# 176 – Lydie, Nord (59) -2003 et 2005

26 Fév

Avant de vous raconter la naissance de ma 2ème fille en 2006, je reviens rapidement sur l’arrivée de ma 1ère en 2003, à la maison.
J’ai toujours voulu accoucher chez moi. La maternité représente pour moi la pathologie, l’angoisse alors que je voulais de la douceur, de l’intimité et de la sérénité.

En 2003, enceinte de bébé1, je cherche une sage-femme pour réaliser notre projet d’AAD…et n’en trouve aucune!! Je passe même pour une illuminée irresponsable auprès de celles que je contacte. Je finis quand même, grâce à internet, par trouver l’adresse d’un médecin qui pratique et accepte de me suivre.
Suivant ses recommandations, je m’inscris à la maternité d’A******, la plus proche de mon domicile. Je suis à la lettre leur protocole d’examens et viens en consultation pour les 7ème, 8ème et 9ème mois.
C’est lors de la dernière de ces consultations que je me suis sentie agressée par la sage-femme. La naissance est prévue pour le 12 octobre. Dernière consult le 9 septembre. J’explique à cette SF que j’ai depuis quelques jours des démangeaisons assez désagréables sur les bras et le ventre par intermittence, que j’en ai parlé à mon médecin, qu’il m’a donné un traitement et que ça semble déjà aller un peu mieux. Malgré tout, elle m’indique que c’est très grave, mon foie est en train de lâcher, il faut que je sois déclenchée le lendemain matin!! Je ne dois pas lui sembler très alarmée alors elle me propose une prise de sang pour me démontrer que mon foie est en surcharge et que je mets mon bébé en danger à persister dans la dénégation. Finalement on passe au TV habituel sauf que cette fois elle me fait un mal de chien et que j’aperçois son gant ensanglanté quand elle se retire. Devant mon interrogation elle me dit que tout va bien, je suis juste douillette, et demain matin rdv aux urgences pour le déclenchement. Je sors de là en ayant la sensation d’avoir été littéralement violée et me rend à la consultation d’anesthésie avec des contractions très désagréables et les larmes qui roulent sur mes joues. Après un petit coup de fil à mon doc, je comprends que je viens de subir un décollement de membranes sur col non favorable et que, décidément, les protocoles hospitaliers ne sont pas faits pour moi…
J’accoucherai finalement dans la plus grande sérénité et le calme de ma maison le 21 septembre 2003 d’une superbe petite fille de 3kg150…

Avril 2005 je suis de nouveau enceinte. Grossesse parfaite. Projet d’AAD sur les rails. Accouchement prévu pour le 21 janvier 2006.
J’ai eu le plus grand mal à aller m’inscrire à la maternité et n’y ai pas mis les pieds pour aucune consultation, pas même l’anesthésiste…
À partir de Noël les journées sont rythmées par les contractions… On commence à préparer les affaires nécessaires pour l’arrivée du petit bout. On organise le mode de garde de la future grande sœur. On est très excité…
Dimanche 1er janvier. Je perds un peu de liquide. Rien de comparable avec la perte des eaux que j’avais connu avec la naissance de ma grande. Pas de contraction à l’horizon. J’appelle mon doc qui me dit que c’est probablement une fissure de la poche et qu’on attend la suite.
Lundi 2 janvier. J’ai passé une nuit parfaite. Mon homme est reparti au boulot. Pas de contraction. J’appelle mon doc en fin d’après-midi pour les instructions. Il me conseille de faire un tour à la maternité le lendemain pour contrôler que tout va bien si rien ne bouge d’ici là. Gloups!!… La nuit est moins sereine. Je ne veux vraiment pas aller là-bas!!
Mardi 3 janvier. Je me présente à la maternité et suis accueillie par une SF top qui prend le temps d’écouter mon histoire. Je vois qu’elle comprend ce que j’ai pu ressentir en 2003. Elle m’examine et confirme que c’est bien du liquide amniotique que je perds encore par intermittence. Le monito ne montre aucune contraction. Elle me dit avoir confiance en ma capacité à prendre la bonne décision si je ne me sens pas bien et me propose de rentrer chez moi après signature d’une décharge. Le protocole lui imposait de me garder en vue d’un déclenchement dans les 24 heures. Retour à la maison.
Jeudi 5 janvier. Toujours rien. Peu de contractions. Bébé bouge bien. Milieu de matinée, la SF top de la maternité m’appelle et me demande de repasser pour faire un peu le point. En arrivant elle m’apprend que je suis positive au strepto B… Le monito est toujours trop calme… Elle prend le temps de discuter avec moi. On cherche ENSEMBLE le meilleur compromis entre mes souhaits et ses obligations médicales. Finalement on décide de faire une tentative de décollement de membranes (même si mon col n’est pas très favorable). Ce n’est pas le meilleur moment de la journée mais elle s’excuse plusieurs fois et je suis pleinement consciente et consentante pour que ce soit fait. Je signe une décharge à nouveau et rentre chez moi. Nous avons convenu que si bébé ne s’est pas pointé le lendemain je reviens en fin d’après-midi pour un déclenchement le samedi matin…
Vendredi 6 janvier. Mon homme a pris sa journée. Quelques contractions qui pincent un peu plus mais trop peu nombreuses et beaucoup trop irrégulières pour que je puisse y croire. Je tiens mon doc au courant. Vers 15h00 je l’appelle pour lui dire que je laisse tomber l’AAD, je suis fatiguée, je prépare mes affaires pour la maternité. Il me dit comprendre et m’encourage à ne pas les laisser faire tout ce qu’ils veulent. Je n’oublierai pas ses paroles…
Le temps de tout préparer (de pleurer aussi) et de déposer ma grande chez mes beaux-parents, on arrive à la maternité vers 18h30. C’est le changement d’équipe, je dois patienter en salle d’attente avec mon homme. C’est là que je me rends compte que, pour le coup, les contractions sont franchement fortes et m’empêchent de parler!…
Il est 19h00 passé quand la SF de garde me reçoit. Désagréable au possible. Elle lit mon dossier… « Ah! C’est vous qui faites prendre des risques à votre bébé! Tout ça pour être déclenchée!!… » Et puis aussi « En plus vous n’avez pas vu l’anesthésiste!! Je vous préviens tout de suite que vous n’aurez pas droit à la péridurale! » Je lui réponds que je n’en veux pas. Moue méprisante de sa part. Si j’avais pu je serai partie… TV avec aussi peu de douceur que possible. Je ne suis qu’à 2. Elle m’installe dans une chambre pour le monito. On négocie la pose d’une perf d’antibiotique pour le strepto B. Je l’accepte à la condition qu’elle vienne la débrancher quand la poche sera vide (1/2 heure). Ronchonnement. Les contractions s’intensifient. Je suis de moins en moins à l’aise saucissonnée sur ce lit. La poche est vide. Mon homme sonne pour que la perf soit débranchée et le cathé bouché. Re-ronchonnement mais elle s’exécute. Je refuse le TV.
Maintenant je sais que je suis en travail. J’ai la sensation très précise de l’ouverture de mon col…un truc indescriptible que je n’ai ressenti que pour cet accouchement-là! Je suis dans ma bulle, traversée par des contractions intenses que je maîtrise du mieux possible compte tenu de cette position allongée inconfortable… Je perds complètement la notion du temps. J’ai des fantasmes de péridurale et même de césarienne quand je perds les pédales!! Heureusement mon homme est là! Il me recentre, me rassure.
Vers 21h15(dixit mon mari) je lui dis qu’il faut absolument que j’aille aux toilettes. Il sonne pour que quelqu’un vienne débrancher le monito. J’attends un peu mais je ne tiens plus. Ma vessie va exploser! Je débranche tout et file à mon affaire! La SF finit par arriver (en ronchonnant), range les sangles de monito et propose un TV que j’accepte cette fois. 4…pas mal mais bon. Elle me ramène la blouse d’hôpital et s’éclipse.
Vers 21h30 il faut que je pousse!!! Mon mari sonne. Cette fois, réponse quasi immédiate à travers l’interphone de la salle (!) « C’est pour quoi? » (Un tennis, connasse!!) Mon mari signale mon envie de pousser. « C’est pas possible! Elle est pas assez dilatée! » Mais elle arrive avec la SF de bloc qui m’examine (en douceur). 6. Un fauteuil roulant apparaît comme par magie à côté du lit. Contraction-poussée puis transfert sur le fauteuil.
On me transfère vers les blocs d’accouchement. J’ai un mal de chien avec ces contractions-poussées que je dois retenir pour ne pas accoucher au milieu du couloir des grossesses patho.
Finalement on entre dans la salle de travail et on me demande de grimper sur une table d’accouchement particulièrement haute. La SF expliquera par la suite que c’est une table électrique dont le moteur a des ratés parfois et que ce soir-là elle était bloquée en position haute!
Bref entre 2 contractions-poussées je parviens à appuyer ma fesse gauche sur la table avant d’être projetée sur le dos par une contraction particulièrement forte. L’auxiliaire puer m’engueule parce que je suis à l’envers sur la table. Je la calme en lui annonçant que la tête du bébé est là. La SF panique parce qu’elle n’a pas ses gants et que mon mari n’est pas là! J’entends qu’on l’appelle et le vois arriver nu (en fait, je suis allongée face à l’entrée de la salle, je ne vois que son torse. Il était en train de se changer donc il est torse nu)!! J’ai à peine le temps de me demander pourquoi il est tout nu, nouvelle contraction mon bébé est là sur mon ventre!
21h44 Azaria 2kg730 50cm est née. Elle crie vigoureusement puis se blottit contre moi et se tait.
Je suis toujours de travers sur la table avec la pointe de mon pied droit au sol, ma fesse gauche à moitié hors de la table et mon omoplate gauche en appui là où auraient dû être mes fesses!! Mon mari m’aide à me redresser. La SF et l’auxiliaire sont déboussolés par la rapidité de la naissance… Puis la SF se précipite pour couper le cordon. Mon mari l’arrête dans son élan et lui dit qu’on va attendre qu’il arrête de battre. C’est lui qui le tient et qui contrôle! J’adore! Du coup elle me propose une injection de je ne sais plus quoi pour accélérer la délivrance. Je refuse. Alors on attend. Elle me dit avec le sourire qu’elle n’est pas habituée à avoir des couples actifs mais que ce n’est pas si désagréable tout compte fait(!). Ma louloute tête vigoureusement. Les contractions reprennent. Mon mari coupe le cordon quelques minutes avant la sortie du placenta.
On demande à le conserver en expliquant que celui de notre aînée est enterré dans notre jardin et qu’on voudrait faire pareil cette fois encore. Le protocole ne prévoit pas ça…elle va se renseigner…

L’auxiliaire vient chercher la petite pour les soins. Je demande à ce que ça soit fait devant moi. Elle ronchonne (ça doit être une tradition chez les anciennes de cette maternité!) mais finit par accepter. Mon mari supervise. Pas de bain. Pas de collyre. Pas d’aspiration. Pas de vêtement. Retour au sein…
On nous laisse 2 bonnes heures seuls avec bébé.
Vers 23h30 la table devient vraiment dure et inconfortable. J’ai faim. On appelle pour savoir la suite. Je veux manger. Me lever. Marcher. On me regarde comme une extra-terrestre…
Après check-up complet on obtient l’autorisation de monter en chambre. Je me suis levée, bébé dans les bras. Ça les stresse, je pourrais avoir un malaise. Mais on insiste et j’obtiens de pouvoir marcher jusqu’à ma chambre, mon bébé dans les bras. L’auxiliaire nous précède, poussant un lit vide…et ronchonnant!
Mon mari nous quitte vers minuit. Je m’installe dans mon lit avec bébé calée par le coussin d’allaitement lui-même coincé par la barrière du lit. Vers 2h du matin, l’auxiliaire du service vient me rapporter le placenta dans un seau fermé et constate avec horreur que la petite dort avec moi, contre moi!! Il s’en faut de peu qu’elle ne réussisse à prendre ma fille pour la mettre dans l’aquarium! Devant mon obstination elle me prédit des caprices éternels pour des siècles et des siècles et quitte la chambre en ronchonnant…

Vers 6h00 réveil par la femme de ménage.
7h00 prise des constantes de la mère.
7h30 prise de constantes de bébé. Je me lève et prends ma douche.
8h00 visite du gynéco qui tente bien de me culpabiliser pour mon attitude irresponsable et demande quand je veux sortir. Je lui souris tout le temps de son monologue et lui réponds « demain »! Il capitule et m’accorde la sortie sous réserve de l’accord de la pédiatre.
9h00 passage de la puer pour le 1er bain. Je refuse lui expliquant que je préfère attendre mon mari pour qu’il y assiste aussi et que la petite peut attendre jusque 14h00. Ronchonnement. Elle veut aussi contrôler l’allaitement. La petite dort. J’ai allaité ma 1ère fille 22 mois, le lui explique et lui assure que je n’hésiterai pas à appeler si j’ai un souci mais là, ça va. Ronchonnement et elle quitte la chambre.
Je passe le reste de la matinée à essayer de me reposer, allaiter avec bonheur et admirer ma jolie poupette…
14h00 mon mari arrive avec ma grande. Présentation en douceur et premier bain de mini… La pédiatre arrive sur un « alors, c’est vous! » peu engageant. Examen de ma princesse dans le silence puis séance culpabilisation. Ce n’est pas parce qu’elle va bien aujourd’hui qu’elle ne pourrait pas mourir de la jaunisse dans quelques jours sans qu’on s’en rende compte! Et est ce qu’on va savoir surveiller son poids? Et si on a un problème, évidemment, on va revenir ici pour qu’elle le règle plutôt que de lui laisser son rôle de prévention hein, hein, hein!!! Finalement comme je ne cède pas, elle se tourne vers mon mari et lui balance « et vous, vous vous sentez prêt à endosser la responsabilité de la santé de votre enfant? » Réponse: « nous assumons cette responsabilité depuis le jour de sa conception »! Elle signe la sortie. En ronchonnant.

Dimanche 8 janvier. Midi. Je sors de la maternité. Retour avec bonheur à la maison. La vie reprend son cours à 4…
J’aurai droit quand même à la visite d’une assistante sociale quelques semaines plus tard… Histoire d’être sûre que ma fille est bien traitée, nourrie, soignée. À la fin de l’entretien, elle m’avouera ne pas bien comprendre pourquoi on lui a demandé de venir nous voir…
J’ai dû retourner dans cette maternité après l’accouchement de ma 3ème en février 2008. Elle est née en 3/4 d’heure. Nous étions seuls, sans médecin ni sage-femme à la maison. Mon mari a préféré appeler le samu. J’ai été transféré. Les SF se rappelaient de moi comme de ‘la dame de la 622’. La pédiatre aussi… Je suis rentrée le jeudi soir vers 21h00 et ressortie le vendredi à 14h00 après signature de décharges et séance culpabilisation…

Lydie Lefebvre

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Une Réponse to “# 176 – Lydie, Nord (59) -2003 et 2005”

  1. Héloïse 14 décembre 2013 à 22 h 14 min #

    Bravo à vous d’être restée vous-même contre vents et marées !!! Merci pour votre témoignage, nous avons toutes le droit de choisir et non de subir !!!!!

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