mon second accouchement, en maison de naissance

23 Fév

Je lis dans un magasine d’écologie politique ( Silence) que le hors série « grandir autrement » sur l’accouchement à domicile parait.

Piquée de curiosité je le commande. Je vais sur le site internet de la revue, j’y apprend que la maternité ou j’ai accouché 2 années auparavant est désormais pilote pour un projet  » maison de naissance « , les curieux sont d’ailleurs conviés à une soirée rencontre.
Cette nouvelle perspective me fait l’effet d’une bombe, je note scrupuleusement la date dans mon agenda et tombe enceinte dans la semaine qui suit.
J’aurai donc un suivi « global » avec une sage femme. Elle est gentille… la secrétaire aussi, elles rigolent beaucoup, écoutent beaucoup, prennent leur temps avec moi. J’ai mon diplôme pendant cette grossesse, je plane, je suis heureuse.
Nous faisons des séances de « préparation » ( comme si on pouvait se préparer !!! ) en groupe avec d’autres mamans.
J’ai peur de la douleur de l’accouchement, mais comme ma première expérience avec la péridurale me reste en travers de la gorge, je suis résolue à me passer de « technique ».
Le soir S , deux jours avant mon terme, je relis un livre important pour moi, écrit par un ancien professeur que j’aime comme un père. Ça me rassure de me dire que je suis encore en possession de mes convictions. ( les idées sont comme des doudous parfois !)
Je contracte doucement la nuit, le matin je serre ma fille contre moi longuement. Je préviens mon compagnon.
Je suis contrariée qu’il accompagne notre enfant chez ses parents en qui je n’ai pas confiance. On fera mieux la prochaine fois.
La journée passe, j’applique scrupuleusement tout les « trucs » : ballon, sophrologie, homéopathie, bain, musique.
J’allume la radio  » knockin’ on heaven’s door  » par les Guns and Roses. Je me fais la remarque que je vis un moment particulier.
Re bain, je regarde tous les jouets de bain de ma fille alignés sur le rebord de la baignoire. Je me concentre dessus. A ce stade je commence à trouver la douleur dure à supporter.
Sortie de l’eau, j’avertis mon compagnon que c’est le moment d’y aller. J’ai appelé la sage femme deux fois aujourd’hui. Là c’est la bonne.
Je m’habille avec peine. On sort dehors pour rentrer dans la voiture, je me fais la remarque que peut être la voisine m’espionne comme d’habitude je me casse en deux sur le capot pour passer une contraction.
Arrivés à la mater , ça recommence comme au 1er accouchement :  » carte vitale siouplait  » . Je précise que je suis suivie par une sage femme de la maison de naissance, et là, tapis rouge ! Je rappelle qu’à ce moment je suis déjà terrassée par les contractions.
Ma sage femme arrive. Je sais qu’elle m’aime bien, elle a l’air ravie de me voir… Elle m’ausculte : je suis dilatée à  8.
Impression d’avoir une bonne note !!!  ( pour mon 1er accouchement, j’ai eu la péridurale à 6)
Je rentre dans un bain chaud. La douleur disparait comme par magie. incroyable. On discute , je contracte, je reprends la discussion, et puis j’ai de plus en plus de mal à gérer. Je commence à dérailler, elle me « rattrape » , et souffle avec moi.
J’ai soif, je bois l’eau du bain ,j’ai mal au cou, j’en ai un peu marre. Elle me demande de temps à autre si j’ai envie de pousser. Non.
Poche des eaux intacte.
Elle me propose de sortir de l’eau. elle m’aide avec sa jeune élève qui est là pour …je sais pas quoi ? Apprendre certainement !
Je vais sur le lit, je me mets à 4 pattes sur les genoux, à chaque contraction , je hulule, je gémis, c’est sexuel, c’est gênant et génial à la fois.
Elle me demande encore si j’ai besoin de pousser. Toujours pas, et pourtant j’aimerais rien que pour lui faire plaisir …
Je me sens mal, je commence à vomir partout en grande quantité ( la mâche de midi et l’eau du bain ) , bizarement, c’est un super bon souvenir !
J’entends ma sage femme rassurer sa stagiaire  » ça arrive parfois « .
Elle me demande de m’allonger sur le coté gauche, je le fais . Elle me demande si elle peut percer la poche des eaux, j’accepte avec un petit regret.
Sensation d’être happée par un TGV lancé à pleine vitesse. Ça pousse , mais alors, ça pousse…!!!
Je n’en peux plus, je dois traverser ce que Michel Odent qualifie de « phase de désespérance » je demande à ma sage femme  » est ce que c’est bientôt fini ? »
Elle me répond que oui. Et je la remercie encore de me l’avoir dit, car , oui, à la poussée suivante, le bébé sort.
La douleur s’évanouit. Heureuse et soulagée. La sage femme reste concentrée, elle attend le placenta, je me trouve géniale à lui proposer à mon tour mon aide pour l’aider à le faire sortir ! Elle propose à mon compagnon , blanc comme un linge de couper le cordon , il refuse. Je le fais  » pour voir « .
On garde le placenta dans des Tupperware qu’on amené exprès. ( à mon 1er accouchement, il a fini à la poubelle et j’en ai été bouleversée.)
La sage femme a l’air elle aussi remuée, elle essaye de peser mon fils sur une balance posée sur le matelas, alors forcément, ça marche pas…
Je suis dans un état euphorique, j’ai envie de déconner ( passez moi l’expression ) à pleins tubes ! Il est 4 heures du Mat’ et- j’enchaine toutes les blagues que je peux.
Mais…la réalité du milieu hospitalier nous rattrape , et on me persuade de mettre mon fils en couveuse (il aurait pu se réchauffer contre moi, je l’ai appris par la suite ) Je n’oppose aucune résistance. On me le ramène deux heures après. Je ne dors pas de la nuit, et je me dis que je dois être dingue, car j’ai des pensées du genre  « je n’aurai plus jamais besoin de dormir ». Je me remémore la sensation du passage du bébé, la sensation est présente mais plus le douleur, je me la remémore comme je me régalerais d’un plat.
Voilà le récit d’une naissance en maison de naissance. 4 années après, je constate que cette expérience m’a été bénéfique. Aujourd’hui cependant, j’envisage une nouvelle grossesse et je suis sûre d’une chose : pour nous dorénavant, les naissances se feront dans la sécurité de notre foyer. Je n’aurai plus le courage de sortir de chez moi, faire la route , chercher une place sur le parking de l’hôpital, chercher la porte de nuit, dire bonjour à la stagiaire….Je commence même à lorgner dans la direction des accouchements non assistés.
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