# 113 Un déclenchement imposé en raison d’une estimation de croissance erronée – France – 2011

16 Fév

Marion a bientôt 22 mois. Je ne me suis toujours pas vraiment remise de ma grossesse et de l’accouchement. J’ai encore pas mal de douleurs physiques et psychologiques.

 Le suivi a été assuré par « les » sages-femmes de la maternité de la ville où je vivais. Comme j’arrivais tout juste dans la région et que je ne connaissais personne, j’ai fait au plus simple. Chaque mois une sage-femme différente, des rendez-vous catastrophiques, tous plus stressants les uns que les autres. Au troisième trimestre, ils ont décidé que le bébé avait un retard de croissance et m’ont encore plus fliquée, échographie de contrôle tous les mois, monitorings à gogo, festival de touchers vaginaux.

 A 8 mois une gynécologue que je n’avais jamais vue décide qu’il est temps d’accoucher, que je ne nourris pas bien mon bébé (c’est une phrase que je vais entendre encore souvent…quelle idée de vouloir allaiter sa fille alors que déjà enceinte je n’étais pas capable de la nourrir correctement)… pourtant les trèèèèèèèèèèès nombreuses échographies que j’ai faites montrent le contraire. Je sors en pleurant du rendez-vous, et j’accepte le déclenchement. Puis en rentrant je fais marcher un peu mon cerveau, je parle avec mon mari et ma mère, ma tante appelle un ami obstétricien et j’appelle pour refuser. Elles ne sont pas contentes… je dois faire un monitoring 2 fois par semaine et un examen. Au deuxième rendez-vous la sage-femme pratique un décollement des membranes (je l’ai compris après). J’ai eu tellement tellement mal, alors que ça ne devait être qu’un toucher vaginal et je ne comprenais pas pourquoi…dans la nuit j’ai commencé à perdre les eaux, la poche était fissurée, et je saignais. Nous nous sommes  rendus à l’hôpital. Je n’avais aucune contraction, ni le lendemain, ni le surlendemain. L’attente était infernale. J’ai fini par céder et accepter le déclenchement le samedi matin, au moyen d’un gel injecté sur le col. Je n’étais pas du tout prête à accoucher, ni physiquement, ni dans ma tête et ma fille non plus. 15 minutes plus tard, les contractions sont apparues, toutes les 2 ou 3 minutes et ça a duré de 7h du matin jusqu’à 18h quand elle est née.

Marion 045

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Marion 055

Marion 057J’ai géré la douleur comme j’ai pu, seule toute la journée avec mon mari qui en a pris plein la tête… une sage-femme passait de temps en temps me masser le dos et me proposer la péridurale. Je dansais en écoutant Rihanna et Gorillaz, me contorsionnais dans tous les sens, bougeais sans cesse pour aider le bébé et accélérer le travail. En milieu d’après-midi, je demande à prendre un bain et elles acceptent, malgré la fissure de la poche des eaux, je pense que c’est parce que je suis sous antibiotiques. Ça permet d’accélérer la dilatation et c’est bien efficace. Puis je n’en peux plus, je sens que je vais craquer, et je ne me sens pas assez soutenue pour affronter la suite, j’ai peur  et je demande la péridurale. Une fois posée je me repose et je suis plus zen. Par contre les contractions s’espacent et la sage-femme menace d’injecter d’autres hormones pour accélérer les choses mais je ne veux pas.

Au final, quand j’arrive à dilatation je ne sens rien et la sage-femme propose de pousser. ce que je fais, très fort, pendant 20 minutes avec presque pas de résultat. LA sage-femme m’encourage comme elle peut, il faut pousser comme pour faire caca, dit-elle… ça n’aide pas beaucoup. Je voudrai changer de position mais elle ne veut pas. Elle me dit que mon périnée refuse de céder à un tout petit endroit, qu’il est trop tonique… et j’accepte le coup de ciseau, une nouvelle violence infligée à mon intimité… j’aurai mieux fait de lui mettre un coup de pied dans la tête. Marion sort, d’un seul coup, ce qui déchire une autre partie… elle est là et je suis super heureuse. L’accouchement s’est bien passé, oui, oui, tout va bien, je suis radieuse.  Marion fait 2.7 kg, 2 semaines avant terme… autant pour le retard de croissance…

22 mois après j’ai mal car ma grossesse a été un enfer, on me l’a gâchée, parce que je n’étais pas prête à accoucher et ma fille non plus, parce que l’épisiotomie a laissé une cicatrice affreusement douloureuse qui me lance presque tous les jours. De même, la déchirure s’est mal refermée et je suis mutilée, à un endroit sensible de mon corps…

On apprend de ses erreurs. Pour le prochain bébé que nous essayons de fabriquer depuis quelques mois, ça sera un suivi global par une sage-femme en qui j’ai totale confiance et, peut être, si tout va bien un aad (accouchement à domicile), sinon un accouchement à l’hôpital, accompagnée d’une doula et de mon chéri.

Le savoir c’est le pouvoir. Tant que les femmes seront ignares tous ces grands médecins à l’égo démesuré auront tous les pouvoirs sur nos corps et sur la naissance de nos enfants. Et les violences infligées dans ces moments ne cesseront pas. Les féministes se trompent de cheval de bataille : ce n’est pas la maternité ou l’allaitement  qui avilissent les femmes, mais la manière dont elles sont traitées dans ces moments clés de leur féminité. Le pouvoir d’une femme qui accouche physiologiquement dérange. Elle sait le faire, seule, dans la mesure où elle est correctement soutenue et accompagnée.

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2 Réponses to “# 113 Un déclenchement imposé en raison d’une estimation de croissance erronée – France – 2011”

  1. Lucia 16 février 2013 à 23 h 44 min #

    C est tout à fait ce que je pense au niveau des feministes, là est le reel assujetissement de la femme, la pousser à se rabaisser et à accepter par principe que pour donner la vie, il faut passer par cela….et merde à eux !
    On a créé des generations de femmes apeurees d accoucher, trahies par leur propre corps et finalement qui ressortent des maternites avec un merci à vous pour le corps medical qui leurs crevent les entrailles en silence…

  2. Soma 22 février 2013 à 9 h 32 min #

    Je suis médecin généraliste, mais j’ai accouché en inde et j’accoucherai de nouveau en Inde. Je suis consciente qu’il y a un réel soucis de prise en charge de la maternité en France. Malheureusement, le problème est complexe. Si une part importante vient du manque d’humanité, d’empathie du personnel médical… je crois que le système, le fonctionnement font que cela ne risque de pas de s’arranger. Le manque de temps, de disponibilité est une clé importante pour que tout se passe le mieux possible : prendre le temps, ce que la société actuelle n’a plus.
    Tout le monde court, tout est baclé, on ne réfléchit plus, on devient des machines.
    Je sais que le monde entier ou presque jette la pierre sur les médecins. Mais ils st (ou ont été) des Hommes avec un H… ou des Femmes voire des mères…
    Un homme ou une femme… dans une autre profession : qu’est-ce que cela donne, lorsqu’ils st surmenés, overbookés : le même résultat.
    Oui, mais là, il s’agit de santé, d’humanité, je suis bien d’accord…
    J’ignore quelle est la solution ? S’il y en a vraiment une.
    Mais effectivement… pour des 1ère fois, c’est l’inconnu & on se sent abusé parfois.
    Tu as déjà eu le courage de dire non à plusieurs reprises.
    Je te souhaite que ces plaies cicatrisent (mais ne s’effaceront jamais)… et que le bonheur d’avoir ta fille estompe cette douleur encore omniprésente.
    Bises

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