#132 Mathilde – Rhône – 2012

22 Fév

J’ai choisi une maternité « respectueuse de la physiologie » et possédant un plateau technique. J’ai beaucoup lu pendant ma grossesse et je rêvais d’un accouchement naturel. J’ai commencé à me faire suivre par une sage femme libérale, mais quand je me suis retrouvée en MAP elle n’a pas accepté de me suivre à domicile et n’a jamais pris de mes nouvelles, donc je ne l’ai pas recontactée avant d’accoucher. Je faisais confiance à la maternité que j’avais choisie.
Voila le récit de mon accouchement. Un accouchement physiologique réussi, mais gâché par un sage femme qui n’a jamais voulu m’écouter. C’est donc un accouchement non respecté.
3h- début des contractions, tout de suite à intervalles réguliers : toutes les 10 minutes.
Dans la matinée j’ai l’impression que ça diminue. Je prends un bain. Ca s’arrête dans l’eau mais recommence quand je sors, mais moins régulièrement. On se dit qu’on va comme prévu aller manger chez mon grand-père. Je vérifie mes sacs pour la maternité, au cas où. On les mets dans le coffre. J’ai toujours les contractions, mais aucune accélération dans le rythme.
14h- Les contractions, toujours toutes les dix minutes, sont très douloureuses, de ne suis pas trop la conversation, je suis centrée sur elles. Il fait très beau, et même chaud. Des fois j’ai tellement mal que je me mets par terre. Ca commence à devenir long, j’appelle la maternité qui me conseille de passer vers 17h.
15h30- On part. Les secousses en voiture pendant les contractions sont très douloureuses. On s’arrête pour acheter un appareil photo, V choisit, moi je suis pressée, et les contractions me labourent le ventre mais je ne laisse rien paraître. Quelque chose me glisse entre les jambes. Je suis terrorisée à l’idée de perdre les eaux devant tout le monde. On court à la voiture. C’est un énorme glaire rouge sombre… c’est donc ça le bouchon muqueux… Je me dis que cette fois c’est sûr, quelque chose se passe. C’est dur de réaliser.
17h- on arrive à la maternité. Une sage femme nous reçoit, je lui explique, elle me dit qu’elle va sûrement me prescrire du Spasfon pour que je puisse dormir cette nuit. J’ai l’air trop en forme pour être en train d’accoucher ! Elle me fait quand même un toucher : col dilaté à 4 cm… changement de programme, elle dit qu’on va rester ici en fait, que l’accouchement a commencé. Elle me fait un monitoring et nous fait remplir des papiers. Je commence à prendre mes comprimés d’homéopathie.
Elle propose de nous installer dans notre chambre. Elle est désagréable, nous dit que les visites c’est pas avant midi et c’est comme ça, mais ça me parait inconcevable que maman ne voit pas mon bébé le plus tôt possible, et puis elle dit que le repas ce sera à 18h30 et pas autrement. Je me dis, heureusement ce n’est pas avec elle que je vais accoucher mais avec la sage femme de nuit.
V part s’acheter à manger et je profite du moment. Je reste couchée sur le lit, sur le côté, en me balançant doucement, je me sens bien, je pense à mon bébé et à ce qui se prépare dans mon corps pour lui et pour moi.
19h30- j’ai faim, mais mon repas n’est pas encore arrivé. Les contractions s’intensifient. Quand on m’amène le repas je ne peux plus manger, j’ai trop mal, et je sens que mon corps est entièrement occupé par l’accouchement, il ne veut plus digérer. Je demande à descendre en salle d’accouchement, j’ai peur que si on attend ça me dérange trop de me déplacer, mais on me dit d’attendre la relève.
20h- Le sage-femme entre dans la chambre… c’est un homme. Ca me fait bizarre que ce soit un homme, les poils du torse qui sortent de sa blouse, je ne m’attendais pas à ça. Il m’examine : dilatation à 6 cm, ok pour descendre. Il me dit que la salle nature est libre. Dans l’ascenseur, je lui demande si je pourrais avoir la baignoire, il me dit que non, on verra, il n’est pas emballé. Je demande si il pourra me mettre des linges chauds pour aider mon périnée à se détendre, il dit que ça ne sert à rien.
20h30-On s’installe dans la salle nature. Il n’y a pas de lit d’accouchement classique, mais un tatami carré près du sol. Il y a une lumière et des couleurs douces. Le sage-femme installe un paravent devant la porte, pour que même quand la porte s’ouvre notre intimité soit préservée. Il y a aussi une grande baignoire et un ballon, mais je ne les utiliserai pas.
Je demande une blouse médicale pour être plus à l’aise. Il me pose le cathéter, je ne veux pas je déteste ça mais c’est obligatoire. L’aiguille est énorme et fait mal quand il pique, je lui dis et il répond « dommage parce que je vais devoir recommencer, la veine a explosé ». Je crois que c’est une blague mais même pas…. Il doit vraiment recommencer de l’autre côté. Je me dis que c’est pire que les contractions. Il me prend la tension du côté de la piqûre ratée, ça fait super mal quand ça serre j’ai l’impression que ça va éclater là où il a piqué, il me dit mais non ça ne fait rien. Il me propose de faire des sons pendant les contractions pour me soulager, mais je n’ai jamais fait ça, je ne suis pas à l’aise de le faire, ça ne sert à rien.
J’ai envie de faire pipi, je vais aux toilettes toute seule, mais c’est horrible de se déplacer avec les contractions, en plus elles sont rapprochées maintenant. Le travail a vraiment commencé, j’ai très mal.
Il me pose un monitoring, je dois en avoir une fois par heure pendant 20 minutes. C’est désagréable d’avoir le ventre serré. Il dit que V peut me masser le dos pour me détendre, il veut lui montrer comment, mais je lui dis pas maintenant, car une contraction commence. Il s’énerve « non mais je voulais juste montrer, si vous croyez que j’ai envie de vous toucher ! » V essaye quand même de me masser après, mais il est maladroit, et ça me dérange, on arrête vite.
21h30- J’ai très mal. Je le dis au sage-femme, il me conseille de me mettre à quatre pattes, que couchée ça accentue la douleur. Je m’y mets et c’est vrai, ça fait du bien. Mais pas longtemps après il revient pour me brancher le monitoring et je dois me recoucher.
22h- examen du col : dilatation à 9,5 cm…. A chaque contraction la douleur me terrasse, c’est intense et violent, je sens mon ventre se déchirer. J’ai l’impression que je ne le supporterais plus. Je le dis au sage-femme mais il me dit que je gère très bien. En fait ma douleur est à l’intérieur, je ne la montre pas. Je pense à la péridurale mais à aucun moment je ne regrette de pas l’avoir demandée.
22h30- Entre les contractions qui continuent à être de plus en plus fortes, violentes, et rapprochées, je rêve. D’un coup, en même temps qu’une contraction très forte commence, la poche des eaux se déchire brutalement, c’est d’une violence extrême, l’eau chaude dévale entre mes jambes, je hurle. Il y a aussi cette sensation d’être entrainée dans un tourbillon que plus rien ne pourra arrêter, qui donne le vertige.
Le sage-femme vient voir, il a dû entendre mon hurlement, et me dit que maintenant ça va sûrement s’accélérer. Il me propose un toucher mais en disant que ça n’est pas forcément utile, donc, je refuse. Il me branche le monitoring. A un moment j’ai très peur car je n’entends plus le cœur du bébé, mais il parait que c’est à cause des contractions qui bougent les capteurs (mais dans ce cas ça sert à quoi de surveiller ??)
Le sage-femme vient enlever le monitoring. Je ne lui dis pas, mais mon corps a commencé à pousser. Je sais que l’accouchement a changé de phase, c’est la descente de mon bébé. Je veux vivre ça toute seule, je ne me sens pas accompagnée avec lui.
Je suis à genoux, et je sens que mon corps a besoin d’une position asymétrique, je m’appuie sur un seul genou. Je sens que j’ai envie de faire caca mais je sais que c’est le bébé qui compresse mon sphincter. Je repense à tout ce que j’ai lu sur l’accouchement et ça me guide, je n’ai pas peur, je sais que tout est normal. Je mets souvent la main entre mes jambes pour sentir si la tête arrive, mais toujours rien.
Les contractions sont très différentes depuis que ça pousse. Ce qui devient insupportable, c’est l’attente entre les contractions. Quand elles arrivent, par vagues de 3 ou quatre, tout le corps se concentre dans une poussée dont l’intensité est si puissante qu’elle est comme jouissive, libératrice, même si ça reste très douloureux, alors que les pauses sont comme des temps morts qui stoppent cette libération, où on ne peut plus faire qu’attendre la suivante.
Et là… je sens le début d’une boule dure et humide entre mes jambes, avec mes doigts. Mon bébé arrive… Je pense à lui, à ce qu’il doit vivre, je suis avec lui.
Je continue.
Le sage-femme vient voir, il veut m’examiner. Je lui dis que la tête a déjà commencé à sortir. Il voit ça. Il sort vite et je ferme les yeux, je l’entends revenir avec d’autres personnes mais je garde mes yeux fermés. Je sens juste leur présence mais je reste concentrée. Il me dit de respirer, que si je n’ai plus d’air mon bébé non plus, j’essaye mais ce n’est pas possible, pendant la contraction tout le haut de mon corps se bloque pour laisser toute la puissance à la poussée. Il me dit que ce n’est pas grave dans ce cas. J’ai du mal à parler. Les poussées sont très fortes et commencent à me brûler.
Puis il me dit que je dois pousser, que je n’ai plus le choix. Je ne peux pas tant que je n’ai pas de contraction, et puis à la suivante, je mets toute mes forces, je me redresse sur mes cuisses et mes bras épuisés, et j’accompagne mon corps qui pousse du plus fort qu’il peut, je hurle, pour la deuxième fois de tout l’accouchement, c’est d’une violence extrême, une brûlure intense se propage entre mes jambes, et je sens mon bébé qui glisse, qui sort, et je sens qu’on l’attrape. Il est 23h43.
J’avais mis toutes mes forces et ce n’est rien de le dire… J’étais vidée. Dans un coin de ma tête j’ai entendu mon bébé crier, je savais qu’il allait bien, et j’avais besoin de me reposer un peu, de ne plus bouger, de laisser mon corps récupérer. C’est là que l’enfer va commencer.
On m’a obligée à me coucher sur le dos tout de suite. Le tatami était dur, j’avais très mal en bas du dos, j’étais mal installée, et on m’a collé mon bébé sur moi, qui hurlait, après l’avoir essuyé dans un drap et mis un drap chaud sur nous. Tous mes muscles tétanisés se sont mis à trembler très violemment. Je ne me sentais pas capable d’accueillir mon bébé. J’avais tout donné et j’avais un besoin vital de récupérer mon énergie. En plus je ne pouvais pas le voir, parce qu’il était sur ma poitrine, mais je ne pouvais pas lever la tête assez pour le voir. Je l’entendais juste hurler très fort. Le sage-femme a dit à V de couper le cordon, j’avais pas la force de demander s’il avait bien fini de battre. J’ai trouvé que ça n’avait aucun sens que V coupe le cordon alors que je ne pouvais même pas voir mon bébé.
J’avais rêvé toute la grossesse de la première rencontre avec mon bébé, toujours avec les larmes aux yeux, du premier moment où nos regards se croiseraient, j’avais lu qu’on était programmés pour s’aimer avec la décharge d’hormones. J’avais tant espéré ce moment si intense et beau où je découvrirais son visage. Mais ce moment n’a jamais eu lieu et c’est mon plus grand regret.
Ils voulaient aussi nous forcer à faire la première tétée. Je n’en avais pas envie et mon bébé qui hurlait non plus. J’ai dit que j’avais terriblement mal en bas du dos, que le tatami était trop dur. Le sage-femme m’a dit « mais vous êtes habituée à quoi comme matelas ! » Les auxiliaires et V ont quand même essayé de m’installer mieux, sur le côté, mais j’étais toujours mal. Il a finalement tété couché à côté de moi, mais je n’en ai aucun souvenir.

Le sage-femme a palpé mon ventre. Je ne supportais plus aucune douleur, c’était très difficile, et je lui ai dit. Il s’est énervé que c’était nécessaire et m’a dit que je devais sortir le placenta, que j’avais 20 minutes pour ça sinon il irait le chercher avec les mains. Ça m’a désespérée. Finalement le placenta est sorti assez vite, sans me faire spécialement mal. Après il a regardé l’état de mon périnée et a dit que je n’étais pas déchirée, ce qui m’a fait plaisir. Mais il m’a aussi lavée et là ça m’a fait très mal. J’avais eu tellement mal, toute douleur m’étais insupportable après l’accouchement. Il a dit que ça ne pouvait pas me faire mal comme je n’étais pas déchirée et qu’il ne nettoyait qu’à l’eau.
Après ils nous ont laissés. Le bébé a beaucoup hurlé. V a téléphoné pour annoncer la naissance. Le temps a passé, sans laisser de traces. Environ 2h plus tard, les auxiliaires de puériculture sont venues prendre les habits pour habiller mon bébé. Elles les ont d’abord fait chauffer, pendant ce temps elles l’ont pesé : 3,180 kg. Je crois que c’est à ce moment que j’ai vu son visage. J’étais étonnée, je trouvais qu’il n’avait pas de cils, c’est ce qui me marquait, je me demandais s’il avait des yeux bridés comme V. C’était trop tard pour l’émotion, l’amour et la tendresse… quelque chose avait été manqué. Elles disaient « mais c’est quoi au fait un garçon ou une fille ?? » je m’en fichais je savais depuis longtemps que c’était un garçon et son sexe n’avait aucune importance à ce moment-là.
On m’a dit de me lever, que je pouvais puisque je n’avais pas eu de péridurale, mais ça me semblait impossible. On m’a aidée à m’installer sur un fauteuil roulant. J’ai dit et comment je ferais si j’ai envie de faire pipi, ça va me brûler, me faire trop mal, le sage-femme a dit mais non ça ne fera rien comme vous n’êtes pas déchirée.
4h, le 14 mars. On est montés à l’étage des chambres, le bébé hurlait toujours. Il a beaucoup pleuré la nuit et c’est V qui s’en occupait, moi je ne pouvais pas, j’étais sans forces. Je n’aurais pas pu me lever. V me le passait juste de temps en temps pour lui donner le sein. En le réveillant, j’ai pensé à tout ce qui s’était passé. J’avais accouché… j’étais heureuse.
7h30 maman est venue, j’étais contente.
Le matin, le docteur D est passé. C’est lui qui avait suivi ma grossesse, je l’aimais bien. Il était de garde et déçu de ne pas avoir été appelé. Je ne savais pas qu’il était sur place la nuit.
J’avais très mal entre les jambes, et en bas du dos. Ca me brulait quand je faisais pipi. Le sage-femme est passé et a redit que ne pouvais pas avoir mal parce que je n’étais pas déchirée « vous ne me faites pas confiance ? » il a même dit. J’avais aussi très mal quand mon bébé tétait parce que ça provoquait des contractions qui remettaient l’utérus à la bonne taille.
Le lendemain j’avais toujours très mal, on m’a examinée mais il n’y avait rien, c’était juste très gonflé, on m’a donné des glaçons dans un sachet pour soulager, ça m’a fait du bien.
Les visites s’enchainaient, comme j’avais rêvé depuis que j’étais petite. C’était moi la femme qui venait d’accoucher, et je présentais mon bébé à la famille, comme je l’avais vu faire pour tous mes cousins.
Quand je pouvais je me reposais, avec mon bébé près de moi. Je commençais à m’habituer à lui, à le découvrir, à l’aimer. Je n’arrivais pas encore à l’appeler par son prénom. Les auxiliaires le prononçaient souvent et ça me faisait bizarre. Pour moi c’était encore « le bébé », comme pendant tout le temps qu’il était dans mon ventre. Puis avec sa façon de fouiner dans tous les sens pour chercher mon sein, j’ai eu envie de l’appeler « mon petit chat ». Il me touchait. C’était mon petit mammifère, comme dans le livre de Michel Odent.
Je ne pouvais toujours pas me lever, ou très difficilement. Je ne pouvais pas redresser mon dos (un an plus tard, j’ai encore mal, malgré plusieurs séances d’ostéopathie), et j’avais très mal entre les jambes.
Dans la nuit de jeudi à vendredi j’ai eu la montée de lait, très douloureuse.
Vendredi, une sage-femme est venue je lui ai demandé de revoir mon périnée car j’avais senti quelque chose de bizarre dans la douche, comme de la peau qui pendait. Elle a regardé et m’a dit que ma lèvre à droite était beaucoup déchirée, qu’il faudrait sans doute opérer pour recoudre. Je ne pouvais pas y croire. Elle m’a aussi aidée à désengorger mes seins et ça m’a fait beaucoup de bien.
Le soir je me suis vue debout nue dans la glace, j’ai vu un bout de peau sanguinolent qui pendait d’au moins 3 cm, j’ai montré à V, il a regardé et a dit qu’en effet c’était très déchiré. J’ai appelé une sage-femme en panique. Elle a proposé de me recoudre, que ça ne se verrait plus après. J’ai accepté. Elle a mis un spray anesthésiant et est revenu 15 minutes après. Sur le bord du lit, en me surélevant les fesses sur un bassin en plastique où le sang coulait, elle m’a fait 2 points, 4 fois l’aiguille a traversé ma muqueuse à vif, et je sentais tout. C’était horrible mais je pensais que je serais guérie après.
Le lendemain le docteur D est passé. Il avait l’air contrarié. Il avait appris mon problème, et que j’avais été recousue pendant la nuit. Il m’a dit que c’était une erreur, qu’après trois jours la peau ne se recollerait pas, que quand les fils de suture tomberaient la plaie rependrait. J’étais désespérée. Il m’a examinée proprement dans une salle d’accouchement, et a confirmé que je devrais être opérée sous anesthésie. J’ai beaucoup pleuré, toute la journée. Une sage-femme a eu le culot de venir me faire un discours pour justifier les erreurs, c’était normal d’avoir essayé de me recoudre, de ne pas avoir vu la déchirure plus tôt, et ce n’était qu’un problème esthétique. Pendant ce temps je ne pensais qu’à l’opération et à l’anesthésie qui me terrorisait. L’opération était prévue à 18h, un peu avant on m’a dit d’aller me laver avec la Bétadine, de ne pas remettre de soutien-gorge alors que mes seins allaient éclater. Je sentais que mon bébé avait faim, quand je suis retournée à la chambre il hurlait de faim, mais j’ai dû descendre au bloc opératoire, couchée dans mon lit poussé par un brancardier. C’était très dur. Les larmes coulaient sans bruit sur mon visage. C’est le docteur D qui allait m’opérer. Il me rassurait beaucoup. La sage-femme qui avait vu ma déchirure était là pour m’accompagner. Finalement je n’avais pas une anesthésie générale mais une rachianesthésie. Quand l’anesthésiste m’a piquée dans le dos, la sage-femme m’a prise dans ses bras et m’a dit de serrer sa main fort si j’avais mal. Ca m’a fait beaucoup de bien mais j’ai aussi réalisé à quel point mon accouchement aurait pu être plus doux accompagné par une femme comme elle, plutôt que de vivre ça toute seule.
L’anesthésie a agi, en commençant par des picotements dans les jambes. L’anesthésiste était étonné que j’ai accouché ans péridurale mais qu’on m’anesthésie pour me recoudre, mais l’opération a duré 30 minutes. Il fallait refaire saigner la plaie pour la recoudre. J’ai eu plus de 10 points. Pendant l’opération j’ai commencé à me sentir mieux. Enfin, on s’occupait bien de moi.
Dès que ça a été fini on m’a remonté dans la chambre et j’ai nourri mon bébé. Je ne sentais pas mes jambes et ne pouvais pas les commander, c’était très étrange. Puis c’est revenu petit à petit.
La nuit j’étais sous perfusion d’anti douleurs.
Le matin, ça allait mieux. Le docteur D est passé me voir. On a encore passé la matinée à la maternité, puis on est partis vers midi. J’étais triste et inquiète de partir. Il pleuvait.
La première semaine a été dure. J’avais mal, j’étais fatiguée, je n’arrivais pas à m’en remettre, je pleurais souvent. V s’occupait beaucoup du bébé. Maman est venue me voir pour s’occuper de moi. J’ai passé une nuit aux urgences avec C. Il avait fait un petit malaise, j’avais fait une crise de panique en voyant ma cicatrice dans la glace pour la première fois et après il avait beaucoup pleuré et je l’avais allaité, mais il s’était étranglé et avait arrêté de respirer. Il était tout mou après, on avait appelé le samu. En fait, ce n’était pas grave comme on me l’a expliqué plus tard. J’avais besoin d’être rassurée. Je me suis rendue compte à quel point je l’aimais.
Et petit à petit, c’est allé mieux, mais j’ai toujours les regrets infinis d’avoir perdu la rencontre avec mon bébé.

J’ai écrit ce récit 2 mois après l’accouchement, car je faisais des nuits blanches à ne penser qu’à ça.

Mathilde, 25 ans, Rhône-Alpes

Ajout :
Pour ma cicatrice, un point a lâché donc elle n’est pas parfaite, la lèvre pend un peu, mais je n’ai pas mal. C’est choquant que le sage femme n’ai pas vu la déchirure et j’en ai souffert pendant 3 jours à la maternité en croyant que j’étais juste une chochotte puisque « je n’avais rien », mais d’un côté, j’ai la chance d’avoir été recousue par un bon chirurgien qui a fait un beau travail en salle d’opération.
Le problème c’est mon dos. Le fait de ne pas avoir laissé les os du bas du dos se remettre en place -pour cela j’aurais dû conserver quelques minutes ma position verticale, et j’en ressentais le besoin, mais de les avoir écrasé tout de suite en me forçant à me coucher, j’ai toujours mal. Pendant 3 moi je ne pouvais pas dormir sur le ventre car la douleur était trop forte. Maintenant ça va mieux mais ce n’est pas réparé, pourtant un ostéopathe m’a manipulée plusieurs fois déjà.

C’est vrai que mon accouchement a malgré tout été magnifique et maintenant j’en retiens le plus beau. Quelques mois après avoir accouché j’avais rencontré une sage femme merveilleuse qui m’avait écoutée et « réparée » psychologiquement. La rencontre ratée avec mon bébé, le sentiment de l’avoir lâché au moment où il est né, à cause du sage femme qui ne m’avait pas laissé récupérer, c’est ce qui a été le plus dur pour moi. Elle a su trouver les mots qui m’ont fait pleurer et évacuer : elle a dit qu’à ce moment là je venais de donner la vie à mon bébé. Si seulement le sage femme que j’ai eu avait reconnu la force et la beauté de la naissance, au lieu de vite exécuter les gestes « physiologiques » (vite le peau à peau par exemple) sans aucune empathie, tout aurait été différent. C’est ce que je ne peux pas lui pardonner, bien plus que la déchirure qu’il n’a pas vu (et pas entendu puisque je lui disais ma douleur).
C’est sûr que je n’ai pas été maltraitée en comparaison avec d’autres témoignages qui m’ont vraiment choquée. Je voulais quand même témoigner et surtout dans la rubrique « non respecté » parce que justement un accouchement physiologique peut être non respecté si on n’écoute pas la femme. Le manque d’empathie, de douceur, et simplement d’accompagnement de mon sage femme m’ont fait beaucoup de mal. C’est une autre maltraitance. On est tellement au paroxysme de la force et du vulnérable quand on accouche naturellement, que d’être traitée sans empathie à ce moment là peut briser.
Médicalisé ou naturel, c’est le plus important cette écoute, et c’est la première chose que devraient apprendre les sage femmes. Si le plus de sage femmes possibles pouvaient lire ces témoignages, je pense qu’ils comprendraient mieux le sens de leur métier.

2 Réponses to “#132 Mathilde – Rhône – 2012”

  1. xx 22 février 2013 à 12 h 57 min #

    Merci pour avoir publié mon témoignage. J’y ai repensé après l’avoir envoyé et je voudrais rajouter quelques mots.
    C’est vrai que mon accouchement a malgré tout été magnifique et maintenant j’en retiens le plus beau. Quelques mois après avoir accouché j’avais rencontré une sage femme merveilleuse qui m’avait écoutée et « réparée » psychologiquement. La rencontre ratée avec mon bébé, le sentiment de l’avoir lâché au moment où il est né, à cause du sage femme qui ne m’avait pas laissé récupérer, c’est ce qui a été le plus dur pour moi. Elle a su trouver les mots qui m’ont fait pleurer et évacuer : elle a dit qu’à ce moment là je venais de donner la vie à mon bébé. Si seulement le sage femme que j’ai eu avait reconnu la force et la beauté de la naissance, au lieu de vite exécuter les gestes « physiologiques » (vite le peau à peau par exemple) sans aucune empathie, tout aurait été différent. C’est ce que je ne peux pas lui pardonner, bien plus que la déchirure qu’il n’a pas vu (et pas entendu puisque je lui disais ma douleur).
    C’est sûr que je n’ai pas été maltraitée en comparaison avec d’autres témoignages qui m’ont vraiment choquée. Je voulais quand même témoigner et surtout dans la rubrique « non respecté » parce que justement un accouchement physiologique peut être non respecté si on n’écoute pas la femme. Le manque d’empathie, de douceur, et simplement d’accompagnement de mon sage femme m’ont fait beaucoup de mal. C’est une autre maltraitance. On est tellement au paroxysme de la force et du vulnérable quand on accouche naturellement, que d’être traitée sans empathie à ce moment là peut briser.
    Médicalisé ou naturel, c’est le plus important cette écoute, et c’est la première chose que devraient apprendre les sage femmes. Si le plus de sage femmes possibles pouvaient lire ces témoignages, je pense qu’ils comprendraient mieux le sens de leur métier.

  2. Alexandra 8 septembre 2013 à 23 h 03 min #

    Quel contraste entre la 1ère partie de votre témoignage ou je me suis dit que j’aurais voulu avoir un accouchement comme le votre, et la suite où quelques personnes ont tout gâché et vous ont laissé un souvenir mitigé de cette naissance.

    Vous avez été très courageuse en tout cas.

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