#137 Magali, dans le Maine et Loire, 2011

23 Fév

Je m’appelle Magali et j’ai accouché deux fois dans le Maine et Loire, en France. J’ai eu mon premier enfant en 1998, mon accouchement fut très laborieux et douloureux avec déchirure, épisiotomie et forceps, mon séjour en maternité ne fut pas mieux, j’en garde un très mauvais souvenir, j’étais seule (sans papa) et démunie, mon retour à la maison fut difficile avec des hémorroïdes aussi douloureux que l’accouchement lui-même. J’ai mis du temps avant de faire un deuxième enfant, le traumatisme de mon premier accouchement restait vif.

C’est en septembre 2010 que j’apprends ma deuxième grossesse. J’étais très contente de cette nouvelle en me jurant bien que celle-ci, avec ma maturité sera en accord avec mes désirs d’enfantement, soit, le moins médicalisé possible.

J’avais acquis de l’expérience et des connaissances sur mon corps de femme. Je voulais accoucher le plus naturellement du monde et allaiter longtemps mon bébé.

Je choisis d’accoucher dans une clinique, je m’y prends au quatrième mois pour l’inscription, mais hélas, il n’ y a plus de sage-femme disponible, c’est donc à contre cœur que je m’inscris dans le même CHU que pour la naissance de mon premier enfant.

La préparation à l’accouchement est prise en charge par le CHU, je m’y inscrits, je suis inquiète, pose les questions, travaille sur mon angoisse…. C’est vers le 6ème mois que j’apprends que je fais un diabète gestationnel et que je dois suivre un régime très strict. Je le suis à la lettre mais mon taux de glucose reste trop élevé, on me dit que je ne suis pas le régime comme il faut, j’affirme le contraire, finalement vers le septième mois, on m’hospitalise pour suivre le régime. au bout de dix jours d’hospitalisation, on m’informe que je vais prendre de l’insuline. J’avais donc bien suivi mon régime…

Je suis surveillée de très près, on me dit que mon accouchement sera provoqué car il n’est pas bon d’être diabétique et enceinte. Mon col est bien fermé, voire récalcitrant (j’ai subi une cautérisation du col quelques années auparavant) le col cicatriciel est plus difficile à mûrir, etc…

Le terme était prévu pour le 10 juin 2011, on me dit et redit que mon accouchement sera provoqué, on me parle tampon, ocytocine mais je retourne chez moi…

Une sage-femme vient à domicile, je l’ai contactée via la PMI, j’aime sa venue, elle est très maternelle et douce, elle me rassure. Je lui parle de mon ancienne expérience et de mes craintes, elle me dit que cette fois ci, ça sera facile, elle le sent, etc…

Je suis au plus bas niveau moral, on m’oriente vers une psychanalyste de la maternité spécialisée dans la grossesse. Je lui confie mes craintes, travaille sur mon vécu, mon passé… ces séances me font du bien.

La sage femme de la PMI me propose un suivi à domicile pour l’allaitement, j’accepte volontiers, car il est très important pour moi de réussir mon allaitement. Elle me renvoie à un collègue, mais avec mes problèmes de diabète, je suis déjà très encadrée et je n’y donne pas suite, faute de temps. De plus la sage femme s’absente pendant au moins trois semaines…

Un matin, le 7 juin, je ressens des contractions, je vais donc à la maternité, on me renvoie chez moi car je reste complètement fermée. Le soir, je sens un liquide chaud entre mes jambes, je perds les eaux, je suis toute excitée, nous retournons à la maternité, ils me disent que je suis complètement fermée et que mon col n’est pas « mûr » mais ils vont me garder sous observation avec des antibiotiques. J’arrive dans une chambre avec une autre femme sur le point d’accoucher. Je reste dans cette chambre trois longs jours avec des contractions dites « dans les reins ».

Je n’en peux plus, je suis épuisée et j’ai de plus en plus de mal à gérer mes contractions. Au bout du troisième jours, je « pète un câble » en disant que je veux une césarienne, que je n’arriverai jamais à accoucher, que je suis trop fatiguée… finalement une sage-femme compréhensive me donne de la morphine car mon col reste totalement fermé, trois jours et rien ne bouge…

L’effet de la morphine est immédiat, je m’endors, c’est assez étrange, je suis là, je sens la douleur mais c’est comme si j’étais observatrice, en dehors de moi, je finis par m’endormir.

Le matin, je suis complètement shootée, la sage femme regarde mon col, je suis absente mais je comprends que je suis dilatée à 4 et que nous allons en salle d’accouchement, mon compagnon arrive.

J’émerge, la douleur revient, encore plus intense et non stop. Je hurle comme une louve, c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour gérer ma douleur, la sage femme me dit qu’on dirait un chant prénatal.

L’anesthésiste finit par arriver, je vais enfin avoir une péridurale, les contractions sont continues, la douleur atroce, je m’assois pour la piqûre mais ne peux m’empêcher de hurler comme une louve, l’anesthésiste, dit à la sage femme, comme si je n’existait pas :

« -Faites la taire ou je ne fais pas la péridurale! »

La sage femme tente de m’épauler, je finis par serrer les dents et taire ma douleur, l’effet est immédiat. L’anesthésiste sort. Je suis en colère, je reproche ce manque d’empathie, cet abus de pouvoir, je déteste être à la merci de ce genre de bonne femme, trouve cela anormal. Je finis par me calmer et j’oublie pour me concentrer sur mon « travail ».

On me donne de l’ocytocine pour accélérer la dilatation. Une heure plus tard, je dis à mon compagnon que je sens le bébé descendre, nous appelons la sage femme, je suis dilatée à dix. J’entame la poussée, la sage-femme est adorable, très douce, elle me propose une position sur le côté pour accoucher, j’accepte, finalement ce ne sera pas possible, le cordon est enroulé plusieurs fois autour du cou du bébé. L’expulsion arrive, elle coupe rapidement le cordon, j’avais demandé à ce que mon fils reste le plus longtemps attaché au cordon afin que la transition ne soit pas brutale, ce ne fut pas possible, je fais du peau à peau, lui donne le sein, l’accouchement est terminé. Nous sommes heureux, nous sommes le 10 juin 2011 …

Mon séjour à la maternité fut un enfer. Mes trois jours de contractions m’avaient épuisée, j’étais avec une personne dans la chambre, malgré mon désir d’être seule. L’autre maman est sympa, ça va.

Les « va et vient « des auxiliaires, sage femme, puéricultrice, pédiatre, de jour comme de nuit, n’arrangeaient pas mon état de fatigue. L’allaitement était laborieux, mon fils ne tétait pas et j’avais peu de lait. Au bout de deux jours je n’avais toujours pas de montée de lait. Il me proposent un complément spécial allaitement à la paille que je finis par accepter sous la contrainte, mon fils perdait trop de poids…

Une auxiliaire s’est donnée comme mission de m’en apprendre sur l’allaitement, déjà, elle prenait mon fils pour le changer, il hurlait, elle avait des réflexions déplacées, « ha t’es bien un garçon pour brailler comme ça », je le mets au sein devant elle, elle se saisit de mon téton et le pince fort pour lui enfiler dans la bouche, je crie « aïe » ça n’a pas l’air de lui plaire, elle pince les joues de mon fils pour le stimuler, il crie fort, je commence à être agacée… elle me stresse…

Plus tard, Elle revient prendre mon fils « pour calculer son taux de glucose » (alors que les autres faisaient cela avec moi et sans cris) J’entends hurler mon fils, je me lève vais voir dans les couloirs où elle l’a « embarqué », elle revient avec le petit hurlant, elle me dit « je ne vais pas le manger vous savez ! » je lui réponds que « je n’aime pas être éloignée de mon fils et surtout quand il hurle »… je lui prends et le calme.

On me reproche le co-dodo, me propose plusieurs fois de prendre le petit pour que je puisse me reposer, pas question, si elle veulent que je me repose, il faut arrêter de rentrer toutes les 5 min dans la chambre… c’est au bout de trois jours que l’auxiliaire qui m’agace rentre dans ma chambre à 1 heure du matin, me réveille pour l’allaitement, le petit dort, elle le réveille, le pose sur mon sein, recommence à me triturer les tétons, à pincer les joues de mon fils en m’affirmant qu’il n’a pas mal malgré ses pleurs, cette fois ci, s’en est trop, je lui explique que sa méthode me stresse, elle me répond que je suis bien compliquée, qu’il ne faut pas être une chochotte pour allaiter, je me mets à pleurer, et lui dit qu’elle n’a pas à me parler comme ça, qu’elle est en train de me dire que je suis incompétente en tant que mère, elle hurle en me disant qu’elle n’a jamais dit ça, je répond non, mais c’est tout comme… elle me dit qu’elle est très compétente pour l’allaitement que les autres mères sont moins compliquées, qu’elle n’ont aucun problème pour allaiter grâce à ses conseils, je lui rétorque que apparemment pour moi, ça ne va pas, etc… pour finir, elle me dit qu’elle ne viendra plus me voir, je lui réponds tant mieux ! Elle décline toute responsabilité quand à mes problèmes, elle sort, me laissant en larmes ! Je n’ai pas dormi de la nuit, j’ai pleuré en regardant mon bébé et en me sentant incapable !

Le lendemain une autre auxiliaire entre dans ma chambre et me trouve en larmes, complètement déconfite, elle tente de me calmer, m’explique qu’il ne faut pas s’angoisser que je finirai par allaiter et qu’il existait plusieurs façons de faire… Finalement je me retrouve avec un tire lait et un complément pour mon fils qui semble mieux téter le biberon que mon sein… je n’ai jamais senti une montée de lait, alors que 14 ans auparavant, j’avais les seins qui avaient triplé de volume et j’avais pu allaiter ma fille pendant trois mois, sans aucun conseil, ni soucis… là, rien… de plus j’avais très peu de lait. Je suis rentrée chez moi le lendemain, avec mon tire lait, j’ai allaité un mois et demi en tirant mon lait… puis j’ai abandonné, « lâché prise », je n’avais aucun plaisir à allaiter mon fils ainsi et je devais tout de même lui donner un complément… j’ai fait une grosse dépression post-natale… mais ça, c’est une autre histoire…

J’en veux beaucoup à cette femme qui m’a donné le sentiment d’être incapable, de ne pas être une mère « normale », d’être trop « compliquée » pour l’allaitement, d’être trop « chochotte », oui, je lui en veux de m’avoir volé ma sérénité des premiers jours. Je n’aurai pas d’autres enfants.

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Une Réponse to “#137 Magali, dans le Maine et Loire, 2011”

  1. Héloïse 4 décembre 2013 à 22 h 32 min #

    Je suis d’accord avec vous, le séjour est ponctué de va et vient incessant du personnel, alors qu’on est sensées se reposer et notre bébé aussi. Ces femmes se permettent de mal nous parler alors qu’elles ne le feraient pas en temps normal, de toucher notre corps et notre bébé pour soit disant nous aider à allaiter, sans nous demander notre avis …

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