#103 Julie – Envol de Lazare (avril 2011) et naissance de Paul-Augustin (mai 2012)‏

14 Fév

Le 7 janvier 2011, quelques jours à peine après avoir décidé d’enfin de lancer un projet bébé, je tombe enceinte. Nous étions si heureux, les rois du monde, un bébé à nous. Jamais l’idée ne nous est venue que quelque chose pouvait mal se passer. Malheureusement, la première écho, le 18 mars 2011, révèle une clarté nucale très épaisse. Une choriocentèse plus tard, nous apprenons que notre bébé, un petit garçon, est atteint de trisomie 21. Notre décision est prise, nous préférons arrêter cette grossesse, souffrir nous pour que lui ne souffre pas, le plus bel acte d’amour que nous pouvions lui offrir, à nos yeux. Mon rêve de grossesse et d’accouchement naturels s’envolent en un instant, alors que j’avais justement choisi un suivi de grossesse uniquement par une sage femme libérale. Le 12 avril, je rentre à la maternité, dans un service sans bébé, mais avec beaucoup de futures mamans hospitalisées. Toutes les sages-femmes, toutes les personnes que j’ai pu rencontrées ont toutes été formidables, très à l’écoute, … Entre le début du procotocole de déclenchement et l’accouchement, ça a été très long. Je me demandais si ça allait finir un jour. Heureusement, pour ne pas rajouter de la souffrance physique à la souffrance morale, la péridurale m’a été administrée dès que j’ai commencé à ressentir les premières petites contractions. Après l’accouchement, je n’ai pas été mise dehors tout de suite, j’étais bien à la maternité, protégée du monde extérieur. Le 13 avril 2011, je suis devenue maman… Pas une de celles qu’on s’imagine, mais une maman quand même. Et surtout, dans cette maternité régionale, tellement immense, je n’ai pas eu l’impression d’être un numéro, j’ai eu l’impression d’être Julie, mam’ange triste et perdue à aider.

Le gynéco de la maternité m’a donné, en prévention, des séances de rééducation du périnée. Je reprends donc contact avec la sage-femme que j’avais choisie pour faire mon suivi de grossesse, Fanny. Fanny, c’est la sage-femme que chacune d’entre nous devrait avoir à ses côtés. Plus qu’une sage-femme, elle a été un vrai soutien pour moi après l’envol de Lazare, elle nous a vraiment aidés, Vincent et moi, à surmonter cette épreuve. Une présence au quotidien, un soutien… et très vite une belle amitié.

Quatre mois jour pour jour après l’envol de Lazare, un nouveau bébé vient s’installer. Nous sommes le 13 août 2011. Fanny est une des premières au courant. Pour me rassurer, je décide de faire suivre cette grossesse par le spécialiste en diagnostic anténatal qui m’avait suivi quelques mois plus tôt. En parallèle, Fanny nous fait une préparation à l’accouchement « classique » et Nathalie, une sage-femme de la maternité, nous propose une préparation par auto-hypnose. Ayant très mal au dos, je vois Pascal, mon kiné, presque toutes les semaines. Pendant un des cours de Nathalie, une sage-femme vient se former à l’auto-hypnose, elle nous reconnaît, elle travaillait dans le service dans lequel j’étais après avoir accouché de Lazare. Nous sommes très émues de nous retrouver. En même temps, je rédige un projet de naissance, que je ne trouve pas très bien accepté par mon gynéco. A la visite des salles de naissance, nous passons par la salle où est installée une baignoire, et la sage-femme qui organise la visite explique très simplement qu’ils n’aiment pas utiliser cette salle là, parce que rien n’est rangé comme dans les autres, et qu’elle est utilisée en dernier recours. C’est dommage, c’est justement celle-là qui m’intéressait… Fanny, quant à elle, me promet un super accouchement et un accouchement à domicile pour le prochain bébé, si celui-ci se passe bien.

Le lundi 7 mai, je suis à 6 jours du terme, prévu pour le 13. J’ai eu quelques contractions dans la journée, mais rien de bien méchant. Quand Vincent rentre le soir, une dispute éclate entre nous parce qu’il n’a pas ramené les bons produits pour le lave-vaisselle (ah… les hormones…). Il repart au supermarché, et en son absence, les contractions s’accélèrent, sans vraiment faire mal. Quelques heures plus tard, j’ai des contractions toutes les 6 minutes, la maternité étant à 40 minutes de voiture, nous décidons de partir. A notre arrivée, la sage-femme nous dirige vers la salle d’accouchement où il y a la baignoire. Après un rapide examen, qui me dit que je suis ouverte à 1 et que manifestement ce n’est pas pour tout de suite, je plonge dans la baignoire. Franchement, si ce n’est que ça les contractions, ça se gère bien, très bien même. Le travail n’avançant pas, je suis montée en chambre pour la nuit. Dans la nuit, les contractions s’arrêtent, je suis renvoyée chez moi. Le mardi se passe, Vincent reste à la maison avec moi, c’est long… Mercredi matin, Vincent va travailler, il m’installe dans le clic-clac avec la télé, des provisions, et me promet de revenir à midi. Il rentre, puis repart… J’ai toujours des contractions relativement fortes, mais irrégulières. Quand sa journée se termine, nous partons chez mes parents utiliser leur baignoire, la nôtre n’était pas encore installée. En la rinçant avant de m’y installer, je crois perdre les eaux. Le bain se transforme en douche et nous retournons à la maternité.

En arrivant, on procède à un monitoring, bébé va bien. Mais le travail n’est pas plus avancé que la veille au matin. Je fais une crise de nerfs, de fatigue, d’impatience, de tout. On me garde pour la nuit, je ne voulais pas sortir de cette maternité sans mon bébé. Dans la nuit, les contractions s’accélèrent et deviennent plus régulières, dans le temps et dans l’intensité. Mais je parviens quand même à dormir entre deux. J’appelle la sage-femme, je la reconnais, c’est celle qui était là après Lazare, c’est aussi celle qui était venue se former à l’auto-hypnose. Mais c’est aussi celle qui me dit, en dépit de ce qu’elle a appris en formation, que comme je dors entre mes contractions, ce ne sont pas des contractions de travail.

Le matin arrive enfin, il est 8h. Mon dernier monitoring date de la veille au soir, 23h. La sage-femme de jour arrive pour m’examiner, enfin. Je suis ouverte à 5. Mais ce n’était pas des contractions de travail pendant la nuit, non non… Je suis rapidement descendue en salle de naissance, Vincent me rejoint. On me demande si je veux la péridurale… Je n’en voulais pas à la base, mais au bout de trois jours de contractions, la fatigue a eu raison de ma volonté. La péri à peine posée, on me dit que mon bébé ne supporte pas les contractions, que son taux d’oxygène est très mauvais, et qu’il faut faire une césarienne. Qu’il n’y a pas d’urgence, mais qu’il ne tiendra pas jusqu’au bout, donc autant la faire tout de suite. Que dire ? Que faire ? Je me laisse emmener, Vincent me suit, il se fera claquer la porte au nez. L’équipe m’accueille chaleureusement, mais je me demande quand même ce que je fais là, toute seule, j’ai peur. On me demande les prénoms choisis, je les donne, mais si Vincent n’était plus d’accord ? C’est aussi son bébé !

Quelques minutes plus tard, un cri… Mon bébé ! On ne me dit pas s’il va bien, on ne me dit pas si c’est un garçon ou une fille, on ne me dit rien. Au bout de quelques minutes, une interne me pose quand même la question de savoir si je veux connaître son sexe, c’est un petit garçon, Paul-Augustin. On me le montre à bout de bras, avant de l’emmener. Je n’ai pas pu le toucher, je n’ai pas pu lui faire un bisou, rien… Et je ne sais toujours pas s’il va bien ou pas. Il aura fallu que je pose la question, à laquelle j’aurai comme réponse « Vous ne l’entendez pas crier ? Un bébé qui crie comme ça, c’est un bébé qui va bien ». J’apprends, enfin, qu’il avait le cordon autour du cou.

On me le ramène pour une tétée, je ne sais pas au bout de combien de temps, ni pour combien de temps. Et je suis emmenée en salle de réveil, un sac de sable sur le ventre, pour « limiter les hématomes ». Un stagiaire vient régulièrement « vérifier mes pertes ». Je m’active le plus possible pour dissiper tous les effets des anesthésiants, on m’a promis que je pourrai retrouver mon bébé et son papa quand je pourrai soulever les fesses.

Plus de quatre heures se sont écoulés entre la naissance de Paul-Augustin et le moment où je les retrouve enfin. On lui a donné du lait en poudre, alors que je ne voulais pas. J’ai mal, je suis fatiguée… On me le prend pour la nuit, et on me le ramène pour les tétées… Mais on lui donne aussi du lait en poudre.

Le lendemain matin, ma vie de maman commence enfin, le personnel est très présent, à l’écoute, gentil, … Je vais bien, je suis heureuse.

Les jours passent, et cette césarienne me pèse de plus en plus. Aujourd’hui, je crois savoir pourquoi. J’ai revu Fanny, elle a reçu le compte-rendu de l’accouchement. J’ai eu une césarienne pour stagnation de la dilatation, selon ce document. Nul part il y est mentionné le cordon autour du cou. Et surtout, comment peuvent-ils le savoir ? Je n’ai pas été examinée de la nuit, et il ne s’est pas passé très longtemps entre les deux examens du matin. Que croire ? Je pense que j’arrivais à un moment où le personnel avait autre chose à faire, et que personne n’avait envie de s’embêter, une césarienne et on n’en parle plus.

Sauf qu’aujourd’hui, j’ai peur. J’ai peur d’avoir un deuxième enfant parce que j’ai peur de la césarienne. J’ai peur de faire confiance aux équipes médicales. Et je suis déçue. Je suis déçue parce que je n’ai pas su donner la vie toute seule à mon bébé. Parce que cette césarienne, je la vis comme un échec. Après Lazare, cette épreuve terrible, je voulais me prouver que je pouvais être une vraie maman, capable d’avoir un enfant en pleine forme et de façon naturelle. Déçue de savoir que je ne pourrais plus accoucher à la maison.

Maintenant, j’espère que Fanny aura la possibilité de louer un plateau technique pour qu’elle puisse m’accoucher. Il n’y a plus qu’à elle que je fais confiance pour un prochain accouchement. Je sais qu’elle m’écoutera et que si elle ne m’écoute plus, c’est qu’il y a une urgence vitale.

Alors oui, peut-être que cette césarienne était vraiment nécessaire, mais cette discordance dans les informations m’en fait douter vraiment…

Aujourd’hui, Paul-Augustin est un petit garçon plein de vie, de 9 mois, sage et tonique, qui rend tout l’amour qu’on peut lui donner, qui nous fait oublier les épreuves du passé, mais qui, malheureusement peut-être, restera fils unique encore quelques années avant que cette césarienne soit vraiment digérée, si tant est qu’elle puisse l’être.#

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5 Réponses to “#103 Julie – Envol de Lazare (avril 2011) et naissance de Paul-Augustin (mai 2012)‏”

  1. coralie 14 février 2013 à 14 h 01 min #

    Moi aussi j ai eu se sentiment de ne pas avoir donné la vie à mon fils. De n avoir été que la simple spectatrice de sa venu au monde. Mais il y a très peu de temps mon fis à eu un bibi il a saigné ( grosse catastrophe pour lui) quelques jour plus tard plus de croûte. Je lui di tu es guéri. Il me di non et montre ça cicatrice. Je décide de lui montrer la mienne, celle de la césarienne. Et la il a eu la phrase qui m a réconcilié avec sa naissance  » elle est jolie celle la maman ». J ai retenu mes larmes et je lui est dit c est vrai qu’elle est belle grâce à elle tu es là. Mon fils m a rendu sa naissance et c est encore plus beau pour moi aujourd’hui que d avoir accouché par voie basse. Aujourd’hui je Mr sent prête à redonner la vie

    • angelinaroc 14 février 2013 à 14 h 22 min #

      Merci, merci Coralie pour cette réponse si belle… tellement belle que je la partage sur notre page Facebook…
      Plein de bonheur pour vous, Coralie et Julie

    • vivie 14 février 2013 à 20 h 41 min #

      Vous êtes une merveilleuse maman Julie!

    • vivie 14 février 2013 à 20 h 42 min #

      C est magique cette phrase, merci à votre fils et à vous!

  2. Julie 14 février 2013 à 14 h 32 min #

    Coralie, je remercie très sincèrement pour ce commentaire, il m’a mis les larmes aux yeux… Je crois que je n’oublierai jamais la réponse que tu as donné à ton petit garçon, et encore moins ce qu’il t’a répondu. Nos enfants sont plein de belles surprises.

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