#118 Une maman médecin

17 Fév

Bonjour,
je vous adresse mon témoignage qui va porter sur plusieurs services d’un CHU. Petit détail, je suis médecin moi même dans le même CHU.
Après une grossesse gémellaire très compliquée ou seuls les bébés étaient au centre des discussions et attentions, j’ai été hospitalisée pour un traitement de maturation des poumons pendant 15 jours, les médecins et équipes étaient très prévenants, m’expliquaient tout et répondaient a mes questions. Puis, à 30 SA, le doppler d’un des bébés (réalisé par une sage femme car mon praticien était absent) s’est révélé mauvais. Sans plus d’explications et après 2 heures d’attente sans avoir mangé depuis le matin, un jeune médecin vient m’annoncer qu’il faut faire naître les bébés et que je vais être emmenée au bloc malgré mon refus catégorique sans avis préalable de mon praticien (c’était un vendredi, elle devait revenir le lundi). J’ai dit vouloir être hospitalisée pour être surveillée mais ça n’a pas été possible. J’ai attendu encore 3 heures pour m’entendre dire que finalement la césarienne aurait lieu sous anesthésie générale. Au bloc, complètement paniquée, non sédatée, une infirmière a eu l’excellente idée de me placer la sonde urinaire alors que je me débattait et souffrait le martyr, mes enfants sont nés à 1 minute d’intervalle et ont été emmené immédiatement en réanimation.
J’ai été placée dans une chambre au milieu de toutes les mamans avec leurs bébés réclamant leurs soins alors que j’étais privée des miens après avoir été vidée comme un poisson. Visite courtoise du jeune chirurgien pour qui tout s’était bien passé mais j’avais un hématome de la taille d’un ballon de foot dans l’entrejambe… et il fallait quand même que je parte 3 jours après car ils manquaient de place, des mamans restaient couchées sur leur lit de bloc alors que moi je n’avais que le ventre ouvert et 2 bébés en train de se battre pour survivre 2 étages plus haut.
L’hospitalisation de mes enfants en réanimation néonat a été exemplaire, 1 infirmière pour 2-3 bébés maxi, disponible et adorables, compréhensives et compétentes, humaines. ensuite ils sont partis en soins intensifs, une peu plus livrés a nous même car une infirmière pour 4 ou 5, parfois des mots déplacés mais souvent écoutés et rassurés. Sauf pendant une semaine ou malgré mes remarques concernant la fatigue d’un de mes bébés, mes inquiétudes n’ont trouvé pour réponse que : arrêtez de les rendre plus malades qu’ils ne sont. Le lendemain matin, appel de l’hôpital mon bébé est en train de mourir. Il s’en ira après 3 arrêts cardiorespiratoire et réanimation, le soir même. Nous saurons après que dès le second arrêt il n’y avait plus d’espoir mais l’équipe formée a ces drames savent qu’il faut laisser le temps aux parents d’espérer et de renoncer tant que le bébé ne souffre pas. Ce fut notre cas, nous avons pu l’accompagner jusqu’au bout en le tenant dans nos bras, entourés de tout l’amour de l’équipe de réa, et avons passé la nuit auprès de son corps. Les médecins l’ayant pris en charge pour les différentes interventions de sauvetage sont venues nous réexpliquer tout le déroulement de la journée et nous entourer de leur bienveillance. L’infirmière cadre nous a accompagnés le lendemain à la morgue et nous a indiqué les démarches, notre autre bébé a été de suite et sans demande particulière de notre part dans une autre chambre, seul loin de celle ou ils étaient tous les 2. Les infirmières m’ont beaucoup aidé a m’occuper de notre bébé qui se portait de mieux en mieux et a pu sortir 1 mois jour pour pour jour après le décès de son jumeau.
Pendant plusieurs mois j’allais régulièrement a l’hôpital car même si la douleur était là, je savais pouvoir trouver une écoute et des bras dans lesquels me réfugier et des personnes humaines qui connaissaient mon histoire et aujourd’hui encore nous gardons des contact avec certaines personnes .

Voilà, je garde le souvenir du non respect de ma volonté d’attendre mon praticien, un manque d’écoute de la part d’un service dans lequel tout se passe bien et qu’il faut désengorger après les naissances normales et parfois aussi un manque de considération de certaines personnes qui ont un travail très dur et épuisant mais qui se doivent d’accompagner les parents en détresse. Mais je garde aussi dans mon cœur, tout l’amour dont ont été capable certaines personnes et la compétence des médecins.

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Une Réponse to “#118 Une maman médecin”

  1. vanessa 17 février 2013 à 22 h 52 min #

    Outrageant, hallucinant, détestable, à mon sens une véritable dépossession de soi.Cela mériterait un jugement sévère de ce jeune médecin, de cette infirmière.Pour moi cela équivaut à un viol et ça devrait être punie de nos jours.Je suis bouleversée et en pleine compassion avec votre souffrance.Quelle force d’avoir pu et voulu témoigner, merci. Vanessa

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