#124 P., Nord, 2010

19 Fév

Quand devenir maman tourne au cauchemar :

Je suis maman d’une petite fille extraordinaire, pleine de tendresse et de malice.

En janvier 2010, mon conjoint et moi avons l’immense joie d’apprendre que nous allions être parents pour le mois d’octobre 2010. Nous nous connaissions depuis seulement un peu plus de 6 mois, et j’ai très vite ressenti le besoin de devenir maman.

I – La grossesse
Les trois premiers mois en quelques mots : insomnies, nausées, vomissements, extrême fatigue, angoisses…
Les trois mois suivant se sont plutôt bien passés.
Les trois derniers mois : difficultés à dormir, angoisses, brûlures d’estomac, œdèmes, vergetures, nausées, extrême fatigue…

Un jour où j’avais rendez-vous à la maternité pour un contrôle lors du dernier trimestre, j’entends (manque de discrétion de l’interne de service) qu’une maman vient de donner naissance à un bébé mort né. En quittant l’hôpital, je croise un agent hospitalier chargé d’amener le corps pour autopsie. L’hôpital est construit de telle sorte que tout le monde se croise (futures mamans, mamans en travail, maman ayant fait une fausse couche…). Mon conjoint m’attendait à la voiture où je suis arrivée effondrée. Cette image me hantait…

Toute ma grossesse fut pleine de stress et d’angoisses (maux de grossesses, problèmes familiaux, problèmes de voisinage).

II – La naissance

Le jeudi 30 septembre après-midi, rendez-vous à la maternité pour un contrôle. La sage-femme sans me demander ma permission me fait un « décollement des membranes », et me dit que si effet il y a, se sera sous 48 h. Notre fille est prévue pour le 7 octobre.

Dans la nuit du jeudi au vendredi, vers 2h du matin, fissure de la poche des eaux. Nous nous rendons à la maternité.

Le vendredi, malgré des contractions aléatoires, il ne se passera rien. On demande à mon conjoint de rentrer « se reposer », me laissant seule avec mes doutes et inquiétudes.

Le samedi matin vers 9h, on me déclencha (par gel). Ce fut très efficace, les contractions se firent très vite sentir. Mise sous monitoring pour une durée de deux heures, j’ai du rester allongée…un supplice ! Vers 16h, après de longues heures de douleurs (mais soutenue par une sage-femme extraordinaire), on me posa la péridurale. Soulagement mais de courte durée puisqu’elle ne fit plus effet du côté gauche…

Notre fille est arrivée le samedi à 21h50 avec l’aide de la ventouse et des forceps et sans la présence de mon conjoint, n’ayant pas été autorisé à rester à causes des forceps! On a l’impression que l’on vient nous arracher notre enfant. Je ne savais pas pousser, j’étais exténuée. Ensuite, comme je perdais beaucoup trop de sang, on a demandé à mon conjoint de sortir de nouveau sans aucune explication. On m’a recousue et on m’a amenée notre fille. Elle était en couveuse. Elle avait les yeux grands ouverts. Elle était tellement magnifique et si paisible.

C’est là que tout a commencé…

On l’a mise sur moi deux heures pour le peau à peau sans me laisser le choix…j’aurais préféré que mon conjoint s’en occupe, j’étais si fatiguée et avais tellement peur de la faire tomber.

Dès le lendemain, je ne pouvais approcher ma fille sans être prise d’horribles angoisses. Et si j’étais capable de lui faire du mal ? Quelques semaines avant mon accouchement, aux informations on nous apprenait qu’une maman avait jeté par la fenêtre du troisième étage sa fille âgée de quelques jours. Je me trouvais à la maternité au troisième étage et j’habitais au troisième étage…Je me suis dit, et si j’en étais capable…

Ce fut le début de notre descente aux enfers…j’étais incapable de m’occuper de ma fille, j’étais tétanisée. Comment dire à son entourage que l’on a peur d’avoir envie de tuer sa fille ? J’ai rencontré une puéricultrice et une pédo-psychiatre.

Fin du mois d’octobre…j’étais tellement mal, angoissée et prise de crises de panique, que nous avons fait le choix d’aller vivre chez mes parents quelques temps, étant incapable de rester seule avec ma fille et mon conjoint devait retourner travailler. De plus, j’étais incapable de mettre un pied dans notre appartement sans faire une crise d’angoisse.

J’ai été mis sous antidépresseurs et anxiolytiques. J’étais suivie par une pédopsychiatre et une infirmière au CMP de notre ville. On m’a diagnostiqué une dépression du post-partum, avec des troubles anxieux généralisés et des phobies d’impulsion. En quelques mots, cela signifie que l’on a peur de faire des choses que l’on a pas envie de faire pourtant !

Je n’arrivais pas me sentir mère. Rien que de donner le biberon ou de changer une couche me donnait des angoisses. J’avais peur de lui faire mal. La présence de ma mère me rassurait. Je me sentais plus fille de, que mère de. J’ai même souhaité ne jamais avoir été enceinte. Je voulais que tout redevienne comme avant. De plus j’en voulais à mon conjoint, il n’avait pas porté notre fille et pourtant lui, il l’aimait déjà notre fille et était capable de s’en occuper de manière tout à fait naturelle. C’était d’autant plus difficile que ma belle famille ne voulait et ne cherchait pas à comprendre. Ils se préoccupaient uniquement de leur petite fille et n’hésitait pas à se l’accaparer. Mais aujourd’hui je ne leur en veux pas du tout. J’ai même pensé partir et les laisser, et même au pire pour moi.

Heureusement, j’ai un conjoint extraordinaire qui n’a cessé de me faire confiance et de me dire que jamais je ne ferais de mal à notre fille.

En décembre, j’ai demandé à être admise en unité mère-enfant. Ma fille et moi nous y avons passé 15 jours.

Aujourd’hui je vais beaucoup mieux, je suis suivie par une psychologue et un psychiatre. J’apprends à vivre avec mes angoisses, mes complexes liés à la grossesse et ma phobie. C’est un combat de tous les jours qui est fatiguant mais je vous assure que ça vaut le coup. Ma fille et moi nous sommes devenues plus proches plus que jamais. Je ne me vois plus vivre sans elle. Nous avons et apprenons encore à nous connaître. Moi qui voulais qu’elle ne soit jamais venue au monde. Cette histoire nous a un peu éloignés mon conjoint et moi, mais on ne veut pas baisser les bras. Si il y a bien une phrase à retenir, c’est que l’on ne nait pas mère, on le devient. Il ne faut pas chercher et s’attendre à « un coup de foudre » à la naissance de votre enfant. Il faut laisser le temps au temps. L’amour vient au fil des jours. Après tout, malgré que nous l’avons porté pendant neuf mois, cet enfant nous est inconnu

III – L’allaitement

Lors de ma grossesse, il était inconcevable pour moi de ne pas allaiter ma fille. Ces campagnes pro allaitement arrivent à nous faire culpabiliser … Ce fut l’enfer pour ma fille et moi, qui ne sachant pas téter au sein a perdu beaucoup de poids et n’avait plus la force de se nourrir…le personnel médical a réussi à me faire culpabiliser de ne pas savoir nourrir ma fille…mais que faites vous madame ? Elles étaient à trois sur ma fille et moi pour la mettre au sein ! J’ai insisté pour que l’on m’explique le fonctionnement d’un tire lait. Ce fut très fatiguant, je suis donc passée au biberon avec du lait artificiel, j’avais l’impression d’empoisonner ma fille ! Il faut arrêter de nous mettre la pression !

P. Maman d’une petite fille de 26 mois

Nord de la France

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