#100 Aurélie, Gironde, Octobre 2009

14 Fév

C’est l’histoire terriblement commune d’une maman qui tomba enceinte.

Quand la petite bande rose s’était affichée, son cœur avait pourtant palpité, déjà plein de cette aventure que devait être cette rencontre vers une autre vie portée en son sein pendant 9 mois. Il y a un petit bout en moi, pensait-elle, prenant conscience qu’un petit miracle était en train de s’opérer dans son corps, qu’un jour elle serait maman.

La famille fut en fête, les amis furent en joie. Elle, se sentait transportée par cette étape de sa vie ! C’est toute émue qu’elle se rendit au cabinet de son gynécologue habituel pour constater la grossesse. Ce vieil homme avait toujours été taciturne, l’annonce de l’événement ne le rendit pas plus loquace. Il proposa une échographie pour voir si l’embryon était visible, la pesa, lui délivra une ordonnance de prises de sang. Elle sentit en elle comme une déception en sortant de chez lui… C’était seulement « ça » le suivi de la grossesse ?

C’est ainsi que la magie de l’attente de son premier enfant se transforma bien vite en une routine parfaitement rythmée et cadrée par les consultations gynécologiques et les attentes au laboratoire d’analyses. Elle savait qu’en elle, poussait un petit d’homme, et pourtant il y avait comme un voile opaque sur cette vérité. Sa grossesse, c’était le monde médical qui la faisait aller. On lui disait si ça allait bien ou pas, ce qu’il fallait faire, ne pas faire.

On l’auscultait, on lui mettait des doigts dans le vagin, on mesurait son utérus, on la pesait, on l’incitait à prendre du poids quand elle n’en prenait pas, on la réprimandait quand elle avait pris plus d’un kilogramme en un mois, on disait « tout est bon » ou « tout est normal ». Elle ne s’en plaignait pas, mais il manquait quelque chose, qu’elle fut incapable de décrire à ce moment-là…

Les relations avec son gynécologue, à qui elle n’avait jamais rien reproché auparavant, commencèrent à lui peser. Il ne l’écoutait pas, il avait apparemment envie de lui parler d’une grossesse, avec ces termes techniques, comme une machine qu’il faut bien huiler pour qu’elle roule. Mais elle, elle voulait qu’il lui parle de SA grossesse, de SON bébé, de ce qu’elle ressentait au fond de son cœur de future maman en gestation… Mais il se contentait de constater, vérifier, s’assurer.

Elle se souvient encore de la façon parfois très impolie avec laquelle il la traitait.

Un peu avant l’échographie des 22 semaines, elle ressentait des mouvements en elle, elle s’était empressée de lui raconter qu’elle sentait son bébé bouger ! La réponse n’eut rien de magique et fut même très éloignée de toute émotion : c’est rare qu’on sente un bébé à votre stade, ce n’est sûrement pas de cela qu’il s’agit ! Quelle tristesse l’avait envahie à ce moment-là : ainsi donc, son ressenti de maman était faux… Quelle désillusion… Quelle perte de confiance en elle… Mais qu’elle ne fut son émotion quand, quelques semaines plus tard, l’échographie fit coïncider les petites sensations de bulles qui éclatent avec des mouvements du petit être qui remuait sur l’écran ! Cela l’avait remplie d’une joie et d’une fierté infinie : elle SAVAIT que c’était son bébé qu’elle sentait !

C’est à cette même échographie qu’elle et son compagnon attendirent qu’on leur révèle le sexe de l’enfant. Le gynécologue faisait ses mesures en silence, elle n’osait pas le déranger ni lui poser de questions. Une notice en salle d’attente exposait d’ailleurs très clairement qu’il fallait respecter le silence du praticien dans cette tâche, que l’échographie était un examen qui requerrait tout son attention et qu’il donnerait ses conclusions au moment opportun. Il se contentait donc d’évoquer les parties qu’il mesurait et vérifiait. Quelque part, elle s’en foutait un peu de rester silencieuse, regarder l’ombre de son bébé suffisait à la combler d’un bonheur immense ! Elle attendit pour l’annonce du sexe que le gynécologue se prononce, jusqu’à ce qu’il éteigne son appareil en déclarant que tout allait bien. Son compagnon et elle-même se dévisagèrent, parfaitement surpris. Elle osa quand même un fébrile : « et… pour le sexe ? ». Le médecin la regarda étrangement en répondant par une autre question : je ne vous l’avais pas dit à l’écho précédente ??? Ca m’étonne… Bien sûr que non, il ne lui avait rien annoncé, il lui avait même déclaré qu’on ne pouvait se prononcer à ce stade-là ! Elle ne lui poserait pas la question si elle le savait enfin, pensa-t-elle. Le gynécologue prit un air songeur, plongea la tête dans le dossier de la jeune femme en murmurant « c’est bizarre, je croyais vous l’avoir dit… ». Il tourna alors le dos aux futurs parents, sortant de la cabine d’échographie, et avec la voix la plus monocorde et la moins enthousiaste qu’elle n’avait jamais entendue, il annonça, entre deux portes : « c’est un garçon ». La femme et son compagnon étaient restés à se regarder, cloués sur place dans une attitude des plus dubitatives. Elle demanda même confirmation au gynécologue, lui demanda s’il était sûr de lui, osa lui faire remarquer la manière peu réjouissante avec laquelle il lui avait fait l’annonce. « C’est parce que j’étais sûr de vous l’avoir déjà dit » répéta-t-il.

Ainsi continua la grossesse, dans son ballet de consultations, de piqûres et de pipis dans un bocal. La grossesse se déroulait parfaitement bien, sans aucune complication. Elle avait de plus en plus le sentiment de vivre quelque chose de banal, de commun. Banal oui, c’était le mot. Ce n’était pas vraiment sa grossesse, c’était celle des examens, dont elle attendait les résultats pour savoir si tout se passait bien, mais au final jamais elle n’avait l’impression de s’approprier ce temps inédit dans sa vie. A quoi servaient tous ces examens qu’on lui faisait ? Elle ne le savait pas toujours. Etait-elle au courant que la majorité de ces examens n’étaient pas obligatoires ? Etait-elle au courant qu’elle aurait pu être suivie par une sage-femme ? Pas le moins du monde. Tout lui était présenté comme formant partie d’une mécanique bien en place, imperturbable et puissante.

Elle croisa quand même dans ce parcours une sage-femme dont la grandeur d’âme et l’altruisme la touchèrent droit au cœur. Elle commença alors à comprendre qu’il existait des spécialistes de la grossesse « différents », qui mettaient au cœur de leur suivi la Femme dans la splendeur et le miracle de ce qu’elle vivait ! Des personnes humaines, qui lui demandaient l’autorisation de pouvoir examiner son intimité. Des personnes qui savaient écouter les doutes et les douleurs, qui lui dédiaient plus de 5 minutes de consultations, qui la rendaient enfin actrice de sa grossesse. Elle n’oubliera jamais cette rencontre…

Arriva le temps de l’accouchement. Accoucher… Voilà quelque chose qui ne pouvait pas être banal ! La grande inconnue de cet événement le rendait à la fois excitant et effrayant. C’était le moment ultime, unique, qui allait la conduire à la rencontre de son bébé ! Ca ne pouvait être qu’un moment exceptionnel ! Et il le fut. Mais peut-être pas toujours au sens où elle l’avait imaginé.

Elle se rendit à l’hôpital le plus proche de chez elle un soir d’octobre 2009, elle avait rompu la poche des eaux. Il s’agissait d’un établissement au label « Ami des bébés » et elle avait eu un très bon contact avec le personnel des lieux lors d’une visite ultérieure. Elle fut accueillie par une chaleureuse et douce dame. On proposa à la jeune femme et son compagnon d’aller se reposer en chambre tant que le travail ne se serait pas mis en route.

Ce fut le lendemain à 6h30 qu’une douleur l’éveilla. Tout de suite puissante, tout de suite déstabilisante. Les douleurs se répétèrent toutes les 15 minutes pendant une heure et elle appela le personnel. « Il faut plus d’une heure de contractions pour annoncer que c’est le travail madame ! » lui annonce la sage-femme qui répond à sa requête. Perdue et un peu apeurée, ne sachant comment gérer cette douleur qui la mordait intérieurement, elle se retrouva de nouveau seule dans la chambre avec son compagnon. Tous les deux se sentaient parfaitement impuissants à gérer ces phénomènes qui se rapprochaient de plus en plus. Elle avait besoin d’aide, elle appelait les sages-femmes mais on lui répondit plusieurs fois : c’est l’heure des transmissions madame, quand quelqu’un sera disponible on viendra. Ce n’était pas dit méchamment, des voix douces et bienveillantes répondaient, mais combien elle se sentait seule face à ces réponses… Elle ne demandait pas grand chose, quelque chose qui calme la douleur, un spasfon, rien de plus… Mais aux deux ou trois appels, la réponse fut la même.

Deux ou trois heures après le début des contractions, arriva une jeune femme dans sa chambre qui se présenta comme une élève sage-femme. Elle venait lui annoncer qu’on allait venir la chercher pour aller en salle de travail et lui proposa de prendre une douche chaude en attendant. Enfin une personne qui venait juste lui montrer qu’on allait prendre soin d’elle ! Elle se sentit un peu plus sereine. Mais l’épisode de la douche continua de la perturber, rien n’apaisait sa douleur, rien ne calmait sa peur, son compagnon à ses côtés ne trouvait rien pour la tranquilliser, elle se sentait terriblement seule, terriblement mal ! Un feu intérieur consumait son corps, une douleur inconnue, insurmontable, incompréhensible. Et dans cette chambre, elle faisait les cents pas, attendant qu’on lui vienne en aide… Les contractions la forcèrent à vomir, ses membres épuisés ne la portaient plus, elle était à bout de forces, quand ENFIN la jeune étudiante ainsi qu’une sage-femme plus vieille arrivèrent pour l’emmener en salle de travail.

Le travail était déjà bien lancé. En arrivant en salle de travail, on lui fit un toucher vaginal, sans lui en demander la permission bien sûr. Elle était dilatée à 4-5, la sage-femme essaya de la rassurer en lui expliquant que la douleur des contractions ne devrait pas s’intensifier. Mais il était trop tard pour la jeune femme, la solitude et l’impuissance face aux douleurs ressenties avaient eu raison de tous ses espoirs d’accouchements sans péridurale : elle réclama l’anesthésiste. La sage-femme préparait la salle, la future maman restait allongée sur le côté à encaisser les effroyables douleurs qui l’envahissaient. Une vingtaine de minutes après leur arrivée en salle, la sage-femme procéda de nouveau à une vérification du col, toujours sans aucune question ou demande de permission. En même temps, qu’aurait répondu la jeune femme ? Elle n’aurait pu dire que « oui », comme elle pensait que tout cela était bien normal et que c’était à EUX, les membres du personnel médical, de lui dire comment ça se passait pour elle ! Et oui, c’était logique dans son esprit à ce moment-là de sa vie… Dépossédée. Toujours dépossédée.

Elle était dilatée à 9, plus le temps d’une péridurale pour elle. La sage-femme lui annonça cela sur un ton enjoué. Elle aurait voulu mourir en entendant cette nouvelle ! Elle ne comprenait même pas pourquoi la sage-femme se réjouissait en clamant « votre bébé sera bientôt là », il était évident pour elle qu’elle mourrait avant de le voir ce bébé… Avec le recul, cette femme prend conscience du manque de compréhension que la sage-femme avait pour elle, un manque d’empathie et de compassion flagrant. Pour autant, elle n’en était pas moins bienveillante, sa main posée sur le front de la parturiente déboussolée, sa voix douce et posée au creux de son oreille. Mais était-ce ce dont la jeune femme aurait eu besoin, dans ce moment de désarroi et d’angoisse totale ?

Son corps commençait à s’étirer étrangement et une envie de pousser la submergeait à présent à chaque contraction. La sage-femme était prête pour passer à l’expulsion. La femme commença à pousser en soufflant comme elle l’avait vu avec la sage-femme qui l’avait suivi pendant les cours de préparation à l’accouchement, un souffle long et venant de l’abdomen, tout en essayant de garder en tête l’image de son bébé qui descend. Elle avait enfin le sentiment de reprendre ses esprits et d’avoir entre ses mains la possibilité de gérer la fin de l’accouchement comme elle le sentait. Mais au bout de deux poussées de cette manière, la sage-femme l’arrêta brutalement en déclarant que « ça ne fonctionne pas ! » et lui ordonna de « bloquer, pousser » sur la prochaine contraction. La jeune femme s’exécuta le plus servilement du monde. Parfois elle prévenait la sage-femme que son corps poussait, son interlocutrice lui répondait : non, ce n’est pas le moment, ne poussez pas maintenant !!! Il lui semble bien qu’elle lui répéta cela plusieurs fois en attendant le gynécologue. Et oui, la sage-femme l’avait appelé pour aider le bébé à sortir. Et son corps poussait, poussait, comme pour sortir son enfant, mais on lui répétait de ne pas pousser, qu’il fallait attendre l’obstétricien.

Ce fut avec grand fracas que cet homme entra dans la salle : « Mais enfin, ça va pas la tête de m’appeler sur le fixe, appelez-moi sur mon portable, et si je n’avais pas été dans mon bureau à ce moment-là vous auriez fait comment ??? ». La femme se demanda si elle n’hallucinait pas ! Comment ce mec pouvait à ce point manquer de respect aux personnes présentes dans cette salle !!! Il manquait de respect non seulement à la sage-femme qui l’avait appelé, mais aussi à elle, elle qui était en train d’accoucher et qui souffrait terriblement !!! Tout devient alors presque cauchemardesque, surréaliste, digne d’une sorte de comédie loufoque, mais qui n’aurait fait rire personne… Dans une pure démonstration de supériorité, le médecin passa son temps à rabaisser les deux sages-femmes et l’auxiliaire puéricultrice qui nous entouraient. La jeune femme, à l’agonie, pleurait intérieurement de voir la tournure que prenaient les événements. Le gynécologue se planta entre ses jambes et la prévint qu’il allait faire un forceps. Personne ne la prévint de l’épisiotomie qu’il pratiquerait au même moment. Et le gynécologue qui ordonna en même temps : « Poussez madame ! » La femme s’était subitement redressée en hurlant de toutes ses forces quand il pratiqua son acte, un cri de douleur mêlé à un torrent de larmes de désespoir. Mais pourquoi lui faisait-on subir tout cela ??? Pourquoi devait-elle souffrir autant ??? Une seconde ou deux, interminables, où elle aurait voulu mourir ! C’en était trop…

« Mais arrêtez de crier madame !!! Poussez !!! » continua à ordonner l’obstétricien.

Je ne peux pas !!! hurla-t-elle en sanglots.

Mais si, allez, poussez !!!

Pourquoi lui parler ainsi, avec autant de désobligeance, de suffisance, de supériorité, et sans la moindre compassion dans le son de la voix ??? Ne se rendait-il pas compte de ce qu’elle était en train de vivre ??? Elle se sentit se remplir de haine ! Peut-être pour de ne plus subir ces remarques des plus déplacées, peut-être pour en finir avec toutes ces douleurs qui l’irradiaient, en tous cas pas pour obéir au crétin qui campait entre ses jambes, elle réunit une énergie phénoménale dans tout son corps et poussa avec la force du désespoir pour que cette mise en scène grotesque cesse au plus vite. Elle poussa fort, avec rage, son compagnon la regarda devenir rouge, puis violette. Il se sentit partir et réclama un tabouret pour s’asseoir. L’étudiante sage-femme lui rapprocha au plus vite le siège. Mais en même temps qu’il accueillait la tête du bébé, le gynécologue se mit de nouveau en colère et fit un scandale auprès de la jeune fille qui tentait d’aider le futur papa, en la traitant d’inconsciente, que le monsieur allait tomber du tabouret, qu’il faudrait le recoudre après, que ça allait encore être pour sa pomme, qu’il fallait l’allonger au sol en lui mettant les pieds en hauteur !!! L’étudiante et le mari s’exécutèrent sans comprendre… C’est ainsi que la femme sortit de son corps son bébé sans la présence de son compagnon à ses côtés.

Une fois son bébé hors de son corps, envahie par un soulagement intense et un amour déjà infini, ses mains se dirigèrent irrésistiblement à lui et elle le prit dans ses bras. Son bébé, son petit bébé d’amour, elle avait eu la capacité de le mettre au monde, elle, et ça lui prodiguait une fierté immense ! Elle chercha du regard son compagnon, toujours allongé par terre, lui demanda s’il se sentait bien. La voix du crétin résonna à son oreille « Madame ! Madaaame ! Vous voulez coupez le cordon ? »

Tout allait trop vite pour elle, elle était surprise de la requête du gynécologue, qui a présent lui tendait une paire de ciseaux, elle pensa bien sûr à son cher et tendre qui aimerait tant le faire lui-même, mais dans l’ambiance surréaliste de cette salle d’accouchement plus rien n’avait de sens. Elle coupa le cordon.

Son compagnon avait enfin eu le droit de se redresser, à présent ils admiraient ensemble leur petite merveille qui venait de naître. Mais l’auxiliaire puéricultrice le prit et l’emmena dans une salle à côté. On leur dit rien des soins que le petit reçut.

La jeune maman dut demander combien il pesait et l’heure exacte de sa naissance, car personne ne jugeait apparemment bon de le lui dire…

En attendant, l’expulsion se fit, assez simplement, mais dans l’immédiat. Entre temps, son fils lui avait été rendu, emmailloté dans la couverture qu’elle avait choisie, un bonnet provenant de l’hôpital vissé sur la tête, le front et les yeux d’une teinte orangée, dont elle ne reçut aucune explication, et sur laquelle elle ne posa aucune question, malgré son étonnement.

Puis il fallut s’atteler à recoudre l’épisiotomie. Le médecin prit la peine d’expliquer qu’il allait lui faire une petite piqûre d’anesthésiant au niveau de la vulve. Au bout de quelques minutes, il lui demanda si elle sentait lorsqu’il la touchait. Il appuyait grossièrement avec ses doigts à un endroit précis et elle lui répondit en toute sincérité qu’elle n’avait pas forcément mal sur ce point, mais que c’était très sensible et qu’elle avait un peu mal partout en fait. L’homme redevint désagréable :

* Non, vous ne pouvez pas avoir mal, je vous ai injecté un anesthésiant ! Alors dites-moi seulement si vous sentez !

* Ben j’ai mal partout… Alors oui je sens quand vous touchez.

* Non, je vous le répète, vous ne pouvez pas avoir mal !

« Allez, c’est ça, t’as raison, j’ai pas mal, tu sais sûrement mieux que moi ce que je ressens !!! » pensa-t-elle, fatiguée du comportement de ce gynécologue imbus de sa personne. Pour qu’il la laisse tranquille, elle répondit qu’elle n’avait pas mal. Plus vite ça sera fini, mieux ça vaudra pour elle ! Et puis, elle avait tellement envie qu’il se taise, elle ne pensait plus qu’à dévorer des yeux son bébé et à regarder son compagnon les yeux pleins d’amour. Ils refaisaient peu à peu le déroulement de la naissance, il la félicita, lui avoua comme il avait trouvé ça dur pour elle, et elle répéta à quel point elle était étonnée et fière d’y être arrivée ! Et l’imbécile de gynécologue les perturba une fois de plus : « Oui je le dis toujours, nous les hommes ne pouvons imaginer à quel point c’est douloureux pour une femme d’accoucher, et blablablablabla ». Elle ne l’écoutait plus, elle croit bien que son compagnon aussi ne l’écoutait plus. Ils n’étaient plus que trois sur leur planète de rêve !

Une fois l’obstétricien parti, les sages-femmes et l’auxiliaire de puériculture se firent les plus discrètes possible pour les laisser savourer les premières heures de vie de leur nouveau né. Mais la jeune maman ne put que s’attrister des larmes de l’étudiante qui relâchait la pression après s’être faite traitée comme une moins que rien par son supérieur… Il n’y a pas que les parents qui sont maltraités dans les services de maternité.

Elle resta trois jours. Trois jours au cours desquels des soins furent pratiqués sur son petit toujours en son absence. On ne lui proposa jamais d’accompagner son bébé.

Au niveau de l’allaitement, elle fut épaulée à merveille, on l’aida même à pratiquer le co-dodo en toute sécurité.

Le gynécologue de garde se comporta comme un goujat lui aussi, débarquant dans sa chambre aux aurores, allumant toutes les lumières de la pièce plongée dans le noir, alors qu’elle et le petit dormait, et en parlant tellement fort qu’on entendait tout ce qu’il disait dans les chambres voisines !

Et lorsqu’elle rentra chez elle, elle avait l’énorme chance de pouvoir compter sur la sage-femme qui l’avait suivie pour la préparation à la naissance, ce qui lui permis de surmonter assez rapidement quelques ennuis.

Cette maman dont je parle, c’est moi.

Me remémorer tout cela fait remonter beaucoup de colère et d’incompréhension. Mais je ne peux nier que cette expérience a forgé une force en moi. Car après cela, je me suis beaucoup renseignée et j’ai compris que j’avais vécu beaucoup de choses que je n’aurais pas dû vivre. J’ai compris à quel point il manque un vrai point de vue humain dans le suivi de la naissance et la grossesse !

Ainsi, l’histoire se termine bien : la maman retombera enceinte et donnera naissance à un second petit garçon dans l’intimité de son foyer, enveloppée dans un sentiment de sécurité beaucoup plus profond, et dans la grande confiance de ce pouvoir de femme que la Nature lui a confié.

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Une Réponse to “#100 Aurélie, Gironde, Octobre 2009”

  1. Héloïse 23 novembre 2013 à 22 h 22 min #

    Votre témoignage décrit très bien ce que j’ai également ressenti en accouchant, merci à vous, je vous souhaite une bonne continuation dans votre vie de mère et dans votre vie en général.

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