#117 Fanny – Île-de-France, Mars 2009

17 Fév

Un accouchement accéléré…

Je m’appelle Fanny. Il y a quatre ans , en mars 2009, j’ai eu un petit  garçon : Yann.
C’était notre premier enfant. J’étais jeune et naïve, infirmière de métier. J’étais pleine du livre « Mettre au monde » de Patrice Van Eersel. Je me disais que si j’accouchais dans la clinique où je travaillais, nous pourrions avoir une écoute de notre démarche, et la possibilité d’avoir un accouchement le plus naturel possible.
Mais déjà, à la consultation d’anesthésie, j’ai senti que ça n’allait pas être facile. Quand j’ai dit à l’anesthésiste que je ne souhaitais pas une péridurale d’emblée, il m’a sermonné. Il m’a dit que seule les africaines pouvaient accoucher sans péridurale et que je risquais de mettre en danger mon bébé si je ne le faisais pas. J’ai dit que je souhaitais quand même essayer.
Les contractions ont commencé tranquillement un samedi. Je n’y connaissais rien, et je ne savais pas quand aller à la maternité. Je voulais que ce soit le plus tard possible. Nous avons attendu jusqu’au dimanche soir. Les contractions étaient espacées de 5 minutes, et la douleur était tout à fait gérable pour moi. Nous voulions juste un avis,
et nous nous sommes présentés à la maternité. Nous avons été très bien accueillis par une jeune sage-femme. Après examen, on m’a dit que le col était dilaté à 4 et qu’il fallait que j’attende dans une chambre. La sage-femme nous a rassuré et dit que je pourrais utiliser une baignoire si j’en avais envie, que tout se ferait tranquillement. J’étais satisfaite. Mon mari est reparti chercher des affaires. Je l’ai attendu et à son retour, la sage-femme est venu nous chercher en disant qu’on ne pouvait plus attendre, qu’il fallait que je descende tout de suite en salle de naissance. Ca faisait peut être 1 h30 que nous étions arrivés… et rien ne semblait avoir changé pour moi !
Et là, sans tout comprendre et sans oser rien dire, nous avons vu se dérouler tout ce que nous redoutions…. Sur le dos, les pieds dans les étriers avec le monitorage en continu, la perfusion d’ocytocine de synthèse… « Ce n’est rien, c’est juste une petite perfusion pour accélérer un peu le travail ! » m’a t-on répondu quand j’ai posé la question. On ne m’avait pas dit que la douleur deviendrait insupportable à ce moment là… les contractions se sont intensifiées d’un coup, sans que je n’arrive plus à y faire face. La sage-femme m’a ensuite dit qu’il fallait rompre la poche des eaux…pour accélérer les choses, encore une fois. Et c’est ce qu’ils ont fait. J’étais bloquée, j’essayais de gérer la douleur comme je pouvais . La sage-femme a appelé l’obstétricien de garde qui est entré. Pas un bonjour, pas un regard. Je ne l’avais jamais vu. Il s’est approché de moi, et m’a fait directement un toucher vaginal, sans rien dire. Sauf que le col s’était resserré. Ils ont accéléré le Synto°. Et là, le stress, la douleur… j’ai senti que tout m’échappait et que je perdais pied. J’ai fait un malaise. Mon mari derrière moi, assistait à tout cela, impuissant également. Quand j’ai retrouvé mes esprits , j’ai demandé une péridurale. Je savais que je n’y arriverais pas sinon… Et dans ce contexte, je bénis l’anesthésiste qui me l’a fait et qui m’a permis de me reprendre et d’assister à la fin de mon accouchement. J’avais du mal à pousser, je sentais les contractions lointaines, j’étais épuisée. La sage-femme m’a fait une épisiotomie, sans rien me dire non plus. Sur le moment ça m’était égal. Puis elle m’a dit qu’elle allait rechercher l’obstétricien, qu’il faudrait certainement les forceps… Il y a une chose que je savais : je ne voulais pas revoir cet obstétricien, je ne voulais pas des forceps. J’ai donné tout ce qu’il me restait d’énergie quand j’ai vu le médecin passer la porte. Et Yann est né ! C’était un beau bébé, certes plus de 4 kg…mais sans forceps !

Puis, j’ai eu Yann un peu sur moi .Mon mari a quand même pu couper le cordon mais très vite… et on me l’a vite enlevé, emmené pour les soins « classique ». Je n’ai rien osé dire encore une fois. J’avais le cœur brisé, je l’entendais hurler dans la pièce à côté, et je l’imaginais en train de se faire aspirer et sonder de tous les côtés. Pendant ce temps, l’obstétricien recousait mon épisio et tirait sur le placenta pour accélérer la délivrance.
Je crois que le maître mot de la soirée était « accélération »… Et je crois qu’il vaut mieux ne pas venir accoucher un dimanche soir. Avec le recul, je pense que les équipes n’avaient pas envie de passer la nuit à attendre qu’une primipare accouche. Ils ont voulu accélérer le travail pour être tranquilles… c’est la seule explication que je vois.
Comme mon fils pesait plus de 4 kg, il a eu droit à des dextro réguliers et le pédiatre a insisté pour que je lui donne des compléments de lait, alors que ces glycémies étaient correctes . Il trouvait qu’il ne tétait pas assez et qu’il était hypotonique. Il m’a dit que je n’avais pas assez de lait – à moi ! – alors que je l’ai allaité pendant presqu’un an ! Nous avons planqué les compléments, et Yann s’est réveillé petit à petit et a tout de suite tété… Heureusement, une infirmière m’a montré comment le mettre au sein.
Après ma sortie de maternité, j’ai commencé à souffrir de mon épisiotomie, qui était fort oedématiée. Ces douleurs se sont intensifiées, à tel point que je n’arrivais plus a trouver une position confortable, ni à me reposer. L’épisiotomie m’a gênée pendant plus d’un mois ! Ce vécu est resté longtemps douloureux pour moi. Après cela je me suis dit que plus jamais je n’accoucherais dans une maternité. Je me suis sentie trahie . Pas écoutée ni respectée dans mes désirs, qui ne me semblaient pourtant pas si extravagants. Je n’ai pas compris pourquoi toute cette machinerie avait été mise en route, alors que rien ne le justifiait. Je crois que ce jour là, j’ai perdu bien des illusions.
C’est pour cela que tout naturellement, nous nous sommes tournés vers un accouchement à domicile pour mon deuxième enfant. Expérience réconciliatrice pour moi, qui m’a permis de me prouver que j’étais capable d’accoucher, de renouer avec la naissance.

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