#171 – Isabelle, Morbihan, bébé 3 – 2004

26 Fév

La naissance de bébé 1 a été traumatisante (récit envoyé il y a plusieurs jours). Du coup, pour bébé 2, question de me rassurer, mon gynéco me programme un déclenchement (10 jours avant terme, mais c’est lui le professionnel, moi je suis sur un mauvais souvenir, j’ai changé de gynéco et suis passée de l’hôpital à la clinique, j’ai 25 ans, j’écoute le corps médical). De cette façon, c’est lui qui sera présent, et je peux ainsi être sûre de la présence du papa (situation professionnelle compliquée à ce moment-là). Quand j’y repense… Mais c’est ce dont j’avais besoin à ce moment-là.
Mais venons-en à bébé 3.
Du fait de l’amniosynthèse, je sais que c’est une petite fille. Cette grossesse aura été beaucoup moins sereine que les deux précédentes. J’ai 28 ans. Je me pose beaucoup plus de questions, est-ce dû à l’expérience ?
Mes deux précédentes filles ont été délogées (déclenchement), il est hors de questions qu’il en soit de même cette fois-ci, je veux vivre mon accouchement, je ne veux pas que ce soit un acte médical.
8ème mois de grossesse, visite chez le gynéco. Il constate que bébé est en siège. Je lui déclare alors que quoi qu’il en soit, j’accoucherai « normalement ». Il n’est pas la peine qu’il pense à me faire une césarienne !! Avec son franc parler, il me fait comprendre que je suis « folle », et qu’il ne m’accouchera pas ainsi. Il me parle de tous les risques, mais toutes ses tentatives pour m’impressionner n’ont aucun effet sur moi. Sans compter que je veux accoucher sans péri, car les deux fois précédentes, on ne m’a pas demandé mon avis ! Un siège, par voie basse sans péri….. On est en 2003, je crois que c’est la première fois de sa carrière qu’il doit entendre ça vue sa réaction.
Sortie de ce rendez-vous, je fais la forte, mais je n’en mène pas large en fait. Césarienne et le pire mot que je puisse entendre (j’ai déjà eu droit à l’amio, alors ça va, ça suffit comme ça). Je rentre chez moi, et j’appelle immédiatement ma sage-femme. Une femme en or, une femme formidable. Je lui parle de la position de bébé, elle me conseille d’aller voir un ostéo qui pourra m’aider à guider bébé pour qu’elle se remette dans la bonne position. Je suis en larme au téléphone, elle est sereine et rassurante. Je vais voir l’ostéo, et il m’explique le chemin que bébé doit faire pour se remettre dans la bonne position, il me montre les gestes à faire pour l’accompagner. Il me dit de lui parler, de lui expliquer qu’elle doit se retourner tout en faisant avec elle ces gestes qui la guideront. Alors tous les jours j’applique ces conseils. Et puis un matin, je sens que les formes ne sont plus les mêmes aux mêmes endroits. Je me lève toute excitée, j’habille mes deux filles en 5 mn chrono et tout le monde dans la voiture direction la clinique pour confirmation. Une fois là-bas, à demi-mots je demande s’il est possible qu’une sage-femme me confirme la position de bébé, et on me répond sourire aux lèvres « bien sûr, venez on va faire un petite écho ». Waouh, je suis ravie, je n’en demandais pas tant. Et là, on constate que bébé s’est remise en bonne position. Je la félicite, et tous les jours je lui dis que c’est bien, qu’il faut qu’elle reste comme ça jusqu’au bout maintenant.
Les jours passent, dernier rendez-vous chez le gynéco. Je suis fière et forte de rentrer dans son cabinet en lui disant que bébé s’est retournée, qu’ainsi donc, fini le mot « césarienne » !!!
Il est prévu que j’accouche le 24 mai. Il prend déjà rendez-vous à la clinique. Cet homme avait un franc parlé, était toujours coiffé comme s’il sortait de son lit, n’avait pas particulièrement de délicatesse dans la considération de la femme (hors de question de prolonger le congé mater par un congé maladie parce que tu allaites, ou de venir te plaindre parce que tu as pris trop de poids (en tout cas plus qu’il ne l’aurait voulu lui) pendant ta grossesse et que tu as du mal à perdre tes kilos , mais cela me convenait, il bousculait un peu, mais toujours en respectant et en restant très professionnel. Alors je m’arme de mon plus beau sourire, et je lui dis qu’il a beau prendre rdv, il ne déclenchera pas cet accouchement !! Alors il tente encore et encore de m’impressionner en me racontant l’histoire d’une femme qui a perdu son bébé le jour du terme…. Bref, il pratique en clinique, et il m’explique qu’en clinique, c’est RISQUE 0, le terme ne sera pas dépassé (terme dépassé de 6 jours pour bébé 1). Je capitule à moitié en lui disant que j’accepterai de renter à la clinique, mais uniquement pour être sous surveillance médicale. Il pourra déployer tout le matériel qu’il voudra pour contrôler, c’est ok, mais il ne déclenchera pas !
Cette fois, c’est MOI qui décide ! Cette fois c’est MON accouchement !
Je sors donc de son cabinet, la prochaine fois que je le verrai, ce sera pour découvrir le visage de mon troisième ange.
Samedi 22 mai, toujours aucune contraction. J’en suis à mon troisième bébé, et je ne sais pas ce qu’est une contraction !! Alors oui, je vais peut-être vous étonner, mais je rêvais de connaitre ça, avoir mal et plus que mal même, mais je voulais tant avoir des contractions.
Je prends ma voiture, je fille à la station de lavage, je lave lustre, aspire ma voiture de fond en comble (un break), je me contorsionne tant que je peux. Plusieurs personnes me proposent de l’aide, mais à leur surprise, je leur dis que non, et en y repensant, je n’ai pas dû avoir un regard très agréable, mais plutôt du genre « mêle toi donc de tes affaires, je n’ai pas besoin d’aide ! »
Mais rien, malgré tous mes efforts de non repos, pas la moindre contraction. J’imaginais le sourire de mon gynéco en train de penser à sa prime en fin de journée. J’ai beau bien aime mon gynéco, je suis parfaitement consciente qu’en programmant l’accouchement, il fait sa journée au cabinet, et une fois fini il arrive comme une fleur à la mat pour un accouchement et empocher sa prime ! (cf. : bébé 2)
Je rentre chez moi, le moral dans les chaussettes. Je capitule. Je m’allonge sur le canapé et me dis de profiter de ce dernier week-end au calme pour arriver lundi matin à la mat comme prévu, mais au moins reposée pour accueillir bébé fraichement. La journée se termine, je me couche.
2h du matin, quelque chose me réveille. Je ne sais pas bien déterminer ce que c’est. Ça recommence. Comment définir ça ? Une légère douleur au ventre ? Non, pas vraiment. Mais je me sens… bizarre. Un état que je ne connais pas. Je ne veux pas me faire de fausse joie. La nuit se passe comme ça. Je dors, je me réveille. Je ne suis pas convaincue que ce soit ça « le travail », car avec tout ce que j’ai entendu dire sur la douleur, moi je n’ai pas mal. 6H, je me lève, je n’ai plus envie de rester au lit. Ce qui n’est pas dans mes habitudes. Je ne veux toujours pas me faire de fausse joie, mais pourtant au fond de moi je SAIS.
Je vais à la boulangerie, j’échange 2 mots avec la boulangère qui me dit en partant « à demain », et je lui réponds « non, je ne pense pas que vous me verrez demain ».
Nous sommes dimanche 23, et c’est le jour du baptême de mon filleul.
Avant de me rendre à la cérémonie, par « prudence » je passe à la mat pour vérifier. Il est 10h, j’explique ma nuit, et ma journée à venir. On m’ausculte, et me dis que je dois rester. « Vous êtes à 4 cm madame ».
Ha quand même ! Grosse surprise, mais quelle agréable surprise. Subitement mon moral remonte au plus haut, pas de douleur mais c’est bien le travail, donc bébé va arriver, et sans déclenchement. C’est l’euphorie 🙂
Je fais connaissance avec la sage-femme qui va s’occuper de moi, mon compagnon aussi. Puis il s’en va avec nos deux autres filles à la cérémonie, on lui téléphonera lorsque ce sera l’heure, il reste encore un peu de temps.
Le dialogue s’instaure avec cette jeune sage-femme (…) Elle me dit qu’elle vient du public et que dans le privé rien n’est pareil pour les sages-femmes. Elles sont obligées d’appeler les médecins pour accoucher, et elle trouve cela dommage. Mais c’est sans compter sur le fait que je veux vivre mon accouchement, je ne veux plus d’un acte médical. Nous nous disons pas mal de chose « à demi-mots », et je lui fais bien comprendre que si le médecin arrive trop tard, dans le cas où ça irait super vite bien entendu 🙂 , cela ne me dérangerait pas, bien au contraire (d’autant plus que nous sommes dimanche, donc gynéco de garde et non le mien).
Le temps passe, je commence à savoir ce que le mot contraction veut dire. 11h30 on téléphone au papa qui a une demi-heure de route à faire.
La douleur s’intensifie, je commence à lâcher quelques sons plus puissants, et verbalise même que je ne recommencerais plus jamais.
Midi, le papa arrive. La sagefemme me propose du paracétamol dans la perf, je l’accepte.
Il faudra juste quelque poussées et de la douleur, et voilà bébé. Il est 12h20.
Je suis épuisée et je n’ai presque pas la force de la pendre dans les bras. Je la prends, bien sûr, mais je ne la garde pas longtemps, car mes bras me font défaut. J’en garde un sentiment de frustration. Mais le papa est là, alors il va la prendre.
Il reste la délivrance, et cette fois je m’en souviens. Bébé est là, mais il faut recommencer.
Mais malgré ces sentiments, je suis fière. Je suis fière d’avoir vécu cet accouchement sans péridurale, sans médecin (ha oui, j’ai oublié de vous dire, la SF a bien appelé le médecin, mais il est arrivé trop tard ), dans cette intimité.
Enfin je me sens mère et accomplie. Enfin je sais ce que c’est que d’accoucher. Enfin j’ai le sentiment de mériter mon statut de maman. Non pas que je ne me sentais pas mère jusque-là, mais entre spectatrice et actrice du moment où l’on donne vie à son enfant, ça change tout. Vraiment tout. Et ça change le regard que j’ai porté sur cette enfant, et beaucoup de façon de faire avec elle.
La fusion avec elle a été instantanée (enfin une fois la délivrance passée et remise de mes émotions). La mise au sein s’est très bien passée, l’allaitement parfaitement bien (mais le second allaitement s’était déjà très bien passé) et il aura duré 24 mois.
Je remercie cette jeune femme qui m’a écoutée, et qui a su me faire vivre ce moment magique.
Mais malgré un premier accouchement « traumatisant » + allaitement raté, un deuxième merveilleux mais surmédicalisé (déclenchement par confort) + allaitement réussi, et enfin un troisième super (même si en milieu médical) + allaitement super, cela restera les trois plus beaux jours de ma vie.
Je ne garde toutefois aucun sentiment de culpabilité, même si aujourd’hui avec toutes les connaissances acquises, si ce parcours était à refaire il serait tout autre

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