#177 Anonyme

27 Fév

Vers 7h du matin, je ressens des petites douleurs au ventre semblables aux douleurs de règles. C’est un dimanche, mon mari est à mes côtés mais je ne le réveillerai que quelques heures plus tard car je ne suis pas sûre que le travail a vraiment commencé. J’ai des contractions très irrégulières et espacées de plus de 30mn. J’ai donc tout mon temps pour gérer le travail moi même avant de me rendre à la maternité. Vers midi, la douleur est toujours aussi gérable, mais les contractions plus rapprochées. Je sais maintenant que j’accoucherai aujourd’hui et je fais part à mon mari de ma joie !
Il me prépare à manger, du saumon et de la ratatouille, un vrai régal ! Je suis si heureuse de pouvoir me nourrir tranquillement chez moi pendant que le travail avance.

Puis je pars me coucher sur lit dans notre chambre. Je vais y rester pendant 3h, et c’est vers 15h que les contractions deviennent de plus en plus intenses. Je commence à stresser un peu, j’ai peur de ne pas arriver à la maternité à temps, peur de ne plus rien gérer. Mon mari appelle donc une ambulance pour venir me chercher mais celle-ci ne sera pas disponible avant 1h30 ! Je panique un peu plus. Mon mari décide d’appeler un taxi devant notre immeuble (nous habitons à Paris à ce moment là, la maternité n’est qu’à 15mn à pieds de chez nous). Le taxi refuse de prendre une femme enceinte prête à accoucher. Je finis par céder à la panique. Les contractions se rapprochent et je ne suis plus du tout connectée à mon corps, à mon bébé.
Finalement mon mari rappelle une autre ambulance, heureusement celle-ci est dispo tout de suite ! Nous l’attendons pendant 10mn à l’entrée de notre immeuble. Ce sont les 10mn les plus longues de toute ma vie. À l’arrivée des ambulanciers, je ressens un tel soulagement ! Ils sont très accueillants, c’est leur premier « accouchement » et ils sont très fiers de pouvoir m’emmener à l’hôpital.

Arrivés à la maternité, c’est à ce moment précis que tout s’enchaîne très vite. La douleur est insupportable, je n’ai plus envie de marcher, je veux juste qu’on s’occupe de moi, qu’on me soutienne, qu’on me rappelle pourquoi je souffre autant… L’infirmière à l’accueil ne me regarde même pas. Elle me tend un gobelet pour que j’y fasse pipi (alors que je suis à quatre pattes en train de hurler !). Je prends mon mal en patience, et je réussis à me rendre aux toilettes pour uriner dans ce fichu gobelet.
Au sein de ce lieu froid et méconnu, je me sens désespérée. De nature timide et réservée, je me transforme en monstre qui hurle dans la salle d’attente, toujours à quatre pattes. Des gens passent et me regardent. J’ai tellement honte, je voudrais que mon corps se taise ! L’infirmière de l ‘accueil me regarde de haut, ne veut pas croire à quel point la douleur est intense (« c’est une primipare, ça va durer encore longtemps, et ça va s’empirer », « allez calmez vous madame »).

Enfin une sage femme arrive, elle se présente, c’est une étudiante. Elle me fait un TV et me confirme que le travail a bien avancé, je suis déjà dilatée à 3cm et on peut m’emmener en salle d’accouchement.
Je ne sais même plus ce qu’il se passe. Nous montons dans l’ascenseur, et je n’ai qu’une envie c’est de rester à quatre pattes sur ma chaise. Mais non, il faut que je m’allonge sur la table. On m’injecte la perfusion, moment très désagréable. Je souffre, et je n’arrête pas de m’excuser ! Puis on me refait un TV. Je suis dilatée à 7cm. La péri, c’est donc pour maintenant ou jamais. Je l’accepte sans hésiter.
L’anesthésiste arrive. Ne se présente même pas. Je suis nue devant lui. Une autre contraction arrive, j’en ai toutes les minutes ! Du coup je bouge trop et il n’arrive pas à poser le cathéter. Il part en soufflant. Puis il revient, et cette fois je fais tout pour rester le plus immobile possible, un vrai calvaire !

Enfin la péri posée, je me rallonge, mon mari peut revenir. La sage femme me refait un TV et me dit que je suis totalement dilatée. Je perds les eaux quelques minutes plus tard. Puis tout le monde nous laisse dans cette salle. La péri prend effet. Je ne ressens plus rien, c’est une sensation bizarre, je suis totalement déconnectée de ce qu’il m’arrive.

30 minutes plus tard, les effets de la péri diminuent et je ressens l’envie de pousser. On ne me croit pas. J’insiste, et en effet, mon bébé est prêt à sortir ! Les 2 sages femmes reviennent et me guident tout au long de la poussée. À un moment le cœur de mon bébé ralentit, donc on m’injecte un produit et le problème est vite réglé. Lorsque mon bébé naît, on me le pose sur le ventre. Mon mari coupe le cordon. C’est un moment merveilleux ! Par contre, je n’ai pas cet instinct maternel dont j’ai tant entendu parler (est-ce dû à la péri qui a rendu mon corps insensible pendant 1h ?) Je suis toute perdue, je ne sais pas comment le manipuler ! Quelques minutes plus tard, on me l’arrache des bras pour lui faire sa toilette pendant qu’on me recoud car j’ai une petite déchirure. C’est la sage femme étudiante qui me recoudra sous la surveillance de l’autre sage femme. Et ça durera 2h… 2h à me faire recoudre dans cette salle d’accouchement, sans mon bebe, sans avoir pu profiter d’une tétée de bienvenue. Sur le moment je me laisse faire, je ne sais pas comment se déroule un accouchement et ses suites. Je fais entièrement confiance au corps médical. C’est bien plus tard que je me rendrai compte des inconvénients d’un accouchement en milieux hospitalier.

Il est 21h, mon mari revient avec mon bebe en salle de travail pendant qu’on me nettoie et me vide l’utérus. Je suis choquée par la froideur et l’agressivité de l’aide soignante. J’ai l’impression d’être un bout de viande manipulé par un boucher.

On me pose ensuite un ultimatum. Soit on garde mon bebe en nursery pour que je me repose mais je n’aurai pas le droit de le récupérer avant le lendemain matin, soit on me laisse avec lui toute la nuit. Je décide de garder mon bebe à mes côtés, malgré mes lacunes en nouveaux nés ou en allaitement (on n’allait tout de même pas me séparer de mon fils dès sa première nuit !!!).

On m’emmène enfin dans une chambre, où je peux enfin faire connaissance avec mon bébé d’amour.
L’infirmière de garde entre. Elle m’annonce directement la couleur du séjour à l’hôpital: « je ne vais pas pouvoir m’occuper de vous ni du bebe car je suis la seule de garde ce soir ! » Ok… Charmant comme accueil ! Ça fait 2h que je viens d’accoucher, je ne connais rien aux nouveaux nés, et mon mari dois rentrer chez nous ce soir car il n’y a rien pour qu’il reste à mes côtés, à part une vieille chaise en bois ! En parlant de confort, il n’y a ni toilettes, ni douche, ni table à langer dans cette chambre aux murs délavés…

Je ressens à un moment l’envie de faire pipi. J’en parle à l’infirmière qui m’envoie balader (« mais c’est impossible, on vous a posé une sonde pendant l’accouchement ! »). Après avoir insisté d’avantage, elle finit par me donner une bassine dans laquelle je fais pipi. En me voyant m’essuyer avec difficulté (la déchirure est toute fraiche et me brûle), elle me hurle dessus comme si j’étais une gamine de 5 ans: « mais on ne s’essuie pas de cette façon enfin !!! On vous a jamais appris comment vous essuyer ?? ». Une fois de plus, la honte m’envahie.
Je passe une nuit horrible, seule avec mon bebe de quelques heures. Je n’ose pas appelé cette infirmière qui m’a si gentiment fait comprendre que les appels de nuit n’étaient pas les bienvenus. J’en veux tellement à mon mari de me laisser ainsi ! Je lui ai même supplié avant qu’il ne parte de rester avec moi, quitte à passer la nuit sur la chaise en bois ou sur le sol s’il le fallait !! Mais il ne voulait rien entendre et préférait se reposer chez nous. Un simple fauteuil nous aurait épargné de longues disputes à ce sujet.

Les jours qui suivent sont aussi épouvantables.

Le lendemain, vers 6h du matin j’appelle l’infirmière de garde car mon fils a besoin d’être changé et je ne sais pas où se trouve l’endroit pour le changer, ni comment faire. Elle me répond sèchement qu’elle n’a pas le temps de s’occuper de moi, et claque la porte en sortant.
Je fonds en larmes.
Désemparée, j’appelle mon mari et lui supplie de venir au plus vite. Il arrive 10mn plus tard, avec plein d’affaires (sèche cheveux, crème lansinoh, biscuits etc). Me voilà soulagée de le revoir ! Entre temps, l’infirmière revient pour dire qu’elle peut finalement m’aider. Je lui dis que je viens d’appeler mon mari et qu’il ne va pas tarder à venir. Elle me regarde d’un air choqué et me sort: « on n’appelle pas son mari à 6h du matin !! ».

D’autres petites mésaventures dans le même genre se succèdent. Un jour, mon mari se fait engueulé car il n’a pas le droit d’emmener notre fils dans le couloir sans le lit à roulettes. Une autre fois nous voulons prendre l’initiative de changer notre fils nous même (il n’y a, comme d’habitude personne pour nous aider), mais ne trouvant pas les lingettes, nous avons droit à cette agréable remarque de la part d’une aide soignante: « quand on ne sait pas, on ne commence pas ! ».

Pour couronner le tout, on me donne de très mauvais conseils en allaitement: « je n’ai pas d’enfants mais à votre place j’abandonnerais », « il faut lui donner un complément s’il tète tout le temps, les tétées c’est toutes les 4h ! ».

Heureusement, j’ai la chance d’avoir des personnes compétentes, disponibles et chaleureuses les 2 derniers jours à la maternité, et qui m’aident à prendre confiance en moi et mon bébé. Sans elles j’aurais sûrement fini par craquer et on m’aurait qualifié de jeune maman dépressive.

Je garde donc un souvenir très mitigé de mon séjour à la maternité. L’accouchement en lui même était tout à fait satisfaisant d’un point de vue médical (rapide, sans recours aux forceps, ventouse, épisiotomie ou autre intervention). Les sages femmes étaient sympathiques et à l’écoute de mes besoins (lorsqu’elles étaient présentes, c’est à dire rarement).

J’aurais tout de même voulu qu’on me soutienne un peu plus à mon arrivée, qu’on me présente les avantages d’un accouchement sans péri (et pas qu’on me fasse comprendre que la douleur ne cesserait d’augmenter sans !). Mon accouchement était si rapide que j’aurais très bien pu y arriver. Le stress des lieux et la confiance aveugle que je faisais au corps médical a bien entendu contribué à mon refus d’envisager un accouchement physiologique.

Les jours et nuits qui ont suivi l’accouchement me laissent encore un goût amer, c’est pour cela que je ne souhaite pas renouveler l’expérience.

Enceinte de maintenant 6 mois, j’envisage un accouchement naturel respecté, pour moi et mon bébé, avec l’aide d’une sage femme libérale qui me suit depuis le début de ma grossesse, et tout ça dans le meilleur des conforts, chez moi…

Anonyme

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