# 161 Jennifer_ Nancy 2012_ Des rendez-vous manqués…

25 Fév

Récit de la prise en charge de mes fausses couches, à Nancy (Jennifer, je ne souhaite pas l’anonymat)

Depuis janvier 2012, nous tentons d’avoir un deuxième enfant. Après ma puce, dont j’ai déjà raconté ici la naissance chaotique par césarienne en septembre 2010. Même maternité…
En février 2012, j’ai fait une fc très précoce, j’ai eu les résultats de la pds qui ne présageaient rien de bon, et le soir même, saignements…. Tout s’est passé naturellement…
20 jours plus tard, je suis à nouveau enceinte. Pds, écho de datation, un joli petit coeur bat dans mon ventre, et puis de toute façon, la foudre ne tombe pas 2 fois au même endroit!
Echo du premier trimestre le 1 juin : « oh il n’a pas poussé… Je suis désolée » Ma sage-femme échographe est si douce, si désolée…
Plus d’un mois que son coeur s’est arrêté! J’attends le week-end que la nature fasse son travail, je participe même à mon gala de danse, pour me changer les idées, pour ne pas planter les copines, pour ne pas rester à ruminer et pleurer sous ma couette, espérant aussi déclencher l’expulsion… Mais rien, alors lundi gyné, prise de cytotec pour déclencher la fc. Selon elle, c’est la meilleure solution, parce que je veux que ça s’arrête, tout de suite, je ne supporte pas de porter la mort, impression d’être un cercueil… Et la marternité attendrait au moins 15 jours/3 semaines avant de me prendre en charge, pour laisser une chance à la nature de faire son travail…
Je passe donc la nuit chez mes parents, avec ma puce, car mon homme est en déplacement, et je ne dois pas rester seule, au cas où… Heureusement..!
Mardi, 4h du matin, contractions, grosse perte je me retrouve trempée, et puis des caillots, des caillots… Je ne me rends pas compte que c’est trop, que ce n’est pas normal. La tête commence à me tourner, je me dis que je vais bientôt demander à ma maman de me monter quelque chose à manger. Je pense d’ailleurs que c’est dommage qu’on n’ait pas de jus de raisin, on me donne toujours ça quand je donne mon sang, car je tourne de l’oeil facilement. Ma fille se réveille, je vais la voir, la câline, puis elle descend avec ma maman. Je ne cesse d’aller aux toilettes, je perds tellement que les protections débordent immédiatement. Jusqu’à 8h du matin, où je m’évanouis aux toilettes. J’ai senti la baisse de tension en même temps que je perdais un gros amas de caillots, me suis dit qu’il fallait absolument que j’appelle à l’aide, mais sans force, j’ai posé mon visage au frais contre le mur, et me suis évanouie. Ma tête rebondit sur le lavabo, puis dans le coin du mur et je finis face contre terre.
Je me réveille une fois. Je suis bien, je suis au frais, oui, il y a une mare de sang sous moi, mais je nettoierai plus tard, je suis si fatiguée….
Quelques minutes plus tard, ma maman, qui a entendu le boum de ma chute, frappe à la porte (je suis couchée derrière, impossible à ouvrir), j’entends mon prénom, je me réveille, m’assoit, et voyant le spectacle, demande à ma mère de me donner une serviette, pour me couvrir. Le temps qu’elle revienne (soit 10 secondes), je suis à nouveau inconsciente, assise, yeux grands ouverts. Ma mère me secoue, je reviens un peu à moi et lui dis que oui, là, il faudrait peut être appeller la maternité pour voir ce qu’on fait… Plus lucide que moi, elle appelle les pompiers.
Transportée aux urgences de la maternité. Dans la salle à côté, on fait un monito à une maman sur le point d’accoucher… J’entends le petit coeur si vigoureux…
Pendant 1h, à vif, avec la main d’une auxiliaire à serrer pour tout réconfort et analgésique, on me nettoie avec une pince, et des compresses, même si « ça pisse, ça pisse » (selon les propres mots de la sage femme), les paquets de compresse s’enchaînent, l’infirmière peine à suivre la cadence… Cela pour m’éviter un curetage, trop invasif..!
Je me sens mal, préviens l’auxiliaire, mais trop tard, je fais un nouveau malaise. On me met la tête en bas, m’injecte je ne sais quoi. Echo, mon utérus est plein de sang, de caillots, il est donc impossible que l’hémorragie s’arrête d’elle même. Je suis si faible qu’on n’est pas loin de la transfusion, alors on m’emmène enfin au bloc.
Ce même bloc où l’on m’a césarisée il y a 2 ans. De nouveau j’ai froid, je tremble, j’ai peur, je pleure. Je leur raconte mes souvenirs qui remontent, qui font redoubler mes sanglots, on me dit « mais oui mais vous avez une petite fille en pleine santé! » Oui, alors le reste, on s’en fiche…
Quand je me réveille, tout est fini… Et mon homme est auprès de moi, il a roulé comme un fou pour me rejoindre. C’était le 5 juin, je pleure encore chaque soir, j’y pense à chaque instant, à la perte de ce bébé, à la barbarie du personnel, à ce qu’a vu ma pauvre maman…
Le 17 décembre, j’ai le rdv de contrôle du 3e mois de grossesse avec ma gyné. Je suis à nouveau enceinte, 2 fc ça « ne compte pas », c’est « pas de chance », donc on ne peut que recommencer et prier. Depuis 4 jours, je n’ai plus mal aux seins. Mauvais pressentiment, j’ai déjà connu ça. Ma gyné hésite à me faire un doppler, c’est tôt, et si on n’entendait rien ça ne signifierait pas pour autant que le coeur ne bat pas, il est si petit! Je ne veux pas passer les fêtes dans l’incertitude, mon écho n’a lieu que le 6 janvier, j’insiste, elle cède. Et cherche. Longtemps. Regrette d’avoir céder. Je commence à pleurer, elle s’en veut de me mettre dans cet état, me rassure comme elle peut, ça ne veut rien dire! Elle me donne une ordonnance pour faire une écho de contrôle. Et me donne aussi la valise de maternité, les papiers pour déclarer la grossesse, car elle en est sûre, l’écho nous rassurera.
Ma sage-femme échographe n’est pas là avant le lendemain soir, je fonds en larme au téléphone, explique à la secrétaire l’année que je viens de passer, elle me conseille d’aller quand même aux urgences de la maternité, même si je ne suis pas vraiment une urgence…
D’ailleurs on me le fait comprendre. On me dit (après avoir vérifié dans un petit calepin) qu’on ne peut rien entendre au doppler avant 19 sa… Je sais que c’est faux, on a entendu celui de ma fille à 12 sa! On me dit qu’aux urgences on ne sait pas faire d’écho de bonne qualité. Mais bon, quand même, on va m’examiner. J’attends si longtemps, je me demande pourquoi ces femmes sont là, sont-elles comme moi, sont-elles là parce que leur bébé va venir bientôt, ou bien elles ne le sentent plus, les ventres dans cette salle vont-ils donner la vie, la mort? Et le mien?
Une sage-femme et son élève me prennent en charge, j’ai été son premier toucher, cool! Du coup il faisait tout confirmer par la sage-femme (double examen, super), ou par moi, vu que la gyné venait de m’examiner (ah oui, triple exam!) Il met le spéculum, je me raidis, oups je vous fait mal? Sa collègue lui répond ben tu sais c’est pas très agréable.. Mon col « externe » est ouvert de 1, mais pas étonnant vu que c’est ma 4eme grossesse. Sinon tout bien, pas de saignement. (ça, je le savais déjà!) Echo, ils ne voient pas bien, ne savent pas trop ce qu’ils voient, le jeune dit « je trouve qu’on voit mieux en endo quand même, non? » Je lui réponds oui mais pour nous c’est moins agréable (visiblement tu ne connais pas trop les femmes et leur vagins, alors on va reprendre les bases mon petit!)
Finalement ils veulent tenter en endo, du coup faut que j’aille vider ma vessie. « mettez le drap autour de vos hanches, et les toilettes c’est juste à côté ». Je sors donc à moitié nue, un ptit coucou au couple dans le couloir, madame est enceinte jusqu’aux dents, un ptit monitoring, je suis ravie d’entendre le coeur de votre bébé tout en vous montrant mes cuisses! En endo ils voient mieux mais toujours pas sûrs de leur coup. pourtant on n’entend rien, il lui manque 2 semaines de croissance, et on ne voit pas le coeur palpiter… ( à ce stade, je l’avais vu en juin, pour l’écho de datation, donc moi j’étais sûre…)
Ils vont chercher une sage-femme plus douée, re endo (troisième personne qui m’enfonce sa sonde, youhou!)
L’image est bien plus nette, elle prend les mesures, etc, me dit qu’effectivement, comme je me doutais, ça semble arrêté. Depuis 2 semaines. Elle est douce, elle m’explique que bébé est trop gros pour le cytotec (de toute façon je lui explique juin et lui dis que je n’en veux pas!), et qu’on devrait me faire une aspiration avant la fin de la semaine, que je vais quand même revoir demain une échographe référente pour confirmer, et l’anesthésiste.
Du coup le lendemain re-écho, en sus-pubienne, puis en endo (je commence à avoir l’habitude), parce qu’elle trouve mon placenta bizarre. Sa collègue lui dit qu’il doit être en train de se désagréger, de le signaler mais sans insister. On ne m’explique rien. Le compte-rendu sera envoyé à ma gynéco, elle verra si elle veut investiguer de ce côté. (oui sauf qu’à ce moment là il n’y aura plus de placenta…!) Puis anesthésiste. De 11h45 à 14h30, 3 salles d’attente, avec les femmes enceintes jusqu’aux dents qui te regardent par en dessous parce que t’as une tête de déterrée et les larmes aux yeux, et qu’elles se doutent…

Et finalement aspiration… le 26 décembre! Planning trop chargé…Joyeux noël…

J’entre à la maternité à 7h du matin, patiente jusqu’à 11h. De nouveau ce même bloc, et tout ce qui est associé. Une auxiliaire me demande ce que je fais là, je lui raconte, elle me dit vous savez moi j’ai fait 3 fc, et ensuite j’ai eu 4 enfants… Il faut y croire…

Puis l’anesthésie, je sanglote, tout le personnel du bloc semble si désolé, ils sont doux, réconfortants, une caresse appuyée sur mon épaule, un regard, un sourire… ca me fait du bien, mais je m’endors en pensant à mon bébé… Et me réveille une demi-heure plus tard, dans mon délire post-anesthésique, je m’entends crier : je veux mon bébé.. J’en ai encore des frissons… Je pleure, je n’arrive pas à me calmer… On finit par me remonter dans ma chambre. J’ai mal au ventre, je vais aux toilettes, perds quelque chose. Pendant quelques secondes, je panique, je ne comprends pas, on vient de me faire une aspiration, je ne devrais pas perdre quelque chose de si gros! Et puis je me rappelle l’infirmière en bas, parlant à sa collègue : « bon elle a marqué 4 compresses mais j’en ai enlevé que 3, elle a du se tromper en rédigeant son compte-rendu » Et bien non, il y avait bien 4 compresses! Quelques heures plus tard je suis à la maison, encore une fois vide.

Depuis, on ne cesse de me répéter que c’est certainement 3 fois pas de chance. Nous arrivons à la fin de notre bilan de fertilité, et rien. Nous allons bien. Nous n’avons plus qu’à recommencer, encore…

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2 Réponses to “# 161 Jennifer_ Nancy 2012_ Des rendez-vous manqués…”

  1. Elaim 25 février 2013 à 15 h 39 min #

    Quand je lis votre témoignage je me sens si triste et si touchée.Il est vrai que certaines femmes « enchainent » les fausses couches pour ensuite … être mamans plusieurs fois sans problème… (dont une de mes amies qui a fait quatre fausses couches à la suite avant d’avoir ses deux fils en deux ans et demi!) Je suis étudiante en master 1 de psychologie clinique, et je fais un stage actuellement en périnatalité donc dans une maternité. De ce point de vue, je ne puis que vous inviter de manière tout à fait empathique à ne pas rester seule avec vos ressentis et émotions.Il pourrait être intéressant dans ce genre de problématique de rencontrer un(e) psy, bienveillant(e), qui saurait vous écouter à propos de tous ces vécus si traumatisants, et qui vous aiderait à explorer et intégrer votre histoire, à la fois personnelle et familiale en relation avec ce qui concerne la naissance. Avec tous mes encouragements !

    • Jennifer 25 février 2013 à 23 h 55 min #

      Merci… Je fais (un peu) ce travail sur moi avec une amie, elle n’est pas psy, mais je ne me sens pas le courage pour l’instant de consulter… Même si je sais que j’en aurais besoin…
      Merci beaucoup pour vos mots…

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