#173 – Amandine – Bouches du Rhône – 2008

26 Fév

Je viens partager avec vous la naissance de ma 1ère fille, voici le récit tel que je l’ai écrit pour elle à l’époque.

Après une grossesse comme un rêve, la violence physique et psychologique de cet accouchement est venue me reconnecter d’un coup avec la réalité. Ce jour-là, j’ai compris qu’ils ne savaient pas mieux que moi, contrairement à ce qu’on avait pu me laisser croire…

« Le 12 avril 2008, vers 00h30, je perds un peu « d’eau » visqueuse, et je me dis « youpi ! », j’ai vraiment envie de t’accueillir, bizarrement, je n’ai absolument pas peur d’accoucher. Mais j’appelle l’hôpital… Un infirmier me répond qu’il faut absolument venir en cas de perte de liquide. Je commence à avoir des contractions un peu plus fortes que d’habitude, donc on prend les affaires et on part tranquillement. A notre arrivée à l’hôpital, la sage-femme m’examine et me dit qu’on n’aurait pas dû se déplacer pour si peu : poche des eaux non rompue, contractions irrégulières et col dilaté à 1 cm seulement. L’irrégularité des contractions ne lui plait pas. Elle fait un peu d’humour, nous dit que si une autre fausse alerte nous tente, elle est de garde le lundi suivant. Pendant le trajet du retour, sensation bizarre que les contractions s’intensifient… Je me dis que c’est psychologique, que je suis simplement contrariée. Je commence à douter de mes capacités de jugement.

Vers 3h du matin, nous sommes de retour à la maison : rien de psychologique, les contractions sont effectivement plus fortes, mais toujours aussi irrégulières, espacées de 5 à 25 minutes. Ce faux-travail m’empêche de dormir. J’essaie de me reposer un peu, je pense à la règle que tout le monde me rabâche : attendre d’avoir des contractions régulières toutes les 5 minutes pendant 2h avant d’aller à la maternité. Vers la fin de la nuit, 6-7h, il me reste encore un peu de sens commun, je me dis que ce faux-travail est quand même un peu long et douloureux. Je me décide à rappeler l’hôpital vers 8h, j’explique mon cas… La sage-femme de la journée (un sage-homme…) me répète qu’une telle irrégularité est le signe d’un faux-travail. Il me conseille de prendre un spasfon et une douche chaude. Il me dit que c’est rien, ça peut durer 3 jours… Il me dit que si j’étais en train d’accoucher je n’aurais pas cette voix-là. Le sage-homme a parlé, je m’exécute. Aucun résultat. Les contractions continuent au même rythme, anarchiques. En bonne élève, je commence à noter les heures, peut-être pour ne pas perdre le fil, ou la tête ? La douleur est de plus en plus difficile à gérer. Je ne pense qu’à toi. On m’avait parlé de cette bulle pendant l’accouchement… Moi, c’est autour de toi que je construis la bulle, je voudrais juste que tu ne sentes rien. Je me concentre sur ma respiration, je commence à me dire que je suis douillette. Maintenant, à chaque contraction, j’appelle ton papa en hurlant : quelle heure ??? Un peu plus tard, les contractions les plus fortes me font vomir, et les vomissements déclenchent la contraction suivante. C’est l’anarchie totale dans mon relevé d’heures… Ton papa me propose 50 fois de retourner à la maternité, je dis : non, c’est un faux-travail, c’est pas régulier, ça peut durer 3 jours, je dois être douillette. A midi, je rappelle l’hôpital. Une autre sage-femme me répète faux-travail, douche, spasfon. Elle me dis que je peux revenir à la maternité si j’y tiens, mais qu’elle ne pourra pas me garder. Rien que l’idée de faire le trajet pour rien suffit à me décourager… Je suis dans un état second, je ne comprends plus ce qui m’arrive, je ne rentre pas dans le cadre, je suis incapable de penser plus loin que la prochaine contraction, la prochaine pause. Je suis toute entière à l’absorption de la douleur. Ton papa ne sait pas quoi faire, il répète que c’est pas humain de souffrir comme ça en 2008, et moi je lui réponds de ne pas s’inquiéter, sauf une fois, quand je craque et que je lui demande de m’assommer…
Je mise tout sur la respiration, je t’envoie toute mon énergie protectrice, j’évacue la douleur à chaque expir… Mais je dois être douillette, c’est vraiment difficile pour un simple entraînement de l’utérus !!! A la fin, épuisée, je m’endors entre les contractions les plus espacées… Je me découvre une capacité inattendue à faire le vide, je profite des pauses, je sais que la peur de la douleur est pire que la douleur… Pour je ne sais quelle raison, cela fait un moment que j’ai décidé que l’on partirait à la maternité au bout de 12h de faux-travail.

Quand l’heure approche, tout est déjà prêt, je reprends une douche et j’arrive presque à marcher normalement jusqu’à la voiture… Nous partons à 15h. Ensuite, 45 minutes de trajet pendant lesquelles je redouble de concentration, je ne pense qu’à toi, je te mets dans une bulle pour te protéger, j’absorbe et j’évacue la douleur pour que toi, tu ne souffres pas. C’est une obsession. Le fait de savoir qu’on va à la maternité me soulage un peu. D’autant plus que je commence à avoir envie de pousser. Et, enfin, je commence à croire que je vais accoucher… Dans moins de 3 jours…

Quand on arrive à la maternité, je suis encore sur mes jambes… J’explique mon cas à la première sage-femme que l’on croise… Bizarrement, rien qu’à ma tête, plus personne ne me prend pour une folle… Direction une salle où on m’examine… Et là, catastrophe : col dilaté à 9, mais tu ne supportes pas les contractions, ton rythme cardiaque se casse la gueule à chaque fois, le liquide est méconial. Tout le monde vient s’entasser dans cette petite salle, bébé en difficulté, souffrance fœtale, urgence, question de minutes… Ils m’emmènent en courant à la salle d’accouchement, une sage-femme m’explique ce qu’il va se passer : urgence vitale, danger pour le bébé, gynéco de garde va arriver, bien sûr, pas de péri, spatules, épisio, pousser très fort et très vite, question de minutes. Dans la salle d’accouchement, je vois une infirmière préparer de quoi te mettre sous oxygène… Oh, non… Evidemment, la suite va très vite, pieds dans les étriers, épisio généreuse. 1ère contraction, je pousse, j’ai peur pour toi, je veux pas que tu meures. 2ème contraction, je pousse, je sens les spatules me déchirer le ventre, j’ai peur pour toi, peur de pas être à la hauteur, pas capable de te faire vivre. 3ème contraction, je pousse…

Et là, juste après cette douleur de métal méchant dans mon ventre, la sensation la plus douce et magique de ma vie. Je te sens naître comme un petit poisson. Tu es si petite que je te sens passer comme une caresse mouillée au milieu de cette boucherie. Tu es née. Soyons honnête, à ce moment-là, je suis encore dans l’attente du pire… Tu ne cries pas, tu es toute grise et je suis morte de trouille. Personne ne me dit que tu vas bien. Ils te font « des soins »… Et enfin, tu respires, tu arrives sur mon ventre et ton papa nous rejoint. Ouf, le bonheur. »

Après beaucoup de culpabilité – je pensais être la seule femme au monde à ne pas avoir été fichue de savoir qu’elle accouchait – je suis passée par de la colère… Mais j’ai surtout tiré énormément de positif de cette naissance, de ma naissance de maman. Après ce jour, plus jamais je n’ai laissé quiconque me dire ce que je devais ou ne devais pas faire pour ma fille! En tant que maman, j’ai eu immédiatement confiance en moi, car j’avais expérimenté ce que ça pouvait donner de faire confiance en « ceux qui savent mieux que vous »…

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Une Réponse to “#173 – Amandine – Bouches du Rhône – 2008”

  1. Héloïse 14 décembre 2013 à 19 h 45 min #

    C’est un témoignage très touchant et qui montre qu nous les femmes et les mamans savons mieux que quiconque ce qui se passe dans notre propre corps !!!

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