Naissance respectée, FRANCE, GIRONDE, mars 2012

23 Fév

La vie continue

Naissance d’Oscar, le 14 mars 2012, 12 H 35

Pour un deuxième, tout va beaucoup plus vite. C’est I. qui nous l’a dit ; surtout pour moi qui ai eu un accouchement rapide pour mon aînée. Alors quand le 8 mars, soir de pleine lune, à trois semaines du terme comme pour la naissance de ma fille, je ressens de fortes contractions rapprochées après un bain, je panique. C’est maintenant ! Et mes beaux parents dorment dans le salon… Là où justement je voulais accoucher… Et puis franchement, accoucher avec ses beaux parents juste à côté, on a rêvé mieux ! Je panique, les contractions se rapprochent, je stresse, mes jambes tremblent, je ne tiens pas debout et en une heure je me sens complètement épuisée. Déjà.

Au téléphone, je sens qu’I. me teste, me fait parler… Est-ce que les contractions me rappellent quelque chose, est-ce que je sens que c’est maintenant ? Dans l’urgence, dans ma panique d’accoucher trop vite j’en ai oublié de m’écouter, de sentir mon corps… Les tremblements se calment, les contractions deviennent moins violentes… Sous la couette, je m’endors paisiblement…

La semaine qui passe est rythmée par les contractions. Non douloureuses, elle font partie de mon quotidien. Il est vrai que ma grossesse n’aura pas été de tout repos : acquisition d’une maison, gros travaux réalisés dans l’urgence, je construis des cloisons de placo, soude des tuyaux de cuivre, ponce du plancher et peins murs et plafonds.

Mon mari travaille de nuit, donc lorsqu’il rentre le 14 mars au matin et que je sens une contraction plus intense, différente de celles auxquelles j’étais désormais habituée, je lui propose immédiatement d’aller se reposer un peu… Il est un peu plus de 7 heures. Eliane vient de se réveiller, elle déjeune, s’habille puis me réclame un dessin animé. Cela tombe bien, les contractions sont de plus en plus présentes et je dois m’arrêter pour souffler chaque fois qu’elles arrivent. Pendant qu’elle regarde les Barbapapa, elle m’observe du coin de l’œil et me demande si j’ai mal et l’explication de mes mouvements. Elle est ravie d’apprendre que je travaille pour que son petit frère sorte de mon ventre aujourd’hui. Sa présence m’encourage et m’apaise, la vie suit son cours… Dans quelques temps, j’irai réveiller Samuel pour qu’il l’emmène à la crèche. Habituellement, elle n’y va pas le mercredi, mais hier, faisant preuve d’un extraordinaire instinct, son papa a demandé si elle pouvait exceptionnellement venir y jouer… Cela me rend sereine de savoir que je n’aurai pas à gérer sa présence ; j’ai le souvenir d’une douleur si forte lors de l’expulsion et d’un effort tellement important pour la poussée que je ne veux pas que ma fille me voie souffrir ainsi sans pouvoir être disponible pour lui expliquer ce qui se passe.

Vers 9 heures, je vais réveiller Samuel pour qu’il conduise Eliane à la crèche. Nous habitons en campagne et je sais qu’il ne sera pas de retour avant quarante bonnes minutes. Dans la véranda, j’observe ma fille qui met ses chaussures, son manteau, prend son sac à dos et m’embrasse pour me dire au revoir. C’est un jour comme tant d’autres… mais ce soir, lorsqu’elle rentrera, son frère sera né. Je les regarde s’éloigner dans l’allée, puis me concentre de nouveau sur moi et mon bébé qui arrive… Les contractions sont de plus en plus fortes, je dois m’arrêter pour m’étirer vers le bas en me suspendant au plan de travail de la cuisine à chacune d’entre elles. Je m’amuse de mon état et me sens très joyeuse. Je suis vraiment bien et décide de me préparer un petit déjeuner… Café fumant, pain grillé et œufs sur le plat… L’odeur est vraiment réconfortante. Je m’installe sur le ballon face à la table basse et mange au rythme des contractions. Puis, je mets un matelas dans le salon, sors les alèses jetables et prépare les vêtements que notre fils mettra après sa naissance, body, pyjama, bonnet et surtout la couverture toute douce achetée chez une créatrice pour l’occasion, tout est dans les tons gris-bleu. Je sens que je suis de plus en plus dans ma bulle…

Lorsque Samuel revient, je lui demande si nous ne devrions pas téléphoner à I. car je trouve que les contractions se rapprochent et s’intensifient. Pendant son absence, j’ai cru compter qu’elles étaient toutes les cinq ou six minutes. Au téléphone, I. ne semble pas inquiète… Nous devons lui téléphoner plus tard, lorsque les contractions seront plus rapprochées. Elle me conseille de prendre un bain, et d’attendre de voir si cela se calme. Un bain ne me fait pas trop envie et surtout, je me rappelle que l’eau agit bien pour accélérer le travail et j’ai vraiment peur qu’I. n’arrive trop tard. Je demande à Samuel de compter le temps entre les contractions. Trois minutes. Nous rappelons I.. Elle arrive !

Pour cet accouchement, je me sens bien plus à l’écoute de mon corps. Je respire de façon à “remplir” mes reins, en pensant aux cours de Qi Gong de ma mère, et je sens que c’est efficace pour ouvrir le passage et gérer la douleur. Puis, je ressens le besoin de me pencher en avant, d’appuyer le haut de mon corps sur le gros ballon de gymnastique, ce qui me permet aussi de vraiment me relâcher lorsque la douleur s’en va. Je sens que les contractions s’intensifient et passent dans les reins. Samuel m’informe qu’il entend I. et sa stagiaire arriver… Ah, il y a une stagiaire ? Bon.

Bouffée de fraîcheur, de bonne humeur et d’énergie lorsqu’I. passe la porte du salon, c’est bon, comme d’habitude. La stagiaire se présente et me fait plutôt bonne impression, c’est C.. C’est elle qui m’examine, 6 cm, c’est assez désagréable. I. me fait écouter le cœur du bébé. Tout va bien, je repars dans ma bulle… Dans une heure ou un peu plus, mon fils sera là.

Samuel me fait couler un bain et j’y reste un long moment. On me masse les reins, me fait couler de l’eau sur le ventre. On parle très peu. C’est doux. Je sais Samuel tellement près de moi, je suis si confiante que j’ai à peine besoin de tenir sa main ou de le regarder. Nous sommes ensemble bien au delà des gestes et des mots. C. est très présente et me masse les reins, me parle… I., elle, a compris que nous n’avions pas besoin de soutien et vaque dans une autre pièce. Elle revient pour me proposer de sortir du bain.

Je sors. J’ai la curieuse impression que le bébé ne descend pas bien, je le sens bloqué… Le col n’est pas encore à dilatation complète et I. m’informe que le bébé se présente en dos postérieur. Je souris et murmure un “super !” ironique… J’ai encore plein d’énergie en réserve et surtout, je sais à quoi m’attendre.

Lorsque je m’installe sur le siège d’accouchement, je comprends ce qui m’a manqué lors de mon premier accouchement ; là, je suis vraiment à l’aise ! Pendant les contractions, Samuel me masse les reins et I. me soutient, m’accueille dans ses bras… Elle sent bon, elle est rassurante, présente et réconfortante.

Le temps passe, je sens que les contractions changent de nature, ça y est, le bébé descend. Tout à coup je laisse échapper un cri ; I. me regarde interrogative : la poche vient de se percer et la sensation est vraiment subite et surprenante. La sensation tant redoutée de brûlure et d’étirement intense est apaisée par un gant imbibé d’eau tiède. Je suis vraiment dans un autre espace-temps, mon utérus se contracte et je sens que le bébé est prêt à sortir, en trois contractions, trois efforts intenses et maîtrisés, je pousse mon bébé dehors et pousse trois cris de guerrière. Cette fois, la poussée ne sera pas un obstacle, cette fois, je suis prête à laisser aller mon enfant ! Je voulais être celle qui le tiendrais en premier, celle qui le rattraperais à sa sortie, mais je ne m’en sens plus capable et c’est donc encore une fois Samuel qui, de ses mains, accueille notre enfant. Je vois son visage en premier, je vois les mains expertes d’I. qui défait les trois tours de cordon qu’il a autour du cou et de l’épaule et mon cœur s’arrête. Est-ce qu’il va bien ? Il pleure ; je reprends ma respiration.

Et là, ce moment qui aurait dû être magique est pollué par les gestes de celle qui n’a pas appris à désapprendre et à s’effacer comme sait si bien le faire notre sage femme. C. veut absolument frictionner mon enfant d’une serviette rêche alors que je lui demande de ne pas le faire, l’accueille avant nous d’un “bonjour Oscar”, et je me sens dépossédée. Mon bébé pleure. Est-il si important d’essuyer un nouveau né ? N’aurait-il pu se réchauffer directement contre mon sein, recouvert de sa couverture bien chaude ? Il n’est pas sale. Et si nous avions changé d’avis quant au prénom en voyant son visage ? Je m’allonge, Oscar est contre moi. Je ne me sens pas à l’aise. Nous avons à peine le temps de faire connaissance. Je voudrais le garder tout contre moi. Il sent comme Eliane à sa naissance. Il est très vigoureux et cherche le sein. J’aimerais lui donner à téter. Mais il faut ligaturer le cordon et C. s’y reprend à plusieurs fois. Mon bébé pleure. Son papa le prend contre lui en peau à peau le temps de sortir le placenta. Mon bébé pleure. Le placenta sort. Il est gros. Il reste des membranes très fines à l’intérieur. I. explique à C. comment s’y prendre ; je me sens charcutée, ce n’est pas très agréable. J’entends I. qui presse un peu C. qui s’y prend mal. J’entends l’urgence. I. prend le relais.

Ça y est. Tout va bien. I. porte Oscar qui s’agrippe fermement à son bras. Elle le pèse puis lui met ses premiers vêtements. Je vais enfin m’allonger dans notre lit avec lui. Il est bien au chaud contre moi, trouve bien vite le sein et tète avec application. C’est tellement simple et naturel… Samuel décide d’aller faire quelques courses car tout le monde a très faim et que notre frigo est vide ! Alors qu’Oscar s’est endormi paisiblement, I. et C. m’examinent et recousent la petite déchirure que mon périnée a subi lors de la naissance d’Oscar.

Pendant ce temps, Samuel nous prépare une belle salade, des toasts de foie gras et du vin blanc liquoreux. Nous installons la table dehors, au soleil. C’est une magnifique journée, il fait beau et chaud comme au printemps. Oscar est apaisé, il dort comme un ange, tout près de nous, dans son couffin. C. est ébahie de me voir attablée ainsi aussi peu de temps après l’accouchement. Nous sommes fiers de lui montrer qu’une naissance à la maison est quelque chose de beau et simple ; elle qui a choisi ce stage avec la meilleure des sage-femmes “par hasard”, nous souhaitons qu’elle reconsidère grâce à nous le protocole des maternités et comprenne comme nous que lorsqu’une grossesse est physiologique, le meilleur lieu de naissance est celui de l’intimité. Elle nous dit merci de nombreuses fois et nous espérons que cette naissance et les suivantes vécues avec I. marqueront suffisamment son parcours pour qu’elle suive un jour le chemin de l’accouchement à domicile.

Elles s’en vont et nous revenons à notre quotidien. Samuel fait un peu de rangement, je m’allonge tout près de mon fils ; tout à l’heure, il rencontrera sa grand sœur qui pourra le tenir dans ses bras. La vie continue ; désormais nous sommes quatre à la maison.

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