#175 Emilie, 2 accouchements très différents dans les Yvelines, 2009 et 2012

26 Fév

Je suis maman de 2 petites filles, l’une née en 2009, l’autre, en 2012.
Pour les 2, j’ai accouché au même endroit, à l’hôpital (France, Ile-de-France, Yvelines). Ces deux accouchements se sont déroulés très différemment.

Pour la 1ère, quand j’ai découvert que j’étais enceinte, je venais d’emménager dans ce secteur. J’ai pris rendez-vous chez un gynéco proche de chez moi, un peu au hasard. Il se trouve qu’il avait un étudiant avec lui, et que lors de ma visite, je me suis surtout sentie être un objet d’étude. J’ai refusé que l’étudiant assiste à l’examen médical à proprement parler. Lors de l’auscultation, le gynéco m’a fait mal. Je le lui ai dit. Je ne me souviens plus de la formule exacte, mais ce qu’il m’a répondu était proche de « ah ben si là ça vous fait mal, vous verrez le jour de l’accouchement! ». La visite a duré plus d’une heure (tout était expliqué en termes médicaux pour l’étudiant, incompréhensible), et quand j’ai signalé que j’avais des questions, on m’a répondu que peut-être, à la fin, si on avait encore 2 minutes, je pourrais les poser. Inutile de dire que je ne suis pas retournée le voir. J’ai demandé conseil dans mon entourage professionnel, et j’ai trouvé quelqu’un de bien mieux, mais très cher, avec des dépassements astronomiques pas pris en charge par ma mutuelle…
Je ne me suis pas posé beaucoup de questions sur mon lieu d’accouchement: pour moi, c’était évident que ce serait l’hôpital, pour y être en sécurité. Le plus proche était à 5 mn de chez nous en voiture. C’est un gros hôpital avec un grand service de maternité. Je m’y suis inscrite dès que cela a été possible, et je ne suis pas revenue sur mon choix.
J’ai beaucoup lu durant ma grossesse, et au fur et à mesure de mes découvertes, j’ai commencé à me poser des questions. Péridurale, pas péridurale? comment gérer la douleur? quel type de préparation? nous avons opté pour l’haptonomie, permettant d’impliquer le papa et d’entrer en contact avec notre bébé. Et puis, d’autres questions: allaitement, pas allaitement? la péridurale, quel impact sur les liens d’attachement maman/enfant? mes lectures se sont orientées vers des accouchements plus « naturels ». J’ai lu également avec beaucoup d’attention le livre d’Isabelle Brabant, « vivre sa grossesse et son accouchement, une naissance heureuse », qui m’a aidée à imaginer le déroulement d’un accouchement, les différentes phases pour le bébé, mais également le vécu de la maman. Mais pour autant, je ne me sentais pas prête à sauter le pas en accouchant ailleurs qu’à l’hôpital. J’ai cependant décidé de rédiger un projet de naissance, indiquant que je voulais essayer d’accoucher sans péridurale, et que je voulais le moins de gestes médicaux et invasifs possibles (épisio, …). Le rendez-vous avec l’anesthésiste peu de temps avec l’accouchement m’a bien refroidie, quand je lui ai dit que je voulais essayer sans péridurale:
« c’est votre premier?
– oui
– vous allez la demander en pleurant, votre péridurale! », regard méprisant à l’appui.
Premier enfant, je ne sais rien de ce qui m’attend, seulement ce que j’ai lu ou entendu. Je ne suis pas douillette, mais je ne connais pas mon seuil ultime de résistance à la douleur. Ces premières approches ne m’aident pas à avoir confiance en moi et en mon corps de femme.
Le jour J, le travail se déclenche assez soudainement. J’ai rapidement des contractions rapprochées. Pas angoissée, je n’avais pas complétement terminé ma valise. Avec mon compagnon, nous utilisons les gestes appris en haptonomie pour apprivoiser les contractions: c’est magique, dès que ses mains sont sur mon ventre, la douleur s’apaise. Il me faudra 3 heures pour finir ma valise et prendre un bain. Arrivés à la maternité, il est 3h du matin, pas un chat dans la salle d’attente, mais nous attendons ce qui me semble être une éternité d’être pris en charge. On nous installe dans un petit bureau, « votre carte vitale Madame? », des questions administratives, une prise de tension, une température. Je me tords de douleur sur ma chaise. Je ne sais pas quelle position pourrait me soulager, personne ne m’en propose, tout se passe comme si de rien n’était.
Nous passons en salle d’examen. Je suis dilatée à 5, c’est plutôt bon signe. Monitoring, allongée sur une table d’auscultation, c’est parti pour 30 mn. Les douleurs deviennent insoutenables, je ne sais pas comment me mettre. C’est à ce moment-là que je commence à perdre pied et à me laisser envahir par cette douleur. J’ai glissé mon projet de naissance dans mon dossier médical, les sages-femmes me disent l’avoir lu, mais je n’en sais pas plus. Ensuite, mes souvenirs deviennent flous. Je me souviens juste que j’ai mal. Je passe en salle de naissance, je suis accueillie par une sage-femme qui me propose un ballon, des draps suspendus: mais c’est trop tard, je ne contrôle plus rien, je ne gère plus rien, je demande à ce que cela cesse, je demande une péridurale, furieuse de donner raison à l’anesthésiste. La sage-femme me fait elle aussi une réflexion désagréable. Tant pis, je m’en fiche, j’ai trop mal. Je n’ai plus aucune notion du temps, l’anesthésiste de service arrive, s’y reprend à  3 fois pour poser la fameuse péridurale. Quand elle fait son effet, je suis épuisée, je m’endors. Peut-être mal positionnée, quand elle commence à s’estomper, j’appuie sur la pompe, mais rien ne se produit. J’ai de nouveau très mal. Un bon moment après nos appels répétés, une nouvelle dose m’est administrée. Ma fille naît à 10h30, je ne sens pas les contractions, je pousse quand on me dit de pousser. Je sens juste ses petits pieds. J’ai l’impression qu’elle bat des jambes dans mon ventre. L’effet de la péridurale s’atténue à nouveau: pas de chance, c’est à ce moment-là que j’ai droit à une petite séance de couture. Je n’ai pas eu d’épisio, conformément à mes souhaits, juste une petite déchirure. Du séjour en suites de couches, je garde un souvenir mitigé: des auxiliaires de puériculture pas toutes jeunes, mal à l’aise avec l’allaitement (auquel je tiens beaucoup). J’avais pris contact avec un groupe de maman allaitantes de mon secteur, mais je n’ai même pas le réflexe de les appeler: je suis complètement à côté de mes pompes. J’ai malgré tout réussi mon allaitement, mais sans l’aide du personnel sur place, et ma fille sera allaitée 3 mois exclusivement, 6 mois et demi en mixte (allaitement exclusif avec moi, biberon de lait artificiel quand elle est gardée).

Pour ma 2e fille, 3 ans plus tard, je choisis le même hôpital. Il n’est pas parfait, mais je le connais. J’ai trop la trouille d’un accouchement à domicile, la clinique est trop chère. On reprend le même, mais cette fois, je vais essayer de faire les choses différemment. J’ai compris de ma 1ère expérience que j’attendais véritablement d’être prise en charge, qu’on m’aiderait à gérer la douleur et à faire aboutir mon projet. J’ai compris que c’est dès la phase d’auscultation que j’ai perdu pied: j’essaierai de ne pas faire les mêmes erreurs, et on verra bien. Nous suivons également une préparation en haptonomie. La méthode Bonapace me séduit beaucoup, mais pas de sage-femme la propose dans mon secteur. J’achète donc des livres. Je potasse les positions qui soulagent, je relis plus que jamais le livre d’Isabelle Brabant, j’achète un ballon, je vais voir un homéopathe pour préparer l’accouchement. Cette fois-ci, je me tais: mon mari est d’accord pour m’accompagner dans l’accouchement sans péridurale – ce qu’il pense au début être une lubie – mais nous n’en parlons à personne autour de nous. Seul, le projet de naissance en fait mention.
Le jour J, l’équipe qui nous accueille nous dit qu’ils ont pris connaissance de mon projet de naissance, et me proposent tout de suite certains aménagements de la salle d’auscultation. Je leur demande un ballon, l’éclairage est au minimum. Je demande à avoir le monitoring semi-assise et je demande dans quelle mesure je peux bouger. JE suis encore peu dilatée, on me propose une promenade nocturne dans le jardin de l’hôpital. C’est là que je perdrai les eaux. En salle de naissance, nous sommes accueillis dans une salle dépouillée: là aussi, éclairage minimaliste, les appareils médicaux sont dans un coin et recouverts de draps. La sage-femme est douce, nous discutons des différentes options du matériel présent: le ballon est là, la table d’accouchement peut se transformer, on peut y accrocher des draps pour se suspendre… pour l’instant, je préfère le ballon, je gère bien les contractions, je respire. J’essaie d’écouter ce que me dit mon corps et j’essaie de trouver des positions qui me conviennent. Tout ce que j’ai pu lire pendant ma grossesse m’est très utile, je n’aurais pas eu l’idée moi-même de certaines positions. A un moment cependant, ça devient plus difficile, les contractions sont plus fortes et plus rapprochées. Je commence à envisager l’aide de la péridurale. A mon mari, qui m’a aidée et soutenue, mais qui me demande : « mais pourquoi tu tiens tant à accoucher sans péridurale? », je lui répond, tordue de douleur: « c’était pour fanfaronner! ». Un peu plus tard, c’est une évidence, il faut que je m’allonge. La table a le tiers inférieur démonté, mais qu’importe, je me couche sur le côté en chien de fusil. Les contractions sont très fortes, je ne suis plus en contact avec l’extérieur mais au plus profond de moi-même. J’émets des râles gutturaux, je supplie mon mari d’appeler pour avoir une péridurale. C’était, je pense, la phase de « désespérance », le moment où on perd pied. J’ai eu l’impression que j’allais mourir! La sage-femme, arrivée, m’accompagne, m’aide à reprendre mon souffle et le contrôle de la situation. Je sens la tête de ma fille s’engager dans le col, mais je n’arrive pas à le dire. Les contractions sont terribles et s’enchaînent sans répit. Tout ce qui me soulage, c’est de pousser très fort vers le bas. La sage-femme veut m’examiner, je suis toujours sur le côté et je ne veux pas bouger: elle m’examine ainsi et s’écrie: « mais elle est là, votre poulette, ne poussez pas, elle va arriver »!!! Petit moment de panique, elle appelle l’aide-soignante, elles s’habillent en vitesse, et je leur demande d’accoucher ainsi, en chien de fusil. J’avais émis le souhait, dans mon projet de naissance, de sortir moi-même mon bébé, mais la position que j’ai finalement choisie n’est pas très commode. Alors que la tête et l’épaule sont sorties, elle me propose de basculer sur le dos pour prendre mon bébé, mais je n’arrive pas à le faire; finalement, tant pis, je reste sur le côté et c’est la sage-femme qui me remet mon bébé. Comme la 1ère fois, une petite déchirure, et la séance de couture est quand même très douloureuse. Je garderai bébé sur mon buste, et lui offrirai une tétée de bienvenue.
Mon mari m’a vraiment soutenue et accompagnée, y compris physiquement: il ressort de cet accouchement complètement vidé, mais heureux!
Les suites de couches sont nettement plus satisfaisantes que la première fois. Fait des hormones ou expérience au 2e enfant? je ne sais pas, mais j’ai vraiment l’impression d’être « connectée » à mon bébé. L’allaitement se passe bien, je trouve moi-même des positions qui nous conviennent et le personnel est très bienveillant. A 2 jours, mon bébé perd un peu trop de poids mais je sais que ma montée de lait est imminente: j’ai l’aplomb de demander 24h de délai à la puéricultrice pour que mon bébé se « remplume » avant de le complémenter si besoin.
Pour ce bébé, j’ai appris de ma 1ère expérience, et j’ai mené mon projet jusqu’au bout. J’en suis très fière! J’ai allaité 5 mois exclusivement et jusqu’à 8 mois en mixte.
J’ai été confrontée à certains personnels médicaux plutôt misogynes, et très méprisants. Mais j’ai aussi eu la chance de rencontrer des sages-femmes à l’écoute et qui m’ont véritablement accompagnée.

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Une Réponse to “#175 Emilie, 2 accouchements très différents dans les Yvelines, 2009 et 2012”

  1. shamilda 26 février 2013 à 22 h 26 min #

    Je me retrouve dans ton récit. J’ai lu aussi Isabelle brabant et j’ai décidé d’accoucher sans péridurale après. Et j’ai réussi grâce à mon chéri à aller au bout de ce projet !

    Sinon même genre de rencontre avec l’anesthésiste… Quand il m’a demandé si je souhaite accoucher sous péridurale, j’ai répondu par la négative, sa réponse est laconique : « 90% des femmes qui ne voulaient pas la péridurale finissent par la prendre » Où ? Est alors ? C’est comme-ci il le prenait pour lui qu’on ne veuille pas de péridurale… STUPIDE !

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