# 181 Elodie, dans les Côtes d’Armor

27 Fév

La naissance de mon Augustin

Alors que je vivais ma 2ème grossesse légère et confiante après un 1er accouchement ultra rapide dont je gardais un excellent souvenir, mon projet de naissance était clair: pas de péridurale, rester ambulatoire le plus longtemps possible, éviter l’épisiotomie et tout geste médical non-nécessaire. J’en étais presque à envisager d’accoucher à domicile mais mon homme n’était pas vraiment chaud et (surtout!) on ne trouve pas de sage femme qui le pratique par chez moi. et je savais que dans la clinique où j’étais suivie par mon gynécologue habituelle la taille limitée du service permettant au personnel d’être plus disponible pour les parturientes.

Donc voilà, ma grossesse avançait tranquillement, je sentais les grosses fesses de mon bébé en haut de mon ventre, comme celles de son frère 3 ans auparavant. La visite du 7ème mois arriva, le médecin pratiqua une échographie « alors, ici on a un pied. ah je n’arrive pas à distinguer le 2ème, il est sous ses fesses. et donc ici on a la tête. » ah zut, ce n’était pas ses grosses fesses que je sentais mais sa grosse tête, pas besoin d’être médecin pour comprendre qu’il est en siège. Bien bien bien. »Mais il a le temps de se retourner encore? » « oui, oui, il y a encore le temps. » « et si il se retourne pas? je peux accoucher quand même? » « alors je vais vous dire les choses clairement: moi quand c’est un siège complet, donc en tailleur comme votre bébé, je le fais pas, c’est une césarienne d’office. » Bien bien bien… il se justifiera en racontant une histoire à base de fusée, mais j’ai vite compris que c’était bien plus pour se couvrir que pour protéger les mères et leurs enfants, ce que je peux comprendre mais qui me laisse quand même perplexe…

Le temps passe, je sens toujours sa grosse tête que je prends plaisir à caresser, j’en parle à ma sage-femme qui me parle de positions pour aider le bébé à se retourner, éventuellement de l’acupuncture pour éviter de devoir avoir recours à une tentative de version que je redoute, j’attends de voir si Monsieur se décide à faire la galipette, je lui parle, essaie de l’aider à tourner en caressant mon ventre, je garde espoir.

Visite du 8ème mois, verdict à l’échographie: siège semi-décompleté, Monsieur a tendu une jambe devant son nez, les choses ne s’améliorent guère. Le médecin me propose de tenter une version, ce que j’accepte sur les conseils de ma sage-femme, le spectre de la césarienne commence à devenir plus présent, il me prescrit aussi un scanner du bassin pour voir si ça passera. Les choses s’accélèrent, je me sens comme prise au piège, je tente comme je peux de rester aux commandes de ma grossesse en prenant rdv pour des séances d’acupuncture qui ne fonctionneront pas, tout ce que j’ai gagné est un malaise lors de la dernière séance!

Arrive le jour de la version tant redoutée. la secrétaire avait déjà réussi à me rassurer un peu et à sécher mes larmes lors de la prise de rdv, en arrivant le jour j j’ai la joie de retrouver la sage-femme qui m’avait aidé lors de mon premier accouchement, c’est bon signe!

Elle demande à voir le scanner de mon bassin, me dit que c’est un boulevard! Je lui dis que je veux accoucher par voie basse, elle me rassure en me disant que les 3 critères pour tenter une voie basse en cas de siège sont la taille du bébé, la taille du bassin de la maman et sa motivation. à en juger par mon petit bidon tous les voyants sont au vert, je retrouve espoir! Le médecin s’y reprendra à plusieurs fois pour tenter de faire tourner mon bébé mais sa tête ne dépassera jamais l’endroit où elle bloque quand j’ai l’impression qu’il essaye lui-même de tourner. Il parviendra juste à lui tendre la 2ème jambe devant devant le visage, ce qui est de bonne augure dans l’optique dans accouchement par voie basse.

Arrive la visite du 9ème mois, je suis remontée comme un coucou, je dis à mon bébé que je sais que tous les 2 on est capable d’arriver à avoir un super accouchement. Echographie, mesure du périmètre crânien, le médecin s’y reprend à 3 fois « rah mais qu’est-ce que je fais moi! » mais semble y parvenir finalement, je ne remets même pas mes chaussures en sortant de la salle en vue de l’examen qui doit me dire où en est mon col, savoir si je vais bientôt accoucher! je suis toute excitée! « l’examen ne sera pas nécessaire. » ah… « le périmètre crânien est élevé, on est déjà au 95ème percentile, là ça passerait encore mais d’ici le terme (un peu plus de 3 semaines) ça ne passera plus il va falloir programmer une césarienne »  Là je craque, je pleure devant lui, quand il me demande ce qui me fait peur dans la césarienne je suis juste capable de bredouiller que j’ai l’impression qu’on me vole mon bébé, j’aurais voulu lui dire tout ce à quoi je renonce pour cette intervention, comment je dois oublier tout ce à quoi je crois concernant la naissance d’un enfant, tout ce que je veux pour mon bébé et moi mais il m’intimide, lui le médecin qui sait ce qu’il y a de mieux pour moi et mon enfant. comme je déteste cette phrase « l’essentiel c’est que le bébé soit en bonne santé », je ne sais pas combien de fois je l’ai entendu, et je passe sur ceux qui trouvent que c’est une chance d’avoir une césarienne. la nature fait que mon corps est fait pour faire grandir des bébés et les mettre au monde et c’est tout ce que moi je veux, donner naissance à mon enfant, et on me le refuse sous un prétexte plus que douteux.

Le rdv est pris pour un mardi, 10 jours plus tard « on aurait pu attendre jusqu’au vendredi mais l’équipe ne sera pas au complet » comme j’ai détesté cette secrétaire qui décidait de la date de naissance de mon enfant en fonction d’un problème de planning, et me refusait les quelques jours pendant lesquels le travail aurait pu se déclencher naturellement… admission la veille à 17h30 alors que j’habite à pieds de la clinique, intervention à 8h.
je passe les jours suivant comme un automate, le piège se referme, plus les jours passent et plus mon espoir de voir le travail commencer s’amenuise..

Arrive le lundi et nos derniers moments à 3, papa et mon grand m’accompagnent à la clinique, une sage-femme me rassure, je passerai les 2 heures de surveillance après la césarienne en salle de naissance avec mon bébé. elle m’examine afin de s’assurer que je ne suis pas en travail, et son commentaire me ravage « vue que c’est une césarienne je n’insiste pas mais sinon.. » et je comprends que mon col est déjà ben modifié, que l’accouchement était proche, je maudis cette organisation qui nous a volé les jours qui auraient peut-être suffi… la soirée seule est un calvaire, je pleure toutes les larmes de mon corps, je ne veux pas qu’on ouvre mon ventre pour en sortir mon  bébé qui n’a rien demandé… je suis en colère contre moi même, je m’en veux de ne pas avoir su dire ce que je voulais et ce que je ne voulais pas, je ne veux pas passer cette nuit toute seule dans cette chambre froide. le reste de la soirée sera bien triste jusqu’à ce que je m’endorme les yeux rougis.

Le lendemain matin on viendra me chercher pour que j’assiste à la naissance de mon 2ème enfant. La césarienne s’est très bien passée mais je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un pincement au coeur quand le gynéco a dit qu’il voyait mon bébé donner des coups de pieds dans mon ventre un fois l’incision faite, le pauvre petit ne se doutait même pas que quelques secondes plus tard on vendrait l’arracher à son paisible monde liquide…
je ne peux pas dire que la naissance d’Augustin ce soit mal passée mais elle s’est passée sans moi, je n’ai pas accouché de mon fils et quand j’en parle je ne peux dire que « ça » a été une césarienne. J’ai le sentiment que cette naissance m’a été volée, et jamais personne ne pourra me rendre ces instants.

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Une Réponse to “# 181 Elodie, dans les Côtes d’Armor”

  1. Abigaïl 2 février 2014 à 14 h 25 min #

    Ton récit me touche beaucoup car il correspond exactement à ce que j’ai vécu et ressenti pour la naissance de ma 1ère fille : les choses se sont passées sans moi, j’ai été mise en position de spectatrice (« on viendra me chercher pour que j’assiste à la naissance de mon 2ème enfant »), je sentais que forcer ma fille en parfaite santé à naître prématurément n’était pas dans l’ordre des choses, découper un ventre parfaitement fonctionnel ne pouvait pas être une perspective « normale », mais j’ai subi, en gardant pour moi mes larmes et ma colère, terrifiée par l’institution médicale qui sait tout mieux que les mères… Quand je vois des femmes qui accouchent d’un bébé en siège dans la chaleur de leur foyer, je suis révoltée : est-ce normal qu’un obstétricien soit plus à l’aise à jouer du bistouri qu’à aider un bébé à naître (ce qui est quand même son métier), quelle que soit sa position?

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