Je sortirais bien de suite, mais pas envie de re-réveiller ma copine, ni de batailler pour user de mon droit.
Nous sortirons 3 jours plus tard, June a laaaaaargement repris son poids de naissance, mon utérus se résorbe très vite et je n’ai même pas eu ni point, déchirure ou même éraflure.

Je suis plutôt satisfaite de cet accouchement, de la liberté que j’ai pu prendre, même s’il a fallu négocier certaines choses, et que d’autres, comme la position pour accoucher ont été refusés net. Dommage que cette super SF, très gentille, douce et souriante ne soit pas mieux formée pour des accouchements différents du protocole monito-perf-péri-étrier, même si elle est plutôt conciliante.
Il y a encore des progrès à faire, mais ça me semble en bonne voie.

Le prochain, ce sera AAD à Berlin.

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