#165 Anonyme, dans le Nord (59)

26 Fév
L’accouchement ça commence d’abord et avant tout par neuf mois de soins médicaux.
Quand j’ai su que j’étais enceinte de mon premier enfant, j’ai pris rendez-vous chez mon médecin traitant mais j’ai été surprise qu’on me demande partout ( prise de sang, pré-inscription en maternité…) qui était « mon » obstétricien. Apparemment toutes les femmes de France ont un obstétricien perso. Moi je n’en avais pas. Je faisais confiance à mon médecin de famille pour mon contraception, point. Devant ce constat, il a fallu que j’en recherche un.
J’ai téléphoné à la clinique la plus proche de chez moi et j’ai expliqué à DEUX secrétaires que je souhaitais un rendez-vous pour ma première échographie.
Rendez-vous pris, je me rends toute heureuse à la clinique, rencontre le charmant docteur qui me pose de nombreuses questions sur tous les cancers de ma famille… Au bout d’un long palmarès morbide, il me demande pourquoi je suis là. Je lui explique que je viens pour ma première écho, et là il me regarde stupéfait et m’explique que cela fait sept ans qu’il a arrêté l’obstétrique !
Je décide que je préfère prendre la chose avec humour et lui dit que ce serait bien qu’il en informe ses propres secrétaires !!! Il me conseille un cabinet et un gynécologue en particulier.
Je téléphone rapidement et demande le fameux gynécologue mais la secrétaire ( désolée mesdames les secrétaires mais vous êtes toujours nos premières interlocutrices pour le pire et pour le meilleur ) me reçoit bien vilainement et m’explique que M Bip est trop occupé dans les semaines à venir et me donne d’office un RDV avec une autre gynécologue, appelons-la Mme Bop.
Je n’ai JAMAIS rencontré de personne aussi désagréable que Mme Bop. Aucun sourire, une froideur terrible, aucune explication de quoi que ce soit. Je suis une patiente lambda dans sa journée, elle me méprise et s’arrange pour que je le sache.
Par exemple, elle me demande comment je me sens. Je lui explique que j’ai un peu mal au ventre mais que c’est vivable et elle me rétorque «  oui ben vous êtes enceinte hein ! Vous vous attendiez à quoi ? »
Ou encore elle me demande si j’ai un jour ou heure de préférence pour le prochain rendez-vous. Je les lui donne. Elle me répond : « Non mais vous croyez que les gens sont à votre disposition ?! » Dans ce cas pourquoi me questionner ??????
J’ai quand fait ma première échographie chez elle mais je le regrette amèrement car elle me faisait tellement peur que ce moment a été assez éprouvant.
Je dois ajouter, car c’est à mon sens le plus grave, que Mme Bop me faisait très mal lorsqu’elle m’examinait et que je ressortais de son cabinet en me sentant souillée et dégradée.
C’est une amie qui m’a poussée à changer de praticien en m’expliquant que rien ne me liait à Mme Bop et que je ne lui devais rien. Mais c’est fou de se dire que j’ai eu beaucoup de mal à le faire. Quand on n’aime pas un garagiste on en cherche un autre sans état d’âme ! Il faut faire pareil avec les médecins. D’autant qu’on ne leur confie pas une voiture, mais notre corps !
J’ai donc changé de gynécologue et heureusement ! J’ai ainsi découvert qu’on pouvait être examinée sans aucune souffrance, ni humiliation !
Cela nous amène au jour J ou presque. J’ai percé la poche des eaux un mercredi matin et je n’ai accouché que le vendredi à 1h29.
Entre temps, attendant que mon col s’ouvre, on m’avait d’abord placée en salle de travail mais j’ai vite compris que personne ne savait que j’étais là. Je me suis donc levée et ai signalé ma présence… Les sages femmes m’ont regardée éberluées. Certaines ont dit devant moi : « c’est qui celle là ? » J’en ai profité pour demander à boire… Un minimum …
Comment cela est-il possible ? Les transferts de patients ont dû être zappés ce jour là.
Dans la journée, je m’ennuyais et décidais de lire un magasine que j’avais apporté avec moi . Une des aides soignantes me voyant lire a rétorqué dans le couloir pour que tout le monde l’entende
 : « oh bah elle lit celle-là, vlà mieux ! ». Eh oui, j’étais « celle-là » !
Mercredi soir, col toujours fermé, on me donne ma chambre où je suis assez bien traitée. Les contractions ont commencé dans la nuit de mercredi à jeudi. Et c’est là que mon enfer a commencé. Je suis restée en contractions, sans péridurale, sans aucuns soins, pendant douze heures ! Je devenais folle…
Mon gynécologue était venu me voir  à sept heures du matin et il m’avait dit que je pouvais appeler mon mari, que j’accoucherais le matin même, qu’il allait s’occuper de moi. Je l’ai entendu dire à la sage femme qui l’accompagnait qu’il ne pouvait pas me laisser dans cet état de souffrance….
A quinze heures, il ne s’était rien passé. Je n’avais vu personne. Personne pour me dire où en était la situation. J’avais tenté plusieurs fois d’appeler mais sans succès. A bout, j’ai demandé à mon mari d’aller exiger quelqu’un dans ma chambre et vite ! Une sage femme a fini par venir et m’a dit sur un ton amusé de ne pas m’inquiéter, qu’il y avait beaucoup d’accouchement ce jour-là et que ça serait bientôt mon tour…
J’ai été enfin admise au bloc et j’ai accouché quelques heures plus tard. On m’a donné le temps d’attendre que mon col s’ouvre pour que je puisse accoucher par voie basse et tant mieux. Mais lisez plutôt ce qui suit.
Mon accouchement, à proprement parler, commence et c’est long… J’ai mal, je ne pousse pas correctement. Le sage femme m’avait demandé d’arrêter la péri une heure avant pour que je sente bien les contractions pendant l’accouchement. Seulement j’ai tellement mal que je ne fais plus la différence entre contraction ou pas. Je demande si je dois pousser et Grégory ( mon sage femme ) me répond que c’est à moi de voir. En gros, je passe un examen. C’est à moi de dire si j’ai une contraction ou pas et personne ne va m’aider. Je supplie mon mari du regard et il regarde le monito pour me faire signe quand j’en ai une. Du coup, l’aide soignante retourne le monito pour que mon mari ne puisse plus m’aider. Et elle va voir Grégory et lui masse les épaules, car elle estime qu’il a besoin de soutien… Il soupire et lui dit «  c’est un premier… » . Il faut savoir que lorsque l’on accouche d’un premier enfant on ne mérite aucun respect…
Finalement le gynécologue de garde vient et prend le relais. Heureusement car je n’en pouvais plus. Il décide aussitôt d’utiliser une ventouse et tout se termine très vite. J’accouche de Susannah, 3,750 kgs, 55 cm, sans épisiotomie ni déchirure. C’est la première fois que je suis contente d’un gynécologue…
Mais nous n’étions pas au bout de nos (mauvaises) surprises… Durant les cinq premiers jours de Susannah, nous avions constaté quelques fonctionnements qui nous avaient parus bizarres ( prises de sang inexpliquées, anxiété de certaines auxiliaires de puériculture…) mais comme c’était notre « premier »  nous ne savions qu’en penser… Tout s’est expliqué le jour où nous avons quitté la maternité.
Visite du pédiatre juste avant le départ.
Elle nous dit : bon, on vous a expliqué pour Susannah ?
Nous : euh… expliqué quoi ?
Elle : Ah, on ne vous a pas dit ? Susannah a une bactérie. Donc durant les trois prochains mois, si elle a la moindre fièvre, vous allez aux urgences, ou si elle vous paraît bizarre, vous allez aux urgences ! Ok ?
Nous : …
Elle : Sinon, c’est un bébé allaité ?
Nous : Non !
Elle : Ah dommage
Nous : pourquoi ?!
Elle : parce que si elle avait été allaitée, elle aurait eu plus de chances de lutter contre la bactérie ! On ne vous l’a pas dit ?
Nous : bah non…
Elle : des questions ?
Incroyable mais nous sommes restés sans voix…
On avait tellement de questions qu’on ne savait par où commencer…
On était choqués, tristes, impuissants…
Nous avons été contraints, par manque d’informations, de chercher nos réponses sur Internet et de fouiller dans le dossier de Susannah pour constater qu’elle était porteuse de la bactérie GH e colli.
Cela n’était pas grave si la bactérie ne se développait pas mais tout était là… Il fallait juste espérer qu’elle ne se développe pas sinon c’était 12 % de décès… Et nous sommes restés avec ce chiffre affreux en tête jusqu’à ce que notre médecin traitant ( heureusement qu’ils sont là) nous donne des astuces pour aider notre bébé à lutter contre cette bactérie.
Cette nouvelle a littéralement pourri notre retour à la maison qui restera à vie un affreux souvenir, car nous étions terrorisés et livrés à nous mêmes !
Avec le recul je ne comprends pourquoi nous sommes restés si silencieux, nous aurions du ruer aux brancards, faire un scandale mais je crois que nous étions trop sidérés pour cela…
Quelques jours plus tard nous avons vu une sage femme à domicile à qui nous avons fait part de notre colère. Elle était pleine d’arrogance, s’est moquée de nos biberons, du fait que nous étions jeunes parents… Elle nous a rétorqués qu’il était improductif de forcer un allaitement non désiré à la base. Soit, je le conçois, mais j’aurais quand même bien voulu être informée dès le départ, avoir toutes les clés de l’avenir de mon enfant en main…
Aujourd’hui, Susannah a quatorze mois et va très bien. Mais ce qui est sûr c’est que ce n’est pas grâce au corps médical de la maternité privée où j’ai accouché où on estime qu’une patiente ignorante est plus gérable qu’une patiente avertie… Quel scandale !
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :