# 147 Laurène – Val d’Oise

24 Fév

Laurène, Val d’Oise, France

 

La naissance de ma fille. Le terme était prévu pour le 9 juin, mais le 2 juin au soir, alors que je ne sentais plus trop de mouvements dans mon ventre depuis deux jours, j’ai décidé d’aller faire un petit contrôle aux urgences. Nous voilà partis mon mari et moi, ainsi que ma valise (on ne sait jamais). Le monitoring a montré que bébé était en souffrance, donc ils n’avaient même pas le temps de déclencher l’accouchement, il fallait faire une césarienne. La sage-femme a crié dans le couloir qu’elle avait besoin d’aide ; déjà, ça ne rassure pas vraiment. Et là, cinq personnes m’ont littéralement sautée dessus, on m’a déshabillée, écarté les jambes (sonde urinaire, youpi) et les bras (vas-y que je cherche une veine dans chaque bras, et surtout vas-y que je ne la trouve pas, aïe), on m’a donc fait 7 trous en tout dans les bras, collé du sparadrap partout pour faire tenir les trucs (je me souviendrais trop tard que j’y suis allergique, donc bras qui démangent et plaies purulentes pendant un mois…) et on m’embarque au bloc.

Ensuite, rachi-anésthésie qui fait super mal (faut pas bouger, madame !!! bah j’essaie mais les sanglots, ça fait bouger, désolée…) et puis je m’allonge et ils commencent. On me remue tellement sur la table que je pense que je vais tomber. J’ai la sensation que le chirurgien pose un pied sur ma hanche pour mieux tirer mon bébé hors de moi, je ne sais pas si l’image est parlante.

Quelques minutes plus tard, bébé est là, «Il va bien, ne vous inquiétez pas ! » (bah oui, ils n’ont même pas regardé le sexe, et donc ne m’ont pas mise au courant…), ils me la montrent vite fait et l’embarquent, puis me recousent. [J’apprendrais plus tard qu’il y avait du méconium dans le liquide amniotique, ce qui explique la détresse fœtale ; j’apprendrais encore plus tard que certains établissements laissent bébé avec la mère en peau à peau avec une couverture de survie et une sage-femme qui assiste la mère pour le premier contact, voire la première tétée, pendant qu’on la recoud, alors qu’à moi on m’a répondu sèchement « Ah non, on ne laisse pas les bébés au bloc, il fait trop froid ! » comme si j’évoquais un truc hautement impossible, stupide et dangereux.]

Les jours qui ont suivi n’ont pas été très joyeux non plus, je n’ai pas réussi à poursuivre l’allaitement plus de cinq jours, pour plein de raisons mais j’en veux à l’équipe qui n’a pas respecté mon projet de naissance (mise au sein le plus vite possible, pas de biberon…). L’allaitement a donc commencé trop tard, bébé était trop faible pour téter assez longtemps donc sonde gastrique, en plus je n’avais pas assez de lait (sûrement en partie à cause de la césarienne, et puis par manque de stimulation, étant donné qu’ils lui ont donné des biberons ou l’ont nourrie par sonde le premier jour et les deux premières nuits, puis m’ont donné comme conseil [consigne ?] de ne lui proposer qu’un sein lors de la tétée…). Je me suis rendue compte également que l’on ne m’avait pas forcément bien conseillée à propos de tout ce qui touche l’allaitement, particulièrement les positions conseillées, surtout lorsqu’on a eu une césarienne (à aucun moment on ne m’a parlé d’allaiter couchée, pourtant je souffrais et étais épuisée, ça m’aurait bien aidée je pense). Les bouts de sein en silicone ainsi que les téterelles du tire-lait n’étaient pas à ma taille, le personnel m’en a informé uniquement après ma décision d’abandonner à cause des crevasses qui m’obligeaient à allaiter en pleurant, en m’accrochant à quelque chose ou quelqu’un et parfois même en criant…

J’ai pris conscience de toutes ces choses qu’on fait subir aux femmes « pour leur bien » ou « pour le bien de leur enfant » quelques mois après, grâce à une amie.

Par la suite, j’ai fait beaucoup de recherches sur internet et lu de nombreux témoignages de naissances « normales », c’est-à-dire représentatives de la norme actuelle (déclenchement sans raison médicale, rupture de la poche des eaux, injection d’ocytocine, épisiotomie « surprise » et autres césariennes décidées car le « cap » des X heures était passé et que la politique du service exigeait que…) ainsi que de naissances respectées, qui j‘espère redeviendront un jour la norme.

Pour ma part, j’espère ne jamais plus vivre ce genre d’expérience et espère une naissance à la maison, seul endroit où je serai sûre que mes choix seront respectés avant, pendant et après la naissance.

 

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