# 188 Aurore – Bruxelles

27 Fév

Avant de lire mon récit il faut savoir que je suis DID (diabète Insulino-dépendant) j’ai eu une grossesse très surveillé afin d’éviter un bébé macrosome (trop gros poids lié au diabète de la maman)

Mardi 9 octobre je me réveille avec de très fortes contractions. J’ai du mal à marcher. Comme nous avions un rendez-vous pour un contrôle à l’hôpital, nous nous mettons en route en espérant être reçus un peu plus tôt. Le monitoring indique des contractions assez fortes, rapprochées mais irrégulières. On m’examine. Col dilaté à 3 cm. Une sage-femme m’emmène en salle de pré travail. On me demande de marcher (étant au 10eme étage j’ai monté et descendu un nombre incalculable de fois les escaliers). Une heure après on me refait un monito. Pas de changement. Finalement vers 12h les contractions se font plus rares et surtout moins douloureuse. Fausse alerte. On décide de me garder la nuit mais il n’y aura pas de changement. La gynécologue vient me voir le lendemain et me dit qu’il est fort probable qu’ils me reverront avant mon prochain rendez-vous, le lundi suivant.

Lundi 15 octobre dans l’après-midi l’après-midi, nous allons à l’hôpital pour faire une échographie et un monitoring. Le bébé est estimé à 4.4 kg liquide amniotique bon, je suis à 36.2 semaines. J’attends le médecin dans la salle d’attente qui me dit revenez dans 2h on va vous induire, vous êtes à 36 semaines on ne va plus attendre.

Juste le temps de trouver quelqu’un pour garder mon grand la nuit, l’amener à l’école et éventuellement le récupérer après. Quel stress!!

On retourne à l’hôpital. Je retrouve ma salle de pré travail de la semaine dernière. Mon col est toujours à 3cm (et ce n’est pas faute d’avoir durant toute la semaine fait ce qu’on conseille pour déclencher un accouchement : grande marche, faire les carreaux, faire l’amour…). La décision est prise d’attendre 4h du matin pour le progesta. En attendant toutes les heures on vérifie ma glycémie et à 00h une sage-femme enlève ma pompe à insuline pour la leur en suivant leur protocole.

4h du matin progesta qui me donne pas mal de contractions.
A 8h col à 3.5, 4 cm. On me met sous perf (euh sous 8 perf en fait) et on me demande si je souhaite avoir une péridurale ou un accouchement naturel. Je suis étonnée pour mon premier tout m’avait été imposé dû au fait que c’était un gros bébé. Je demande si je peux avoir l’accouchement naturel quitte à faire la péridurale après. Non, c’est l’un ou l’autre. On fait déjà venir l’anesthésiste pour la péridurale. Pour le premier je l’avais eu avec un col beaucoup plus dilaté. (bon c’était un autre hôpital et il est né « naturellement » pas déclenché donc je ne dis rien), je n’y connais rien et personne ne me donne d’informations.
Poche des eaux percé à 5cm.

A 14h je suis à 10 cm le bébé commence à descendre. L’anesthésiste me remet une dose de péridurale. Mon fils est vers moi front vers le haut au lieu d’être tête en bas (il a changé de sens 3 semaines avant mais ils étaient persuadé qu’il se re-tournerait pendant le travail). Je tente de me mettre en position assise. La gynéco se fâche, ici c’est allongé (contrairement à ma demande et à sa réponse !!!) Mon mari me tient le dos pour que je ne sois pas totalement allongée. La gynéco me demande de pousser. Je pousse. Son bip sonne elle se lève mais ce n’est pas le sien. L’assistante se lève aussi. Je pousse mais il n’y a plus personne au bout! La sage femme me lâche et va voir aussi si ce n’est pas le sien. Les pédiatres arrivent. Je ne sais plus quoi faire. Pousser ? Ne plus pousser ?? Youhou où êtes vous ? La gynéco revient. Mon mari, comme lors du premier accouchement est près de moi mais il se sent inutile, on ne le regarde pas, on ne lui demande rien. Ils essaient de tourner mon fils sans succès. J’ai poussé 4 fois, elle le repoussait en moi à chaque fois pour le retourner.

(Je n’ai pas senti la gynéco concernée lorsque je poussais. Je pense qu’à voir qu’il restait front en haut elle savait qu’il y aurait césarienne. Je lui posais la question mais elle ne me répondait pas « mais non on va essayer comme ça »… J’ai demandé depuis plus d’un mois ce qui arriverait si j’avais une césarienne j’attends encore une réponse)

On me dit « stop c’est la césarienne ».
On m’amène dans la salle en face.
La gynéco me dit que son front est en premier qu’elle ne peut pas faire autrement il ne sortira pas. On ne me dira rien d’autre. Mon mari n’est pas là. Le champ est mis mais il va presque sur ma tête. Je ne vois même pas la sage-femme ni les anesthésistes restées derrière moi. Je ne vois pas mon homme je panique. Je me sens perdu et seule. J’ai les jambes collé dans un mousse et les bras écartés. Je suis crucifiée.

2 autres doses de péridurales. Ça m’en fait 3 en 15 min de temps, ils ont l’air de paniquer. Test à l’éther enfin positif, je ne sens plus rien. S. (mon homme) arrive enfin. Je sentirais brièvement sa main sur ma tête puis plus rien. On lui a dit de s’assoir derrière moi pour laisser le champ libre à l’anesthésiste.  Je ne sens plus rien juste qu’on me découpe (à chaque coup de couteau je pars sur le côté je suis secouée comme pas possible) et je sens un truc sortir. J’ai vraiment « senti » mais sans douleur, les coups du couteau tellement j’ai été secoué…
La gynéco dire « oh mais quelle belle pièce! » ma tête tourne je veux vomir mais j’ai un masque à oxygène. Mes bras sont de chaque côté de mon corps écarté on me demande de pas bouger. J’arrive à peine à parler. Je demande avec peine d’enlever le masque pour vomir on me comprends pas. J’ai l’impression de mourir ma tête tourne, je vomis je n’arrive plus à respirer, mes oreilles bourdonnent. Tension à 6! J’ai vraiment cru que j’allais y rester. J’ai cru que j’allais mourir.

Je vomis et je tombe brièvement dans les vapes. S. est parti avec le pédiatre (il a dit qu’il avait été fortement choqué de voir tout ce sang par terre et qu’il a vu son fils sortir de mon ventre, qu’on se serait cru dans une boucherie)

On me recoud. Je les entends discuter de chaussures pour le petit dernier, de la compresse bleue manquante (oulàlà elle n’est pas dans le ventre de la patiente?) ma tête tourne… La gynéco m’annonce que ses assistantes vont finir le travail. Vive les hôpitaux universitaires !

S. revient. Notre fils pèse 5 kg 100 pour 55 cm. Mon homme est sous le choc, il est tout blanc et ne parle pas. Je m’inquiète. Pourquoi ne dit-il rien ? Notre fils va bien ? Pourquoi personne ne me parle dans cet hôpital ??

J’ai enfin mon fils sur moi il va tout de suite au sein. On doit me descendre en salle de réveil, il ne peut pas m’accompagner. Il me le reprenne. Je l’ai eu 5 min. Il était habillé. Le protocole refuse que mon fils me suive. On me rassure, dans 1h30, 2h grand maximum vous serez près de lui ne vous en faites pas. Tout le monde me sourit. Mon mari non. Il a notre bébé dans les bras, il est pâle et ne dit rien. Il est sous le choc.

4h30 après je sors enfin de la salle de réveil. Il m’a fallu 4h pour pouvoir respirer et bouger à nouveau et être positive à leur test à l’éther. La dose de péri était trop forte. Je réclamais de donner le sein, des nouvelles de mon bébé mais personne ne se souciait de moi dans cette immense salle de réveil. Elle se vide peu à peu. Je pleure je veux mon bébé.

Je remonte dans ma chambre, l’infirmière que j’ai maudit ! s’est enfin intéressée à moi. S. a une tête de « je-vais-tuer-tout-le-monde » on m’annonce qu’on m’a attendu pour lui donner le sein mais comme personne ne donnait de nouvelles (en salle de réveil on leur disait « elle dort » alors que non je demandais « quand pourrais-je remonter??mon fils a besoin de moi » on me répondait « ne vous inquiétez pas personne n’appelle c’est que tout va bien) et que mon fils avait des hypoglycémies qu’ils lui ont donné du lait en biberon (faute d’avoir mon sein, ils ne pouvaient pas le laisser à jeun !) et qu’ils vont l’amener en néonat. Sa température corporelle descend, il ne se réchauffe pas.

Je fonds en larmes et supplie qu’on me le laisse un peu. Je l’ai eu 30 min sur moi (merci aux SF du service de Maternité Intensive Care) et ils l’ont descendu en néonat. Il dormait il n’a pas pris le sein. Dire que si j’avais pu le lui donner rapidement on aurait pu éviter les hypos et la néonat… Ils m’ont attendu 2h avant de le nourrir. Sa température diminuait alors qu’il avait 2 bodies, son pyjama, des chaussons et un bonnet. Lorsqu’on sait que la température du lait maternel augmente de 1-2°C en fonction de la température du bébé je ne peux que culpabiliser de ne pas avoir su être là pour lui…

Je ne l’ai revu que le lendemain à 12h… Enfin je suis descendue en fauteuil roulant en néonat à midi mais je ne l’ai pas vu il partait faire une echo cardiaque. Protocole de base. Il est remonté à 13h30. Là on m’annonce qu’il faut lui faire une glycémie, le changer, faire une prise de sang que je dois patienter. Je fonds en larmes. Une sage-femme comprend et me le donne enfin.

Il prend le sein. Il doit boire 30-40ml toutes les 3h pour éviter les hypos. Je n’ai que du colostrum. Il tête très bien mais elles complètent au biberon de lait artificiel.

Je me suis sentie paumée car les sages-femmes de néonat n’ont fait que me dire que l’allaitement fatigue, de rester dans ma chambre, de dormir… Je le prends mal et je pleure non stop.

Finalement après avoir vu la psy de l’hôpital et avoir parlé avec les sages-femmes je comprends que le lendemain d’une césarienne, une femme ne court pas dans l’hôpital pour voir son fils toutes les 3h même la nuit mais qu’elle dort. Que je ne fais rien comme tout le monde et qu’elles sont juste inquiètes pour moi. Que je dois me reposer.

C’est sure que le lendemain j’étais debout et que si personne ne m’avait arrêté j’aurais fait la route à pied pour le voir au lieu d’attendre qu’on me pousse sur la chaise. J’ai tenu à lui faire les soins le lendemain mais la sage-femme a refusé sans m’expliquer.

J’ai passé jusqu’au samedi mon séjour en pleurant non stop à l’hôpital. Mon mari voulait être là pour notre premier et travaillait la journée. Il était sous le choc et il me dira après que cet enfant ne pouvait être son fils car il ne l’a pas vu naitre, il ne sait pas senti concerné. On lui a dit de se mettre dans un coin et il n’a pu vivre cet accouchement avec moi, ni éprouver la joie d’être père. C’était déshumanisant. Lui a été un pion moi un bout de viande qu’on a découpé.

Tout est en fait une histoire de non-dit. J’ai terriblement mal vécu mon accouchement simplement parce que personne du personnel médical ne m’a expliqué ce qui allait m’arriver. Toutes pensaient que je savais sauf C, une sage-femme extra qui a pris le temps de me parler. Dire qu’à 14h elle a dû partir pour une réunion obligatoire… Quand elle est arrivé au bloc elle a été frappé de m’y voir « mais enfin tout allait bien quand je suis partie et je vous retrouve ici! » Je pense que si elle avait pu être là, avec le contact qu’on avait eu, elle m’aurait expliqué et soutenu… D’ailleurs la psy a dit de même, celle qui l’a remplacé n’avait jamais encore été au bloc…

Mon bébé a eu des hypoglycémies (2 jours en yoyo). Il est sous perf de glucose. On l’a piqué dans le crâne, puis dans le pli du coude pour finir dans le nombril. Contraignant d’allaiter comme ça le lait vient petit à petit. Je me sens frustrée. Pour mon premier j’ai eu du lait directement…

Voilà un bref résumé de sa naissance. Je ne garde pas un bon souvenir de la césarienne. Sans doute dû au manque d’explication et du fait que mon fils a été en néonat… Mais à 5.140 kg je doute que même tête vers mes fesses il aurait pu sortir!!! Ils se sont bien gourés sur le poids!

J’aurais aimé être préparé. La gynéco est venue me voir le lendemain de l’accouchement et elle s’est excusée et a expliqué 10 fois d’affilé que la césarienne était nécessaire. Ça je le savais depuis longtemps. Je demandais des réponses on ne m’en donnait pas! J’ai trouvé étrange qu’elle s’excuse comme ça…

Le souci c’est qu’avec la néonat rien ne va. Mon bébé ne fait plus d’hypo je devrais l’avoir avec moi ce week-end mais voilà les sages-femmes en bas me donne ou envie de pleurer de désespoir ou de violence… Celle de cette après-midi était terrible. Elles ne sont pas du tout pour l’allaitement. Il doit boire 40 ml tous les 3h. Là il en a bu 45. Moi je suis contente et elle me regarde et elle me dit « il peut en boire plus je vais lui faire un biberon de 15 » moi je lui réponds je vais le remettre au sein s’il faut plus. Et elle de me dire « je peux lui faire un biberon » je lui ai répondu « et moi donner le sein ». Elle de dire « oui mais si vous n’étiez pas là vous feriez quoi? » « je suis là donc la question ne se pose pas » « oui mais si vous n’étiez pas là vous ne lui donneriez pas un biberon? » Moi de dire « si il y a un souci oui je tirerais mon lait et il aurait un biberon mais là je suis là » et elle de dire « c’est bien c’était juste pour savoir »…

Mon grand a pu voir son frère mais pas le toucher car ils ne sont pas assurés pour ça. Il ne comprend rien, j’ai la rage je vais mal et mon premier le sent et ne comprend pas mes humeurs non plus.

J’ai récupéré mes sensations aux jambes. Quoique… J’ai plus des jambes j’ai des troncs d’arbres. Ça va passer dans quelques jours on me répond… Mon ventre pend en bas en avant et est extrêmement douloureux. Dur comme un gros bleu. Je me sens horriblement moche je ne supporte pas mon reflet dans le miroir. Je suis devenue un monstre informe.

Je ne comprends pas leur gavage en néonat : je donne  le sein à 18h. Il le prend à 18h40 (temps de le changer, peser…) et il a fini de bien manger à 19h10. Je dois lui redonner à manger à 21h. Parce que c’est 3h pour éviter une hypo et que 18h + 3h ça fait 21h. Mais il vient de finir de manger! En 1h on ne peut pas avoir faim! On ne peut pas être éveillé sur mon sein! Donc il va encore avoir un biberon qu’il ne voudra pas boire. Donc il sera encore forcé durant 15-20 min à le boire. Le pire c’est que pour me le rendre je dois être capable de faire ce forcing. J’en ai chaque fois la rage et les larmes aux yeux. Mon fils n’est pas une oie.

La nuit du 2eme au 3eme jour j’ai pleuré en hurlant sur une sage-femme de néonat lui disant que le nourrir comme ça je ne pouvais pas. Finalement le pédiatre de garde a donné son accord pour allaiter à la demande. Il n’a pas fait d’hypos, se réveillait, réclamait et buvait beaucoup!

Je me suis sentie tellement comblée et zen en le retrouvant dans ma chambre, avec moi, et avec l’équipe du MIC si attentionné comparé à la néonat! Elles m’ont montré de nouvelles positions pour la mise au sein et aider pour le bain dans ces fameux « pots de fleurs » comme l’a dit si bien mon grand…

Je suis restée 6 jours à l’hôpital. Une fois dehors j’ai fui très vite.

L’avantage de cet hôpital (si si il y en a) c’est qu’ils savaient ce qu’était mon did, je n’ai pas été jugé sur son poids (au contraire elles le trouvaient toutes merveilleusement beaux :) ), j’ai eu du sucre quand il fallait, et toujours un soutien et une gentillesse extraordinaire. J’ai pleuré non-stop toute cette semaine et les sages-femmes du MIC ont toujours été là pour me consoler. Je comprends avec du recul que cet accouchement terrible m’a profondément bouleversée et que tout a pris des proportions immenses. En néonat elles étaient dans leur protocole car dans cet hôpital elles n’ont que des très très gros prémas de 500g donc pas vraiment le temps de me gérer avec mon gros bébé…

Pour l’allaitement j’ai tenu bon et il boit bien. Il a pris 500g le première semaine, je pense qu’il ne manque pas de lait…

Aurore

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