#169 Anonyme – 2003

26 Fév

Je suis arrivé à la maternité, le lundi 5 août 2003, vers 16h, en pleine canicule, pour la toute dernière visite. C’était ma première grossesse…
Et là, après un premier TV (touché vaginal), la gynécologue que j’ai vu, m’a dit : « vous êtes dilatée à 3, nous allons vous garder, vous provoquer un peu les choses, et vous poser la péridurale,… ».
« Euh ??? Mais je préfèrerais rentrer chez moi, et revenir plus tard, je voudrais prendre un bain, et de toute façon, je ne crois pas vouloir la péridurale… »
Après un moment de réflexion elle m’a répondu : « écoutez, vous allez tout de même aller dans la salle de contrôle, pour que l’on vous pose un monitoring, et que l’on voit si tout est ok ».
C’est à partir de ce moment-là précis, mais je ne le savais pas encore, que j’ai perdu le contrôle de la mise au monde de mon bébé. C’est cette phrase de la gynécologue, et mon acquiescement, qui va faire basculer le beau projet de naissance que j’avais pour mon premier enfant… projet qui n’était que dans ma jolie petite tête naïve de primipare. Je pensais comme candide que « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles »
Et je me suis donc retrouvée dans cette petite pièce, avec tout l’attirail posé sur mon ventre, et j’ai attendu, attendu,…  au final, une sage-femme vient, et me dit que tout est bon, et elle me refait un T.V., et là, ma poche des eaux se perce…
Sans avoir eu le temps de réaliser ou de dire quoi que ce soit, je me suis retrouvée allongé sur un lit, dans une chambre, avec heureusement mon homme à mes côté, et encore et toujours, tout l’attirail posé sur mon ventre. Les douleurs, qui faute de poche percée, ont commencé à se faire sentir, et sont devenues de plus en plus insupportables. Nous avons été plantés là avec mon mari, dans cette chambre, avec personne pour nous parler, nous dire ce qui allait se passer et qu’elles étaient mes possibilités…
Nous avions de toute façon été informés qu’à partir de 17h les horaires de nuit commençaient… et que donc, il n’y avait plus ni gynécologue, ni anesthésiste sur place. Exit la péridurale, si j’hésitais, de toute façon je n’avais plus le choix !
J’entendais des femmes hurler la mort dans le couloir. Et mon mari a commencé à avoir peur, me voyant également me tordre de douleur. En essayant de trouver quelqu’un, il s’est fait« gentiment » rembarré par une infirmière : « Mais je ne peux rien pour vous ! j’ai été appelé en renfort, mais je viens du service de cardiologie, je ne suis au courant de rien… ».
Alors, j’ai souffert le martyre jusqu’à environ 2h00 du matin,… Je ne savais pas comment me placer, allongée sur le dos dans ce lit, parfois j’arrivais à peu près à gérer les contractions, parfois je n’en pouvais plus, la douleur me submergeait et je me bloquais complètement, j’arrêtais de respirer et me tortillais en gémissant entre mes dents serrées. Je focalisais sur ce monitoring, et le bruit qu’il traduisait, comme si mes contractions dépendaient de cette machine… A un moment, quelqu’un est tout de même venu m’injecter un produit, mais lequel ?
Puis, la fameuse infirmière et venue chercher le lit dans lequel j’étais, pour l’amener en salle d’accouchement. J’aurais pu déjà avoir mon bébé dans les bras qu’elle ne l’aurait même pas capté…
Au passage, devant une des autres salles nous avons vu une femme à quatre patte, entrain d’éponger avec une serpillère une mare de sang par terre… et cette femme, nous l’avons découvert juste après, était la sage-femme qui devait m’aider à mettre au monde notre bébé.
Quand elle est arrivée, elle était blême. Son visage et son regard étaient marqués de fatigue et de stress endurés. Elle était seule, il y avait 5 accouchements dans la nuit, et j’étais la dernière… Et malgré tout le reste de la situation, j’ai tout de suite ressenti énormément de compassion pour cette femme.
Après un très rapide control, elle est repartit. Et là, de nouveau seule, et dans cette salle d’accouchement qui faisait carrément flippée (j’aurais préféré rester dans la chambre pour le coup). J’étais toujours allongée sur le dos avec cette fois les pieds dans les étriers, et nous avons attendu, toujours dans la souffrance, et l’incompréhension des évènements.
Finalement mon corps s’est mis à pousser tout seul (chose que je ne savais pas possible…) et je me suis donc mise à paniquer pour de bon, et comme je ne voulais pas que mon mari me lâche la main, nous hurlions tous les deux à tu tête « et ooooh ! Y a quelqu’un ?! Au secours ! Ça pousse tout seul là ! viiiite !!! »
Et au bout d’un certain temps… où j’essayais tant bien que mal de retenir cette « poussée », elles sont enfin arrivées, et à deux cette fois…
Et donc j’ai poussé, poussé comme une tarée ! Mais, entre autre chose, dans la famille nous avons le bassin étroit, et j’ai eu beau pousser, pousser, et bien ça ne sortait pas !
Au bout d’un très long moment, j’ai vu s’approcher un bistouri. Et là, paf ! Il y a eu une connexion à l’instant présent, un éclair de lucidité qui s’est produit, et j’ai bien évidement arrêté de pousser, en hurlant « mais qu’est-ce que vous me faites là ?». Je n’ai même pas entendu la réponse, tellement j’ai souffert (rien que de l’écrire, je pleure encore de ce moment, et pas pour le souvenir de la douleur, qui n’est que secondaire au final, à tout le mal qu’à laisser derrière elle, cette torture à laquelle je ne m’attendais absolument pas…).
En plus, malgré ça, le bébé ne sortait toujours pas…
Alors les choses ont pris un nouveau tournant, et tout s’est enchainé très vite cette fois.
Avec mon mari, nous avons ce même souvenir marquant, d’avoir perçu dans le tumulte et l’effet à demi inconscient du moment, les chuchotements et les échanges de regards des deux femmes , qui en disaient long sur l’angoisse qui transpirait dans cette pièce, et l’aspect urgent d’une situation qui semblait échapper à tout le monde.
Je me rappel alors, que l’autre femme m’a mis un truc en plastique dans le nez, avec des tuyaux de partout, et qu’elle m’a grimpé dessus, sur le ventre… je ne voyais plus que ses fesses et je sentais qu’elle poussait dessus en même temps que je poussais moi. A partir de là, j’ai agi dans un élan hors de mon contrôle, en ayant l’impression que ce n’était plus moi qui décidais, mais une force d’ailleurs. J’ai eu l’impression d’avoir décroché, démissionné, et pourtant c’est là que je me suis acharné le plus ! C’est extrêmement difficile à décrire comme ressenti.
Et j’ai donc poussé, j’ai poussé avec le désespoir de me dire, que c’était « ma » dernière chance de survie pour mon bébé ! Et j’en suis encore persuadée aujourd’hui… je savais qu’il fallait absolument que ce bébé sorte, et tout de suite ! et que cela ne dépendait que de moi…
Et il est sorti… c’était un garçon ! Après un temps qui m’a semblé une éternité, on me la posé sur le ventre, et avec son papa, on était tout gâteux de lui… il pleurait comme une petit chèvre, il était tellement beau… ce fut vraiment intense et plein d’émotion pour nous trois.
Et puis, il a voulu téter (quel bonheur !), ce moment tant attendu pour moi, je le regardais faire avec émerveillement. Comme pour l’accouchement, je pensais naïvement qu’allaiter était une chose innée et naturelle, et qu’une maman allaitait son bébé, point !
Mais il n’a pas réussi à téter, il avait l’air tout perdu, tout plein de stress… j’entends encore m’a voix toute tremblante dire « il n’y arrive pas, il n’arrive pas à téter, il y a un problème… ? ». Et je pense que devant mon incompréhension, une des deux femmes est venue m’aider à lui mettre le sein dans la bouche, elle a essayé un petit moment, mais rien n’y a fait… alors pour me rassurer elle m’a dit que ce n’était pas grave, qu’il était « un peu » dérouté par sa sortie, et que j’y arriverais plus tard, et elle me l’a pris. Ils sont partis avec mon bébé, avec son papa aussi…
Et là, ça peut paraitre étrange, mais j’ai vécu le pire de cette nuit-là : « LA » douleur ultime, celle que tu ne supportes plus car tu as atteint ton seuil limite de souffrance, qu’en plus, tu te retrouves seule, sans le papa, et qu’on t’a « volé » ton bébé. La sage-femme était en train de me recoudre, et je l’ai détesté pendant tout ce temps, même si, au fond de moi, je savais que ce n’était pas directement de sa faute…
j’ai eu beaucoup de peine pour cette femme, pour ses conditions de travail, et pour ce qu’on lui imposait indirectement de vivre et/ou de faire vivre, au travers de son magnifique métier, mais cela me mettait très en colère aussi.
Le lendemain, au petit matin, on est venue dans ma chambre en allumant la grande lumière, et sans rien me demander, on m’a pris mon bébé car c’était « l’heure de la toilette »… j’ai dû me lever encore à moitié endormi, et partir en courant dans le couloir, après le berceau à roulette. Car oui ! je voulais être là pour ce moment…
Puis la même gynécologue que j’avais vu la veille, est venue pour la « visite », en me demandant si tout s’était bien passé, si j’avais eu la péridural, etc, etc,… elle était accompagné de tout un groupe d’étudiant. Je n’ai pas pu lui répondre.
Et beaucoup, beaucoup de personnes différentes, ont défilé dans ma chambre pour essayer de « m’aidé » à faire tété mon bébé, car je refusais obstinément les compléments au biberon. L’une d’elles à essayer de lui visser la tête sur mon sein, alors qu’il hurlait et se débattait de toutes ses forces !
Et là, je me suis dit qu’il fallait que je me débrouille pour partir d’ici. J’ai mis des embouts siliconés, que mon mari m’a acheté, et grâce à cela, mon fils a réussi à prendre un peu de poids et nous sommes rentrés à la maison. Mais les embouts en silicone on leur limite… n’arrivant pas à faire mon deuil de l’allaitement, et avec les mauvais conseils de la pédiatre, le stress qu’elle me mettait sur son poids, j’ai tiré mon lait pendant trois mois, et lui ai donné au biberon, en mixte.
Malgré tous mes efforts, mes tentatives diverses, je n’ai jamais réussi à lui faire prendre le sein…
Je n’ai jamais cherché à savoir, comprendre, me plaindre à qui que ce soit, sur ce qui s’est passé cette nuit-là, j’ai juste voulu fuir…
Mon fils a gardé comme souvenir « physique » de sa sortie, un crane complétement déformé, avec une arrête sur le côté droit, qu’aucune séance d’ostéopathie n’a pu résorber, des coliques pendant plusieurs mois qui l’ont fait atrocement souffrir, et le visage défiguré par l’exéma pendant plus d’un an. Et pour ce qui est des dégâts moral, lui seul le sait…
Et de mon côté, je tairais les problèmes physique et moral que cet accouchement a eu sur ma vie et dans mon couple, je dirais juste que j’ai fait une croix pendant de longues années sur la maman que je m’étais imaginé être un jour…

Anonyme.

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