#158 Emma, Nice, Novembre 2012

25 Fév

Une belle leçon de vie

L’arrivée de Raphaël était prévue aux environs du 10 novembre. La semaine qui précède le terme, de nombreux signes ont annoncé son arrivée, les gens ne cessaient de me dire que peut-être le bébé allait arriver en avance, j’avais pourtant prévu beaucoup de choses pour la semaine avant le terme. Un dîner familial le samedi, une après-midi avec une copine le mardi etc… Au yoga le jeudi matin, la professeur me conseillait de faire attention pour que les postures ne déclenchent pas le travail et je ne cessais de dire que le bébé était prévu pour le week-end suivant et qu’il n’y avait aucune raison pour qu’il arrive avant !

Le matin du 2 novembre 2012 vers 1h du matin je vais aux toilettes comme à mon habitude et en me relevant du siège je sens couler un liquide chaud. Je pense « elles sont abondantes ces pertes blanches », je soupire et je retourne me coucher. Je me rendors vite et suis à nouveau réveillée vers 3h30. Je retourne aux toilettes et à ce moment je découvre que mon pantalon et mes sous-vêtements sont mouillés. Je comprends immédiatement ce qui se passe. Ma sage-femme m’avait évoqué les différents signes d’un début de travail. Pour moi c’était une fissure de la poche des eaux ! J’avais imaginé tellement de fois comment cela débuterait… Je me sens bizarrement sereine, pas du tout angoissée, je suis tout simplement prête à faire l’une des plus incroyables expériences de ma vie. Je prend une douche rapide et je change de bas de pyjama ce qui réveille, le futur papa. Il me demande si tout va bien et je lui réponds « tout va bien, je viens de perdre les eaux, va te recoucher ». Il me regarde incrédule mais devant mon air confiant il retourne se coucher. Je fais de même en me disant que j’appellerai ma sage-femme le lendemain matin pour qu’elle soit au courant de ce premier signe.

A peine quelques minutes plus tard, je sens une première crampe d’estomac (ce que j’interprète ainsi sur le moment), deux autres vont suivre à quelques minutes d’intervalle. Je me lève car les contractions sont très désagréables allongée sur le lit. Je vais m’installer dans le canapé et je trouve une position confortable, les contractions s’enchaînent à une dizaine de minutes d’intervalles, je regarde la télévision, il est 4h du matin et je goûte le plaisir, dans la pénombre de ma salle à manger, de vivre pleinement l’instant.

Le papa se lève enfin et je lui dis la phrase qui tourne dans ma tête depuis plusieurs minutes : « j’ai des contractions depuis 4h du matin, le travail a commencé ». J’appelle aussi ma mère pour lui raconter les derniers événements. Je propose à à mon conjoint d’aller travailler ce matin, les contractions ne se sont pas intensifiées et le travail est toujours long pour un premier enfant. Il hésite, tourne en rond dans la maison et décide finalement de partir pour la matinée, nous devons nous rappeler vers midi pour faire le point. J’ai beaucoup insisté pour qu’il parte au travail, j’avais envie de vivre mes contractions tranquillement sans personne pour me déranger, je ne connais pas ces sensations et j’ai envie de vivre ça seule.

Une fois mon homme parti, j’appelle la sage-femme pour lui expliquer la situation et elle me demande si je désire qu’elle vienne, je lui dis que c’est inutile pour le moment,

Elle viendra en début d’après-midi si je ne la rappelle pas d’ici là. La matinée passe lentement, je reste dans le rocking-chair, je m’y sens bien. Vers le milieu de la matinée je me lève et m’active pour aider le travail, vers la fin de la matinée les contractions s’espacent un peu et j’ai peur que ça soit un faux travail.

Vers 12h mon conjoint rentre du boulot et les contractions se rapprochent à nouveau, en quelque sorte j’ai dû retenir l’avancée du travail car j’étais seule à la maison. Les contractions continuent au même rythme et la sage-femme arrive vers 16h00, je commençais à m’inquiéter qu’elle n’arrive pas. Pendant trois heures les contractions s’intensifient, je passe sur le ballon pour mieux les gérer et respirer à mon aise, le papa me masse le dos pendant un moment mais finalement je gère bien seule. La nuit arrive et je me lève pour mieux gérer les dernières contractions. A un moment de l’après-midi j’ai regardé ma sage-femme pour lui demander si, à son avis le travail avançait et elle m’a dit que tout allait bien, qu’elle faisait le moins d’examen possible, et que si j’avais besoin, je n’avais qu’à demander. A ce moment-là, j’ai répondu que je sentais que les choses avançaient et que je n’en avais pas besoin pour le moment.

Vers 20h je sens les contractions de plus en plus fortes, je me lève, m’appuie sur la table et accompagne les contractions par la respiration, entre deux je parle avec la sage-femme et mon conjoint et lorsque je sens une contraction qui arrive je m’enferme dans ma bulle. A ce moment, je demande à Alexandre de m’examiner, je suis dilatée à 10, je suis en travail depuis 4h du matin !!! Ma sage-femme passe en phase active, jusque là elle n’était pas intervenue. Les contractions sont plus fortes et je sens que le bébé pousse, elle propose de me suspendre aux bras de mon conjoint pour aider la descente. Il monte sur le canapé et m’attrape sous les bras : après une contraction ou deux je sens une progression mais rapidement la position m’est inconfortable et je décide d’en changer.

A partir de là les choses deviennent floues : la sage-femme tente de m’aider à trouver la position idéale et entre chaque position je marche en essayant d’accompagner mon bébé. Après la suspension, la sage-femme me fait me mettre à quatre pattes mais la douleur me fait perdre mes moyens et je perds la concentration au bout de deux respirations profondes. La sage-femme me propose un bain, j y entre et sens un véritable soulagement, les contractions sont beaucoup plus supportables. Je reprends courage et confiance, la sage-femme et Fred en alternance me versent de l’eau sur le ventre. Au bout de 3 ou 4 contractions, la douleur m’envahit à nouveau. Je ne cesse de répéter que je n’en peux plus et que je ne comprends pas ce qui se passe et elle me demande ce que je pense devoir faire pour aider. J’ai le sentiment que je dois me mettre debout pour aider à faire descendre mon fils dans mon bassin et je sors de la baignoire. Pendant encore une heure je vais essayer de faire avancer le travail, je passe beaucoup de temps assise sur les toilettes je marche en faisant bouger mon bassin, je tremble de froid et de fatigue entre chaque contraction. La sage-femme tente une dernière méthode. Nous descendons et remontons les escaliers de mon immeuble mais rien n y fait. La SF me fait un dernier examen et le bébé n’est toujours pas descendu dans mon bassin (j’appris par la suite qu’il était même remonté plus haut). A ce moment-là je suis allongée sur le canapé et la SF me parle doucement de mon transfert à la clinique, il serait bon pour moi que je demande la péridurale car je souffre trop.

Mon conjoint et la SF préparent en vitesse ma valise pendant que je m’habille entre deux contractions. Je reste debout à les regarder pendant qu’ils s’affairent, je suis en état de choc et je ne pense plus qu’au moment où on me soulagera de ma douleur. Nous descendons à la voiture et la sage-femme repart de son côté, je monte dans la voiture sans même dire au revoir, je suis trop épuisée. Le trajet me semble interminable, j’ai 3 ou 4 contractions dans la voiture et deux en montant à la clinique.

En arrivant au 1er étage nous sonnons et je suis accueillie par la sage-femme de garde au moment où une contraction me plie en deux, elle me demande de me calmer et de m’expliquer la situation. Je lui réponds au milieu de la contraction que je ne peux pas, à mon avis elle doit me prendre pour une douillette. Elle m’accompagne néanmoins en me tenant par le bras dans la salle d’accouchement où je commence à me déshabiller, la contraction est passée et je peux lui expliquer la situation.

Lorsque je lui dis que je devais accoucher à domicile elle me lance un regard surpris et choqué. A ce moment je suis dans un tel état que ce qu’elle pense m’est égal et je lui signifie clairement. A mon ton elle comprend qu’elle doit m’écouter et je peux enfin lui expliquer que je suis dilatée à 10 et que j’étais en poussée depuis 4h. Réaction de la sage-femme indignée « Quoi, votre sage-femme vous fait pousser depuis 4h ». Ce à quoi je réponds que ça pousse tout seul !

Elle m’allonge sur le lit et m’ausculte (en pleine contraction ! j’ai eu très mal !). Je suis bien dilatée à 10. Elle me demande si je veux qu’on appelle l’anesthésiste et s’exécute rapidement. 10 mn plus tard je suis enfin soulagée et je respire. Fred est resté dehors on ne l’a pas laissé entrer mais ça ne m’a pas gênée j’étais trop concentrée sur ma douleur. Mon conjoint rentre dans la salle au moment où l’anesthésiste arrive et on lui demande donc de sortir pendant qu’on me pose la rachianesthésie. Il arrive ensuite et reste auprès de moi. Il me rassure.

Le gynécologue arrive mais je n’ai plus aucune sensation depuis 15 mn et les minutes importent peu je ne souffre plus, de plus j’ai confiance en ce gynécologue, il connait ma situation et mon choix d’AAD qu’il respecte. Il a le sourire et me rassure. Un dernier examen et il m’annonce que mon bébé est descendu dans le moyen bassin ! Quelle surprise ! ça a du se passer dans la voiture, la sage-femme de l’hôpital me dit que ça arrive mais je comprends déjà que j’avais un blocage psychologique. Avec le recul je comprends mieux que ce diagnostic m’a peut être certainement évité une césarienne mais sur le moment ça ne m’a pas traversé l’esprit ! Le gynécologue s’affaire et je demande ce qui se passe, on ne fait que me désinfecter la vulve, c’est la dernière fois que je demande ce qui se passe, je vais passer le reste de l’accouchement à faire ce qu’on me demande.

Le gynécologue s’active, on m’a posé une perfusion à mon arrivée avec une solution saline et j’ai un tensiomètre à l’autre bras, la sage-femme m’a déserré le monitoring et de toute façon il ne me gêne pas le haut de mon ventre est déjà bas. La sage-femme touche mon ventre pour sentir les contractions venir et me demander de pousser un bloquant ma respiration. Après quelques contractions, le gynécologue décide d’utiliser la ventouse pour aider le bébé. Je n’ai aucune sensation et je me sens déconnectée de ce qui est en train de se passer même si je fais tout pour rester en lien avec mon bébé.

Après quelques contractions et peut-être 30-45mn on me demande de faire un autre type de poussée et tout de suite après le gynécologue me demander d’arrêter de pousser (à ce moment là il me fait une épisiotomie mais personne ne me le dit) et avant même que je comprenne j’entends dire le gynéco qu’on peut attraper le bébé, mon conjoint et moi avec les mains et en 3 secondes il est sur mon ventre. Quel soulagement, le temps s’arrête, je ne vois même pas bien son visage mais je l’entends chouiner et expulser de ses muqueuses les liquides qui s y trouvent ; il n’a même pas pleuré ! Le temps s’arrête et je ne pense à rien à part à la petite vie qui se tient sur moi. On me laisse Raphaël sur le ventre un bon moment et le gynéco me recoud, il prend son temps, il paraît que j’ai beaucoup saigné. J’apprendrais plus tard que le placenta est sorti tout de suite après le bébé, on ne me l’a pas dit. La sage-femme m’a ausculté le ventre à plusieurs reprises et je pensais que c’était parce qu’elle surveillait la sortie du placenta.

Le reste est assez rapide, la première chose que je dis à mon conjoint après avoir accouché c’est que je veux partir très vite de l’hôpital, nous avons rencontré quelques difficultés et beaucoup de mauvaise volonté mais nous avons pu sortir à 12h.

J’ai accouché le 3 novembre 2012 à 2h05 du matin à Nice, après près de 22 heures de travail. J’ai connu un accouchement à la fois très beau et violent sur le plan physique et psychologique, le fait de pouvoir tout sentir et ressentir en étant chez moi y compris la douleur d’un travail qui n’avance plus m’a rendu plus forte. J’ai dû aussi accepter la clinique et ses protocoles. Bien que très respectueuse et dans une optique physiologique l’équipe qui m’a accouchée…. m’a accouchée, alors que je voulais accoucher par moi-même.

Pour terminer je voudrais évoquer rapidement la manque de considération et la mauvais prise en charge des femmes qui viennent d’accoucher : à partir du moment où l’on m’a monté dans la chambre je me suis sentie abandonné, la personne qui est venue pour l’allaitement m’a balancé à la figure un discours tout fait sur un ton peu chaleureux et je ne l’ai pas revu avant mon départ ! Du coup je n’ai pas eu le réflexe de mettre mon fils au sein rapidement, et j’ai connu une semaine d’angoisse et de difficultés pour mettre en route l’allaitement. J’ai eu la chance à ma sortie de la clinique de retrouver ma sage-femme ainsi que ma famille qui ont été les guides dans mon nouveau statut de maman.

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