Louison à la maternité des Lilas, 2013

24 Fév

Louison…

Louison a aujourd’hui trois semaines. Il est né à la maternité des Lilas.
Il est né d’une maman et d’un papa qui ont pu choisir sa venue au monde, la vivre et la sentir.
Louison a de la chance, il ne sera pas un bébé « usine », un bébé surmédicalisé. Non il sera un bébé de la confiance et du respect.
Avec son père, nous avons la croyance que la maternité des Lilas nous a permis bien plus qu’une naissance respectée. Elle nous a permis de faire un acte citoyen  et à travers nous, elle a permis à Louison d’en vivre un également.
La société qui prône tant la responsabilité du parent mais aussi l’engagement citoyen a-t-elle conscience de l’importance de cet accueil de l’enfant par ses parents?
La société a-t-elle conscience qu’en ne sécurisant pas à outrance les naissances, elle permet aux parents et notamment à la mère de mesurer ses capacités et donc de devenir mère plus simplement?
Tout au long de la grossesse, nous avons décidé de ne pas nous faire voler ce moment, de le vivre pleinement afin de nous sentir véritablement parents à l’arrivée de Louison. Une première expérience avec cette maternité pour notre petite fille nous avait déjà permis de faire une partie du chemin. Mais malgré notre volonté, nous avons réalisé la force et la confiance qu’ il faut pour ne pas sombrer dans le doute et dans la peur.
Alors qu’à l’intérieur de nous, un être est en train de grandir, un être que nous aimons déjà plus que tout, tout est mis en œuvre pour que nous côtoyons cette peur de ne pas faire assez bien, de vouloir vérifier une énième fois que tout est parfait. « Madame souhaitez vous une échographie de plus? Madame nous allons vous refaire un petit toucher vaginal afin de nous assurer que votre col va bien. Madame, comptez vos contractions, il faut vérifier que le bébé ne va pas arriver prématurément ». Alors même lorsque nous souhaitons faire des choix, il faut être très fort pour ne pas craquer devant la puissance de la vérification et du sur-investissement médical.
Nos lectures, nos convictions, le personnel de la maternité nous ont permis de faire ce chemin, d’avoir parfois peur sans pour autant subir des gestes ou des interventions qui n’auraient pas eu lieu d’être. Mais c’est un combat et la douleur de l’accouchement n’est rien à côté. Ce chemin est fondamental.
Alors, lorsque nous arrivons en salle de naissance, quand déjà toute la journée nous a été offerte à l’extérieur de la maternité malgré une fissure de la poche des eaux, nous futurs parents, nous sentons fort.
Quand la sage-femme nous exprime qu’elle a lu notre projet de naissance et que nous allons ensemble essayer de tout mettre en œuvre pour qu’il soit respecté, alors nous nous sentons forts.
Lorsque le médecin permet le bain malgré une fissure de la poche des eaux parce qu’il sent que la réussite de l’accouchement en dépend, alors nous nous sentons forts.
Lorsque la sage-femme vient régulièrement en salle en nous disant que tout nos gestes sont exactement ce qu’il faut pour réussir cet accouchement sans péridurale, alors nous nous sentons forts.
Et même au moment où le mental essaie de s’insinuer pour faire perdre confiance, nous dire « nous n’allons pas y arriver », l’équipe est là et dans ses yeux nous voyons que si, nous sommes très forts…
Ensuite alors que cette première phase de dilatation est terminée et que la sage-femme qui devait partir s’habille pour la naissance, l’émotion monte, nous allons le faire ensemble. Notre alliance continue, notre bébé mérite que ces instants existent et qu’ils nous ressemblent.
La poussée n’est pas simple mais la sage-femme est une fée, elle sait trouver les mots pour que nous ne restions pas bloqués sur des peurs. C’est difficile mais c’est ici dans ce périmètre de liberté que nous vivons ensemble que nous, parents, allons trouver la force et la créativité de faire sortir ce bébé.
Cette liberté nous rend encore plus fort, la douleur est là et elle permet de sublimer ce moment. La douleur fait exister le passage du dedans vers le dehors, de la femme vers là mère. Changement de génération, c’est le bébé qui doit passer devant et ça il faut le sentir pour l’accepter.
L’équipe s’organise, l’une prend mes jambes sur ses épaules, les autres encouragent, assurent que je vais y arriver. Comment en à peine trois heures une si forte complicité a pu s’installer pour permettre cette catharsis parentale? Ensemble, tous ensemble, nous pouvons y arriver, voilà notre seule pensée de parents devant une telle intensité collective.
Et le bébé est là, il sort. L’équipe s’efface. C’est comme si le silence revenait, comme si chacun retrouvait sa juste place par une magie qui ne s’explique pas.
La douleur aussi s’arrête, reste juste la puissance du moment.
Nous parents pouvons accueillir notre bébé et l’amour donné par l’équipe reste là, tout autour comme un contenant pour cet enfant.
Le bébé a fait le chemin dans mon corps et nous, parents, avons fait le chemin avec lui, le chemin de notre vie  passée et à venir.
Nous sommes à un nouvel instant, tout neuf et si intense. Nous avons vécus nos choix et lui avons permis de faire le sien, de bien naître au moment qui lui était juste.
Louison a fait son premier choix de vie et il a été respecté dans ce choix. Nous, parents, avons pu porter la responsabilité de notre rôle dans sa naissance et nous sentons que nous pourrons porter la responsabilité de sa vie à venir.
Nous nous remercions d’avoir eu ce niveau d’exigence et nous remercions cette équipe de la maternité des Lilas d’avoir su, avec cette justesse, nous offrir de pouvoir le vivre. Vous nous avez permis de grandir, de nous transformer, tout cela grâce à vos valeurs. Pour nous, parents, il n’est pas de plus beau combat que de permettre l’arrivée de la vie dans le respect des choix de chacun. A l’heure où la tarification à l’acte contraint les établissements à une course à la rentabilité, il nous semble pourtant que la naissance respectée est un passage essentiel vers la construction de l’identité citoyenne de nos enfants.
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2 Réponses to “Louison à la maternité des Lilas, 2013”

  1. halima 26 mars 2013 à 15 h 44 min #

    je viens de vous lire et les larmes me sont montées aux yeux … mes trois enfants sont nés à la maternité des lilas … mes deux premiers accouchements se sont bien passés … pour le dernier moins … mais l’équipe médical a su me mettre en confiance et nous en avons longuement parlé après ma césarienne de mon ressenti (car elle n’etais pas programmée) … je n’ai pas été seule du début à la fin …

  2. Geneviève 28 mai 2013 à 19 h 46 min #

    Il y a 31 ans, Tristan est né aux Lilas. Ont suivi Baptiste et Estelle… Trois fois, ce fut la même émotion, le même partage avec l’équipe, le même respecte de sa part. Evoquer ces trois naissance me fait aussi monter les larmes aux yeux…

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