#159 Alice, à domicile, après un accouchement volé en maternité

25 Fév

Pour comprendre notre choix d’accoucher chez nous, il faut entrer dans notre vie, dans notre cœur, dans cette partie de lui qui n’est pas rose et qui fait mal quand on l’effleure…

Cette maternité, cet hôpital, ses équipes, ce sont des voleurs… voleurs de rêves, voleurs de bonheur, voleurs de santé, voleurs de vie, voleurs même de dignité…

Ils ont commencé par me dépouiller de la naissance de ma fille, Khloé, souvenir traumatique, où seul le « corps » médical est écouté, entendu,… mon « corps » de femme, on l’oublie.

« Ecoute et subis », voilà ce qu’ils m’ont appris…

Ils ont remis le couvert avec mon allaitement, « écoute et complémente », puis « t’as pas de lait arrête », « prends donc ce bromokin »…

Ils me l’ont volée cette naissance… et les mois qui l’ont suivie aussi, entre bonne image qu’il faut renvoyer au monde et vide profond intérieur.

Ce corps est un tourbillon déchirant, hurlant de tristesse, je déteste les ravages que la grossesse a laissés (25kg pris), je déteste cette traitresse de poitrine que je n’ai réussi à donner à mon enfant, je déteste mes faiblesses trop nombreuses, je déteste mon mari de n’avoir pu…

Mais pu quoi au juste ? il a fait tout ce qu’il a pu avec le peu de sentiments que je lui partageais c’est moi qui me murait dans le silence…

Et puis le temps aide, panse, et ensemble tous les 3, on s’est réparés, on s’est construit mais on  s’est dit plus jamais ça…

3 semaines avant notre mariage, cette maternité, cet hôpital, ses équipes sont revenus à la charge, m’apprenant de but en blanc que mon mari est diabétique insulino-dépendant, je ne savais pas ce que c’était, les questions fusent, et les réponses pleuvent : piqures, toute sa vie, régime alimentaire strict, risque majeur d’amputation, de perte de vue, d’AVC le tout ingurgité en 5 minutes puisque balancé par cette femme innommable qui n’avait pour le moment que 5 minutes pour nous… « Mais ne vous inquiétez pas, je reviens tout à l’heure »

1 semaine ils me l’ont gardé, ont vidé mon lit de sa chaleur, vidé les yeux de ma fille de tant de larmes quand nous quittions l’hôpital y laissant papa…

Le soir de notre enterrement de vie de jeune fille/garçon, ils ne m’ont pas laissé m’endormir près de lui.

Et mon homme me voyant amoindrie me demandant si je suis bien sure de vouloir l’épouser… malade…

Ils ne nous voleront pas ça mon amour, ils ne nous auront pas, ils ne nous auront plus…

Cette maternité, cet hôpital, ses équipes je les hais du plus profond de mon être.

Sauf nécessité ABSOLUE, ils ne me reverront plus, ne me voleront plus rien.

Alors quand j’apprends en avril dernier que je suis enceinte. Je décide de prendre les commandes. C’est mon corps, ma vie, ma famille ma grossesse, vous, équipe médicale, vous participerez à la naissance de mon enfant mais ne la commanderez pas, vous ne me la prendrez pas.

J’en parle autour de moi, à des personnes que je sais réceptive, et je me rapproche de ce qui deviendra une amie très chère, une femme ayant vécu un AAD pour son premier enfant.

Elle me conseille une sage femme que nous décidons de rencontrer.

Je parle rapidement à mon homme de l’AAD mais il est loin d’être emballé. « Je ne supporterais pas de vous perdre… ni l’une ni l’autre »…

Que répondre à cela ? Par respect pour lui, je ne peux lui imposer ce choix !

Nous rencontrons la sage femme pour une simple préparation à un accouchement plus naturel au départ. Nous parlons beaucoup, de tout, de la naissance de Khloé, de ce diabète, de nos vies, de nos ressentis…

A la troisième séance je craque. On réaborde la naissance de Khloé et ç’en est trop, je vomis mes sentiments, j’accouche de cette naissance qui me semblait impropre. Mon mari ne dit plus rien, il ne me regarde pas de l’heure, mais ELLE ma sage femme, redéroule le film de la naissance de Khloé et me le montre, avec son regard bienveillant, sa perception de la mère que je suis, et me recouvre de ses mots comme on pose un baiser sur la joue d’un ami.

Nous allons vers la voiture… mon homme ne parle pas. Nous roulons, allons chercher Khloé chez sa nounou, il ne parle toujours pas, la maison approche, il s’avance devant le portail et finit par me dire :

« Je suis un égoïste »

Et je pleure…

Il m’explique qu’il n’avait pas vu, pas senti que j’avais si mal, que ça me coutait tant de retrouver cette maternité, cet hôpital et ses équipes, que par respect pour moi, il ne pouvait pas m’imposer « ça »  juste par peur de nous perdre.

Aussi, nous prenons à 2 mois de la DPA, la décision d’envisager d’accoucher chez nous.

L’homme aura besoin encore d’une séance pleine de questions réponses pour être 100% rassuré mais une fois sortis de là, c’est unanimes et plus forts que jamais que nous envisageons l’arrivée de notre second enfant  dans l’intimité et la chaleur de notre foyer.

Re-découverte d’un sentiment délicieux, la confiance en soi.

Ces derniers mois de grossesse, je les chéris en tant que femme, mère, et en fin de compte dans tout ce qui fait de moi ce que je suis, la confiance que ma sage-femme me procure, m’habite, s’ancre en moi et je m’enivre d’elle… les sentiments positifs s’entrelacent et se nourrissent les uns les autres, tel mon emblème, mon phœnix, je me sens renaitre de mes cendres…

Cet accouchement je le vois à l’image de notre quotidien, je veux que ma fille soit près de nous, que nous changions le moins possible nos habitudes, après tout, quoi de plus normal que d’accoucher, quoi de plus naturel ?

La préparation de ma maison consistera juste à la rendre plus facile pour l’après ! Tout est nettoyé, rangé, désencombré, organisé afin que demain nous puissions tous être plus sereins et que les taches ingrates et chronophages ne nous prennent que de moins en moins de temps. Rien est laissé au hasard si bien que la dernière semaine, j’ai plein de temps à consacrer à ma grande et c’est amoureuses d’amour que nous préparons Noël en parlant souvent de l’arrivée imminente de petite sœur.

La maison est telle que je la voulais, je pourrais bien accoucher dans n’importe laquelle des pièces. C’est mon corps et bébé qui décideront du moment donc de l’endroit, en tout cas tout est prêt…

Voilà plusieurs jours que je dors très mal, que je suis réveillée par quelques contractions douloureuses, mais rien de suffisamment probant…

Ce soir là, je préviens Patrice que je ne dormirais pas avec lui… j’ai mal, c’est plus intense et plus régulier que d’habitude alors je vais dans ma chambre d’amis. Ma chambre d’amis disposent d’un grand canapé lit confortable, d’une baignoire/Jacuzzi, et je monte le ballon que je mets face au sèche-linge. Pourquoi ? Parce que pour moi être appuyée bras croisés et mon bassin remuant sur le ballon est une clé de soulagement. Je l’ai découverte pendant ce que certains appelle à tort le faux travail… bien utile pourtant pour apprendre à se connaitre… Pendant ma préparation à l’accouchement, nous avons beaucoup travaillé sur la relaxation et la confiance en soi. Et l’une des buts de ces séances aura été de créer un endroit, en moi, ou je me sens Zen, détendue, sans douleurs ni stress. Ma sage femme m’a dit que cet endroit je saurais le retrouvé quand j’en aurais besoin… Et elle ne s’était pas trompée, entre 2 contractions, mon lâcher-prise est tel que j’arrive à m’endormir, bien sur pas profondément mais je me réveille le lendemain matin reposée. Deux pauses d’une heure sur le ballon auront été toutefois nécessaires mais je gère bien. La respiration a été une autre clé pour moi : basée sur une technique de yoga, je gonfle le ventre pour nourrir mon bébé de cet air si précieux dont il a besoin, pour ensuite l’expulser visuellement par le vagin. La clé étant d’accompagner cette circulation imaginaire par un mouvement de bassin simulant une expulsion de cet air par le vagin. Et ainsi de donner à tous mon corps l’autorisation de créer ce passage. Je dis bien vagin et pas utérus, ça n’est pas une erreur, selon cette méthode en effet, visualisé un accouchement au niveau de l’utérus agirait moins vite, le but étant ici de visualiser le chemin jusqu’à la porte de sortie (sans oublier le SAS quoi ^^)

Une fois levée, les contractions deviennent plus régulières et plus intenses. En moyenne toutes les 5 minutes. Nous prenons un dernier déjeuner rien que tous les 3.. Khloé me demande très souvent pourquoi j’ai mal et nous lui expliquons et répétons chaque fois que nécessaire que maman travaille pour ouvrir la porte par laquelle sa petite sœur sortira de mon ventre.

Nous débarrassons « comme tous les jours » tous les 3 et je sens que Khloé est sereine. Les contractions s’intensifiant encore nous commençons à les chronométrer… 4mn, 7mn, 5mn, 6mn, 2mn, c’est pas régulier alors je désespère que ce soit bien cela car c’est douloureux, j’ai peur de ce à quoi ressemblera le travail à ce moment là… Patrice me dit que tout de même, c’est pas régulier mais c’est rapproché alors nous appelons la sage femme et je vais prendre une douche car avec le sang que j’ai perdu dans la nuit je ne me sens vraiment pas nette.

Zut, la douche fait ralentir les contractions et la sage femme est en route (elle a 50km à faire) nous restons 20minutes sans contractions…. Et là ça repart de plus belle mais de façon régulière toutes les 4minutes… il est presque midi, la sage femme arrive enfin ! nous nous installons sur mon lit pour qu’elle puisse voir ou j’en suis, col mou et raccourci de moitié, on avance mais comme je le redoutai on est pas encore dans le travail… Elle me dit que je gère bien les contractions, elle me guide de ses mains pour accentuer encore les mouvements de bassin qui vont guider mon esprit et mon bébé vers cette fabuleuse rencontre. Je lui propose de rester à manger mais accouchement n’étant pas imminent, elle préfère finir quelques courses de Noël, quitte à être en ville autant qu’elle en profite, inutile de l’accaparer… Elle nous quitte donc en nous demandant de l’appeler si ça s’accélérait mais que dans tous les cas elle revient en milieu d’après midi.

Patrice prépare à manger, Khloé et lui commencent leur repas et je les rejoins tant bien que mal, je m’assois sur le ballon pour manger, ça amuse Koko ! nous mangeons donc… sous les conseils de ma sage femme c’est pâtes au pâtes pour moi, pas de viande, c’est pas nécessaire, juste un peu de beurre et de fromage râpé pour le plaisir^^

Très vite je dois retourner m’asseoir sur le canapé car la douleur devient ingérable assise sur le ballon.

Je m’installe confortablement sur mon canapé et ma longue descente en moi commence, je viens me mettre au creux de ma poitrine dans cet endroit précieux où rien ne m’atteint, et chaque fois que la douleur tente de m’en extirper je la guide, la pousse de ce lieu qui appartient à mon esprit pour la guider dans mon ventre, j’inspire, je te nourris de cet air mon bébé, mon ventre se gonfle au maximum, c’est douloureux mais ça te fais du bien et c’est là tout ce qui m’importe. Et j’expire, fort, longtemps, mon bassin s’ouvre et je détends mon intérieur et mon vagin pour laisser passer cet air, le guider, te guider, te montrer le chemin vers nos bras… je répète plusieurs fois… je ressens la chaleur du baiser de ma fille qui part à la sieste, qui me dit « ça va aller maman », mon Dieu que je l’aime…

Je replonge dans ma bulle, le temps semble s’arrêter, j’arrive à m’endormir entre les contractions, pour certaines cependant je n’arrive plus à faire le mouvement comme je le voudrais, les vagues deviennent torrentielles, elles se succèdent, se confondent, se mélangent et commencent à m’empêcher de me concentrer…

« Patrice ! mon Cœur ! s’il te plait, appelle Chantal je n’en peux plus »

« elle est là bébé, elle passe juste le portail »

« quelle heure il est mon cœur »

« 16h30 »

Khloé se réveille à l’arrivée de la sage femme, elle m’embrasse et part gouter chez mamie en me disant qu’elle est contente d’y dormir ! « à demain maman etène très fort »

La Sage femme me propose de me toucher mais étant sortie de ma bulle je ne veux pas…

« il faudrait ma puce »

« d’accord »

Je me déplace tant bien que mal, la reprise en main de ce corps que j’ai abandonné m’est difficile, il est si douloureux… le contrôle commence, elle me sourit…

« ma chérie tu es parfaite tu es dilatée à 4.5 , cette fois c’est parti, nous allons ensemble retourner dans ta bulle et ensuite je vais tout préparer, dans quelques poignées d’heure ton bébé sera contre toi »

La main de mon mari se blottit dans la mienne, la voix de Chantal pénètre mon esprit mon corps, elle est avec moi dans mon endroit… le sait-elle seulement ? cet endroit qu’il y a si peu de temps, je ne connaissais pas, voilà que je lui ouvre… ma Chantal… Elle me parle et ça me berce, on travaille bien…

Jusque là silencieuse, les contractions commencent à m’arracher des sons… Je l’entend dire à Patrice tout un tas de choses, ça s’active autour de nous…

« Alice ? Alice ? veux tu bouger ? peux tu bouger ? ton bébé est bientôt là, tu veux qu’on monte »

Je pleure… je ne peux pas bouger, je ne veux pas sortir de ma bulle, qu’on me laisse…

« Non je veux qu’on reste là »

« d’accord, je vais te contrôler quand tu seras prête »

« Allons y »

Je suis à 8/9 mais bébé bouge encore énormément et ne s’engage pas le moins du monde…

« Je peux percer la poche si tu veux »

« Oui vas y faut que ça s’arrête je n’y arriverai pas »

« Phase de désespérance, parle lui Patrice »

Je la sens m’écarter, et d’un coup je sens un liquide chaud se répandre le long de mes cuisses, ça soulage, moins de pression dans mon ventre… première sensation agréable depuis une éternité…

« On va t’aider Alice, bébé va bientôt être avec nous, il faut par contre que tu te mettes à 4 pattes pour l’aider, elle a besoin de toi… »

Je m’accroupis, on pose des coussins sur la table basse sur laquelle je me repose de tout mon poids. C’est insoutenable, une déferlante m’envahit, je me sens comme un toboggan, je sens bébé avancer centimètre par centimètre elle arrive, deux contractions vont passer, horribles, affreuses, je lutte de tout mon corps je le sens, inutile de me raisonner…

« Alice on va changer de position, tu dois accepter de t’ouvrir, accepter d’avoir tellement mal, je sais que tu peux le faire… »

Je lève les yeux et vois le siège hollandais dont nous avions parlé, derrière la chaise où est assis Patrice il me tend les bras… Je m’asseois sur le siège et blottit mon dos entre les jambes de mon mari, le père de l’enfant que je porte pour encore si peu de temps en mon ventre…

Une contraction arrive, j’ai pas fini de m’installer… je lui broie les pouces… « Putain t’as de la poigne me dira-t-il la contraction passée »

Je continue de lutter du moins je crois mon corps me parait brulant et étranger, je ne gère rien, les contractions poussent fort , je ne gère pas, c’est plus fort que moi…

Chantal m’aide à bien me mettre et plonge son regard dans le mien, « la prochaine je te pose bébé sur le ventre »

Je n’y crois pas, la contraction arrive, je pousse à peine, et je sens tout, sa tête, ses épaules et hop mon bébé et dehors… je n’arrive pas à y croire. Elle ne pleurera pas de suite mais elle va bien elle est juste bien et un peu sonnée d’arriver en notre monde… c’est mon bas ventre qui accueillera bébé car le cordon est court, on attend un long moment, tous sonnés et ne touchant plus terre, le cordon est coupé par papa et enfin on peut me poser ma fille sur le torse…

S’en suivra une longue tétée, du peau à peau, de l’amour. Le temps pour ma sage femme de m’aider pour extraire mon placenta, c’est papa qui sera en peau à peau avec sa fille et ensuite, tout naturellement il me la repose sur le torse et à nouveau ce sein si réconfortant… ma fille restera sur moi-même pendant la petite couture… aucun moment ne nous est volé, tout est à nous et rien qu’à nous…

Cette naissance je l’ai rêvée, je l’ai eue, elle m’a guérie, apaisée, mon corps de femme et de mère sont réconciliés.

Le lendemain, mon ainée qui a dormi chez sa mamie est arrivée à la maison et a prononcé juste ces mots qui clôtureront mon récit :

« On s’aime ! »

 

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6 Réponses to “#159 Alice, à domicile, après un accouchement volé en maternité”

  1. raphiton 25 février 2013 à 7 h 44 min #

    Je suis très émue de lire ton témoignage.
    C’est juste extraordinaire! Merci.

  2. meyer 25 février 2013 à 22 h 19 min #

    j’aimerais savoir un peu plus de Chantal!!! Je souhaiterais la contacter!!pouvez vous m’en dire un peu plus en message perso?
    meyer_jeanne@orange.fr

    • Alice Da Silva Seixas Lelièvre 1 mars 2013 à 20 h 04 min #

      Vous habitez à quel endroit ?

      • bardes 1 mars 2013 à 22 h 05 min #

        Paris mais je pense pouvoir bénéficier d’échanger avec votre super sage femme.

  3. Hulin 7 avril 2013 à 23 h 21 min #

    Magnifique témoignage,très émouvant. Je rêverais de vivre le même accouchement que vous, mais je ne sais pas si j’en serais capable 🙂

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