Naissance respectée, FRANCE, GIRONDE, 2009

23 Fév

Simplement magique

Naissance d’Eliane, le 1er mai 2009, 13 H 40

Minuit trente, le premier mai 2009… Je clique sur envoyer, l’e-mail part et avec lui la majeure partie de mes angoisses concernant l’accouchement. Il reste trois semaines avant le terme de ma grossesse, nous avons alèses jetables, bâches plastiques, couverture et homéopathie… Eliane peut naître, nous sommes prêts à l’accueillir. Enfin, prêts, c’est beaucoup dire si l’on envisage l’inconnu qui se présentera à nous lorsqu’elle nous fera parents. Nous avons vécu cette grossesse sereinement, ensemble, joyeux et confiants, communiquant avec notre bébé, posant nos mains sur mon ventre, lui parlant doucement… Et I., notre sage-femme a su, dès le premier rendez-vous, nous transmettre sa force et nous rassurer de son professionnalisme. Nous sommes prêts ; et lorsque je doute, Samuel me rassure en me disant que l’accouchement est un moment naturel. Ce mot me rassure plus qu’aucun autre. Je sais faire. C’est naturel. Dès l’annonce de ma grossesse, j’ai voulu un accouchement à domicile. J’ai alors 23 ans. Cela surprend, cela fâche parfois les gens… Mais pourquoi irais-je à l’hôpital, je ne suis pas malade ! Je veux avant tout être tranquille. Je veux accoucher dans l’intimité de notre nouveau chez-nous, je veux que mon bébé naisse dans le calme et la pénombre. Je veux que mon bébé soit accueilli par l’amour. Je veux que mon bébé soit près de moi dès sa naissance et ne me soit pas enlevé, ni pour un bain, ni pour être aspiré, ni pour aucune autre raison que le personnel hospitalier aura jugée bonne. Les cours de préparation à l’accouchement et notre sage-femme ont renforcés ce désir. Nous avons confiance en nous, nous sommes amoureux, nous sommes prêts. Samuel connaît par cœur les différentes phases de travail d’un accouchement, en cas de doute, il a ses fiches ! Quant à moi, j’ai tout oublié, je suis dans ma bulle, j’attends. Je termine ma tisane. Elle est froide. Cette dernière gorgée me donne un haut le cœur et me laisse un gout étrange dans la bouche. Je suis fatiguée et rejoins enfin le lit. Samuel ne rentrera pas avant trois heures du matin, je n’ai pas la force de l’attendre.

Allongée, je m’assoupis puis me relève aussitôt pour aller aux toilettes. Décidément, la tisane me fait un drôle d’effet. Je me sens nauséeuse, ai quelques crampes abdominales qui reviennent régulièrement… Je me recouche. Une crampe revient. Ce n’est pas désagréable, c’est comme une vague.

A l’instant où je me dis ça, je prends conscience que notre bébé a décidé d’entamer son chemin vers la naissance. L’excitation, l’adrénaline m’empoignent le cœur. Il faut absolument que je me repose pour être en forme au moment où nous en aurons besoin. Du liquide coule un peu entre mes jambes, l’odeur en est suave, c’est délicieux à sentir. Je ferme les yeux et laisse les vagues prendre mon corps. C’est doux et de plus en plus envahissant. A chaque vague, je visualise mon col qui s’ouvre et laisse passer un peu plus de lumière… Sam rentre du travail, il est presque trois heures… Je ne dis rien, reste concentrée. Il s’endort paisiblement près de moi, sa main contre mon ventre sans se douter de rien… Vers sept heures, les vagues sont devenues des contractions et je me mets à compter le temps qui les sépare. Elles sont régulières, toutes les dix-quinze minutes.

A sept heures trente, je réveille Sam par un “ je crois qu’Eliane a décidé de naître un premier mai”. Joie, excitation de nouveau. Nous prenons un petit déjeuner, j’essaie de manger copieusement pour avoir des forces. Nous rions, discutons et rions encore… Nos derniers instants à deux… Ignorants que nous sommes, nous voyons l’accouchement comme une fin, un aboutissement et nous sommes tendus vers ce but qu’est la naissance de notre fille sans le moins du monde penser à “l’après”.

Je me mets sur le ballon et roule du bassin. Samuel me tient les mains. Nous parlons un peu moins mais l’ambiance est très détendue. Pendant la contraction, je souffle. Et entre, nous rions et racontons des bêtises. Sam a près de lui son chronomètre et compte. Le travail progresse, les contractions se rapprochent et je ressens le besoin de me mettre debout et de les danser. Les mains sur la table à manger, le bassin en arrière, légèrement penchée, je souffle, bouge et sens le bébé descendre… C’est aux reins que j’ai mal désormais. Les mains expertes de ma mère fraîchement arrivée me soulagent. Il y a peu, Samuel est allé téléphoner à I..

Les contractions sont espacées de 5 minutes. Elle doit arriver d’ici une heure. Il est dix heures. Je suis de plus en plus dans ma bulle lors des contractions mais m’entend rire et plaisanter avec Samuel et ma mère entre.

Alors que la douleur devient plus intense je décide de prendre un bain. L’eau chaude apaise et atténue la force des contractions qui sont désormais profondes, longues et espacées de trois minutes seulement. J’ai mal mais garde le sourire, respire le mélange d’huiles essentielles avec lequel ma mère me masse les reins, tiens fort la main de Sam pendant les contractions.

Le temps passe, il sera bientôt midi. Quelqu’un sonne à la porte. I. est là ! Je l’entends parler à ma mère puis la vois dans la salle de bain. Elle m’embrasse, elle est fraîche, dynamique, présente, comme à son habitude. Elle me fait sortir du bain et me demande de m’allonger pour m’examiner. Le monitoring est posé quelques minutes à peine, seulement pour s’assurer que bébé va bien ; heureusement car rester allongée est très désagréable et me fait l’effet d’être un scarabée agonisant !

Sam demande où en est la dilatation. 9 cm. Eliane sera bientôt là. Soulagement d’avoir accompli la plus grande partie du travail. Soulagement de voir et d’entendre I., maternante, encourageante, qui sait et sécurise. Mon bébé va bien, il va bientôt sortir et il faut se préparer à pousser. Une étreinte d’encouragement de la part de mon amour, un regard complice, amoureux, confiant. Il me donne la force de continuer. J’ai faim pourtant, et me sens épuisée.

I. m’aide à me détendre pour récupérer entre les contractions. Je suis sur le lit. Aucune position n’est agréable. Je me sens gênée par la douleur, par mon ventre, je voudrais que tout cela s’arrête. I. me propose de pousser, d’essayer. Je sens que je risque de vider mes intestins et me retiens, la gêne me sort un instant de ma bulle, j’entends I. dire que je ne pousse pas bien… Sentiment d’angoisse qui m’étreint. Il faut lâcher prise. Je dois savoir faire, je dois y arriver. Je me mets à quatre pattes, puis à genoux, penchée en avant, ma mère devant moi supporte mon poids, tiens mes mains, je sens une force incroyable devoir se dégager de mon corps, je vais lui faire mal… Elle me regarde et me glisse “je suis forte, tu peux te reposer sur moi”. C’est un signal qui me libère, je pousse lors des contractions, I. et Samuel m’encouragent, je sens que l’excitation les gagne, j’entends I. montrer à Sam les cheveux d’Eliane qui apparaissent. L’effort que je dois fournir est inouï, j’ai l’impression de sentir la tête de mon bébé produire des va et vient, de n’avoir pas la force nécessaire pour la faire sortir. Puis, cela va tout seul. Une immense sensation de brûlure, l’impression de me distendre, m’écarteler, je sens la tête passer puis une masse glisser, tomber hors de moi d’un seul bloc. Sous mon corps deux gouttes de sang éclaboussent le lit. J’entends I. dire à Sam de me passer Eliane, lui qui l’a rattrapée, lui le premier à l’avoir touchée. Sous mon corps je découvre un minuscule bébé rose presque violet. Un petit boudin silencieux et immobile. Le temps s’arrête. L’émotion me submerge. Mon bébé. Mon bébé. Eliane pousse un tout petit cri, un merveilleux son. J’attrape son petit torse glissant et la pose tout près de moi, bien au chaud sur mon ventre désormais vide. Elle sent bon. Le meilleur parfum au monde. Je suis épuisée, je suis fière, je suis forte. Une nouvelle vie commence.

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